Drôle d’histoire

Posté par BernartZé le 23 septembre 2017

31,6                       

Le pendu (1)

Le baiser du pendu

  

            Par les pieds ! Par les pieds !

 

     Vu son état d’excitation c’était la seule solution ; il se tiendrait ainsi un peu tranquille.

Drôle de traitement pour apaiser un esprit échaudé par trop de déceptions.

Selon les tarots de Marseille c’est une bonne façon de prendre le temps de la réflexion ; de là à l’appliquer à la lettre !

Lâcher prise et méditer afin de peut-être repartir sur un meilleur pied une fois la position verticale en contact avec le sol retrouvée.

 

     Pieds et poings liés pas d’autre choix que d’accepter le détachement et de passer par l’épreuve du renoncement afin de mieux avancer par la suite.

A certains stades de l’existence il est indispensable de se remettre en question, parfois même de toute urgence.

Qu’il est pourtant difficile de changer de point de vue quand on y est accroché depuis si longtemps.

On fait forcément de la résistance, mais tête en bas on se fatigue plus vite.

 

     Le pendu (2) Le but de ce temps de pause n’est pas de capituler mais de se donner celui de réfléchir dans l’espoir de découvrir des solutions qui serviront positivement l’avenir.

Et comme disaient nos grands-mères « il n’est jamais trop tard pour cesser d’être idiot », ou quelque chose d’approchant.

Le monde à l’envers offre des perspectives différentes et des angles de vue pouvant s’avérer surprenants.

Les choses apparaissent autrement et les gens sont reconsidérés, parfois réhabilités.

Présent et passé…tout à la Moulinette - Copie !

Mais c’est bien sûr pour la bonne cause, puisqu’il est l’heure de la grande lessive et des mea culpa.

Exercice difficile en forme de poire qu’il faut presser pour en extraire, outre le jus ; tous les pépins.

Si ceux du fruit sont comestibles, les vôtres, plus délicats et personnels, vous sont le plus souvent restés en travers de la gorge.

Il est grand temps de les recracher pour procéder à une analyse minutieuse de chacun.

Il vous faudra faire le tri, vous efforcer de comprendre les reproches et d’oublier les griefs.

Oh ! Certes ce ne sera pas facile mais c’est le prix d’une remise en question radicale.

Après cela vous vous sentirez nettement mieux, votre esprit sera dégagé et vous respirerez plus largement…enfin lorsque l’on sera venu vous dépendre.

Tout neuf (presque) et revigoré, vous serez prêts pour de nouvelles aventures, prêts à vous fixer d’autres objectifs.

 

            Les deux pieds au sol, il nous a tous embrassés en nous quittant.

Il ne cesse depuis de méditer…il est devenu moine bouddhiste.

 

 

Tarot (2)  Merci à Walter Boralis et/ou à ses multiples sources d’inspiration

(© 2017/droits réservés)

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Tout simplement

Posté par BernartZé le 20 septembre 2017

Paris au bord des larmes  

 

            Un jour comme un autre, ou presque.

 

     Ce jour-là était gris foncé dans sa tête sans raison apparente.

Depuis tôt le matin il avait commencé à décliner le nuancier des gris Nuances de gris passant rapidement d’une teinte à la suivante comme on descend un escalier.

Le midi il s’était à peu près stabilisé à la huitième couleur.

Pas faim ; sa pause lui avait une fois de plus permis d’aller rôder du côté d’un grand magasin fournisseur depuis trois ans qu’il travaillait à deux pas de bon nombre de ses disques.

Son choix se porta sur un requiem -un de plus dans sa collection- d’un parfait inconnu pour lui : Sigismond von Neukomm, auteur de cette œuvre de commande écrite à la mémoire de Louis XVI.

Son choix s’était fait intuitivement en tournant et retournant le cd ; au feeling comme d’autres disent.

Il aurait bien aimé pouvoir respirer son odeur, mais il était bien sûr sous film plastique et puis ce n’était (tout de même) pas un livre.

Il était content de sa découverte qui lui mettait du baume au cœur.

 

     L’effet ne dura qu’un instant car lorsqu’il ressortit il délugeait à toute vapeur, des trombes d’eau s’abattaient sur lui Déluge.

Il pressa le pas sous son parapluie cabossé ce qui ne l’empêcha pas d’arriver à moitié trempé au bureau.

Ses collègues finissaient à peine de manger en discutant des derniers bruits de couloir qui se portaient systématiquement sur les prétendues relations d’un tel et d’une telle ; les mêmes noms tournaient en boucle ; rasoir !

Il s’assit silencieux et repris son passionnant travail de plumitif qu’il faisait avec application mais de plus en plus à la limite de l’ennui.

 

     Une fois chez lui il se dépêcha de se débarrasser des vêtements encore mouillés pour s’installer et écouter sa nouvelle découverte.

 

 

Dès l’Introit, au fur et à mesure de la lente montée musicale, il commença à comprendre ; sa figure s’éclaira puis aussitôt s’assombrit.

Il la revit sur son lit de mort, telle qu’elle était partie vingt-trois ans plus tôt, le visage à peine touché par la maladie.

Mon dieu ! C’était donc ça depuis le matin, comment avait-il fait pour ne pas y penser dès son réveil ?

Chaque année il avait l’habitude d’aller se recueillir sur sa tombe avec un bouquet de lys roses, les fleurs qu’elle préférait entre toutes.

Ce soir il était trop tard ; c’était la première fois qu’il manquait leur rendez-vous.

Il irait demain.

 

Pour l’heure il revoyait des instants partagés au cours des trop courtes six années passées à l’aimer.

Elle était drôle intelligente fière et si douce.

Et elle détestait la musique classique qu’il n’avait jamais réussi à lui faire écouter plus d’une minute.

Son grand truc c’était le trip hop et le rock alternatif qu’il avait fini par apprécier à petites doses homéopathiques, pour lui faire plaisir aussi.

Ce soir-là il se perdit dans de lointaines pensées et préféra se coucher sans tarder.

 

            Tôt le lendemain matin, avant de partir travailler, il tint sa promesse.

Il ne pleuvait plus mais lui était au bord des larmes en revoyant la tombe toute simple -presque anonyme- qu’elle avait voulue ainsi.

Elle était morte un 22 janvier alors que la capitale était incroyablement tapissée de neige.

Il ne s’en était même pas rendu compte.

   

 

Requiem de Neukom (2017)

(© 2017/droits réservés)

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Noyade

Posté par BernartZé le 17 septembre 2017

31,8

Soleil jaune

Que la vue paraissait belle

  

«        J’ai tourné autour du soleil, m’y suis brûlé les ailes.

