Une idée (peut-être) ?

Posté par BernartZé le 29 août 2016

Là-haut dans les nuages

Vœu d’invisibilité

            

            C’est décidé je vais disparaître.

 

     A trop se consumer se consoler -sans se rassasier- on finit par s’épuiser.

Seulement voilà, il n’est plus temps de rigoler ; il faut légiférer.

Promulguons promulguons à tout va pour s’en aller tranquillement !

 

     Des éclats dans la tête par milliers et le corps à vau-l’eau il est temps de se montrer raisonnable.

De toute façon la cravate ne me seyait guère et je n’habite plus le costume humain depuis des décennies Costume d'homme invisible.

Il est logique d’aspirer à la transparence lorsque se soustraire aux regards devient impératif ; l’effort de paraître digne et souriant peut s’avérer une épreuve trop difficile.

A quoi bon cette contrainte s’il n’y a plus rien à sauver ?

Les meubles ont tous brûlé et les paradis depuis longtemps perdus n’abritent plus les rêves d’autrefois.

Il faut savoir s’effacer.

 

     Tel un ange déchu l’enfant de jadis s’est dissout au contact du sol ; on ne dira jamais assez la cruauté du macadam.

Et l’adulte mal grandi encombré par son deuil est risible quand il s’obstine dans ses erreurs.

Ses ailes atrophiées ne cessent de le faire trébucher.

Il se voulait génial et le voilà grotesque !

Le combat se pouvait-il égal quand -mauvaise donne- il s’était de lui-même condamné en ne songeant qu’à pourchasser ses chimères ?

Le dos courbé les mains croisées, pas gai pas triste il est à présent mortellement ennuyeux pour autrui.

 

     Oui c’est certain l’heure est venue de désencombrer le paysage.

Disparaître aux yeux de tous, devenir un ectoplasme Ectoplasme (par Ariane Lumen) qui ne brillerait plus que par son omniabsence ; quelle présomption cependant !

Un être immatériel et transparent qui ne serait plus tout à fait là ; juste à côté comme il l’avait toujours été.

Invisible ; et ce serait son ultime récompense.

 

            En un aveu d’impuissance, cours dire aux hommes faibles qu’ils ont le droit de l’être…

 

  

Cours dire aux hommes faibles - Jean-Louis Murat (1991)

(© 2016/droits réservés)

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Quelle aventure !

Posté par BernartZé le 26 août 2016

Lunettes de myope

Ascèse pour un retard

  

        Tout d’abord, peut-être est-il bon de rappeler ici deux grandes règles qui régissent fondamentalement nos vies : G ≠ C, même si cela doit paraître évident à presque tous ; l’esprit peut s’avérer plus fort que la matière. Sans doute pas toujours, mais en cette occurrence ce fut bel et bien le cas.

Du coup, seize heures plus tard…

 

     Certainement une première : j’avais largement le temps de ne pas louper mon train du retour !

Contrairement au voyage aller, pas besoin de courir, chargé comme un baudet, dans l’espoir de ne pas manquer le coup de sifflet annonciateur du départ. Ce qui d’ailleurs avait été vain.

 

     Tranquillement assis sur un banc du quai, j’avais cette fois une bonne vingtaine de minutes d’avance ; incroyable mais véridique !

Délesté de mes sacs, je pouvais pleinement profiter du confort (relatif) que m’offrait un réel adossement et ce n’était pas le clin d’œil direct tenté par le soleil qui pourrait réussir à m’empêcher de goûter un rare moment où le temps suspendu se faisait oublier.

Agrémenté de musique versée à même mes seules oreilles, je trouvais cet instant quasi extatique.

Tout en n’imaginant pas que cela put durer éternellement, je pouvais encore moins deviner ce qui m’attendait…

     Horloge Sncf L’heure ayant tourné (encore plus implacablement que…la mayonnaise), je dus constater que mon train était en retard. Rien de très étonnant à cela : ainsi qu’un écran nous en avait informé dans la gare, il devait faire partie des trains retardés (de dix à vingt minutes) pour cause de travaux en amont de la voie.

Quelques minutes plus tard, mon inquiétude trouva enfin matière à s’exercer quand je réalisais, passé le temps mis par les voyageurs d’un train précédent à déguerpir de là, que je me trouvais bien seul.

La solitude est un sentiment que je n’ai jamais craint ; pourtant je dus m’avouer alors qu’elle ne présageait (vraiment) rien de bon.

Un petit quart d’heure de retard était plausible ; personne d’autre sur le quai, à défaut d’une annonce haut-parleurs…carrément pas du tout !!

Diantre fichtre ! Bougre d’âne ! Que se passait-il donc ! Pourquoi ce suspens haletant venu troubler mon instant magique ?

Je me remis en marche, à nouveau lesté : escaliers, couloir et retour dans le hall de gare où le panneau d’affichage ne proposait plus que des trains en sens inverse, pas un seul pour Paris, mon point de chute, mon refuge capital !

L’inquiétude grandissant, je décidais de m’adresser à l’un des rares guichets ouverts (l’heure ? la saison ? la prédominance des « guichets automatiques » ?…) où une aimable personne m’appris, me confirma, que j’avais effectivement raté mon train.

Il était parfaitement parti à l’heure, très exactement sur le quai prévu et indiqué.

Le quai G et non C ; ma myopie avait encore frappé !

C’était la toute première fois que sans lunettes, les yeux exorbités pour lire un écran en dessous duquel je me tenais, je m’étais révélé incapable de déchiffrer sans me tromper une ligne d’affichage luminescent.

L’âge, à n’en pas douter !

A cette heure, plus le moindre train pour Paris, pas même en essayant de passer par Rome ou Tombouctou, aucun service de cars publics ou privés envisageable. En désespoir de cause, on me conseilla simplement d’aller interroger « le chef de gare » (enfin, son équipe !) au bout du bout du premier quai.

Je me remis en marche, toujours aussi chargé, mais presque totalement délesté de mes derniers espoirs.

Tout en tentant de me rassurer calmement avant que la crise de panique n’atteigne inexorablement mon cerveau, je commençais à prendre conscience du fait que je m’étais éloigné brutalement et sans m’en rendre compte du moment de ma délivrance, celui-là même où, la porte de ma cage à poule refermée, je pourrai enfin me soustraire à tous les regards, à nouveau invisible pour le reste du monde.

Ma bulle mentale venait d’éclater, le danger n’allait pas manquer de sourdre à l’improviste !

Le temps d’arpenter le quai indiqué à la recherche du poste de garde, mille éclats de panique eurent le loisir de s’éparpiller dans ma tête.

Bien au-delà de la question consistant à savoir comment rejoindre mon home sweet home, mon havre de paix, mon unique refuge, je commençais à sentir poindre le doute se résumant à « et cette nuit, puis demain et pour mes parotides…?? »

Rester calme, le plus longtemps possible !

Parvenu au-delà du bout du quai, je m’entendis – en dépit de ma musique censée me protéger du monde extérieur – rappeler à l’ordre, ou tout du moins appelé par un agent Sncf. Je compris que j’avais dépassé les bornes, ou plus exactement la limite du quai symbolisée par le dernier poste Bureau des objets trouvés, un bureau devant lequel (mes lunettes définitivement vissées sur mon appendice nasal) j’étais passé indifférent, en lisant « objets trouvés ».

Je m’étais cru d’autant moins concerné, que je ne pouvais me considérer qu’étant parti chercher un autre moyen de transport, en guise de solution salvatrice.

Retour en arrière, je revins sur mes pas, répondant à l’invite qui m’était faite. A l’intérieur du bureau, je me trouvais face à trois agents, dont celui qui m’avait repêché peu avant l’extrême limite du quai.

Toujours chargé comme un…mulet (plus rien d’autre ne comptait que la recherche d’une solution de plus en plus improbable), j’expliquais le plus synthétiquement (un défi, me concernant !) possible ce qui me préoccupait. 

