Impair et passe

Posté par BernartZé le 23 juin 2017

Fleur écartelée

L’ombre d’elle-même

 

            Chère Emma…

 

     Rien n’est jamais acquis, à la femme non plus.

Tu fus heureuse un temps, tu semblais l’être, et puis le hasard des rencontres vint bouleverser la belle ordonnance d’une vie de couple.

 

     Incomplètement heureuse sans doute, tu rencontras un autre homme qui sut te divertir.

Ton cœur battait la chamade à nouveau, à nouveau tu tombas amoureuse ; follement.

Surprise par la violence de tes propres sentiments qui trouvèrent vite écho tu oublias l’homme que tu aimais depuis plus de dix ans, tout en l’aimant encore.

La force de la nouveauté pris le pas sur l’habitude.

L’autre se para soudain de toutes les vertus à tes yeux.

Imprévisible il savait te surprendre pour t’emmener découvrir des lieux auxquels aucune carte ne faisait référence.

Tendre, il faisait de ses bras une alcôve où tu oubliais tout.

 

     Tous tes tourments commencèrent quand ta conscience se mêla de cette nouvelle histoire, t’intimant de rendre des comptes.

 Elle te persécuta L’œil conscient sans relâche finissant par te crucifier.

Constamment intranquille tu t’étiolas au point de devenir translucide et de perdre pied.

Tu aimais deux hommes que tu savais ne plus pouvoir aimer sans les blesser tous deux.

Comment ne pas être écartelée OLYMPUS DIGITAL CAMERA ?

 

     Les bras qui t’enserraient finirent par t’étrangler ''Idylle'' - Picabia (1927) et t’empêcher de respirer.

Un soir, voulant t’échapper, tu crus trouver des vapes accueillantes en faisant un savant mélange de trucs et de machin-choses.

A l’hôpital tu t’absentas effectivement un long moment, le temps de te sauver de toi.

 

            Quelques années plus tard la vie te reprit ; tu ne touchas plus jamais aux allumettes.

 

  

Bovarysme 

(© 2017/droits réservés)

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Tentative d’évasion

Posté par BernartZé le 14 juin 2017

Croix latine dans le lac de Starnberg en hommage à Louis II de Bavière

Retour en Bavière

  

            Ne m’écrivez pas, ne me téléphonez pas. Je ne suis plus là pour personne.

 

     Trop las j’ai envie de partir ailleurs pour m’oublier et me souvenir.

Ce fameux « lâcher prise » auquel je n’ai pas droit je voudrais le conquérir.

J’aimerais à mon tour connaître ce sentiment d’abandon possible au crépuscule.

Si la vie est une lutte de tous les instants peut-être est-il un lieu ou un refuge ici-bas susceptible d’accueillir les radeaux dérivant.

 

     Trop fatigué à l’idée de rester sur place ; une fuite en avant vaut mieux qu’un statu quo morbide et tant pis si l’échappée n’est pas aussi belle qu’espérée.

En y réfléchissant tôt ce matin j’ai trouvé 334 raisons de me fuir ; parmi elles une seule suffit à mon départ.

(Disparue morte ou envolée)

 

     Trop peu de courage et de forces pour prendre la mer, le premier train fera l’affaire.

Enfin plusieurs (faute d’avion) en enfilade jusqu’au bout de ma ligne Train bavarois.

Avaler les kilomètres comme des antidépresseurs pour tenir le cap et traverser un pays puis un autre ; remonter à la source, rejoindre l’autre rive.

Le dernier petit train saura m’y ramener.

(Avant elle)

 

     Là-bas tout est calme et recueillement, souvenir et respectueux hommage.

Les eaux dorment à jamais à moins qu’elles ne fassent semblant pour garder le mystère du passé.

En me couchant sur la rive peut-être trouverai-je à mon tour le repos tant attendu.

Ou bien repartirai-je (encore) destination est et changement de pays pour revoir Vienne (qu’elle a hanté) au crépuscule.

Ma ville natale saura-t-elle me reprendre dans ses bras le temps d’un réconfort ?

Au soir d’un apaisement je m’espèrerai serein, ne serait-ce qu’une heure.

Ensuite ?

Une fois de plus il me faudra certainement m’en aller pour retrouver ma vie et mes quatre murs étroits qui semblent se rapprocher au fil des années.

Sûrement une illusion d’optique ou une vue de l’esprit…

 

     Pour en finir avec l’idée de persécution j’espère que le destin vaudra bien me faire cadeau du pouvoir de l’oubli.

(Elle)

 

            Sans logique...

  

 

Sous les flots  Vienne au crépuscule - Arthur Schnitzler (1907)

(© 2017/droits réservés)

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Ressentiments arides

Posté par BernartZé le 15 mai 2017

Mer descendue

Si loin qu’on ne puisse plus s’atteindre

  

            La mer n’a pas cessé de descendre.

 

     Il y avait comme un parfum de fin du monde dans l’air.

Celui des marées, du flux et du reflux, des mers démontées ou descendues loin que la nature pouvait ensuite facilement rajuster jusqu’au col.

