The last embrace

Posté par BernartZé le 2 septembre 2017

Duel dans la neige

Un coup d’épée

  

            Leur duel dura deux décennies.

 

     Charles et Guillaume étaient nés jumeaux.

Ils étaient les seuls héritiers du Vicomte de Mersac devenu veuf alors qu’ils avaient à peine deux ans.

Son épouse était morte en couches dès le troisième mois de sa grossesse suite à une chute de cheval.

Il ne se l’était jamais pardonné et avait abattu son cheval préféré sur le champ.

Double deuil pour lui, doublement inconsolable.

Les garçons avaient grandi sous la surveillance d’une gouvernante et la férule d’un précepteur exigeant.

Une couronne en héritage pour deux aînés Couronne héraldique française de vicomte.

 

     Dès l’âge de deux ou trois ans les enfants avaient commencé à se chamailler pour tout et pour rien.

Pour une tétine un doudou un jouet un coin de couverture ou de territoire.

Tout était prétexte à se mesurer et à se défier.

Leur chambre ressemblait à un grand salon et pourtant on les retrouvait toujours dans le même coin.

Très tôt la gouvernante avait signalé à leur père la rivalité un peu trop agressive de ses héritiers.

Il s’était contenté de sourire en lui rappelant que c’était des garçons.

Le précepteur qui avait pris en main leur éducation à la fin du mois de septembre (ils avaient à peine fêté leur quatrième anniversaire) ne put s’empêcher de noter leurs différences et leurs ressemblances dès l’apprentissage de l’écriture.

Il avait été dit qu’ils devraient savoir parfaitement écrire avant d’avoir cinq ans.

 

     Il pleuvait averse ce jour-là.

En fin d’après-midi Guillaume peinait encore sur ses pages d’écriture.

Il avait notamment beaucoup de mal avec les k les w et les y ; il en avait surtout marre et voulait aller jouer.

Son frère avait achevé ses œuvres depuis longtemps et faisait du petit cheval Cheval à bascule en renversant la tête dans la pièce de jeu contiguë ; il semblait s’enivrer à ce jeu.

Quand Guillaume fut enfin autorisé à le rejoindre, il voulut évidemment prendre sa place et fut tout surpris que son frère l’abandonne aussi facilement.

Charles préféra s’éloigner et se consacrer à empiler de grands cubes de bois peints de lettres colorées Cubes alphabet.

Il était en train de construire des mots écrits dans l’après-midi quand son frère déboula littéralement pour botter dans ce bel ordonnancement.

Charles rentra alors dans une colère folle et sauta à la gorge de son frère qu’il se mit à serrer de toutes ses forces.

Alertée par les bruits la gouvernante puis le précepteur arrivèrent heureusement à temps pour les séparer ; Guillaume suffoquait, en manque total d’oxygène.

Charles fut sévèrement puni par cinq coups de fouet tandis que le médecin appelé au chevet de son frère ne put que prescrire calme lit et repos total durant un jour entier.

Pendant plus d’un mois Guillaume garda des traces violacées qui s’estompèrent lentement.

 

Suite à cet épisode marquant le Vicomte de Mersac décida d’octroyer une chambre à chacun d’eux pour dormir et de ne plus jamais les laisser jouer sans surveillance.

 

     Les enfants grandirent, devinrent adolescents avec plus ou moins de heurts de jalousies et de conflits, et ce qui devait arriver arriva.

À seize ans ils tombèrent amoureux de la même jeune fille.

Alise était secrète versatile et précieuse.

Elle aimait tout particulièrement être complimentée et rêvait sans le dire d’un poème écrit tout spécialement pour elle.

Charles fut le premier à pressentir cette attente silencieuse et travailla durant des nuits afin de trouver les mots les adjectifs et les couleurs les plus à même de la célébrer.

Le cœur serré il lui présenta son sonnet qu’elle lut sans dire un mot.

Guillaume qui avait espionné comme toujours son frère s’était lui-aussi attelé à la tâche tout en se sachant peu doué pour ce genre d’exercice.

