(Vingt ans plus tard)

Posté par BernartZé le 5 avril 2017

Saint-Malo

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(Saint-Malo)

  

            Tout s’était écroulé cet hiver-là.

 

     Depuis plusieurs mois elle sentait bien que le vent avait tourné, qu’il ne l’aimait plus, qu’elle ne l’estimait plus, qu’ils ne s’aimaient plus.

 

Le temps les orages et les habitudes avaient fini par avoir raison de leur histoire.

Onze années pleines d’un amour sans pareil ; une profusion de sentiments partagés…en deux époques.

Il y avait eu avant et après sa crise aiguë de bovarysme qui les avait fait basculer dans une autre dimension.

Elle avait aimé ailleurs tandis que lui descendait aux enfers pris entre sa douleur et son refus de la juger.

Cette effroyable parenthèse de près d’une année les avait laissés exsangues sans réussir pourtant à tuer leur amour.

Lentement patiemment progressivement ils avaient appris à se retrouver et à renaître ensemble.

Personne ne saura jamais les épreuves traversées avant de parvenir à une nouvelle harmonie ; tout était pardonné.

Encore jeunes ils ne devinaient pas les traces inscrites en eux.

 

     La vie heureuse avait repris son cours avec beaucoup plus de joies que de peines.

Chacun avait finalement gardé pour lui ses maux les plus terribles.

 

Cinq ans plus tard c’est lui qui prit à son tour le chemin de l’infidélité, comme par inadvertance.

A son tour le besoin de tromper son ennui jusqu’à en faire une impérieuse nécessité.

Une rencontre de hasard et de peu d’importance répondant à une quête de sens sans intellect ni sentiments inutiles ; l’attrait d’une nouvelle peau…

Ce deuxième coup porté à leur couple s’avéra fatal.

La guerre fut vite déclarée réveillant les blessures passées.

Impossible de fermer les yeux sur les mensonges, les humiliations et les violences mal contenues.

La séparation s’imposa.

 

     Au sortir de l’hiver de cette année-là elle s’étonna d’être toujours en vie.

Elle avait inondé de ses larmes le plancher du salon qui avait fini par avoir les yeux aussi gonflés qu’elle.

Profitant des travaux, elle crut se trouver mieux en repeignant les murs en orange et gris ; grave erreur de goût et de jugement !

En moins d’une journée elle ne supporta plus cette vision d’horreur au point de décider de partir.

Besoin de prendre le large, envie de bord de mer et de vues sans limite, elle trouva son bonheur en deux ou trois « clics » et guère plus de mouvements.

Ah ! Les joies de la toile lorsqu’elle offre tout (et aussi n’importe quoi) à portée de mains ; la vie semble -momentanément- plus légère.

En peu de recherches elle découvrit la location de deux semaines d’une maison tranquille Location située dans les hauteurs de la ville, non loin d’accès à deux plages à dix minutes à pieds.

 

Les propriétaires assez âgés partis se ressourcer en thalasso…à quelques encablures de chez eux (forcément) lui avaient promis « calme et sérénité ».

Ils n’avaient pas menti tant cette maison -trop grande pour elle- lui était apparue paisible, souriant timidement entre deux voisines plus imposantes.

En se tordant le cou tout là-haut dans le grenier elle avait aperçu la mer.

 

            Cette parenthèse enchantée décida de la suite de sa vie.

N’ayant alors plus rien à perdre ni à quitter elle commanda à distance son déménagement sans retourner sur les lieux qu’elle ne voulait revoir à aucun prix.

Elle trouva son havre de paix et devint ostréicultrice à Cancale.

 

     Enfin libre, à la virgule près…

  

  

Huître creuse

(© 2017/droits réservés)

Une Réponse à “(Vingt ans plus tard)”

  1. Christine dit :

    Voilà qui s’appelle sortir de sa coquille !

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