L’inventaire fut rapidement fait par mes trois interlocuteurs : mis à part un taxi (je serais bien incapable d’en estimer le prix exorbitant étant donné le trajet), la seule solution, très hypothétique se résumait à faire du stop à la sortie de la ville.

J’en avais bien passé l’âge !

Pourtant, si je voulais me donner une chance (infime !) de rejoindre mon terrier avant le premier train du lendemain, je me devais au moins de tenter l’aventure, en ultime recours !

Excepté l’agent qui avait continué à lire son journal (cent pour cent sportif, à moitié consacré au football, même après la Coupe du Monde et malgré la trêve estivale ?) en prêtant simplement une oreille distraite au récit de mon malheureux sort, je pus compter à ma grande surprise (pour ne pas dire plus !) sur ses deux collègues qui parurent immédiatement plus concernés.

L’une, une jeune femme, s’empara d’un marker rouge pour tracer sur une feuille de papier les cinq grandes lettres de ma destination finale. L’autre m’étonna encore plus en réagissant presque au quart de tour, alors que je lui avais demandé conseil pour savoir où lever le Pouce stop (au nord, à l’est, au sud, ou à l’ouest -où je me trouvais pour le moment-, ou bien ?) afin de m’offrir l’opportunité de décoller définitivement de son macadam.

En deux temps et encore moins de mouvements il me proposa, ayant achevé son service, de me conduire jusqu’à la grande voie la plus judicieuse à emprunter, direction Paris !

L’aubaine était forcément incroyable.

     En montant en voiture, essayant d’estimer mes chances de rentrer chez moi le soir même, j’étais bien incapable d’imaginer ce que me réservait le destin.   

Me refusant à rêver au cas de figure idéal, je ne pouvais que me convaincre d’essayer le stop, en profitant des conditions climatiques radieuses de cette fin de journée estivale qui m’assurait donc encore largement plus d’une heure de lumière diurne. 

Et qui pouvait savoir ?…

Mon chauffeur impromptu me proposa de faire un choix entre deux routes. Car si tous les chemins sont supposés mener à Rome, deux seulement étaient susceptibles de me reconduire à bon port, jusqu’à la capitale de notre hexagone : la nationale et l’autoroute. Et à moins de posséder le don d’ubiquité, il me fallait trancher, sans état d’âme ni regrets éventuels.

Ne connaissant pas le moins du monde la région, j’étais bien obligé de me fier essentiellement à l’appréciation de mon sympathique conducteur. M’ayant présenté les avantages et les inconvénients de chaque voie, j’essayais de les envisager à tour de rôle, tout en escomptant un verdict net et définitif de sa part.

Or, au bout de quelques minutes, je dus réaliser, tout avenant qu’il pouvait effectivement être, que nous tournions en rond (nous seuls, pas la voiture, fort heureusement !), passant et repassant continuellement en revue les meilleurs motifs d’aller tendre ma feuille de papier là-bas plutôt qu’ici.

A priori un grand nombre de parisiens prendraient plutôt l’autoroute, payante mais plus rapide. La nationale offrait l’avantage d’être plus facile d’accès pour un autostoppeur (j’allais à cette occasion rajeunir de plus de vingt ans !), avec une possibilité de repli en cas d’enracinement sur place à la tombée de la nuit.

Même si tout était possible, le meilleur également (donc !), je ne voulais pas prendre le risque de me retrouver, le soleil s’étant couché, tout seul et toujours à l’entrée de la même autoroute, mais dans l’obligation de planter là ma tente, faute d’avoir été pris par un quidam compatissant. Et n’ayant pas de tente sur moi, l’autoroute me parut constituer une solution extrême, du genre « ou ça passe, ou ça casse ».  

Incapable, par nature, de dormir debout à l’abri d’un fourré, je n’avais plus qu’une solution : la nationale, avec la possibilité de faire, en désespoir de cause, marche arrière, à pieds cette fois. Au passage, mon bienfaiteur me désigna un ou deux hôtels « premier prix » situés sur l’autre bas-côté. Sans savoir s’ils s’avéreraient être dans mes moyens, j’en fus tout de même rassuré. Vive la carte bleue au fond de la poche !

Pour l’heure, après un cheminement tout droit depuis la sortie du parking de la gare, ayant longé un cours d’eau (une rivière ?) avec une enfilade d’arbres légèrement courbés au-dessus de nos têtes et de notre carrosserie, après, au final, un ou deux tour(s) de rond-point exécuté(s) dans le sens trigonométrique (giratoire…plus exactement !), nous arrivâmes enfin (à peine plus d’une dizaine de minutes plus tard) là où nos routes allaient définitivement se décroiser et nous nous séparer. Je fus déposé avec mes deux bagages au commencement d’une longue ligne droite sans fin. Tout au bout, les quatre murs de ma bulle matricielle m’attendaient.

Nos adieux furent chaleureux mais brefs, le temps au moins de signifier mon extrême reconnaissance et de me mettre à la place de celui que je ne reverrai jamais. Comment allait-il faire pour poursuivre son chemin sans jamais savoir ce qu’il m’arriverait ensuite ?!

Quelques instants après, mes sacs déposés à un mètre de moi, je commençais à tendre ma feuille de papier.

 

     Il était environ 20h30, un soir ensoleillé d’été ; j’avais donc à priori encore plus d’une heure à bénéficier de la lumière du jour.

Soleil rond Un soleil à l’œil bien rond veillait sur moi, me faisant juste face. Aucun nuage menaçant en vue susceptible de nous faire de l’ombre.

Clara Sean Baker et moi bénéficions de circonstances idéales pour humer le fond de l’air tout en faisant de l’auto-stop.

Sans même songer à tenir compte de mon humeur du moment et de mon avis, elle entama violemment le concerto n°1 de Tchaïkovsky, à même les touches de son piano, dont les premières notes commencèrent à résonner dans ma tête à l’instant précis où je tendais mon ardoise papier indiquant ma destination à tous mes futurs candidats au titre de (deuxième) bienfaiteur du jour !

J’aurais très bien pu fredonner mentalement le premier mouvement, mais c’est elle qui avait préféré le jouer. Dans de telles conditions, comment ne pas rester optimiste et patienter avec entrain sur le bord de la route.

CSB Clara S. B. s’entêtant à tue-tête (pardon pour l’allitération évidente et facile !), je ne pouvais qu’avoir foi en l’avenir immédiat.

Tandis qu’elle s’échinait presque couchée sur son clavier, je me rendis vite compte que mes jambes battaient la mesure dans une position faussement décontractée.

Faute d’avoir encore l’âge, d’après mon seul état civil, de tendre le pouce (les deux bras en l’occurrence), je devais estimer, tout à fait inconsciemment, devoir paraître, à distance, jeune et désinvolte, voire un brin nonchalant !

Mes lunettes de myope (mais photochromiques !) bien juchées sur mon nez, je scrutais tranquillement l’horizon, plus exactement le rond-point situé quelques vingt ou trente mètres en deçà de ma voie, nationale, mais royale.

Avant même la fin du concerto, je déplorais, non sans étonnement, une légère crampe musculaire sur le flanc extérieur de ma cuisse gauche.

Déjà !? Certes, je me rendis alors compte que mes deux jambes un peu écartées ne se situaient pas exactement sur le même plan (petite dénivellation sur le bas-côté !), mais de là à imaginer une défaillance aussi précoce !

Quatre ou cinq coups de poing plus tard, je me remettais dans une position quasiment identique, un sourire de Joconde aux lèvres.

Moi-même légèrement surpris, je savourais l’instant présent totalement improvisé !

Au lieu de me trouver à cette heure à mi-chemin environ du trajet retour prévu par voie ferroviaire, j’étais planté là, sur le bord d’une nationale ensoleillée, seul piéton spectateur d’un balai de voitures allant et venant dans les deux sens. Finalement j’étais assez tranquille, me fondant dans un grand espace uniquement constitué d’un rond-point, dans mon horizon immédiat, et d’une route droite, trait de bitume entre deux étendues parfaitement bucoliques. Certes, il me revint soudainement à l’esprit que mon sac à dos contenait, outre des conserves et autres denrées non périssables, des produits censés demeurer frais, du genre crevettes et poissonnailles diverses à base de surimi et d’ingrédients tout aussi naturels et sains.  