 

     Pour qui me suis-je pris ?

Icare ? Et puis…Et plouf ! !

Jour après jour, toujours plus loin, j’ai poussé la folie jusqu’à rompre mes digues.

Non pas que je me croyais invincible, mais j’avais tant de rêves sans lesquels j’étais sûr de ne pouvoir vivre et pour certains survivre.

Il ne m’a pas fallu attendre longtemps pour me trouver à bout de souffle.

Alors j’ai commencé à me penser fou, malade, pas tout à fait comme les autres.

Je crois que j’ai toujours été différent, dès le plus jeune âge.

Beaucoup d’enfants le ressentent ou l’espère ; je n’ai rien demandé, peut-être un sort m’a-t-il été jeté ?

J’ai grandi et beaucoup continué à rêver, trop.

J’ai rêvé d’être mille autres et pour ce faire j’ai pensé qu’il suffirait de travailler sans relâche.

 

     Baccalauréat en poche vite direction l’université ; j’aimais le statut d’étudiant…tout en sachant pertinemment que l’obtention d’un diplôme ne me servirait pas dans ma quête.

Une quête que mes créateurs considéraient totalement irraisonnable.

Quand bien même !

Au bout de quatre années inutiles je choisissais d’entrer dans le monde du travail.

Ce n’est que des années plus tard que j’ai découvert un cursus universitaire plus en rapport avec mes goûts et qui aurait (peut-être) pu me servir à progresser vers mon but ; cette voie existait-elle alors ?

Parallèlement à mon travail j’étudiais autrement dans un cours privé.

Plein d’enthousiasme de joie et d’envies je parvenais à croire à la concrétisation possible de mon rêve jugé fou.

J’étais intimement persuadé qu’au bout d’un long chemin difficile et laborieux je verrai la lumière.

Le travail et la foi ; vint le doute.

Et si je n’étais pas digne d’atteindre ce rêve que d’autres disaient insensé ? Et s’ils avaient raison ?

Et si -surtout- je m’étais fourvoyé dès mon plus jeune en m’imaginant que tel était mon destin ?

J’ai continué à travailler et à y croire le plus longtemps possible même si cela devenait de plus en plus difficilement compatible avec mon travail « officiel ».

 

     Tout en ayant la foi j’ai découvert que je pouvais accepter les sacrifices pas les compromissions.

Elles m’écœuraient, d’autres les ayant admises étaient parvenus à obtenir ce qu’ils désiraient.

Était-ce à dire que je n’étais pas prêt à tout pour que mon vœu se réalise ?

Ou bien que je n’étais tout simplement pas préparé à affronter la réalité d’un monde dont les règles m’échappaient ; trop innocent et désarmé.

 

     Ensuite très vite tout à commencé à m’échapper en même temps que mon rêve.

J’ai eu la sensation de me décomposer littéralement ; tout se désagrégeait dans ma tête et mon corps et devenait hors de contrôle.

J’étais pris à mon propre piège : ne pas pouvoir vivre sans ce rêve, à peine y survivre.      »

 

 Fioriture

 

            Tel est le témoignage écrit qui m’a été adressé par un ami que je n’avais pas vu depuis de longues années.

Il était accompagné d’une courte lettre rédigée par un membre de sa famille m’informant de son décès subit ; entre les lignes on pouvait deviner son suicide.

Je suis resté un long moment interdit avant d’essayer de me souvenir des images que j’avais conservées de lui.

Nous nous étions connus en faculté qui l’intéressait peu mais où il aimait vivre et rencontrer d’autres étudiants venus d’horizons divers.

Je me suis effectivement rappelé son exaltation et sa foi suprême en un avenir qui l’amènerait à atteindre son but.

Je me suis soudain senti très triste.

 

     C’était il y a plusieurs mois et j’ai depuis souvent repensé à son témoignage, essayant de comprendre ce qui lui était arrivé.

Mais les méandres du cerveau sont infiniment difficiles à appréhender.

L’être humain est ainsi fait que son esprit et son corps peuvent lui échapper sans qu’il ne soit conscient de l’ampleur de son mal.

Lui avait entrevu le soleil et la nuit l’a avalé.

 

 

                                                                             À D.A.

 

   

Soleil noyé

(© 2017/droits réservés)

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Couches multiples

Posté par BernartZé le 14 septembre 2017

31,9

Blouson

Du fourrage en prévision

  

            Y a plus de saison ma bonne dame !

 

     Et c’est reparti pour un tour avec ce bon vieux refrain qui convient au plus grand nombre.

Après celui de la rentrée des classes il faut bien trouver un sujet de conversation susceptible de meubler les temps d’attente aux caisses des supermarchés.

Et cette fin d’été qui prend l’aspect d’une déroute totale fournit une bonne occasion de se plaindre encore et toujours.

Où sont passés les 31,9 ° (et plus) des mois de juin et juillet ?

Largement envolés, et dès septembre se sont faites déjà entendre un peu partout les trompettes des éternuements en rafales.

Certains ont sûrement déjà allumé leur feu de cheminée ou relancé leur chaudière, alors que dans les immeubles à chauffage collectif…il faudra patienter.

Eh oui ! C’est la loi du plus fort ou du plus grand nombre ou…d’une personne dotée d’un métabolisme à haut concentration calorifère.

Pour tous les autres il sera nécessaire de se ruer sur les chauffages d’appoint (sujet largement traité précédemment !).

 

     Nos parents nous ont appris à juste titre que plus il fait froid, plus il faut se couvrir de plusieurs couches de vêtements.

Pour aller dans ce sens et de façon purement désintéressée, vous est proposé l’exemple du blouson visible en frontispice directement venu du Canada où les habitants savent ce que le grand froid signifie.

Roulements de tambour : mesdames et messieurs voici un magnifique blouson tricot…doublé polaire, c’est l’astuce !

Finitions de qualité : col montant, fermeture zippée, 2 poches côtés…etc.

Coloris noir et gris (pas d’autre choix)…sans doute pour vous convaincre de faire une croix définitive sur votre soleil d’été.

Afin de vous aider à parachever votre deuil, continuez sur votre lancée et équipez-vous en prévision du proche hiver.

Hormis le fait que vous pouvez parfaitement porter ce splendide blouson sur votre pyjama-jogging ou vos habits domestiques de pauvre parqué dans votre 12 m2 à l’isolation douteuse, il faut dès à présent ressortir de vos tiroirs et penderies (si vous en avez) gros pulls écharpes bonnets gants, parka matelassée ou chaud manteau en laine.

