Un peu de lecture inédite…

Posté par BernartZé le 30 mars 2009

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N’être pas en retard ou ne pas naître

 

            Je suis le lapin d’ «Alice au Pays des Merveilles ».

     Toujours en retard, toujours à courir, un œil constamment rivé sur ma montre (gousset).

C’est terrible et c’est plus fort que moi !

Je suis né ainsi : en retard, éternellement pressé.

     Je parle bien sûr d’un temps que les moins de vingt ans (…) n’ont pas vécu, car il est, je crois, révolu.

Plus personne ne devient mère en plus de neuf mois, la nature aurait même de plus en plus tendance à bouter l’aspirant humain hors de sa cachette, en deux temps, trois mouvements.

Pas un instant à perdre pour commencer à apprendre à vivre et à respirer de manière autonome !

C’est sans doute mieux pour tout le monde (sauf peut-être pour les pères ?).

     Espérons en tous cas que cela permette à chacun de partir désormais d’un bon pied alerte et ferme, solidement décidé à aller de l’avant, sans traîner en chemin et surtout sans avoir à se battre contre, non pas des moulins à vent (pour une fois !) mais contre cet effroyable handicap qui consiste à se sentir absolument incapable d’être à l’heure n’importe où et pour quoi que ce soit.

     Je ne souhaite pas de connaître cet épineux problème à mon pire ennemi ! 

Oh ! Je sais, on va encore me rétorquer que je suis le seul responsable de mes retards, que je refuse de faire le moindre effort pour me corriger, que c’est un moyen détourné mais habile de me faire remarquer et désirer, que c’est insupportable, un véritable manque de respect envers autrui…que sais-je encore ?

Stop à toutes ces idées préconçues !!

     JE suis la première victime de MES propres retards !

Non seulement, il ne m’amuse absolument pas de courir constamment contre la montre, mais en plus cette gymnastique me rend complètement fou, dingo, voire totalement hystérique.

Je n’exagère pas.

C’est réellement épuisant, même si cela peut contribuer à conserver une forme olympique, malgré le temps et l’âge.

Ceci dit, je n’ai jamais prétendu me qualifier pour quelque compétition que ce soit ; alors à quoi bon ?

Il faudrait aimer les paris essentiellement impossibles pour continuer à s’infliger un tel rythme de croisière.

     Imaginez un peu ! (…)

Je ne parle pas ici spécialement en mon nom, mais aussi pour tous ceux (cela ne modifie en rien mon problème, mais je ne suis pas un cas unique !) qui passent leurs journées, à longueur de vie, à tout faire pour compresser le temps ou pour le dilater, suivant les cas et les impératifs.

Si vous êtes étrangers à ce phénomène, faites -s’il vous plaît- un effort pour une fois (à chacun son tour !) pour essayer de nous comprendre.

Je vous l’accorde, c’est difficile et éprouvant, mais c’est dans un but tout spécialement humain, afin de resserrer nos liens, d’accepter les différences d’autrui en tentant au moins de les envisager.

Ce serait un bon début vers une réconciliation.

Je vous tends la main ; ne laissez pas passer cette occasion.

     J’aimerais, au moins une fois dans ma vie, avoir servi à quelque chose.

Si je pouvais aider un peu tous les éternels retardataires, que ce soit dans leur milieu professionnel ou dans leur vie privée, à faire mieux accepter le lourd handicap dont ils souffrent terriblement depuis toujours, je me sentirais peut-être moins coupable d’être né.   

Cette sorte de croisade me tient à cœur parce que j’ai trop souvent perçu l’incompréhension, ou le simple mépris, dans le regard de ceux qui devaient bien malgré eux subir tous nos retards ; c’était bien malgré nous, également.

     Je ne devrais peut-être pas m’avancer à ce point au nom de tous, mais j’ai cependant l’intime conviction que certains d’entre nous sont GE-NE-TI-QUE-MENT incapables d’être « à l’heure », celle officiellement reconnue par le plus grand nombre.

Ils n’y pourront, je pense, quasiment rien, parce que dans leurs gênes est inscrite cette impossibilité à maîtriser l’Espace Temps, une notion avec laquelle ils ne sont pas nés et qui, de ce fait, leur échappera toujours.

C’est ainsi.       

  L’Homme est imparfait, de naissance ; il faut s’y résoudre une bonne fois pour toutes.

Moi le premier !

A chacun ses tares, à chacun ses manques, ses incapacités et ses absences, ses combats perdus d’avance et cette part de lui qu’il ne parviendra, sans doute jamais, malgré tous les efforts consentis, à simplement améliorer.

     L’accepter déjà pour soi n’est pas forcément une partie de plaisir et, de plus, cela prend un temps (!) infini.

Alors, il serait peut-être plus simple, pour nous tous, d’admettre les faiblesses de chacun, afin de mieux rendre les nôtres supportables.

(© 2002/droits réservés)

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