Vinrent les hommes et l’urbanisme.

Avec leur manie de vouloir construire partout et à tout prix, souvent en dépit du bon sens, ils réussirent à déclencher la colère de Mère Nature.

Et tout s’est détraqué petit à petit en un monstrueux bras-de-fer entre terre et mer.

Dans certains pays des inondations maritimes et des tsunamis alors qu’en d’autres endroits de la planète la mer semblait s’être retirée très loin, vaincue.

Des plages immenses de sable et de rochers pouvaient en témoigner Mer retirée.

L’atmosphère était viciée.

 

     Nous…

N’avons pas cessé de nous éloigner.

Avons tout fait pour nous aimer jusqu’à nous désunir.

Nous sommes trop complus à nous faire trop souffrir.

Chassions la tiédeur et l’ennui en nous lançant des défis insensés.

Nous croyions uniques et différents, nous imaginant planer tout là-haut sans besoin de toucher terre.

Nous sommes même envoyés des cartes pour nous parler quand il était déjà trop tard.

Étions à la fin aussi pathétiques que ridicules à force de croire notre histoire plus importante que tout.

Étions égoïstes et inhumains.

 

     La mer n’a pas cessé de descendre laissant derrière elle des sables encombrés d’algues et de fruits de mer ivres de vengeance.

Elle s’est retirée ailleurs, ajoutant du sel aux larmes No ordinary love - Sade (1992).

 

            Nous…n’aurions jamais dû nous rencontrer.

  

 

 

 

Gérard Manset (Royaume de Siam, 1988) 

(© 2017/droits réservés)

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Triste tropisme

Posté par BernartZé le 17 avril 2017

Étendue maritime

Seule face à l’amer

  

            « Pauvre fille ! On m’a dit qu’à votre heure dernière,

            Un seul homme était là pour vous fermer les yeux,

            Et que, sur le chemin qui mène au cimetière,

            Vos amis d’autrefois étaient réduits à deux ! »

                                                                                        — Alexandre Dumas fils

 

     Combien d’années s’étaient-elles écoulées depuis le temps de ses triomphes et de ses plus grandes joies ?

A l’heure du dernier bilan il lui était difficile de se souvenir de toutes les marques d’affections reçues et des hommages rendus à son supposé talent.

Elle avait été célébrée admirée jalousée comme d’autres avant elle, plus que d’autres peut-être.

Prise dans un tourbillon elle n’avait pas vu passer sa prime jeunesse, celle qui attire tous les regards et toutes les convoitises.

Elle s’était laissé aimer pour se rassurer, pour emplir un vide que certains qualifiaient d’existentiel quand elle ne voyait là que la nécessité de vivre en meilleure compagnie que la sienne.

 

     Pour ne pas vivre seule elle aurait fait n’importe quoi, même renoncer à devenir mère.

Peu après ce choix elle éprouva rapidement un profond dégoût d’elle-même qui bascula vers le rejet l’entraînant dans la dépression.

Pas une journée sans devoir supporter un char d’idées morbides Idées morbides aussi insidieuses que funestes.

Elle se mit alors à beaucoup fréquenter les râpes à fromage Râpe à fromage et les Lame de rasoir ; n’importe quoi !

Elle se détestait tant qu’elle prit le premier ferry pour s’exiler sur une île anglo-normande dont elle ne revint qu’au bout de deux ans et demi, après n’avoir rien fait d’autre que d’essayer de compter sans relâche les moutons, des Shetlands descendus d’Écosse, de braves petites bêtes ; elle n’avait jamais autant dormi de sa vie.

A son retour personne ne l’attendait (plus) et elle dut porter elle-même ses valises jusqu’à la zone des taxis où elle fut contrainte d’attendre.

Fini le temps des passe-droits ; elle s’en moqua.

 

     Étonnamment le téléphone ne se mit pas à sonner à peine rentrée chez elle.

Il demeura même muet toute la première semaine et aussi la suivante.

Sa boîte de messages autrefois saturée resta vide en dépit du bon sens ; enfin celui suivant lequel elle pensait pouvoir effectuer son grand retour.

De toute évidence tous l’avaient oubliée, son tour avait passé.

Même ses plus anciens amis étaient trop occupés pour prendre de ses nouvelles.

Elle sourit en réalisant combien elle avait pu leur manquer.

 

A peine désabusée elle prit progressivement conscience de l’étendue de son handicap.

Elle était confrontée à un problème d’incommunicabilité qui l’empêchait de conserver désormais le moindre lien avec le monde extérieur.

De là à envisager une forme de trouble autistique…

Non, elle n’aurait pas osé revendiquer cette forme de « reconnaissance » d’un goût discutable ; et d’ailleurs à quoi bon ?

Tout dialogue semblait rompu et, fataliste, elle accepta cette condamnation sociale jugeant que sa longue absence avait pu paraître égoïste aux yeux de ses anciens « meilleurs amis ».

 

Au-delà d’une certaine limite tout ne peut-être pardonné…sans doute (?)

 

            Elle reprit la mer, hissant la grand-voile pour rejoindre le large.

Seule.

