Abasourdie
Posté par BernartZé le 27 février 2015
C’est impossible !
Je ne le crois pas -je ne peux pas le croire- mon premier demi-siècle m’a cueillie aujourd’hui à l’aube.
Je pensais pourtant me souvenir qu’hier j’avais seulement la moitié de cet âge sur lequel je n’avais jamais fait la moindre projection.
Toi le miroir, mes yeux dans ton regard ne peuvent plus me cacher la vérité : j’ai oublié que, les années passant, je n’aurai jamais plus vingt ans, ni même trente, ni…
Rien que de très ordinaire en somme ; si ce n’est que mon fils, encore à l’école primaire, pourrait bientôt avoir l’idée (saugrenue) de me prendre pour sa grand-mère !
Absurde et cocasse à la fois pour un enfant bien entouré dont les deux grandmothers vivent pleinement et le voient souvent ; que ferait-il d’une…mémie ?!
Serai-je encore assez jeune quand il sera adolescent ?
A l’âge où je prenais le temps de colorer discrètement mon visage
, histoire de paraître moins diaphane et évanescente, moins transparente et de passage ici-bas, je n’envisageais pas d’être mère et d’avoir cinquante ans.
Comme beaucoup d’autres jeunes femmes je passais des heures à rêver et à attendre ; ne décevons personne en laissant supposer le contraire.
C’est bien connu : tandis que les garçons de vingt ans sont pleins de projets et d’ambitions, les jeunes filles sont en
, rêvent au Prince Charmant
et s’abîment dans une contemplation absolue.
Pouët et re-pouët !! Tout faux, pour certaines en tous cas.
Principalement pour celles qui ne croient pas davantage au Père Noël qu’à la surprise de minuit
qui les fera valser valser valser jusqu’à plus d’heure.
Si j’avais attendu, je serai depuis belle lurette morte d’anémie !
Mon fils ma bataille (les mères aussi) lui seul me préoccupe à présent.
Oublier mon âge et me consacrer entièrement à lui.
J’aimerais pouvoir dire aujourd’hui que ma vie est pleinement heureuse, entre un mari aimant et un travail épanouissant ; mais il n’en est rien.
Beaucoup d’ennui et de déceptions pour l’un, une frustration certaine pour l’autre.
C’est ainsi.
Mon paradis s’est perdu
et dissous dans la réalité du quotidien ; inévitable constat d’une ex jeune fille longtemps inadaptée.
Sans doute aurais-je pu (dû ?) partir à nouveau, mais le courage m’aura manqué et ç’eut été priver un fils de son père.
Il l’aime et l’admire tant que je me surprends parfois à en être un peu jalouse ; sans conséquences heureusement.
Si seulement cet enfant pouvait me prêter ses yeux pour regarder son père !
Si loin aujourd’hui, si proches et complices autrefois…
Oui, j’ai eu cinquante ans ce matin.
Pas de quoi en faire un fromage, encore moins une raclette !
Dans mes crises d’optimisme (assez rares) je me dis qu’il me reste tant à vivre et tant de temps pour devenir enfin moi et voir grandir celui que j’avais fini par ne plus espérer.
Les autres jours -nostalgique- j’ai le tort de regretter une jeunesse qui fut pourtant douloureuse et instable…
Jamais contente !
Un jour lointain, heureuse, je sourirai sans doute en repensant à cette première moitié de vie toute symbolique.
Et je ne m’en voudrai plus…
Quelle poétesse je fais…
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