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Jusqu’au-boutisme

Posté par BernartZé le 26 septembre 2017

La déchéance d'un homme (emprunt)

Presque mille ans

  

            Il restait assis là sans donner l’impression d’attendre quoi que ce soit.

 

     Il semblait juste décidé à ne pas bouger.

Fermement campé sur ses jambes il n’était ni dans la crainte des gelées blanches ni dans celle des grêlons.

Il faisait penser à un ranchero…japonais des temps modernes qui n’aurait jamais vu un rancho de sa vie.

En fait il était prisonnier de lui-même ; enfermé à domicile et non incarcéré.

 

     Barricadé chez lui de son propre chef, il faisait de la résistance muette contre le reste du monde qui n’en était pas même informé et s’en portait très bien ainsi.

Bientôt il cesserait de se raser puis de se laver.

Qu’avait-il contre le monde ?

Il lui reprochait de l’avoir abandonné et de n’avoir pas su lire sur son visage ses appels à l’aide.

Appels de détresse d’autant plus indéchiffrables qu’ils étaient restés inaudibles à l’intérieur de son cerveau.

Farouchement il en voulait à la terre entière de lui avoir arraché ses parents morts dans un accident d’avion au cœur de l’Amazonie.

Il avait quatre ans et ensuite, balloté de foyer en foyer, il n’était jamais parvenu à s’attacher à aucun des parents de substitution.

 

     En réalité dans son esprit les premiers responsables de sa révolte étaient ses amis, ses soi-disant amis !

Ah ! Ceux-là !

Tous, un à un, l’avaient laissé tomber au cours des dernières années à des moments cruciaux de sa vie où il aurait tellement eu besoin d’eux, d’une épaule d’une écoute.

Mais non, ils avaient préférés le fuir, de peur sans doute d’être contaminés par son humeur devenue plus que variable ou versatile.

Suite à une dépression il s’était avéré maniaco-dépressif Trouble bipolaire, atteint d’un « trouble bipolaire » comme l’on dit plutôt aujourd’hui.

Et les conséquences de cette maladie avaient été terriblement désastreuses.

Lui qui les faisait rire avec son sens de l’humour était devenu un véritable éteignoir apte à gâcher à lui seul l’ambiance d’une soirée entre « amis ».

Il s’efforçait pourtant de cacher le mieux possible aux autres sa tristesse et l’anxiété qui le rongeait chaque jour davantage.

Mais c’était peine perdue tant il était incapable de voir la figure de plus en allongée qu’il présentait malgré lui aux autres.

D’autre part sa maladie l’ayant privé de toute appétence il avait pris l’habitude d’oublier de se nourrir, perdant ainsi très vite de nombreux kilos.

Son visage s’était creusé laissant sévèrement apparaître tous les os ; il n’avait presque plus de joues et commençait sérieusement à faire peur.

La vision de l’être quasi cadavérique qu’il serait prochainement suffit à décourager les meilleures volontés autrefois amicales.

 

     Plus de vie sociale, il s’isola progressivement sortant de moins en moins.

De moments d’abattement en crises de désespoir il se laissa tenter par l’alcool avant de réaliser qu’il n’en aimait pas le goût.

Il dormait mal, s’égarant dans de longs tunnels où la lumière ne cessait de faiblir Tunnel.

Et puis il ne sortit plus.

Sa route sembla prendre un tournant radical dont il perdait la maîtrise.

A certaines occasions, conscient de sa déroute, il essaya d’envoyer des messages par courriels à ses anciens amis ; aucun ne prit la peine de lui répondre.

Il en fut d’abord dépité, puis abattu.

Vinrent l’écœurement la révolte et la colère ; celle-ci une fois retombée lui laissa un immense dégoût.

Il ne pouvait supporter ce silence général et souverain ; tous lui avaient fait faux bond, tous l’avait finalement trahi.

 

C’était donc cela l’amitié ?

Un sentiment qui se délite et s’enfuit lorsqu’apparaissent les vrais problèmes nécessitant soutien et compassion ?

La honte s’abattit sur lui en songeant à eux tous et aussi à lui-même.

Ils s’étaient avérés incapables de supporter ensemble le poids de sa maladie.

Lui n’avait certainement pas su leur faire comprendre combien il aurait eu besoin de les sentir plus que jamais proches et prêts à l’aider.

Mais ils avaient chacun leurs vies et leurs familles qui les occupaient largement.

Et leurs chemins s’étaient définitivement décroisés.

 

            D’ici peu il tombera de sa chaise et l’ermite qu’il sera devenu ne pourra pas se relever.

Plus de chair ni de muscles, déchéance absolue.

Dans fort longtemps on retrouvera peut-être simplement son Squelette bis sur le carrelage au pied d’une chaise en rotin gris.

 

  

Big Bang à rebours

(© 2017/droits réservés)

Publié dans A bout de course | 6 Commentaires »

 

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