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Des routes

Posté par BernartZé le 22 février 2017

Toi

Se souvenir de toi

  

            Quand tu m’as oublié…

 

    « I miss you » disent trompeusement les Anglais pour signifier combien tu me manques.

En fait : je manque de toi…tout simplement.

 

     Me manquent toi nous nos jours heureux et malheureux.

     Me manquent notre première rencontre et ton sourire discret.

     Me manquent ta peau diaphane et ton évanescence.

     Me manquent ton cou gracile et ta tête inclinée.

     Me manquent tes regards et tes longs silences.

     Me manquent ton visage souvent triste comme tes éclats de rire.

     Me manquent nos discussions sans fin et nos moments de pur délire.

     Me manquent nos longs tête-à-tête et nos folles échappées musicales et dansées.

     Me manquent nos heures passées pendus au fil du téléphone.

     Me manquent nos retrouvailles tes bras et tes baisers.

     Me manquent tes pas légers sur les trottoirs détrempés.

     Me manquent même tes éclipses qui se finirent en pointillés.

 

            Je manque de tout ce que tu fus pour moi.

 

 

Je manque de toi - Peter Lorne (1990)

(© 2017/droits réservés)

Publié dans C'est la vie ! | 4 Commentaires »

Embouteillage

Posté par BernartZé le 22 février 2017

Roy de Flandres

Ça bouchonne dans mon lit

  

            Roulements de tambour !

 

     L’heure est grave, l’instant à la fois magique, solennel et généralement festif.

 

Le prétexte importe peu.

Que vous ayez décidé de baptiser la nouvelle niche du chien en grandes pompes et en présence de tous vos voisins réunis sans doute un peu perplexes mais si contents d’avoir un événement à fêter même si le sens leur échappe légèrement, ou qu’habillé de noir seul face à vous-même -à la lueur d’un candélabre- vous choisissiez de porter un toast à tous vos démons en enterrant votre passé, le résultat pourra sans problème être le même.

Tout est une question d’adresse et de doigté, avec une pointe de chance peut-être, mais sûrement beaucoup de travail de répétitions et de professionnalisme.

 

            Il faut être avant tout ferme et décidé. Il ne s’agit pas de manquer son coup. Même sans aucun témoin l’effet serait déplorable.

En public vous pourriez passer pour quelqu’un de stupidement maladroit ou carrément inexpérimenté, tout seul vous trouveriez certainement une occasion de plus de broyer du noir en persistant à penser que vous n’avez définitivement pas le moindre talent, bref de vous déconsidérer.

Ça n’est jamais très bon pour la santé mentale, et physiquement vous seriez capable de somatiser pour le restant de vos jours. A déconseiller donc.

 

     Pour mettre de votre côté un maximum de « chances de succès » (mais oui, l’échec aussi peut-être désiré et se révéler un bienfait formateur…), armez-vous d’une paire de mains agiles ayant si possible subi un entraînement intensif récent.

Les occasions en société ne manquent pas.

Anniversaire, mariage « ordinaire » Pacs ou mariage homosexuel (essayons pour une fois de nous montrer contemporains !), communion, baptême de paquebot, enterrement, bar mitzvah, première dent du petit dernier, glorieuse promotion au rang de sous-chef adjoint de district, inauguration du supermarché du coin réouvert après travaux et autres opportunités de s’exercer, suivant le plus souvent les cercles et les clubs que vous avez l’habitude de fréquenter.

 

     L’essentiel étant d’avoir toute confiance en ses aptitudes manuelles, il ne faut cependant pas négliger l’importance des pieds. Savoir camper sur une position stable n’est pas du tout négligeable.

A vous de déterminer celle qui vous convient parfaitement, il n’y a pas de règle.

Profitez-en pour une fois et laissez-vous aller à trouver votre propre attitude, celle qui vous autorise à vous sentir le plus sûr de vous, peu importe s’il s’agit alors de vous retrouver accroupi, les mains entre les jambes ; si telle est votre position la plus confortable, c’est parfait ! Rien à redire !