Ne pouvant strictement rien faire pour l’heure afin de les sauvegarder, je choisis de vite effacer ce problème (très relatif) de ma mémoire, et advienne que pourra !

Tant qu’à faire abstraction des problèmes, je m’efforçais aussi de décharger mon esprit des plus sérieux (pour moi, en tous cas), susceptibles de me freiner dans mon élan. Délestons, délestons ! Allégeons-nous jusqu’à la décorporation la plus complète !

 

     Durant la première demi-heure, deux voitures s’arrêtèrent quelques mètres derrière moi. Si je n’hésitais pas à décliner l’offre initiale qui m’aurait vu déposé à peine quelques kilomètres plus loin, je fus plus circonspect ensuite, alors que la deuxième occasion pouvait me déposer aux abords de la ville suivante, seul arrêt ferroviaire opéré par le train de Paris.

Estimant pourtant qu’il était encore relativement « tôt », espérant mieux des demi-heures suivantes, je me crus obligé de remercier le plus chaleureusement possible celui qui ne deviendrait jamais « mon » conducteur, pas même le temps de parcourir un ou deux kilomètres.

Et je repris ma pose apparemment décontractée.

Je restais optimiste, songeant tout de même aux hôtels situés non loin à la sortie de la ville, offrant mon air le plus naturellement dégagé.

Le temps passait, les voitures aussi, le soleil arborait une mine de plus en plus rouge, congestionnée par l’effort consistant (pour lui !) à aller -déjà- se coucher.

Sans parler des voitures bretonnes qui auraient pu se montrer solidaires en souvenir de ma jeunesse, j’en vis passer plusieurs immatriculées en Île de France, première ou deuxième couronne. Autant d’occasions me filant sous le nez de me rapprocher de la capitale, à charge pour moi de sauter dans un RER pour finir le trajet.

Avant que ne disparaisse définitivement le soleil de mon horizon, je pus dénombrer trois arrêts de véhicules : celui d’une jeune et jolie charmante femme rousse ; l’habitacle du deuxième dirigé par un père de famille semblait déborder d’enfants et d’objets très variés (l’unique place restante n’était qu’à moitié vacante !) ; enfin celui d’un as (fou ?) du volant qui avait d’abord failli m’écraser avant de freiner sèchement plusieurs mètres derrière moi.

La manœuvre un poil périlleuse m’avait simplement obligé à deux ou trois pas d’esquive sur le côté, tandis que lui avait dû, de façon toujours vive et anarchique, procéder à une marche arrière sur une certaine distance. Je compris ainsi que son intention initiale avait plus été de me prendre à son bord que de m’écraser sauvagement. En me penchant à la portière côté passager, je vis rapidement à quel bonhomme j’avais affaire. Sans vouloir préjuger (hâtivement) des apparences, il faut avouer qu’elles ne plaidaient pas réellement en sa faveur : mis à part un art non dissimulé du désordre, il paraissait aussi échauffé sous le capot que devait l’être les disques de ses freins (?). Il me proposait de me déposer quelques kilomètres plus loin…devant la cabane des Schmitt (ou bien Schmidt…?).

N’ayant pas l’honneur de connaître cette famille-là, mon ignorance le contraint à une traduction supplémentaire me faisant comprendre qu’il s’agissait de la gendarmerie du prochain patelin. D’après lui, en moins d’un quart d’heure d’attente vaine, les porteurs de képi se dévoueraient forcément pour me conduire plus loin, ne serait-ce qu’à « l’hôtel » le plus proche (d’une ville située…?), histoire de ne pas me laisser coucher dehors.

L’hypothèse me laissa momentanément sans voix !

Au fur et à mesure que je l’écoutais développer sa « thèse », je réalisais qu’il me faudrait une bonne dose…d’inconscience pour monter en voiture ; mon intuition me soufflait de ne pas le suivre dans son plan et donc de ne pas l’accompagner. Un peu honteux de ressentir à priori une telle méfiance, je mis en avant le fait (réel) que je préférais ne pas m’éloigner de cette zone située non loin de positions de repli (les hôtels !) stratégique à l’heure prochaine de la fin du jour ; pas pour si peu de kilomètres, en tous cas.

Son bolide et lui repartirent donc aussi vivement qu’ils étaient venus et je repris aussitôt ma posture désinvolte, mélange de patience et de décontraction.

Qui sait si je n’avais pas échappé là à un égorgeur d’auto-stoppeurs, voire pire ?!…

 

     Toutes choses devant avoir une fin, les moins bonnes comme les meilleures, je m’étais fixé pour limite temporelle le coucher du soleil. Plus exactement, l’instant précis où sa boule rouge aurait définitivement disparu derrière les arbres de mon horizon, ceux du rond-point situé en droite ligne dans ma mire.

Durant les dernières minutes précédant le coucher de son altesse diurne, j’ai plus d’une fois hésité à lâcher brièvement ma pancarte (en papier) pour aller chercher, vite fait, mon minuscule appareil photo numérique (resté sur le bas-côté, dans une poche de l’un de mes sacs) afin d’immortaliser et l’instant et (surtout) ce royal et rougeoyant déclin.

Mais bêtement -il faut bien l’avouer- je n’ai pas osé manquer éventuellement une dernière occasion de décoller de mon petit bout de macadam.

Passé le moment du décret officiel (juché sur mes pointes de pieds) de la disparition totale du soleil, je n’ai (évidemment !!) pas ramassé prestement mes affaires pour déguerpir fissa : impossible de ne pas compter encore une ou deux fois deux ou trois voitures, avant de renoncer définitivement. Il n’était pas tout à fait 22 heures, et j’avais encore le temps de rebrousser chemin en profitant des dernières et rassurantes lueurs du jour.

J’ai donc marché un peu, au-delà du (fameux) rond-point derrière lequel rien ni personne ne se cachait plus, longeant à rebrousse poil la route…de la sortie de la ville.

J’aperçus enfin à courte distance les lumières indiquant l’hôtel « number one » Hôtel 1ère classe, catégorie premier prix, en deçà duquel je n’aurais pas eu d’autre choix que celui de dormir à la belle étoile. Trop fatigué et plus assez jeune pour ça.

Et tant pis s’il me fallut faire face à un imprévu supplémentaire d’ordre exclusivement financier ; vive la carte bleue !

En oubliant la petite famille qui me grilla la priorité d’un souffle, je ne vis personne et n’eus affaire qu’à un terminal d’ordinateur Terminal réservation hôtel pour enregistrer ma demande et me réserver une chambre, contre un paiement inévitable. 

L’idéal à cette heure (environ  22 heures et un petit quart) pour ma lassitude, ma fatigue, mes « bagages » et moi-même !

Le temps de grimper un escalier extérieur et je refermais derrière moi la porte n° 9.

Ouf !

 

     Je découvris alors ma vaste chambre de moine trappiste allouée pour une nuit…avec quelques aménagements et conforts supplémentaires !

Pour être honnête, la superficie devait bien atteindre les 16 ou 18 m², soit peut-être (je n’ai toujours pas effectué ma première retraite dans un monastère) près du double d’une cellule de frère.

De toutes façons, j’étais si content de pouvoir enfin recréer ma bulle dans un espace délimité, que j’aurais bien accepté de me terrer dans un trou de souris, même sans gruyère ! Et puis pour y vivre à peine plus d’une dizaine d’heures, je n’avais vraiment pas lieu de me plaindre.

Mon palace Chambre n° 9 était non seulement pourvu d’un large lit à deux places (aucun risque d’en tomber en s’y retournant brusquement), mais surtout d’une salle d’eau, petite, compacte, regroupée à l’extrême, mais complète : douche, toilettes, lavabo, le tout ramassé en moins de trois mètres carrés ; grand bravo au concepteur d’un tel phénomène dans l’art d’occuper l’espace de façon optimale !