Ne craignez pas de friser le ridicule (selon quels critères ?) si vous ressentez le besoin de dormir avec un bonnet de nuit Bonnet de nuit bis et des chaussettes hautes ; cela vaut mieux que de devoir avaler des médicaments pendant plusieurs semaines.

L’automne est (officieusement) là, suivra vite l’hiver.

 

     Étoile des neiges Oh ! bien sûr vous reverrez le soleil qui, à défaut de vous réchauffer, vous tirera quelques sourires entre deux grimaces dues à vos mâchoires serrées en signe de résistance au froid.

Mais vous vous consolerez rapidement quand, le plus souvent avant même la Toussaint, commenceront à refleurir les premiers signes de…Noël !

Sous prétexte de célébrer tous les saints, réapparaîtront des sachets de chocolats et autres confiseries et les premiers ballotins.

Et dès que vous aurez le dos tourné, les grandes boîtes de chocolat envahiront les rayons.

Plus il fera froid, plus vous trouverez là matière à vous consoler ; c’est fait exprès !

Et les premiers calendriers de l’Avent seront disponibles…en novembre ; de quoi patienter jusqu’au 25 décembre en en achetant plusieurs à la suite pour faire plaisir aux enfants.

 

     « Noël au balcon, Pâques au tison » ou inversement ?

Soyez sûrs que vous aurez aussi droit à cette grande question existentielle qui démange la presse autant que le quidam chaque fin d’année.

Eh oui, qu’on le veuille ou non, la météo occupe nos vies les rythmant avec plus ou moins de bonheur.

 

            Méfiez-vous de ne pas trop espérer au début de la nouvelle année ; prémunissez-vous en vous disant que l’hiver n’aura fait que commencer et que vous n’en aurez pas fini d’avoir froid.

Désolé de jouer l’oiseau de mauvais augure mais c’est pour la bonne cause, la vôtre.

Outre des vêtements adaptés à la saison, le meilleur moyen de vous réchauffer tout le long de l’année le corps l’âme et le cœur serait sans nul doute l’amour tout simplement.

Si vous avez la chance d’aimer et d’être aimés en retour alors une douce chaleur compensera (partiellement) les rigueurs hivernales.

Ce sera votre privilège…

  

 

Coucou me revoilà !  (Il surgira bientôt de la nuit)

(© 2017/droits réservés)

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Juste ça ?

Posté par BernartZé le 11 septembre 2017

Champignons de paille

De champignons…

  

            …de paille chinois nous ne parlerons pas.

 

     A quoi bon ?

Peu de gens s’intéressent à ce délicieux aliment drôlement chapeauté.

C’est simplement dommage pour eux, mais tous les goûts…etc.

A cause d’une chanson, une image de ballerines est passée devant mes yeux Des ballerines.

Mais qu’en dire sans prendre le risque d’être suspecté de grivoiserie à mon âge ?

Dommage, il y aurait tant de choses à exprimer sur leur apparente gracilité.

La météo qui fait grise mine ? Non merci, laissons cela à d’autres.

Tant pis ! Parlons de vous.

 

     Vous êtes formidables.

Peut-être l’ignorez-vous mais vous l’êtes réellement.

Vous qui avez les deux pieds dans la vie que vous savez pleinement goûter chaque jour.

Cela demande un talent que tous ne possèdent pas.

C’est vrai, certains se plaignent constamment de la varicelle du petit dernier qu’il vient d’attraper à peine de retour à l’école, de la hausse du prix des fournitures scolaires ou de celui des tomates qui n’ont plus de goût, de leur manque d’argent, de la pluie parfois même du beau temps, quand ce n’est pas de la monstrueuse haie de leur voisin qui agresse leur vue.

 

     Vous arborez toujours un grand sourire et parlez facilement aux gens que vous croisez.

Comment faites-vous donc pour être en permanence de bonne humeur ?

A quoi vous dopez-vous ?

Aux bonheurs de votre quotidien, aux antidépresseurs ou bien est-ce simplement dû à votre nature heureuse et à votre optimisme inné ?

Tant de calme voire de zénitude doit en déstabiliser plus d’un.

Peut-être savez-vous être insouciants tout en n’oubliant pas de revenir adultes et plus sérieux aux heures graves.

Il n’empêche que…l’on vous a vu vous empêcher de rire aux enterrements.

Attention vous pourriez choquer les bien-pensants !

 

     Des gens flous Voyez-vous les gens flous qui vous toisent, jaloux et envieux, persuadés que vous ne méritez pas votre bonne fortune ?

Ils affichent le mépris de ceux qui sont aigris et insatisfaits de leur vie qui n’a pas répondu à leurs attentes.

Souvent ils se sont impatientés bras croisés sans rien faire d’autre qu’espérer un coup de pouce du destin, sans même envisager de travailler -avec peine parfois- pour construire progressivement l’avenir dont ils rêvaient.

Les rêves de certains sont beaucoup plus grands qu’eux.

 

Vous savez que rien ne s’obtient sans travail efforts et sacrifices.

Il vous a fallu faire preuve de courage de patience et d’endurance pour parvenir à bâtir votre vie, non pas celle de vos rêves, mais celle qui correspondait à vos envies.

Tout n’est pas parfait, rien n’est fini, mais vous avez encore le temps d’achever votre œuvre.

 

            Ne nous voilons pas la face, dans un monde parallèle, tout proche, tentent de vivre des gens malheureux, à divers degrés.

Les raisons sont innombrables.

C’est un couple qui se pensait éternel et qui se désagrège Couple en crise ; leurs enfants pleurent à la vue de ce spectacle désolant.

C’est une femme ou un homme seul(e) en manque d’amour et supportant mal le poids de sa solitude.

C’est une personne malade dépressive ou invalide qui voudrait bien que cesse son calvaire.

C’est…

Ces quelques exemples en forme de lapalissades évoquent à tous des gens rencontrés ou proches d’eux, parfois des amis qu’ils ne voient plus…de peur d’être contaminés ?

Certains le croient !

 

     Une question simple s’impose : pourquoi de tels écarts de vies ?

Pour tous elle est bien plus difficile que nous l’imaginions enfants.

L’odeur de la corne brûlée au bout des doigts (jeu de gamin) rappelle que…à un cheveu près une vie peut basculer du mauvais côté.

Capillotractée cette image ?

C’est voulu et assumé.

Nous avons tous été blessés dans nos vies, tous été déçus et désappointés.

 

Certains, mieux armés peut-être s’en sont remis, d’autres pas du tout.

