Rétention d’eau (!)

Posté par BernartZé le 5 juin 2017

Micro

Discours

  

            Juste avant de prendre la parole j’ignorais ce que j’allais dire.

 

     J’avais beaucoup trop bu ; deux litres et demi d’eau en moins d’une demi-heure tant ma gorge était sèche et j’étais angoissé.

Je n’avais pas la moindre expérience des assemblées d’une centaine de personnes, encore moins de près d’un demi-millier !

On m’avait convaincu que je pouvais remplacer au pied levé l’intervenant « malade » qui s’était désisté deux heures plus tôt.

 

     Sur des conseils avisés j’avais fait une petite sieste de quarante-six minutes (très exactement) afin de me relaxer.

Au lieu de cela j’avais rêvé…d’une baignoire bouchée ce qui m’avait grandement inquiété.

En me levant j’étais aussi peu détendu qu’un arc pointant sa première flèche.

Et j’avais une furieuse envie de soulager ma vessie (pardon pour ce détail plein de délicatesse)…

Bref tout concourait à me faire renoncer à l’engagement que j’avais eu l’inconscience et la bêtise de prendre pour ne pas décevoir.

Le thème de mon intervention ?

« La dépression : un mal pour un bien ».

 

     Dépression Inexpérimenté dans l’art des « discours concernants » à lointaine portée par leur degré de gravité je m’étais demandé quelle légitimité je pouvais bien avoir.

Il me fut répondu que mon intervention se justifiait d’elle-même.

- Ah bon ?

- Oui, vous êtes un cas : une dépression qui dure une vie sans la moindre TS (j’avais un peu menti évidemment) c’est un exploit !

Reste à savoir dans quelle mesure cela constituait un compliment…

En tant que simple suicidant honteux et repenti je m’apprêtais donc à parler devant une salle pleine de questions espérant des réponses…dont je ne disposais pas plus qu’eux tous.

Mais qu’étais-je allé faire dans cette galère ?!

 

     Lorsque les premiers mots sortirent de ma bouche je compris que j’étais en roue libre, totalement décalé en regard de l’attente supposée.

Comment convaincre une assemblée de suicidaires que la dépression pouvait constituer un mal pour un bien ?

Quelle galéjade !

Je pris alors le contre-pied de cette théorie fumeuse et, plutôt que de leur dresser le portrait d’un sujet qu’ils connaissaient tous par cœur dans leur bulle en cours de désintégration Dépression bis, je me suis mis à leur parler du phénoménal temps perdu à chercher le bon moyen d’en finir avec la vie.

Improvisade sur un fil mal tendu Fildefériste (''Funambule ou marcheur de rêve'' par Métal de Grâce) !

En véritable bouffon diabolique, sous l’emprise peut-être d’un excès de rétention d’eau, j’ai passé en revue divers modes opératoires allant de l’usage peu discret des transports en commun à ceux plus intimes des ustensiles de la vie quotidienne.

D’abord surpris ils se sont mis à rire, de plus en plus fort, jusqu’à finir par applaudir.

Grisé je pris de l’assurance, et oubliant la raison initiale de ma présence j’ai cru flirter avec le music-hall.

Péché d’orgueil pour un moment de gloire dû à une envie pressante et…légitime.

 

            [L’intervenant « malade » avait transformé sa sixième tentative de suicide]

 

 

Music-hall (auditorium)  Waouh !!

(© 2017/droits réservés)

3 Réponses à “Rétention d’eau (!)”

  1. Christine dit :

    Excellent, j’adore !
    https://youtu.be/ycaYTG7xtSI

  2. Chadia dit :

    Chouette, pour un peu pourrait dire que la dépression nous joue des tours … Joue en amatrice

Laisser un commentaire

 

60 millions de cons somment... |
riri1524 |
Le Plateau Télé de KeNnY |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Soft Liberty News
| t0rt0ise
| Bienvenue au Thomaland