Tout simplement

Posté par BernartZé le 20 septembre 2017

Paris au bord des larmes  

 

            Un jour comme un autre, ou presque.

 

     Ce jour-là était gris foncé dans sa tête sans raison apparente.

Depuis tôt le matin il avait commencé à décliner le nuancier des gris Nuances de gris passant rapidement d’une teinte à la suivante comme on descend un escalier.

Le midi il s’était à peu près stabilisé à la huitième couleur.

Pas faim ; sa pause lui avait une fois de plus permis d’aller rôder du côté d’un grand magasin fournisseur depuis trois ans qu’il travaillait à deux pas de bon nombre de ses disques.

Son choix se porta sur un requiem -un de plus dans sa collection- d’un parfait inconnu pour lui : Sigismond von Neukomm, auteur de cette œuvre de commande écrite à la mémoire de Louis XVI.

Son choix s’était fait intuitivement en tournant et retournant le cd ; au feeling comme d’autres disent.

Il aurait bien aimé pouvoir respirer son odeur, mais il était bien sûr sous film plastique et puis ce n’était (tout de même) pas un livre.

Il était content de sa découverte qui lui mettait du baume au cœur.

 

     L’effet ne dura qu’un instant car lorsqu’il ressortit il délugeait à toute vapeur, des trombes d’eau s’abattaient sur lui Déluge.

Il pressa le pas sous son parapluie cabossé ce qui ne l’empêcha pas d’arriver à moitié trempé au bureau.

Ses collègues finissaient à peine de manger en discutant des derniers bruits de couloir qui se portaient systématiquement sur les prétendues relations d’un tel et d’une telle ; les mêmes noms tournaient en boucle ; rasoir !

Il s’assit silencieux et repris son passionnant travail de plumitif qu’il faisait avec application mais de plus en plus à la limite de l’ennui.

 

     Une fois chez lui il se dépêcha de se débarrasser des vêtements encore mouillés pour s’installer et écouter sa nouvelle découverte.

 

 

Dès l’Introit, au fur et à mesure de la lente montée musicale, il commença à comprendre ; sa figure s’éclaira puis aussitôt s’assombrit.

Il la revit sur son lit de mort, telle qu’elle était partie vingt-trois ans plus tôt, le visage à peine touché par la maladie.

Mon dieu ! C’était donc ça depuis le matin, comment avait-il fait pour ne pas y penser dès son réveil ?

Chaque année il avait l’habitude d’aller se recueillir sur sa tombe avec un bouquet de lys roses, les fleurs qu’elle préférait entre toutes.

Ce soir il était trop tard ; c’était la première fois qu’il manquait leur rendez-vous.

Il irait demain.

 

Pour l’heure il revoyait des instants partagés au cours des trop courtes six années passées à l’aimer.

Elle était drôle intelligente fière et si douce.

Et elle détestait la musique classique qu’il n’avait jamais réussi à lui faire écouter plus d’une minute.

Son grand truc c’était le trip hop et le rock alternatif qu’il avait fini par apprécier à petites doses homéopathiques, pour lui faire plaisir aussi.

Ce soir-là il se perdit dans de lointaines pensées et préféra se coucher sans tarder.

 

            Tôt le lendemain matin, avant de partir travailler, il tint sa promesse.

Il ne pleuvait plus mais lui était au bord des larmes en revoyant la tombe toute simple -presque anonyme- qu’elle avait voulue ainsi.

Elle était morte un 22 janvier alors que la capitale était incroyablement tapissée de neige.

Il ne s’en était même pas rendu compte.

   

 

Requiem de Neukom (2017)

(© 2017/droits réservés)

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