Ils ont littéralement plongé et perdu pieds comme si le sol se dérobait sous eux.

Malgré tous leurs efforts, toutes leurs tentatives sont restées vaines ne ressemblant qu’à de pauvres gesticulations.

Avaient-ils moins de talents ou de prédispositions pour résister et réussir à remonter à la surface ?

Bien malin celui qui connaît la réponse, mais gardons-nous de les juger.

 

            Ah ! L’odeur et le bon goût des…champignons de paille les rendraient tous un peu moins malheureux…

   

 

Everybody hurts (R.E.M., 1992) 

(© 2017/droits réservés)

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Amoureuse ?

Posté par BernartZé le 8 septembre 2017

32,0

L'amour à distance

Un divertissement

  

            En ce temps-là en regardant par la fenêtre tomber la pluie je pleurais toujours.

 

     Il faut dire que je m’ennuyais fermement les après-midi chez moi en vacance d’emploi.

J’avais l’impression de n’avoir plus rien à lire, la flemme de sortir pour une séance de cinéma, pas même pour revoir un vieux classique, et les programmes télé d’après-midi me donnaient l’impression d’avoir cinquante ans alors que j’allais en avoir trente-deux.

J’aurais pu aussi tricoter faire des puzzles ou rempoter les jardinières que nous avions sur le balconnet auquel la baie vitrée du salon donnait accès.

Mais je n’avais pas envie de me salir les mains.

 

Les matinées étaient consacrées à mes recherches d’emploi, n’importe lequel ou presque au point où j’en étais et en dépit d’un Master d’Anglais qui ne m’avait servi qu’à me perdre dans l’enseignement supérieur durant cinq longues années difficiles ; j’avais assez donné pour ne pas vouloir retomber dans cet écueil.

Dès sept ou huit heures du matin je m’installais devant mon ordinateur pour pianoter lire des annonces et des offres, déposer des CV en ligne et des courriers de motivation même s’ils étaient le plus souvent mensongés.

Au sortir de l’hiver, toujours pas la moindre réponse.

Un jour de pluie, triste et seule (l’homme qui partageait ma vie s’était absenté une semaine pour des raisons professionnelles) j’eus la curieuse idée (pour moi) de chercher un forum de discussions.

J’ai trouvé des sites de rencontres ; j’en avais vaguement entendu parler, sans plus.

J’ai cliqué sur un nom au hasard ; pas d’inscription obligatoire juste un pseudonyme à donner ce qui m’arrangeait bien vu que je ne venais que le temps d’une petite visite.

J’ai découvert des pseudos plus ou moins fantaisistes ou prétentieux, des messages parfois étranges ainsi que des profils flatteurs et des photos avantageuses.

Tout le monde ou presque avait l’air beau jeune frais et désintéressé.

J’ai parcouru une longue liste et, alors que je commençais à m’ennuyer, mon regard s’est arrêté sur le détail d’un message : « …aime particulièrement observer son poisson rouge tourner dans son bocal ».

Poisson rouge dans son bocal J’ai trouvé ça drôle et décalé.

 

     Je me suis aventurée à en lire davantage sur…un certain David (son vrai prénom ?).

Il s’avait écrire et s’exprimait intelligemment sur divers sujets qui m’intéressaient comme la musique la littérature et le cinéma.

S’il se disait seul il se gardait bien de décrire le physique d’une femme qu’il aimerait rencontrer, ne parlant que de son intelligence et de sa sensibilité.

De beaux mots, certes !

Au bout d’un long moment passé à hésiter, à peser le pour et le contre et à me souvenir (tout de même !) que j’avais laissé de côté mes recherches d’emploi depuis près d’une heure, je me suis lancée.

Après tout mon « profil » se résumait à mon pseudonyme et à mon genre féminin ; je ne prenais pas de risque et je n’avais rien à perdre.

Mon premier message a dû à peu près être « Bonjour, comment se porte votre poisson rouge ? ».

Et lui de me répondre « Très bien merci. Vous en avez également un ? »

Et ainsi de suite…

Évidemment nous avons vite enchaîné sur d’autres sujets plus aptes à exciter nos neurones et nos cellules grises.

 

J’ai attendu trois jours pour retourner sur le site et David était toujours là.

Lui demandant s’il passait ses journées à pianoter il me dit que non mais qu’il venait simplement chaque matin lire d’éventuels messages.

- « Et vous en avez beaucoup ? » ; – « Non, pas du tout, mon poisson rouge ne semble pas attirer les pêcheurs en ligne ».

Il ajouta que je lui avais manqué et qu’il avait beaucoup apprécié notre premier échange.

Par la suite nous avons pris le pli de nous retrouver tous les deux jours, et rapidement l’habitude est devenue quotidienne.

 

     Au fil des semaines nous avons fait plus ample connaissance.

Je commençais à avoir des scrupules : mon « mari », qui était bien sûr rentré depuis longtemps, ignorait tout de mes recherches d’emploi matinales.

Mais n’ayant pas le sentiment de le tromper en lui taisant ce coin de jardin secret, j’ai poursuivi mes visites sur le site.

[Toujours pas la moindre réponse concernant toutes les offres d’emploi auxquelles je continuais de postuler]

 

     Et ce qui devait logiquement se produire est arrivé : nous avons échangé nos numéros de téléphone.

S’en est suivi une série de discussions téléphoniques de plus en plus longues chaque matin qui a vite mis un terme à ma quête d’emploi, ce dont je n’étais pas fière.

Je sentais bien que je m’attachais, lui-aussi apparemment.

J’aimais toujours mon « mari », mais David représentait une forme de nouvelle jeunesse sentimentale, un coin bleu dans mon ciel gris pour utiliser une image rebattue.

J’avais besoin de m’aérer la tête et de sortir de mes murs.

 

     Passage Jouffroy (9ème) Notre premier rendez-vous (« pour nous voir enfin ») eut lieu à l’entrée du Passage Jouffroy, côté boulevard Montmartre.

Nous nous sommes reconnus tout en nous découvrant.

Il avait choisi ce lieu qu’il aimait parce qu’il avait passé une grande partie de son enfance non loin, à deux rues de là.

Tandis que je m’avouais le trouver très séduisant, je l’écoutais me raconter le quartier.

Moi la provinciale jusqu’à l’âge de vingt ans n’eus pas d’effort à faire pour m’émerveiller.

 

La fois suivante je fixais le rendez-vous devant la fontaine Saint-Michel, un des rares lieux emblématiques de Paris que je connaissais bien pour des raisons…médicales !

Et ainsi de suite ; à chacun notre tour nous proposions un nouvel endroit pour nous revoir.