Enfin, the icing on the cake : une télévision avec télécommande.

Comment en effet imaginer en ce XXIème siècle une chambre d’hôtel privée d’un média aussi primordial ?!

Personnellement, j’aurais très nettement préféré avoir une petite radio FM sous la main, histoire d’écouter un peu de musique classique. Mais à défaut, je me résolus à allumer la petite lucarne « gracieusement » mise à ma disposition. Il y avait neuf ou dix chaînes, aucune musicale, et surtout pas une seule dévolue aux news en continu. C’est à ce moment précis que je réalisais ma totale désinformation accomplie en moins de quarante-huit heures.

Quelque chose d’important (obligatoirement !) s’était produit quelque part sur la planète, et je l’ignorais encore totalement.

Tant pis pour cette nuit ; j’avais du reste bien mieux et plus urgent à faire dans la salle d’eau : me laver enfin, me défatiguer et me relaxer autant que possible. Et je pris tout mon temps…aussi bien au lavabo, aux toilettes, que sous la douche dont le bac était si peu dénivelé par rapport au sol de la pièce, qu’il était parfaitement impossible de se doucher sans arroser (malgré le rideau) dans les grandes largeurs. Heureusement que deux grandes serviettes étaient prévues…dont une serpillière !

Je sortis de là un peu plus frais et moins las.

Il était bien l’heure de prendre du repos et d’essayer de dormir. Faute de « Radio Classique », je mis une émission musicale tardive pour me bercer, lumières éteintes. Mais trop bavarde et pas assez musicale pour ce que j’en attendais alors, je finis par faire le noir complet dans ma cellule de nanti.

Ce n’est pas pour autant que je réussis à dormir. Trop chaud, trop fatigué et beaucoup trop en activité subcrânienne, je ne fis que me tourner et me retourner (sans jamais tomber), rabattre couverture et drap, pédaler en vain dans mon lit, pour mieux m’impatienter et finalement m’énerver.

Après un certain nombre de debout/couché, vint l’heure (environ 3h30) de chocolater.

Si je voulais me donner une petite chance d’avoir l’air vaguement humain le lendemain…tout à l’heure, à celle de reprendre enfin ma route et le moyen de transport ferroviaire dont je n’avais pu (et pour cause !) utiliser le billet la veille, il me fallait entamer largement mon stock de tablettes que je ramenais chez moi.

J’avais à ma disposition exactement 500 g (2×200 + 100) Château lait raisins noisettes Château noir noisettes Château Scholetta ; soyons précis, hors de question de plaisanter avec tout ce qui touche au cacao !!) pour faire meilleure figure à mon réveil (…à condition de réussir ensuite à dormir un moment…tout en digérant).

C’est bien la première fois que me fut donnée (« imposée », par les circonstances, serait plus exact !) l’occasion de rentrer chez moi bredouille…mais allégé en cours de route.

Il m’aurait d’ailleurs fallu une réserve de chocolat plus conséquente pour être et me sentir davantage présentable.

Faute de mieux, je dus puiser encore dans mes ressources psychiques (si, si ! nul n’est autorisé à rire !) pour affronter le monde extérieur (…)

J’ai finalement dormi deux heures et demie ou trois grâce, j’imagine, à une dose de fatigue nettement dépassée.

A mon réveil, un coup d’œil rassurant aux horaires de trains, même s’il n’était plus utile de me ruer à la gare pour rentrer « plus tôt » (!), et je me mis tranquillement en mouvement pour me préparer.

Toujours pas la moindre information à me mettre sous un repli de cerveau. Encore des bombes quelque part et d’autres morts sûrement dans le monde, mais où ?

Je pris tout mon temps pour revisiter la salle d’eau et refaire connaissance avec la douche, avec les mêmes inévitables retombées. Et la serpillière de secours se remit en action.

Cette fois, pour ce matin-là, j’avais exceptionnellement prévu « très large », question horaire. Pas loin d’une heure et demie pour rallier la gare à pieds ! Même s’il m’était difficile d’estimer la distance kilométrique qui m’en séparait, je ne pouvais pas imaginer m’en être éloigné la veille au point de devoir marcher aussi longtemps.

Un coup d’œil extérieur par la fenêtre, une fois le volet roulant rembobiné : grise mine du temps en cette fin juillet. On aurait même bien dit…qu’il pleuvait ; aussitôt et pratiquement vérifié en mettant le nez dehors d’un pas en avant. 

Machine arrière, toute !!

Songeant à la longueur inestimable du parcours et faute de parapluie (délaissé par mégarde dix mois plus tôt sur un quai de métro), je perdis un bon petit quart d’heure avant de me décider à lever le camp, la pluie ayant l’air de vouloir cesser de retarder mon rapatriement. 

Allez ouste dehors ! Il me restait près d’une heure et quart pour attraper le dernier train de la matinée ; sinon, il serait bien temps de dénombrer tous ceux de l’après-midi comme autant de chances de rentrer enfin chez moi…avant le prochain coucher du soleil, pour peu que les nuages daignent se retirer, passée l’ondée !

 

     Il ne pleuvait quasiment plus, ce qui me permit de rechausser mes lunettes, quand je me mis en route. Regagnant la nationale à grandes enjambées, le ciel ne semblant pas tellement plus à la fête qu’au moment de l’averse, je respirais avidement l’air d’un tout nouveau jour, celui où je n’allais certainement pas rater mon train et qui me verrait rejoindre sans faute mon cher domicile.

Contrairement à mon sac d’appoint maintenu en bandoulière, mon sac à dos devait peser autant qu’avant. Une grande différence cependant : j’avais réussi par une plongée aveugle d’une main à déplacer très sensiblement…une boite de conserve qui n’avait cessé la veille de s’incruster dans le bas de mon dos, une empreinte très marquée pouvant en témoigner (en cas de doute, qui plus est de litige !).

Cette confortable amélioration ne pouvait que m’inciter à l’optimisme. N’avais-je d’ailleurs pas une simple ligne droite à reproduire en sens inverse et à pieds pour revenir à la gare !?  

En définitive, quelle importance pour moi d’ignorer le nombre de kilomètres à parcourir ?

Je m’étais retapé, tout seul comme un grand, un moral flambant neuf, et je marchais tête droite en admirant le paysage et les bas-côtés. De toute évidence cette sortie de la ville, dont je m’efforçais vaillamment de rejoindre le centre, était vouée aux grandes surfaces du style « tout pour la maison, du sol aux plafond et même pour vos bidons ». De quoi rester un bon moment rêveur, en songeant (mon imagination faisant l’essentiel du travail de création !) aux mètres carrés de tapis et aux moquettes moelleuses, aux dizaines -centaines ?- de rayons de bricolage et à toutes les travées regorgeant de denrées alimentaires !

Euh…traçons, traçons, tout droit vers ma maison !!

     Je fus accompagné dans ma balade par la pluie qui fit rapidement son retour sous forme de bruine légère (à ne surtout pas confondre avec le « crachin breton », qui n’est d’ailleurs pas réservé aux seuls départements de l’ouest hexagonal ; en aucun cas une A.O.C. donc !).

Je marchais ainsi sous la grisaille, le cœur léger et le bagage plus lourd.

Changements notables avec la veille au soir : je voyais cette fois « de dos » les voitures défiler en me dépassant et je ne tendais ni mon pouce ni une pseudo pancarte. Aucune chance d’être ainsi pris en stop, même si l’idée m’effleura l’esprit. A tort ou à raison, sans bien savoir pourquoi, je n’aurais pas osé de nouveau enfiler le costume de l’autostoppeur voulant rallier la gare sans se mouiller.

A une dizaine de mètres de me permettre de griller sans vergogne un feu Feux tricolores, ma pensée m’échappa, fit un bond de côté et profita d’une fenêtre ouverte pour se transmettre d’elle-même au conducteur le plus proche.

A ma grande surprise (tout de même !), je le vis se pencher côté passager et m’adresser la parole ; le temps de couper la musique qui saoulait mes oreilles, et j’eus peine à les croire, les supposant mal dégrisées.

