Remembrances

Posté par BernartZé le 25 avril 2016

Fenêtre et vigne vierge

Le temps suspendu

  

            La nuit dernière j’ai rêvé que je retournais à Vienne.

 

     Ce n’était plus l’automne, l’hiver et ses rigueurs étaient déjà revenus.

Pourquoi Vienne ?

Etait-ce à cause de Klimt de Zweig ou de Schnitzler, de Schubert ou d’Elisabeth (aucun lien avec « Sissi ») peut-être ?

Trop de souvenirs mélangés depuis tant d’années.

 

     J’ai d’abord revu la fenêtre en façade tout auréolée de vigne vierge ; il faisait plein jour et j’étais un peu ébloui par trop de lumière.

La maison semblait toujours en vie alors que nous l’avions tous quittée depuis fort longtemps.

J’ai revu nos jeux d’enfants au pied de la cheminée de marbre blanc Cheminée de marbre blanc ; nous étions sages alors.

Je crois que « la jeune femme au livre » Jeune femme au Livre (1830) nous avait déjà été enlevée du meuble contigu (s’appelait-elle Sabine ?!).

Le grand tapis nous servait de terrain de jeu et, tout en restant calmes et posés ainsi qu’on nous l’avait appris, nous nous y ébrouions joyeusement.

Jusqu’à ce que sonne l’heure de la fin des récréations et que revienne celle des études interrompues par le dîner.

Elisabeth avait à peine cinq ans et s’appliquait déjà à se tenir bien droite sur sa chaise en respectant les convenances (elle surveillait discrètement ses coudes).

Ferdinand et moi l’adorions tant que nous l’aurions bien croquée au dessert avec un peu de chantilly !

 

     Sans doute ai-je repris ma marche dans mon rêve pour me retrouver en plein cœur de la vieille ville.

J’ai revu le Café Sperl Café Sperl et le Sacher où étudiant j’ai passé tant de soirées à boire Café à discuter sans fin et à écrire ; en ces années de jeunesse je m’espérais encore écrivain.

Puis la neige est tombée ensevelissant d’autres images et la ville pour le plus grand bonheur des patineurs Patin à glace devant l'Hôtel de Ville.

J’ai poursuivi mon chemin ne reconnaissant soudain plus rien ; ma vue s’est brouillée en repensant à la déroute familiale, à la vente inévitable et à la disparition brutale d’Elisabeth.

Elle n’aura jamais eu dix-huit ans.

Vint l’exode forcé et l’accueil chaleureux de la France pour les quatre survivants que nous nous sentions être ; nous nous sommes éparpillés peu à peu, d’autres exils d’autres morts.

 

            Pourquoi Vienne ? Quelle question stupide tant la réponse est évidente.

Il serait plus utile (pour moi) de comprendre pourquoi j’ai fait soudain ce rêve la nuit dernière alors que je n’avais plus songé à Vienne depuis de nombreuses années.

Certes je m’étais fait une cure de Schubert réécoutant notamment La jeune fille et la mort quelques nuits plus tôt ; mais pas son long Voyage d’hiver !

 

     J’ai une corde pincée dans le bas de mon dos…

 

 

La jeune fille et la mort - Pierre Alechinsky (1966-67) 

(© 2016/droits réservés)

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