C’était l’occasion de belles balades, d’arrêts dans des cafés et de discussions débridées.

Jusqu’au jour où il m’embrassa, où je l’embrassai.

 

     Passé le temps des aveux, la rencontre physique était inévitable.

Elle eut lieu en terrain neutre, dans un très bel hôtel du 7ème arrondissement.

J’ai trompé mon « mari » alors que je l’aimais.

David était passionné, tendre et prévenant ; véritablement amoureux, plus que moi sans doute.

Notre liaison, puisque tel est le terme, a duré exactement deux mois.

Et nous nous sommes quittés d’un commun accord.

Il a compris que je voulais retourner vers mon « mari » que j’aimais en dépit des apparences.

Chacun est parti de son côté ; je suppose qu’il a continué à aller sur le site de rencontres que j’ai effacé de ma mémoire.

 

            Finalement cette petite aventure restera comme un beau souvenir de vacance de sentiments et…d’emploi.

Quand je serai bien vieille, au soir, à la chandelle…j’y songerai sûrement avec plaisir et une pointe d’émotion tue.

Et mon mari, avec ou sans guillemets alors, me fera la lecture du journal pour ne pas fatiguer mes yeux.

Et je lui sourirai…

 

 

L'envolée 

(© 2017/droits réservés)

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Suivre l’esprit…

Posté par BernartZé le 5 septembre 2017

Glissade

Inadvertance

  

            Mais à quoi pensait-il donc en rentrant chez lui ce jour-là ?

 

     C’était un mardi d’avril ; il était certain de ne jamais pouvoir oublier la date vu que c’était le 1er jour du mois.

Il pleuvait savamment, de façon droite et inventive, l’eau s’ingéniant à se glisser partout où elle trouvait le moindre espace.

Son lourd sac sur le dos, le parapluie au-dessus de leurs deux têtes, il avait hâte de retrouver son petit foyer, même s’il était dépourvu d’âtre.

Au moins il serait enfin à l’abri et à peu près au chaud.

Marre de ce trop long hiver qui refusait de laisser place au printemps !

Le perron de l’immeuble était en vue, le perron de faux marbre était là devant lui.

Son parapluie doublement automatique Mini parapluie automatique avait une spécificité : la fermeture ne faisait que rassembler les baleines et l’on se retrouvait gauche avec une sorte de long tube télescopique à rentrer difficilement à deux mains jusqu’à la base de la poignée.

Bref cela demandait de la force.

Pensant déjà à cet exercice périlleux, à peine sous le porche il descendit le bras et appuya sur le bouton.

Peut-être oublia-t-il de lever suffisamment le pied gauche de sa jambe d’appel pour atteindre le seuil.

Toujours est-il qu’il trébucha, glissant sur le sol mouillé, et s’écrasa violemment sur tout le flanc droit, la jambe et la hanche les premières puis le bras et l’épaule ; le sac bascula directement au-dessus de sa tête.

Commençant par se traiter d’idiot il se dit aussitôt « c’est rien, ça va aller ».

Et ça alla difficilement.

Il dut d’abord se défaire du sac qui l’encombrait puis « pédaler » à même le sol glissant pour tenter de se relever.

Péniblement progressivement il parvint à se redresser puis à se relever ; ouf sain et sauf !

C’était vite dit. Il prit le temps de s’ausculter en se tâtant la jambe la hanche le bras et l’épaule ; apparemment rien de casser.

Il fit un pas, oh ! quelle douleur !

Tant bien que mal il ouvrit la lourde porte d’entrée et poussa devant lui le sac et le parapluie dans le hall.

Il dut s’aider d’un mur pour refermer ce stupide parapluie.

Même exercice pour entrer dans l’ascenseur (la porte n’était pas moins lourde) puis chez lui.

 

     Enfin assis il mit un long moment pour reprendre ses esprits et mesurer l’intensité de ses douleurs.

Palpation de l’épaule « aïe ! » puis de la hanche « ouuuuille ! ».

Un peu inquiet il vida le sac avant de le ranger dans un coin et de se rasseoir épuisé.

Que faire à part attendre pour voir si les douleurs allaient s’atténuer avec le temps ?

Il n’était pas du genre à appeler à l’aide le Samu ou SOS Médecins au moindre bobo.

Il ne tarda pas à aller se coucher tant il se sentait écrasé de fatigue.

Difficile de trouver au lit une position dans laquelle il n’avait pas mal ; il parvint tout de même à s’endormir.

Se réveillant souvent, à chaque fois il interrogeait son corps et réfléchissait à la marche à suivre avant de tenter de dormir à nouveau pour se donner du temps.

Cela dura jusqu’à la fin de l’après-midi.

L’idée de devoir appeler à l’aide avait commencé à faire son chemin d’autant qu’il mit une dizaine de minutes pour s’extirper de son lit.

Assis il réfléchit encore, hésita avant de se convaincre et d’accepter le fait qu’il n’avait plus d’autre choix.

Il composa donc le Le 15.

L’attente téléphonique ne dura qu’une douzaine de minutes et le Samu arriva chez lui une demi-heure plus tard.

Il était prêt, habillé de sa parka et chaussé, en tenue de pyjama en-dessous n’ayant pu remettre des habits plus décents à cause de l’intensité des douleurs.

 

     La sortie de chez lui, l’ascenseur assis dans la chaise roulante et pliable, le transfert sur une civière et l’entrée dans l’estafette avaient été tout un poème.

Quand ils arrivèrent aux Urgences on lui dit qu’il n’aurait pas trop longtemps à attendre, le service n’étant pas surchargé.

Il attendit un peu plus de deux heures (ce qui n’était pas considérable) avant d’avoir la visite d’un médecin qui le tortura en tous sens pour constater l’ampleur de ses maux.

Direction le service de radiologie où deux sympathiques tortionnaires firent encore pire pour le mettre dans de bonnes positions afin de lui tirer de beaux portraits de son fémur de sa hanche et de son épaule.

Bilan des courses : deux têtes fracturées, celle de l’humérus et celle du fémur ; il ne s’était franchement pas raté sur ce coup-là !

« De quoi marcher sur la tête ! » se dit-il pour essayer de prendre de la distance avec cet imprévu qui, comme tous les imprévus, tombait particulièrement mal.

 

     Direction l’hôpital pour une immobilisation Hospitalisation prévue de deux mois.

Après deux petites interventions chirurgicales il put regagner sa chambre qu’il partageait avec un homme qui dormait constamment et dont il ne vit jamais le visage, pas même lors des soins ou des repas.

