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Triste tropisme

Posté par BernartZé le 17 avril 2017

Étendue maritime

Seule face à l’amer

  

            « Pauvre fille ! On m’a dit qu’à votre heure dernière,

            Un seul homme était là pour vous fermer les yeux,

            Et que, sur le chemin qui mène au cimetière,

            Vos amis d’autrefois étaient réduits à deux ! »

                                                                                        — Alexandre Dumas fils

 

     Combien d’années s’étaient-elles écoulées depuis le temps de ses triomphes et de ses plus grandes joies ?

A l’heure du dernier bilan il lui était difficile de se souvenir de toutes les marques d’affections reçues et des hommages rendus à son supposé talent.

Elle avait été célébrée admirée jalousée comme d’autres avant elle, plus que d’autres peut-être.

Prise dans un tourbillon elle n’avait pas vu passer sa prime jeunesse, celle qui attire tous les regards et toutes les convoitises.

Elle s’était laissé aimer pour se rassurer, pour emplir un vide que certains qualifiaient d’existentiel quand elle ne voyait là que la nécessité de vivre en meilleure compagnie que la sienne.

 

     Pour ne pas vivre seule elle aurait fait n’importe quoi, même renoncer à devenir mère.

Peu après ce choix elle éprouva rapidement un profond dégoût d’elle-même qui bascula vers le rejet l’entraînant dans la dépression.

Pas une journée sans devoir supporter un char d’idées morbides Idées morbides aussi insidieuses que funestes.

Elle se mit alors à beaucoup fréquenter les râpes à fromage Râpe à fromage et les Lame de rasoir ; n’importe quoi !

Elle se détestait tant qu’elle prit le premier ferry pour s’exiler sur une île anglo-normande dont elle ne revint qu’au bout de deux ans et demi, après n’avoir rien fait d’autre que d’essayer de compter sans relâche les moutons, des Shetlands descendus d’Écosse, de braves petites bêtes ; elle n’avait jamais autant dormi de sa vie.

A son retour personne ne l’attendait (plus) et elle dut porter elle-même ses valises jusqu’à la zone des taxis où elle fut contrainte d’attendre.

Fini le temps des passe-droits ; elle s’en moqua.

 

     Étonnamment le téléphone ne se mit pas à sonner à peine rentrée chez elle.

Il demeura même muet toute la première semaine et aussi la suivante.

Sa boîte de messages autrefois saturée resta vide en dépit du bon sens ; enfin celui suivant lequel elle pensait pouvoir effectuer son grand retour.

De toute évidence tous l’avaient oubliée, son tour avait passé.

Même ses plus anciens amis étaient trop occupés pour prendre de ses nouvelles.

Elle sourit en réalisant combien elle avait pu leur manquer.

 

A peine désabusée elle prit progressivement conscience de l’étendue de son handicap.

Elle était confrontée à un problème d’incommunicabilité qui l’empêchait de conserver désormais le moindre lien avec le monde extérieur.

De là à envisager une forme de trouble autistique…

Non, elle n’aurait pas osé revendiquer cette forme de « reconnaissance » d’un goût discutable ; et d’ailleurs à quoi bon ?

Tout dialogue semblait rompu et, fataliste, elle accepta cette condamnation sociale jugeant que sa longue absence avait pu paraître égoïste aux yeux de ses anciens « meilleurs amis ».

 

Au-delà d’une certaine limite tout ne peut-être pardonné…sans doute (?)

 

            Elle reprit la mer, hissant la grand-voile pour rejoindre le large.

Seule.

 

     Elle s’appelait Teresa.

 

 

En haute mer (2) 

(© 2017/droits réservés)

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