Sans rien avoir demandé (à personne), je m’entendis proposer d’être conduit plus loin, en fait directement jusqu’à la gare.

Si le désintéressement dans ce bas monde se fait de plus en plus rare, il n’empêche qu’il existe encore, pouvant survenir m’importe quand et n’importe où…même à quelques mètres d’un feu rouge !

Un total inconnu, simplement désireux de me rendre service, avait supposé qu’il y avait promenade plus agréable que celle entreprise sous une pluie fine.

Croyant difficilement possible une telle aubaine, je ne pus m’empêcher de faire part de mon sentiment à mon bienfaiteur, comme s’il venait de me sauver la vie !

Lui, au contraire, trouvait ça tout naturel, d’autant que, passant par le centre ville, me déposer devant la gare ne constituerait pas un détour particulier à l’entendre ; puisqu’il le disait, pourquoi le contredire ?!

Nous devisâmes tranquillement en route : rien de très personnel ni de trop banal ; juste ce qu’il fallait pour éviter les pièges d’une conversation ennuyeuse et gênante pour tous deux. Bref, mon hôte s’avéra en tous points remarquable !

Et jusqu’au bout, puisqu’il me laissa devant l’entrée de la gare. Question d’éducation sans doute, je ne pus me retenir de réitérer mes plus sincères remerciements en témoignage de ma réelle reconnaissance.

 

     Presque aussi incrédule qu’un quart d’heure plus tôt, je fis mon entrée dans la gare avec une avance royale d’une cinquantaine de minutes.

Bien heureusement pour moi !

Le temps de vérifier l’heure et le quai de mon futur train, les yeux rivés, écarquillés sur l’écran listant les prochains départs, les lunettes enfoncées quasiment vissées cette fois sur mon arête nasale, et je réalisais subitement qu’ayant composté mon billet la veille, il me fallait impérativement prendre le temps de m’adresser à un guichet dans le hall, histoire d’expliquer mon cas, sans trop me perdre (si possible) dans tous les détails de mon aventure.

     Je ne revis pas la jeune et aimable personne de la veille ; sans doute dormait-elle encore en cette fin de matinée du lendemain, histoire de se remettre de sa garde nocturne.

Deux guichets ouverts en plein été un vendredi midi ; félicitations la SeNeCeFe !

Bref ! J’eus affaire au premier à se libérer. Je fis en sorte de présenter mon « problème » et la situation dans laquelle je me trouvais, le plus simplement du monde, enfin toutes proportions gardées, vue mon incapacité congénitale à ne pas compliquer…ce qui ne l’est pas à l’origine !

Je réussis cependant à me faire comprendre, ce qui m’amena à m’entendre confirmer que mon billet composté la veille n’était plus valable. J’avais très bien pu, éventuellement histoire de tuer le temps (?!), aller à Paris et en revenir ce matin, presque dans la foulée !

Oui, c’est vrai, pourquoi pas ?

Argumentant en prétextant de ma bonne foi, je vis bien que le guichetier cherchait juste un moyen de satisfaire ma demande sans pour autant violenter la réglementation qu’il se devait de respecter ; tradition et héritage quasi ancestral obligent !

Euréka ! Il trouva, ayant soudain l’idée de me demander si j’avais une preuve, une trace, une facture papier de ma nuit passée dans les environs. Il en fit prestement une photocopie, ratura et griffonna mon billet de train initial qu’il me remit tel un laissez-passer.

Problème résolu, aussitôt oublié !

Je m’autorisais alors, en ayant clairement le temps, à aller siroter un café, tranquillement assis à une table, au sein même de la gare. Ma montre -tout sourire- prit la pause en évidence pour m’épargner le moindre risque.

Et quand bien même…d’autres trains étaient prévus au cours de l’après-midi !!

Pour une (très rare) fois, je montais calmement dans l’un d’eux sans avoir failli le rater.

 

        Une portée de minutes avant midi, j’étais enfin assis et véritablement en route, presque déjà chez moi.

« Sereinement » (toutes proportions gardées pour qui me connaît un peu), je songeais au temps écoulé depuis mon premier (faux) départ : seize heures, à une ou deux minutes près.

Rien d’original, si j’avoue que ma première idée se résumait à « c’est tout ?! » ; évidemment, j’avais la sensation d’avoir vécu plusieurs jours durant ce laps de temps.

En y réfléchissant un peu plus (comment ne pas le faire ?), je réalisais que toutes ces heures passées hors de « ma bulle » avaient nécessairement compté double ou triple (au minimum). Pas de quoi se vanter, même si cela avait constitué pour moi une épreuve, un exercice de résistance mentale (le physique dans ces cas-là devant se plier à la loi « marche ou crève ! »), voire un défi personnel à relever.

Tout en ayant bien conscience de l’aspect anecdotique de ma situation, telle qu’elle pouvait logiquement être considérée par tout un chacun (« flûte de zut alors ! il vient de manquer son dernier train ! »), je ne pouvais pas nier le fait que je m’étais brutalement retrouvé perdu au milieu d’un no man’s land, le dernier pont aérien définitivement rompu avec ma bulle, ma matrice, mes quatre murs quoi !

Excessif ? Ridicule ? Très certainement.

Il n’empêche que, ne pouvant attendre (encore moins espérer !) l’intervention d’un deus ex machina, j’avais été obligé de me faire violence.

Faire d’abord le deuil définitif d’un retour simple et rapide chez moi pour reprendre ensuite activement les choses en mains si je voulais éviter de m’enraciner sur un quai de gare étranger avant la fin de l’été !

Il m’avait « juste » fallu improviser pour me sortir d’une situation « banale » (pour -presque- tous, sauf pour moi), qui allait pourtant me contraindre à puiser davantage dans mes réserves mentales. 

N’ayant pas le choix, j’avais été mis (par moi-même !) en demeure de faire totalement abstraction de mes contingences matérielles et terrestres.

Ma liberté d’agir n’avait pu s’exercer qu’après une totale -quoi que temporaire- décorporation !

 

     J’arrivai en gare seize heures pile poil après celle initialement prévue…la veille !

Rien que de très logique, finalement…

Mais oui ! C’était bien sûr ! Puisque je n’empreinte cette ligne de train qu’une fois tous les seize ans !

        Pas de quoi tartiner seize (+ une) pages ; quel gâchis d’arbres et de papier !…

 

 

Un homme heureux - William Sheller (1991)…tout simplement !

(© sept 2006-2016/droits réservés)

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Mot d’excuse : c’est l’été

Posté par BernartZé le 23 août 2016

Botte de poireau

La botte de l’hiver

(au cœur de l’été)

  

            N’oubliez pas de vous désaltérer afin de parer à une possible défaillance !

 

     Entre deux ou trois apéritifs Cocktails pour l'été, il faut bien boire…autre chose.

De l’eau, beaucoup d’eau, ça coule de source évidemment, comme du robinet.

Mais passées les eaux plates ou gazeuses qui vous font aller fort, sans oublier -surtout pas- l’eau minérale naturellement gazeuse débordant de magnésium comme n’arrête pas de nous le seriner son PDG (plus soûlant qu’un mojito) un peu secoué Pierre Papillaud (PDG de R.) (vive les effets pervers des publicités !), certains palais en manque de saveurs se plaignent.

Ils ont soif d’autres cocktails sans alcool.

Outre les classiques jus à base de tomate Jus de tomates et de légumes Fresh vegetable smoothie (photos non contractuelles) bizarrement plus rares dans les cafés, que reste-t-il à avaler à part les gazpachos ?

Mais si l’on ne digère pas l’huile d’olive…

 

     Et donc votre planche de salut pourrait être une soupe en plein été.

Nulle hérésie dans cette suggestion car nombre de bonnes soupes hivernales peuvent se déguster froide ; une fois testées cela semble frappé au coin du bon sens.

Suivant l’équipement dont vous disposez en cuisine vos choix seront plus ou moins grands.

