Une vieille histoire

Posté par BernartZé le 28 février 2017

Le temps jauni

Le jour n’est pas plus pur…

  

            Un paillasson sur la tête, penchée à sa fenêtre elle contemplait le jardin.

 

     Humble devant la nature dont elle avait longtemps été tenue à l’écart, elle tentait timidement de retrouver des sensations perdues.

Difficile de se souvenir d’un temps où elle était libre de ses mouvements, libre de penser et de respirer.

Elle avait été à deux doigts de devenir un nez et d’en faire profession ; et puis…

 

     Le temps perdu avait tout jauni et flétri, lui laissant un goût permanent d’amertume sur les lèvres ; une légère grimace sur le visage à peine perceptible aussi.

Non seulement aucune nourriture ne réussissait plus à développer de saveur dans sa bouche, mais son odorat s’en était trouvé gravement altéré au point que tous les parfums lui semblaient sans véritable odeur.

Son regard clair et bleu A l'eau lavé sur les choses s’était en partie délavé.

Une autre route s’était imposée à elle l’obligeant à renoncer à toutes ses espérances.

A coups de poings la vie avait décidé de forcer son avenir.

 

     Sans doute avait-elle été jeune et gaie ; peu lui importait aujourd’hui de se souvenir d’une époque révolue tant elle avait besoin de concentrer son peu de vigueur restante sur ce nouveau pan de vie.

Seule.

Enfin seule après des années de réclusion passées le plus souvent le corps recroquevillé sur sa couche ; telle avait été sa punition.

Méritée ou pas elle avait dû en prendre son parti et acquiescer sans pouvoir se défendre ni rien expliquer.

En quête d’une aide, d’un soulagement, elle s’était rêvée mystique mais aucun dieu n’avait voulu la recevoir en son sein.

 

     Vingt années gâchées avant qu’on lui permette de revoir le jour.

Trop de nuits durant lesquelles elle ne put éviter de repenser à son geste.

Le coup de folie d’une femme désespérée devenue brutalement incapable de se voir supporter un quotidien innommable.

Peut-être avait-elle agi en état de légitime défonce ou dans une inconscience éthylique, voire les deux avant de sombrer.

Impossible de se remémorer ce court instant effacé oublié ou inaccessible.

On avait découvert deux corps sur le sol de la cuisine, l’un déjà froid l’autre proche du coma.

 

     Vingt années dérobées pour quoi pour qui ?

Pour des sentiments mal exprimés ou mal reçus, maladroits malgré leur évidente sincérité.

Le prix payé pour une mauvaise rencontre qui ne pouvait que mal tourner est sans valeur ni commune mesure.

L’avenir n’a pas de sens ; reste l’ironie face à la vie ou ce qui pourrait encore exister.

Impitoyable et glorieuse nature qui chaque matin la replace désormais dans un contexte qui la dépasse largement.

Simple et cependant trop compliquée pour l’inadaptée qu’elle ne peut cesser d’être faute de trouver la clé.

 

            Le jour n’est pas plus pur…que noires sont ses idées.

 

  

Idées noires

(© 2017/droits réservés)

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