 

     Si vous êtes ambidextre (revenons-en aux mains), doté de doigts plutôt musculeux mais affinés, c’est assurément un avantage.

Dans le cas contraire (quel manque de chance !), munissez-vous d’un simple torchon qui pourra compenser votre faiblesse naturelle.

 

     Sachez choisir l’endroit propice pour passer à l’acte. Une erreur topographique serait certes pardonnable, mais réellement préjudiciable. Le spectacle serait un peu manqué. Faites pour le mieux.

Si vous craignez naturellement d’attenter à la vie d’autrui, tentez de faire un peu le vide autour de vous, c’est pour le bien du plus grand nombre.

Ménagez votre effet, pas trop, vous n’êtes tout de même pas au cirque.

 

     Et puis décidez-vous enfin, lancez-vous, toute la soirée ne peut être consacrée à votre « happening ».

 

Le geste sûr et sobre (!) enserrez des deux mains l’objet tant convoité, la fontaine mirifique ne dépend plus que de vous pour jaillir et satisfaire tous les convives assoiffés, impatientés par tant de préparatifs qui ne leur ont jamais paru aussi interminables.

Prenez garde à ne pas leur laisser l’opportunité de se jeter sur d’autres sources d’ivresse, de plaisir et d’abandon.

Comme vos amis sont ce qu’ils sont, que vous les aimez et les estimez, vous n’ignorez pas qu’ils sauraient dans l’attente tout naturellement et sans la moindre hypocrisie se laisser aller sans modération, parce que leurs consciences individuelles se moquent du « politiquement correct » qui ne leur dit rien qui vaille, simplement parce qu’ils se refusent à jouer ce jeu social stupide qui prétend les responsabiliser en les culpabilisant, supposant avant tout que personne n’est capable dans ses moments d’égarement de se souvenir qu’il n’est pas seul au monde, et donc entièrement responsable de ses excès de boisson.

Que quiconque a le permis de se mal conduire se retienne de leur jeter la dernière pierre de son champ de certitudes !

 

     Bon c’est le moment de s’activer et de déboucher enfin cette bouteille de champagne ou de vulgaire mousseux, certes commun mais d’un prix plus abordable.

La pression interne étant nettement plus faible dans ces vins presque imbuvables le risque d’accident est réduit, ce qui constituerait votre unique consolation.

 

Prestement équipé de vos deux seules mains et accessoirement d’un torchon (propre), ouvrez votre bouteille avec un minimum d’élégance en évitant de laisser échapper le bouchon qui pourrait alors non seulement éborgner accidentellement un de vos invités, mais aussi trouer la couche d’ozone et, pire encore, disparaître totalement de votre champ de vision et vous inquiéter tout le reste de la soirée vous obligeant à vous demander où ce satané bout de liège a bien pu passer.

 

            C’est souvent le meilleur moyen de gâcher son propre plaisir et de se donner dès le lendemain l’occasion de partir, non pas à la recherche du temps ou des œufs de Pâques, mais du bouchon de champagne perdu.

 

     Ah ! Si vous aviez servi uniquement du scotch, whisky, tequila, Cointreau, cognac, gin, mezcal, ou jus de fruits, vous n’en seriez certainement pas là !

Mais comme ce n’est pas le cas (beaucoup trop tard pour vous en vouloir), il ne vous reste plus qu’à chausser vos lunettes ou vous munir d’une loupe et de découvrir où s’est réfugié, apeuré, l’objet de toutes vos préoccupations d’après bataille. 

 

            La dernière fois que j’ai connu cette défaite, j’étais tout seul comme un grand à essayer de retrouver celui qui avait tenté de me fausser compagnie. Il m’a donné énormément de mal. J’ai même cru ne jamais pouvoir remettre l’une de mes mains dessus.

En désespoir de cause, je me suis décidé à renoncer momentanément à cette quête et à aller dormir. C’est là que j’ai compris et trouvé la solution.

 

     Ben quoi ! ? Pour quelle raison pensiez-vous que j’avais choisi un tel titre ?…

 

Bouchon 

(© 2005-2017/droits réservés)

Publié dans Cycle "Par mégarde" | Pas de Commentaire »

 

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