Si un blender Blender ou autre mixeur aussi bruyant (et encombrant) fait partie de votre paysage, vous avez la possibilité de faire tous les mélanges imaginables à votre goût ; et vive les vitamines !

Dans le cas contraire il vous faudra vous contenter de ce que vos moyens vous permettront de vous offrir.

Soit des soupes veloutées en brick ou en sachet Velouté de poireaux pommes de terre (aucune velléité publicitaire).

Des soupes à base de champignons, cresson, poireaux (avec le plus souvent un taux de pommes de terre plus élevé, question de prix de revient !), potiron ou potimarron (très à la mode depuis ces dernières années), légumes plus ou moins verts (dont la liste laisse pantois), poissons (…), tomates, asperges et autres produits exotiques.

Et du sel, beaucoup de sel, énormément de sel sous prétexte de relever le goût…quitte à donner plus encore soif.

La loi du marché.

Si vous utilisez une soupe déshydratée pour vous fabriquer votre boisson estivale n’oubliez pas de vous équiper d’un chinois Un chinois ou à défaut d’une élégante passoire à thé Une passoire à thé afin de retenir tous les grumeaux et autres résidus qui s’avèreraient malvenus à l’heure de vous délecter.

Remarque : la dose d’eau est totalement aléatoire ; fonction de vos élans elle devra être plus grande si vous n’aimez pas la sensation salée…quitte à en faire un breuvage sans saveur.

Il faut savoir choisir et faire des sacrifices si vous voulez que des couleurs illuminent votre été Couleurs estivales !

 

            Si après toutes ces propositions vous n’avez pas trouvé le moyen de ne plus souffrir de la soif, rabattez-vous sur une armée de bouteilles d’eau Group plastic bottles of water isolated on white.

Ne buvez plus rien d’autre et surtout renoncez à vos doses (bi-)quotidiennes de pastis.

 

 

Pastis

(© 2016/droits réservés)

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Monsieur Bovary

Posté par BernartZé le 20 août 2016

Joyeux anniversaire

Trêve de plaisanterie

  

            Il venait d’avoir dix-huit ans

 

     Ce jour serait forcément mémorable ; c’est ce qu’il s’était aussitôt dit en se levant ce matin-là.

Il avait mis son réveil pour être sûr de ne pas laisser passer l’heure du changement, celui de la nouvelle ère.

Et à 10h14 précisément il avait presque couru à la salle de bain pour se planter devant le miroir et scruter son image.

Sa moustache avait-elle poussé durant la nuit ?

Son visage s’était-il transformé ?

Le regard Regard inquisiteur planté au fond des yeux il avait essayé de se donner une contenance dans l’espoir de se découvrir autre, un nouvel homme débarrassé des oripeaux de l’adolescence.

Il fut un peu déçu de retrouver des traits qu’il ne connaissait que trop bien, malheureusement.

La journée se passa, ordinaire.

Ses parents partis en vacances sans lui -il avait choisi de rester- l’avaient appelé rapidement le midi avant d’attaquer une randonnée forestière le cœur vaillant (et l’âme fière).

Ses camarades de lycée, bac en poche, s’étaient tous évaporés dans la nature ; le mois d’août était plus que jamais déserté.

Il était allé se promener le long de la plage ; en contrebas les mouettes et les brisants d’un jour un peu maussade Mouettes et brisants en manque de soleil.

Ni gâteau ni bougies à souffler au dessert de cette journée effectivement mémorable…

 

     D’une façon étonnante implacable et régulière tous les « jours J » des mois d’août suivants se déroulèrent à peu près de la même façon ; la mer lui manqua par la suite, ses parents disparus à l’issue d’un crash aérien de haute volée First class avion aussi.

Une seule exception, un seul été extraordinaire, celui où il avait connu Fräulein R. Schmitt Fräulein S..

Entre deux Saint Valentin, au beau milieu d’un mois d’août, elle passa dans sa vie ; pas de chance (un grand souvenir) !

 

            Hier, le jour de ses quatre-vingt-huit ans, il s’était souvenu -histoire de se distraire- de Rosanna.

Un groupe en fit même plus tard une chanson pour la célébrer.

Rosanna - Toto (1982)  

 

     Après soixante-dix années d’attentes il avait fini par comprendre qu’il avait toujours beaucoup trop espéré et trop attendu de sa simple vie ; en vain.

La source de bien des désillusions…

 

  

Happy B.  Ras le bol des bougies !

(© 2016/droits réservés)

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Hors du temps

Posté par BernartZé le 17 août 2016

Les lumières de la ville - Charlie Chaplin, 1936

Comme s’il était encore temps

(!)

  

            Les lumières de la vie s’étaient éteintes les unes après les autres.

 

     Tel un pavé de saumon (cru) Pavé de saumon (cru) incapable de remonter seul le courant il restait assis là inerte, les yeux rivés sur son assiette.

Plus la moindre envie de manger ni même d’ouvrir la bouche ; interloqué abasourdi muet.

Ne comprenant pas ce qu’il faisait encore ici-bas ses yeux ne cessaient de s’écarquiller en songeant au vide de son existence.

Il avait manqué tant d’occasions de s’échapper et d’en finir que, fort de ses expériences souvent ratées par inadvertance, il aurait pu écrire tout seul le contrepoint du fameux livre Suicide, mode d'emploi (de Claude Guillon et Yves le Bonniec, 1982) qui fit autrefois polémique jusqu’à être interdit en France (mais vendu aujourd’hui d’occasion à prix d’or sur des sites bien connus ; cherchez l’erreur) sur la base de la loi réprimant la provocation au suicide (kézaco ??).

Ses échecs successifs avaient fait moins de bruit.

Et quarante-douze mille ans plus tard il en était toujours au même stade ; Glory times Glory times - Portishead (1995) !

 

     Loin de se considérer comme un rescapé il n’avait pas le moindre respect pour lui-même, achevant de se haïr faute d’avoir pu découvrir une bonne raison de s’estimer.

Les jeux de miroirs avaient eu raison de lui.

A présent qu’il se retrouvait seul, l’ayant bien cherché, il pouvait contempler l’étendue des dégâts et de son royaume dont le sol ne cessait de se dérober à chaque pas.

Tomber se relever, tomber se relever, tomber se relever…basta !

Étant tombé bas (bien) plus de sept fois et n’étant pas Japonais, il s’était légitimement demandé si ce petit jeu de dupes -dont il était l’unique participant- allait durer encore longtemps ; la question ne se posait plus à présent.

Il savait que le cycle ne prendrait jamais fin et qu’il ne trouverait pas de répit.

A cent-cinquante-douze ans il serait encore assis sur cette même chaise Chaise musicale non musicale en attendant qu’elle ne cède par lassitude, le trouvant définitivement insupportable.

Avec un peu de chance son squelette, faute de peau restant sur les os, se romprait brutalement, s’éparpillant en mille morceaux.

Fin de cycle Fin (de non recevoir) !

Oublié le vieux refrain Comme j'ai mal ! et les sempiternelles jérémiades !

 

            Un nouveau jour s’était levé ; nouveau ?!!

 

 

Yeux écarquillés  Pris dans les phares…

(© 2016/droits réservés)

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(Presque) Imaginaires

Posté par BernartZé le 14 août 2016

De l'intérieur

Un égarement de plus

  

            L’autre nuit je me suis laissé aller à me laisser porter par mon envie de dériver.

 

     Inconfortablement assis sur mon coccyx (on fait ce qu’on peut !), je m’imaginais jouant aux Jeu d'osselets tout en me remémorant des jours meilleurs.

J’ai repensé à Madrid Madrid Madrid (2) et aux churros Churros dont tu ne pouvais te passer de crainte de « défaillir » ainsi que tu ne cessais de le répéter.

Quel âge avions-nous ? Huit ou neuf ans peut-être.

Au bout de cinq jours nous avions tous vite émigré sur la côte est, à moins de cinquante kilomètres au sud de Valence je crois, je ne me souviens plus du nom de la commune.

Le lieu était paisible et la plage apparemment tranquille Plage C..