Les deux infirmières qu’il voyait le plus régulièrement le chouchoutèrent dès son arrivée.

Il prit rapidement de nouvelles habitudes en fonction des horaires, lui qui mangeait tard et se couchait généralement au petit matin.

Là il dînait à 18 heures sans réel appétit mais avec intérêt pour cette nourriture d’hôpital aussi décriée que celle des cantines scolaires.

Lui qui ne cuisinait jamais s’en trouva fort bien et apprécia la multitude de légumes, chou-fleur haricots verts et épinards en tête, les poissons cuits à la vapeur et les laitages qu’il devait bien sûr consommer en grande quantité.

Il retombait en enfance !

Au début les antalgiques l’avait laissé dans un brouillard permanent qu’il tentait de dissiper en secouant la tête à s’en démancher le cou ; il fallait atténuer ses douleurs et lui permettre de dormir.

Ce qu’il put faire, parfois même avec volupté ; il avait tant besoin de repos depuis de si nombreuses années.

 

     Sa convalescence se déroulant parfaitement on lui permit au bout de cinq semaines de marcher un peu dans la chambre avec une béquille au bras gauche afin de faire de l’exercice, ce à quoi il prit goût.

Et deux semaines plus tard il eut son bon de sortie avec deux béquilles, son épaule s’étant rétablie la première et n’étant presque plus douloureuse.

 

     Quand il retrouva son quartier et son home sweet home il eut une drôle d’impression.

Il avait changé, ou bien était-ce son regard ; tout paraissait plus petit que dans la chambre d’hôpital.

Il grimaça un peu faute d’accueil chaleureux ; bizarrement le personnel hospitalier lui manquait.

Un peu triste et dépressif il se fit livrer des courses les premières semaines le temps de se rétablir suffisamment pour sortir, marcher sans béquilles et…porter des sacs.

Il récupéra son sac à dos en lui trouvant un vrai visage de traite.

La vie reprit doucement ; il put définitivement ranger ses béquilles dans un coin et les vieilles habitudes retrouvèrent leurs droits.

 

            Environ trois mois après sa sortie d’hôpital, en plein cœur de l’été, il repensa à tout ce long épisode et s’interrogea.

Finalement…pourquoi avait-il chuté ?

Etait-ce de l’étourderie ? La faute du parapluie du sac ou du sol glissant ?

Etait-ce un « acte manqué » ?

Avait-il inconsciemment le désir d’en finir avec tout ou partie de sa vie ?

Il était vrai que son existence ne l’intéressait plus réellement depuis de nombreuses années et qu’il supportait de plus en plus mal de répéter quotidiennement les mêmes gestes à la même heure pour finalement ne rien faire de passionnant au cours de ses longues journées et nuits de veille.

L’insatisfaction l’avait gagné et la rancœur envers lui-même était grande.

Il s’en voulait beaucoup d’avoir peut-être laissé passer la chance de sa vie dix ans plus tôt quand il était photographe et que lui avait été proposé un poste permanent de reporter en Turquie.

Il avait soudain eu peur, ne parlant ni le turc ni l’allemand et très mal l’anglais.

Peut-être aussi la peur de se sentir perdu et trop isolé ?

Du coup après avoir décliné cette offre, il s’était dépêché de ranger au placard tout son matériel photographique.

Il avait repris sa plume, publié quelques petits livres didactiques sur l’art d’accommoder les restes d’une vie manquée et son premier vrai roman était toujours dans les limbes.

En fait il avait dû un jour s’avouer qu’il avait brillamment réussi à rater sa vie.

Alors pourquoi pas un ultime plongeon en forme de plat « dans » un minimum d’eau pour passer à l’acte sans le faire réellement ?

Un moyen comme un autre de se dire que tout s’était déroulé par mégarde et qu’il n’était nullement responsable.

 

     Et si l’explication était encore plus simple ?

Le destin avait pu vouloir lui faire un poisson d’avril pour se moquer de lui.

Très drôle !…

 

 

Poisson d'avril 

(© 2017/droits réservés)

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The last embrace

Posté par BernartZé le 2 septembre 2017

Duel dans la neige

Un coup d’épée

  

            Leur duel dura deux décennies.

 

     Charles et Guillaume étaient nés jumeaux.

Ils étaient les seuls héritiers du Vicomte de Mersac devenu veuf alors qu’ils avaient à peine deux ans.

Son épouse était morte en couches dès le troisième mois de sa grossesse suite à une chute de cheval.

Il ne se l’était jamais pardonné et avait abattu son cheval préféré sur le champ.

Double deuil pour lui, doublement inconsolable.

Les garçons avaient grandi sous la surveillance d’une gouvernante et la férule d’un précepteur exigeant.

Une couronne en héritage pour deux aînés Couronne héraldique française de vicomte.

 

     Dès l’âge de deux ou trois ans les enfants avaient commencé à se chamailler pour tout et pour rien.

Pour une tétine un doudou un jouet un coin de couverture ou de territoire.

Tout était prétexte à se mesurer et à se défier.

Leur chambre ressemblait à un grand salon et pourtant on les retrouvait toujours dans le même coin.

Très tôt la gouvernante avait signalé à leur père la rivalité un peu trop agressive de ses héritiers.

Il s’était contenté de sourire en lui rappelant que c’était des garçons.

Le précepteur qui avait pris en main leur éducation à la fin du mois de septembre (ils avaient à peine fêté leur quatrième anniversaire) ne put s’empêcher de noter leurs différences et leurs ressemblances dès l’apprentissage de l’écriture.

Il avait été dit qu’ils devraient savoir parfaitement écrire avant d’avoir cinq ans.

 

     Il pleuvait averse ce jour-là.

En fin d’après-midi Guillaume peinait encore sur ses pages d’écriture.

Il avait notamment beaucoup de mal avec les k les w et les y ; il en avait surtout marre et voulait aller jouer.

Son frère avait achevé ses œuvres depuis longtemps et faisait du petit cheval Cheval à bascule en renversant la tête dans la pièce de jeu contiguë ; il semblait s’enivrer à ce jeu.

Quand Guillaume fut enfin autorisé à le rejoindre, il voulut évidemment prendre sa place et fut tout surpris que son frère l’abandonne aussi facilement.

Charles préféra s’éloigner et se consacrer à empiler de grands cubes de bois peints de lettres colorées Cubes alphabet.

Il était en train de construire des mots écrits dans l’après-midi quand son frère déboula littéralement pour botter dans ce bel ordonnancement.

Charles rentra alors dans une colère folle et sauta à la gorge de son frère qu’il se mit à serrer de toutes ses forces.