S’il avait de réels sentiments pour Alise il ne savait comment les exprimer.

Tant bien que mal, il réussit à écrire huit lignes.

Quand il présenta sa prose à l’élue de son cœur il n’osa pas la regarder et s’enfuit sans attendre.

Alise mit malicieusement un mois pour choisir.

 

     Charles en resta toujours meurtri en ne laissant rien paraître ; il se sentait tout autant malheureux qu’incompris.

Peu de temps après les jumeaux découvrirent dans un tiroir du bureau de leur père un coffre renfermant un jeu de deux pistolets identiques Pistolet à silex du 18ème.

Ils décidèrent d’aller discrètement jouer dans la grange récemment vidée à tirer sur des bouteilles en verre.

C’était bien sûr à qui tirerait le plus de bouteilles avec le moins d’échecs.

Guillaume se montra le plus brillant et emporta haut la main cette épreuve d’adresse.

Son frère proposa en guise de revanche un faux duel au pistolet juste pour jouer à se faire peur.

Face à face à quinze mètres l’un de l’autre ils ne risquaient rien à tirer des balles un peu haut dessus, un peu à gauche ou à droite.

C’était un jeu aussi stupide que vain étant donné qu’il n’y avait pas de réelle cible.

Ils s’ennuyèrent et décidèrent de se rapprocher à un mètre l’un de l’autre sans se rendre compte du risque décuplé.

Et au quatrième essai pour rire Charles trébucha en tirant et sa balle vint essuyer le front de son frère.

Pris de panique en le voyant s’écrouler il hésita entre courir chercher du secours et tenter d’éponger tout le sang qui s’écoulait.

Finalement il partit comme un fou trouver de l’aide.

 

     Après six mois de convalescence Guillaume put enfin retrouver figure humaine sans bandage.

Il conserva de cet accident une cicatrice qui lui donnait paraît-il fière allure.

Alise l’avait déserté mais d’autres jeunes filles le trouvaient ainsi tout à fait à leur goût.

Il revint doucement à la vie tandis que son frère paraissait être devenu l’ombre de celui qu’il avait été.

Toute joie avait disparu en lui et en dehors des repas qu’il prenait muettement et sans plaisir il fuyait toute présence humaine, préférant la compagnie des chevaux.

Dorval était son préféré et ils galopaient parfois ensemble des journées entières.

Cheval Pur-sang anglais Ce pur-sang anglais faisait sa fierté et il le gardait jalousement ; personne d’autre que lui n’était autorisé à le brosser ou à le nourrir !

 

     La veille de leur vingtième anniversaire, l’un des derniers soirs de décembre, les deux frères se querellèrent une fois de plus.

Chacun ressortit ses griefs, le ton monta et ils en vinrent à se battre jusqu’à s’enchevêtrer à même le sol.

C’en était trop !

Ils décidèrent en cachette d’un duel à l’épée pour régler définitivement un conflit qui perdurait depuis le jour de leur naissance.

Et profitant d’un jour où le château avait été déserté pour d’obscures raisons notariales (seules la gouvernante et la cuisinière étaient présentes, les autres domestiques étaient partis réveillonner dans leurs familles), ils se retrouvèrent à la première heure sur le pré enneigé.

Pas de témoin ni d’autre règle que l’arrêt dès le premier jet de sang ; moins pour laver leur honneur que pour se mesurer encore et toujours.

Mais à présent qu’ils s’estimaient adultes ils étaient sûr de savoir respecter les quelques règles du duel qu’ils avaient établies.

C’est ce qu’ils firent.

 

            Après plusieurs minutes d’escarmouches durant lesquelles chacun embrassait puis repoussait l’autre, le sang jaillit.

Le duel était fini, une épée avait atteint sa cible en plein cœur.

 

     Ce coin de neige, en haut du pré, resta en deuil jusqu’au dégel.

 

 

La neige en deuil 

(© 2017/droits réservés)

2 Réponses à “The last embrace”

  1. Christine dit :

    Peut-être saurons-nous un jour de qui porter le deuil….

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