Madrid Madrid nous aurions dû y rester…

 

     Nous profitions pleinement des charmes de l’été Les charmes de l'été - 1975 ; oh pardon, tu ne peux pas te souvenir de cette image floue et à peine moins lointaine pour moi seul.

Temps superbe, mer à une température idéale, tout nous parut sublime durant ce mois de juillet.

Le souvenir du sable fin me revient soudain à l’esprit ainsi que le plaisir d’y plonger les mains goulûment ; un vrai bonheur, un moment apaisant.

A la plage nous passions notre temps à lire (un peu) et à filer droit vers la mer pour déborder d’éclats.

Jusqu’au jour où la mer nous déborda.

 

     Le temps mauvais était annoncé, le Drapeau rouge était hissé.

Et pourtant ce jour-là nos parents, toujours prudents, nous avaient laissé aller nous baigner à condition de porter nos Flotteurs.

Nous avions protesté, on nous prenait pour des bébés !

Un peu humiliés, nous avions tout de même couru nous jeter dans les vagues tête la première.

Concours d’immersions contrariées par les bouées, rodomontades jusqu’au moment où tu ne remontas pas.

Une vague Grosse vague qui me parut énorme nous avait engloutis.

J’avais failli étouffer sous l’eau alors que j’étais capable de flotter sans même avoir besoin de faire la planche ; mais là !

Notre père, qui gardait toujours un œil sur nous depuis la plage, était venu à la rescousse pour nous sauver de ce trop plein d’eau.

Mais tu avais définitivement sombré ; ton corps fut repêché trois jours plus tard.

 

     Essayer de te dire le cataclysme qui s’ensuivit serait peine perdue.

Aucun de nous trois ne réussit jamais à admettre l’inacceptable.

La vie dut continuer sans toi, omniprésent.

Nous avons tous grandi et vieilli ; nos parents sont morts.

Je reste seul.

Je reste seul et je me souviens.

Je me « souviens » que nous étions nés à quelques minutes d’intervalle, tous deux l’aîné de l’autre en dépit des légendes.

Ce débat sans intérêt n’a -malheureusement- plus lieu d’être.

 

            Partir à la dérive puisqu’il me faut partir ?…

 

 

Two in the pocket  

(© 2016/droits réservés)

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La bonne conscience…

Posté par BernartZé le 11 août 2016

Sur la Route des Vacances

La voie de son maître

(la déroute des vacances)

  

            Et c’est reparti pour la grande transhumance !

 

     C’est chaque année la même histoire au moment de quitter son sweet home pour quelques semaines de plaisance bien méritées.

Après en avoir rêvé durant onze mois, toute la petite famille s’excite et s’affole la semaine précédant la belle échappée.

Chacun prépare ses affaires en s’efforçant de ne rien oublier d’essentiel et surtout pas d’indispensable Les incontournables.

Certains font des listes élastiques, d’autres font des tas dans un coin de leur chambre ; le but du jeu étant de ne rien oublier il n’y a pas de règles ni de mode d’emploi.

C’est une question d’expérience et -le plus souvent- d’héritage familial.

 

     Arrive le (petit) matin du jour J.

Les parents angoissés ont peu dormi, les enfants excités se sont réveillés toutes les heures impatients.

Tous sur le pont dès potron-minet tentent de s’organiser efficacement en essayant de ne pas croiser un autre voyageur afin d’éviter un accident frontal prématuré.

Chacun s’active ; souvent la mère de famille, toujours attentionnée, se dévoue pour penser à tout, préparer les sandwiches et les boissons sans oublier de vérifier que le réfrigérateur est vidé-nettoyé-débranché (dans le meilleur des cas).

Dans le même temps les valises et les sacs se remplissent à vue de nez, débordant dangereusement Valise débordante.

Il faut faire des sacrifices, impossible de tout emporter !

Au bout de trois heures (parfois plus) de suractivité et de stress il est grand temps de charger la mule En voiture !.

Avant de monter en voiture on remonte faire une dernière vérification pour être certain de n’avoir rien oublié.

Flûte le chat !

 

     Il s’était caché apeuré dans un trou de souris tant il sentait le vent tourner.

Mauvais choix d’une valise Chat valise qui ne partait pas.

Que diable peut-on faire de cette bête-là ?!

Impossible de l’emmener en voyage ni de le faire garder.

Trop tard pour le mettre en pension, plus le temps de le conduire à la SPA.

Il y serait de toute façon trop malheureux et perdu En cage.

Partons, on le déposera en cours de route près d’une maison tranquille Chat ''en dépôt''.

Oui, c’est ce qu’il y a de mieux à faire.

Les enfants ont un peu pleuré en chemin.

 

            Ce « pamphlet » (pas davantage l’ampleur que le talent ou l’ambition) n’est pas une leçon de morale mais une question de sentiments et d’amour porté à un animal que l’on dit abusivement « de compagnie ».

Or le chat…est.

Sans nul besoin de justifier son existence ; sans maître.

Il n’est donc le serviteur ni l’esclave de personne.

Certains se plaisent à parler d’amitié ou de compagnonnage ; pourquoi pas ?

 

     Tout cela pour aller déguster des tapas Moules à l'escabèche au fin fond de l’Andalousie !…

 

  

Carte d'Andalousie  (Sha la la la la oh oh oh !)

(© 2016/droits réservés)

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Guère de religion

Posté par BernartZé le 8 août 2016

Lune de sang

Lune de miel

  

            200.

Il m’avait dit deux-cents et j’ai compris deux sangs quand il parlait de sang.

 

     De celui qui ne manquerait pas d’entacher notre « amour impossible ».

Cette formule toute faite qu’il aimait tant répéter inlassablement était sujet de débat.

 

     – Pourquoi impossible ?

     – Parce-que notre amour est hors-norme, parce-que nous ne sommes pas autorisés à nous aimer, encore moins à nous unir.

     – De quelle autorisation as-tu besoin ?

     – Tu sais bien que nos religions ne sont pas compatibles.

     – Tu sais bien que toi seul t’invente cet interdit.

 

Et c’était reparti pour un autre tour de piste, pour une autre discussion vaine.

Et de m’entendre rappeler que sa famille n’accepterait jamais une « goy » ; il y avait eu un précédent mais la future mariée s’était hâtée de se convertir avant d’entrer dans la synagogue ; des mois d’enseignement fastidieux que je n’étais pas prête à subir, pas même par amour.

Pas plus croyante que pratiquante dans ma propre religion de naissance je ne voyais pas pourquoi je devais me mettre à fréquenter un nouvel édifice religieux alors que je n’étais jamais allée à la messe, ni à confesse !

Avec son sens de l’humour et de la provocation il m’avait offert un jour un tee-shirt ''Goy'' que je n’ai évidemment jamais porté.

 

     J’avais toujours respecté sa foi, m’en tenant simplement éloignée ; quelle ne fut pas ma stupéfaction quand, un soir où nous avions certes un peu trop bu et fumé, il m’avait dit « Banco ! On se marie ».

Lui qui en était encore à acheter des bougies blanches toutes moches (généralement éméchées) Bougie casher sous prétexte qu’elles étaient « casher » (saignées différemment ?!) venait soudain de faire un grand pas.

Incrédule je n’ai pu m’empêcher de lui demander si son offre sous-entendait un mariage uniquement civil.

A sa réponse affirmative il apporta une précision : « Je nous donne exactement deux-cents jours avant notre apocalypse Apocalypse, soit à peu de choses près six mois et dix-sept jours ».

Je suis restée muette.

 

     Deux jours passèrent avant qu’il n’aborde à nouveau ce projet de mariage.

Il me parla d’éclipse totale de la lune qui suite à un alignement avec la Terre et le Soleil réapparaîtrait Sanglante en passant dans la pénombre de notre bonne vieille planète.

Je n’y ai strictement rien compris et -surtout- pas le rapport avec nous.

Je n’ai pas été souvent demandée en mariage, mais j’imagine sans peine que d’autres l’ont été de façon plus classique.

En dépit du bon sens j’ai répondu « Publions les bans », trop curieuse de savoir où cela nous mènerait ; amoureuse aussi.