Alertée par les bruits la gouvernante puis le précepteur arrivèrent heureusement à temps pour les séparer ; Guillaume suffoquait, en manque total d’oxygène.

Charles fut sévèrement puni par cinq coups de fouet tandis que le médecin appelé au chevet de son frère ne put que prescrire calme lit et repos total durant un jour entier.

Pendant plus d’un mois Guillaume garda des traces violacées qui s’estompèrent lentement.

 

Suite à cet épisode marquant le Vicomte de Mersac décida d’octroyer une chambre à chacun d’eux pour dormir et de ne plus jamais les laisser jouer sans surveillance.

 

     Les enfants grandirent, devinrent adolescents avec plus ou moins de heurts de jalousies et de conflits, et ce qui devait arriver arriva.

À seize ans ils tombèrent amoureux de la même jeune fille.

Alise était secrète versatile et précieuse.

Elle aimait tout particulièrement être complimentée et rêvait sans le dire d’un poème écrit tout spécialement pour elle.

Charles fut le premier à pressentir cette attente silencieuse et travailla durant des nuits afin de trouver les mots les adjectifs et les couleurs les plus à même de la célébrer.

Le cœur serré il lui présenta son sonnet qu’elle lut sans dire un mot.

Guillaume qui avait espionné comme toujours son frère s’était lui-aussi attelé à la tâche tout en se sachant peu doué pour ce genre d’exercice.

S’il avait de réels sentiments pour Alise il ne savait comment les exprimer.

Tant bien que mal, il réussit à écrire huit lignes.

Quand il présenta sa prose à l’élue de son cœur il n’osa pas la regarder et s’enfuit sans attendre.

Alise mit malicieusement un mois pour choisir.

 

     Charles en resta toujours meurtri en ne laissant rien paraître ; il se sentait tout autant malheureux qu’incompris.

Peu de temps après les jumeaux découvrirent dans un tiroir du bureau de leur père un coffre renfermant un jeu de deux pistolets identiques Pistolet à silex du 18ème.

Ils décidèrent d’aller discrètement jouer dans la grange récemment vidée à tirer sur des bouteilles en verre.

C’était bien sûr à qui tirerait le plus de bouteilles avec le moins d’échecs.

Guillaume se montra le plus brillant et emporta haut la main cette épreuve d’adresse.

Son frère proposa en guise de revanche un faux duel au pistolet juste pour jouer à se faire peur.

Face à face à quinze mètres l’un de l’autre ils ne risquaient rien à tirer des balles un peu haut dessus, un peu à gauche ou à droite.

C’était un jeu aussi stupide que vain étant donné qu’il n’y avait pas de réelle cible.

Ils s’ennuyèrent et décidèrent de se rapprocher à un mètre l’un de l’autre sans se rendre compte du risque décuplé.

Et au quatrième essai pour rire Charles trébucha en tirant et sa balle vint essuyer le front de son frère.

Pris de panique en le voyant s’écrouler il hésita entre courir chercher du secours et tenter d’éponger tout le sang qui s’écoulait.

Finalement il partit comme un fou trouver de l’aide.

 

     Après six mois de convalescence Guillaume put enfin retrouver figure humaine sans bandage.

Il conserva de cet accident une cicatrice qui lui donnait paraît-il fière allure.

Alise l’avait déserté mais d’autres jeunes filles le trouvaient ainsi tout à fait à leur goût.

Il revint doucement à la vie tandis que son frère paraissait être devenu l’ombre de celui qu’il avait été.

Toute joie avait disparu en lui et en dehors des repas qu’il prenait muettement et sans plaisir il fuyait toute présence humaine, préférant la compagnie des chevaux.

Dorval était son préféré et ils galopaient parfois ensemble des journées entières.

Cheval Pur-sang anglais Ce pur-sang anglais faisait sa fierté et il le gardait jalousement ; personne d’autre que lui n’était autorisé à le brosser ou à le nourrir !

 

     La veille de leur vingtième anniversaire, l’un des derniers soirs de décembre, les deux frères se querellèrent une fois de plus.

Chacun ressortit ses griefs, le ton monta et ils en vinrent à se battre jusqu’à s’enchevêtrer à même le sol.

C’en était trop !

Ils décidèrent en cachette d’un duel à l’épée pour régler définitivement un conflit qui perdurait depuis le jour de leur naissance.

Et profitant d’un jour où le château avait été déserté pour d’obscures raisons notariales (seules la gouvernante et la cuisinière étaient présentes, les autres domestiques étaient partis réveillonner dans leurs familles), ils se retrouvèrent à la première heure sur le pré enneigé.

Pas de témoin ni d’autre règle que l’arrêt dès le premier jet de sang ; moins pour laver leur honneur que pour se mesurer encore et toujours.

Mais à présent qu’ils s’estimaient adultes ils étaient sûr de savoir respecter les quelques règles du duel qu’ils avaient établies.

C’est ce qu’ils firent.

 

            Après plusieurs minutes d’escarmouches durant lesquelles chacun embrassait puis repoussait l’autre, le sang jaillit.

Le duel était fini, une épée avait atteint sa cible en plein cœur.

 

     Ce coin de neige, en haut du pré, resta en deuil jusqu’au dégel.

 

 

La neige en deuil 

(© 2017/droits réservés)

Publié dans Histoire de famille | 2 Commentaires »

D’outremer

Posté par BernartZé le 30 août 2017

32,6

Deux yeux fermés

Je ferme les yeux

  

            Allongée, la chaleur du soleil m’enveloppe.

 

     Je suis bien, je suis belle.

Cela fait si longtemps que je n’ai pas eu cette sensation de calme et de bien-être que je crois rêver ; peut-être est-ce d’ailleurs le cas.

Il est juste de parler de caresses lorsque le soleil n’est ni tiède ni trop chaud.

L’impression est alors celle d’un bain de douce torpeur qui gagne progressivement tout le corps jusqu’à emplir le cerveau.

A moins que je n’entre dans un état de lévitation Lévitation quasi divine.

 

     Angle de 32.6° Devenue omnisciente je note que mon bras rejeté en arrière fait exactement un angle de 32,6° avec le sable.

Je repense naturellement aux vacances de mon enfance.

Je n’étais qu’une petite fille quand je nageais déjà avec un immense plaisir sous la surveillance de mes parents assez fiers de ne pas me voir affublée de brassards gonflables ou d’une bouée ridicule.

Je me souviens particulièrement d’un été passé en Espagne sur la Costa Blanca.