Les préparatifs furent écourtés du fait d’un nombre d’invités restreint : de sa famille ne répondirent présents que sa mère une tante et deux cousins ; les miens, pour la plupart non croyants, furent un peu plus nombreux.

A mon grand étonnement il choisit un costume de marié civilement orthodoxe Costume classique  dans lequel il n’était pas vraiment à son aise.

Je ne fis guère mieux que lui avec cette robe Tenue mariée ; non je plaisante, j’étais beaucoup moins crémée que le gâteau, moins froufrouteuse aussi.

La cérémonie dura à peine dix minutes, le temps de nous dire « oui » et des signatures.

Le repas de noces, dix-huit à table, fut distrayant.

 

     Aucune malédiction ne pesa sur nous ; notre union dura officiellement cent-cinquante jours (presque cinq mois) et nous fûmes heureux.

Nos « deux sangs » prétendument incompatibles firent bon ménage avant que mon mari ne se laisse influencer par des oracles familiaux plein de savoir La Pythie, l'oracle de Delphes.

Et notre lune vit rouge virant au fiel.

Notre petit pot de miel Glass jar of honey with wooden drizzler isolated on white background envahi de bourdons perdit de sa douceur.

Il fallut nous séparer, nous dissoudre, alors que nous nous aimions.

 

            Les paris stupides s’avèrent souvent perdants…

 

 

Les paris stupides - Jacques Prévert  (Carton…d’invitation à réfléchir)

(© 2016/droits réservés)

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Une histoire de village

Posté par BernartZé le 5 août 2016

Topaze (tête de gendarme !)

Le gendarme et le petit mitron

  

            L’un n’était pas plus militaire que l’autre apprenti boulanger.

 

     Leurs comportements respectifs prêtant à confusion il y avait de quoi s’interroger sur leurs identités.

Voisins, ils se donnaient des airs comme pour mieux se défier du regard alors qu’ils ne s’adressaient jamais la parole.

L’aîné -de toute évidence le plus âgé- arborait une mine sévère et se baladait le dimanche à travers le village avec un splendide képi de colonel Képi colonel de gendarmerie dont il était particulièrement fier ; personne n’osait plus le verbaliser pour ce port abusif d’un élément d’uniforme.

Son voisin, pour le toiser peut-être, avait essayé de trouver une toque digne de sa lubie Toque de boulanger ; faute de commerce de boulange encore en activité dans le village, il avait dû…monter sur un toit pour en redescendre autrement coiffé Mitron - sortie de cheminée (après nettoyage).

Sa tête penchait un peu sous le poids mais il était ravi.

 

     Le village Village de T., bien plus de pierres que d’habitants, s’amusait de ce concours de frappadingues.

Durant la semaine les paris étaient ouverts : au lieu de perdre leur argent aux courses, les quarante-six autres administrés se réunissaient à la mairie pour miser sur le bon cheval, à savoir celui qui aurait l’air le plus stupide au sortir de la messe ; nul ne pénétrait couvert dans l’église.

Les critères étant aussi nombreux que subjectifs ils ne tombaient jamais d’accord.

Le but du jeu était de faire partie de la majorité (relative) pour espérer partager les gains : dix francs (nouveaux) misés par personne sauf pour les cinq ou six qui venaient là au spectacle dans l’unique but de se distraire.

Les semaines fastes les gagnants pouvaient rêver remporter cinq francs en plus du remboursement de leur mise.

Pas de quoi déménager (nul n’en avait envie) ; ces deux-là le faisaient tellement bien pour eux tous !

 

     Personne ne se souvenait quand et comment ce jeu de barjots avait commencé entre eux deux.

Sûrement plusieurs décennies mais moins d’un demi-siècle vu l’âge du cadet.

Quelle idée aussi de venir habiter tout à côté…dans la maison mitoyenne qui plus est !

Des rumeurs avaient couru ; on avait dit qu’il était revenu de Chine avec des images de guerre plein la tête bien éloignées de ses rêves calmes et tranquilles originels Chine, 2014.

Sa mère était paraît-il morte en son absence d’une mystérieuse et foudroyante maladie ; il n’en fallait pas davantage pour inventer une légende au cœur du village.

A peu près à la même époque son futur voisin avait commencé à jouer les gendarmes n’hésitant pas à user du Sifflet pour asseoir son autorité afin de faire régner l’ordre dans la bourgade qui lui semblait aller à vau-l’eau.

Il avait rapidement choisi son couvre-chef dans le but d’être pris au sérieux.

Peine perdue, tous riaient sous cape sans s’inquiéter de sa folie légèrement galopante.

Quand le Chinois avait emménagé, son sifflet s’était fait entendre de manière plus stridente et répétée, devenant ainsi son seul mode d’expression.

Il avait toujours l’air furax, comme un coucou hystérique voulant constamment s’échapper de l’horloge Coucou !.

Et lorsqu’il croisait son voisin sa colère semblait redoubler.

 

     Le jour où celui-ci fit une chute mortelle d’un toit après avoir voulu changer de chapeau il n’émit plus un son se renfrogna et ne sortit plus de chez lui.

 

            C’est après l’enterrement que l’on sut qu’il venait de perdre son fils.

 

 

Chat noir, chat blanc

(© 2016/droits réservés)

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Ben pourquoi donc ?

Posté par BernartZé le 2 août 2016

This is art

Ou bien

  

            A quoi sert-il d’avoir un corps ?

 

     Notre âme déjà lourde ne pourrait-elle pas se passer de ce genre d’encombrant ?

On la dit légère comme une Plume d'âme prête à s’envoler à l’instant de la dernière pesée 21 grammes - La pesée des âmes (2013) ; cette théorie un brin fumeuse remontant au début du siècle dernier et basée sur des expériences approximatives a fait son chemin jusqu’à devenir pour beaucoup vérité absolue.

 Ainsi, sur ce point précis, nous serions tous égaux ; une première dans toute l’histoire de l’humanité !

21 grammes, le poids de l'âme Ɂ Question naïve s’il en est ; aussi bien en regard de la considération qui lui est ainsi accordée par rapport à la masse corporelle que pour des motifs plus spirituels.

En résumé : l’esprit ne fait pas le poids !!

 

     Quitte à enfoncer des portes ouvertes (depuis longtemps béantes) reconnaissons qu’au premier regard Regard (pourquoi toujours bleu ?!) peu de gens voient l’âme de la personne qu’ils rencontrent.

Ils préfèrent s’attacher à des critères esthétiques, à l’aspect extérieur, aux apparences plutôt qu’aux transparences dont certains -de surcroît- se fichent complètement.

Faut-il les en blâmer ?

OUI / NON…biffez la mention qui vous semble inutile.

L’être humain est un animal, c’est-à-dire un « être vivant doué de sensibilité et de mouvement ».

Quelques agités du bocal s’excluent d’eux-mêmes de cette assemblée par leur comportement déplacé pour ne pas dire primaire ; peu leur importe l’activité du cerveau si le corps rencontré présente des courbes qui siéent à leur vision du genre humain.

Pour eux la question en préambule « A quoi sert-il d’avoir un corps ? » ne peut avoir qu’une seule réponse pleine entière et omnipotente.

 

     D’autres dans le même temps sont plus mesurés : ils s’intéressent au corps à l’âme à l’esprit à la matière à la métaphysique et à la transfiguration résultant d’une harmonie Harmonie (pouët !).

Le monde est f(l)ou, quelle découverte ! ; incertain hasardeux dangereux formidable étonnant généreux et plus encore…

Mettez le tout dans un Shaker et secouez fortement pour obtenir la vie…ou bien son apparence.

 

            Si nous n’étions qu’esprits serions-nous plus légers, plus insouciants ou plus heureux ?

Débarrassées de nos corps nos âmes exulteraient-elles autrement D.H. Lawrence ?

 

     Un 2 août à 0h47 et demie (!) une âme s’est envolée comme un petit Colibri Montre Colibri.

  

 

Colibri

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