Je ne revois qu’une immense plage de sable blanc mais je me souviens parfaitement des grands plats de paëlla rapportés à pieds par mon père et des churros dont mon petit frère raffolait.

Ah ! les Churros (2) sans lesquels il prétendait parfois défaillir !

C’était il y a si longtemps…

Je me revois plus tard, toute seule avec mes parents, nous étions moins heureux et j’avais compris alors qu’ils ne riraient presque plus désormais.

D’autres vacances à la plage, moins éloignées, me restent en mémoire.

Même si elles se déroulaient dans des contrées où la mer était moins chaude ou plus agitée, j’ai toujours emporté avec moi sur le chemin du retour l’indicible ravissement du contact de l’eau glissant tout le long de ma peau.

Et le jour de la rentrée des classes j’avais l’impression de pouvoir encore goûter le sel en léchant discrètement le dessus de ma main.

 

     Le soleil frappe à présent ou bien ne suis-je plus en lévitation ?

Retour en arrière mais cette fois à la montagne en été.

L., à peine quatre ans, jouait au badminton devant la fenêtre de la cuisine du chalet loué.

Pourquoi ce souvenir sans mer ni sable ?

Pourquoi aussi revoir tout d’un coup une gravure que nous avions rapportée de là-bas peu après l’accident ?

Gravure chardonnerets (par Robert Hainard) Je me demande bien pour quelles raisons mes parents avaient fait le choix de ces chardonnerets.

Est-ce parce qu’ils ont symboliquement la réputation d’être emplis de compassion ?

Elle est très longtemps restée accrochée sous verre dans le salon ; y est-elle encore aujourd’hui alors que la maison a été vendue ?

 

     Je me sens moins bien, nettement moins belle.

Je ne sens plus les rayons du soleil ni le sable sous moi.

Je ne ressens plus grand-chose mais j’entends des murmures autour.

L’heure de la béatitude semble révolue.

Des gens me bougent me portent me déplacent.

Je ne vois ni ne perçois plus mon corps, j’entends encore des derniers mots.

 

            Il semblerait que je sois morte.

 

  

Vierge à l’Enfant tenant un chardonneret et des cerises (Jacques Stella, XVIIè)

(© 2017/droits réservés)

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Quelques questions sans réelle importance

Posté par BernartZé le 27 août 2017

Que sera sera

Bon !

  

            Admettons -ne serait-ce qu’un moment- que espoir et vie soient intiment liés.

 

     Supposons aussi que, doté d’une nature optimiste, l’être humain soit en mesure de toujours diriger son existence à sa convenance.

Imaginons enfin que lancé sur la voie royale de sa vie il rencontre un obstacle ; ce sont des choses qui se produisent parfois.

Qu’adviendra-t-il ?

 

     Tout dépend du contexte, de la nature du grain de sable, des circonstances et de lui-même me direz-vous peut-être ?

Non ! Je prétends que tout dépend avant toute chose de lui, très souvent de lui…seul.

Bien sûr je n’ignore pas que pour beaucoup quand une difficulté survient ils sont sûrs de pouvoir s’appuyer sur les membres de leur famille et sur plusieurs amis proches.

De vieux amis loyaux et fidèles, une famille aimante et enveloppante qui ne les juge jamais.

Vivrions-nous au pays de Logo Oui-Oui (2) ?

J’adore l’idée conceptuelle qui consiste à croire que tout problème a une solution.

On prétend bien, très trivialement, que chaque pot a son couvercle ou que…tout a une fin.

Pourquoi ne pas penser que chacun viendra à bout de toutes les épreuves de sa vie à force de volonté de courage et de ténacité ?

Toutes les maladies ne sont-elles pas curables ? Tous les criminels ne finissent-ils pas par être punis ?

Je sais ces « arguments » paraissent hors-sujet et avoir peu de liens avec les bases de ce semblant de réflexion.

C’est une ébauche, un peu de patience !

 

     En fait je voudrais tordre le cou à certaines idées reçues et plus encore les « pensées toutes faites » qui consistent à répéter à la façon d’un perroquet des formules ancestrales pleines du bon sens populaire.

 

Si vous croyez aider l’être mis à mal et le rassurer avec de telles sentences…faîtes-en plutôt des Conserves et commercialisez-les !

Vous pouvez également vous abstenir de prendre la parole pour ne rien dire de plus personnel.

Pas plus que vous je n’ai les Les clés du royaume ici-bas, c’est pourquoi je ne cesse de m’interroger.

Combien de fois en une seule vie peut-on renaître de ses cendres ?

Autrement dit : une fois de plus à terre, quand viendra le jour où l’on ne pourra plus se relever ?

Faudra-t-il pour cela attendre que le cœur cesse de battre ?

 

     Bas les masques ! , cessons d’entretenir l’illusion que tout ira mieux demain alors que tout semble aller de mal en pis.

Pour ceux dont la vie est un rêve, abandonnez là cette lecture inutile ; pour les autres…prenez vos responsabilités.

 

     Tout le monde n’a pas son avenir devant lui et l’espoir n’est ni une vertu ni une lumière au bout du long chemin, mais plutôt une illusion.

Loin de moi l’idée de démoraliser Pierre Paul Jacques et Lucille, sans oublier Nathalie, néanmoins il faut reconnaître que la raison et le simple bon sens (non populaire) donnent à penser que nous n’en sortirons pas tous vivants…même avant de mourir.

Eh oui ! C’est bien beau de se nourrir de proverbes et de maximes, mais lorsque l’on se retrouve seul face à soi-même et à un problème apparemment insoluble, l’heure du jugement a sonné !

Comptez sur la chance, si vous y croyez encore, sinon accrochez-vous de toutes vos forces (restantes) à ce qui vous tombera sous la main lors de votre descente aux enfers.

La chute pourrait être longue cruelle et douloureuse.

Elle sera pour vous sans fin un jour et, le lendemain retrouvant de l’espoir (juste un fond), vous vous mettrez à y croire de nouveau avant que le surlendemain ne vous fasse replonger dans d’autres abîmes.

Vous verrez c’est un jeu très amusant.

Ballotés ainsi entre espoir et désespoir combien d’années pensez-vous pouvoir tenir avant de lâcher définitivement prise ?

LA vraie question est là.

 

     Selon votre degré de résistance dans l’épreuve, vous survivrez plus ou moins longtemps encore…à défaut de vivre.

Quelle sacrée bonne nouvelle !

 

            Ultime point de détail : ne comptez pas trop sur le soutien de votre entourage ; il sera toujours très occupé ailleurs…

 

   

La vie est belle ! 

(© 2017/droits réservés)

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