 

     Elle s’appelait Teresa.

 

 

En haute mer (2) 

(© 2017/droits réservés)

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Grand froid

Posté par BernartZé le 20 janvier 2017

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Givré

  

                A force de tirer sur ses manches elles cédèrent.

 

     Sur fond de ciel bleu immaculé le soleil était transi de froid ; grelottant, bleu glacé.

 

De sa Méditerranée natale il se souvenait essentiellement de la chaleur de l’enfance et des pâtisseries orientales Ballotin de pâtisseries orientales pleines d’amande et de pistache, de sucre et de miel.

Il y avait aussi les bricks sucrées gorgées de soleil Bricks sucrées et de saveurs gouleyantes en bouche comme un vin…peu léger.

Et même si ses goûters trop lourds lui restaient parfois sur l’estomac, il y repensait aujourd’hui avec tendresse.

Sans nostalgie cependant, mais c’était l’occasion de revivre les heures d’une certaine insouciance et d’un bonheur qu’il n’avait su retrouver.

 

     Dans la froidure hivernale d’un autre pays moins lumineux il en était réduit à se recroqueviller sous des couches de vêtements supposées le réconforter un peu.

Pas assez pour lui éviter des rhumes et des bronchites en cascades qui l’épuisaient davantage que sa lutte permanente contre la glace à l’intérieur.

Il était à présent aussi froid que des filets de pangas mal décongelés  Filets de pangas!

 

     De sa vie il ne se souvenait pas d’avoir un jour perdu le fil.

Même s’il se rendait parfois compte qu’il oubliait des détails du quotidien, surtout lorsque quelqu’un le lui faisait remarquer, il ne pouvait dire quand cette dissipation avait débuté.

Ce n’était plus qu’une sensation confuse pour lui et de plus en plus dérangeante pour son entourage.

Plus il s’absentait, plus il semblait encombrer et impatienter les autres.

Lui, s’endormant, se réfugiait instinctivement dans les repères rassurants d’une lointaine jeunesse qu’il lui plaisait de revoir dans ses nuits.

Là il se retrouvait en pleine possession de ses forces et d’un avenir tracé dont il recueillerait les promesses.

Là il revoyait ses souvenirs comme autant d’images précises ; un mur émouvant et animé de photos bien réelles qui le rassérénaient.

Il s’endormait aussi à table en fin de repas.

 

     Il réécoutait beaucoup Schubert, tout Schubert mais surtout l’adagio de son quintette à cordes Schubert - Quintette à cordes D956 qui le plongeait dans des abîmes de perplexité où le temps était suspendu et dans lesquels il aimait pourtant se perdre.

A près de quatre-vingt-dix ans il se savait sur la pente descendante, déclinant davantage de jour en jour.

Il n’en avait plus rien à faire tant la vie lui était devenue étrangère et de peu d’intérêt.

Sa fatigue sans limite suffisait à lui faire entrevoir la fin d’un long parcours histoire de se retirer avec grâce.

 

            Le soleil était bleu et il avait trop froid ; à force de tirer sur ses manches…

 

 

Ultime révérence

(© 2017/droits réservés)

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Un mal, des maux

Posté par BernartZé le 12 décembre 2016

Bougie

Le marre de vivre

  

            « Ça ne prévient pas quand ça arrive ça vient de loin ».

 

     Il est certain que dans son cas c’était venu de très loin.

A cinq à peine elle en avait eu marre de tout : de sa poupée préférée qui jouait la Machine à larmes, du papier peint de sa chambre qu’elle trouvait blafard, de son lit rouge, de son  verre à dents, de ses cliques et de ses claques qu’elle voulait emporter ailleurs et même de son petit frère qui n’était jamais né.

Pouvoir tout envoyer valdinguer était devenu pour elle une obsession quotidienne.

On prit cela pour un caprice d’enfant trop choyée.

Elle se renfrogna et patienta.

 

     A coups d’ongles et de bec elle traça son chemin et défia sa vie apparemment en dépit du bon sens.

Semblant toujours porter le masque de la colère muette, elle avait grandi dans l’idée que le monde extérieur lui était hostile sans même réaliser que son abord peu aimable n’encourageait personne à se rapprocher d’elle.

Ça lui était Égal ou Signe ''presque'' ou ''environ''.

L’année de ses vingt ans elle ne s’exprima plus que par signes mathématiques écrits quand on tentait de lui parler.

Cela n’arriva pas souvent, elle n’eut pas besoin d’arracher beaucoup de pages à son bloc-notes.

Par la suite elle se ficha des regards obliques et plus encore de ceux qui tentèrent de trouver une explication à son étrange comportement peu amène.

Est-ce parce que ses parents la trouvèrent de moins en moins hospitalière qu’ils tentèrent de la faire interner de force ?

Elle s’enfuit, n’écoutant que son instinct qui l’avait très jeune rendue méfiante ; souvent à juste titre.

 

     Vaille que vaille elle vivota un temps, celui de s’enferrer dans son système d’autodéfense et ses refus.

Un matin elle ne réussit pas à se lever, sa volonté l’avait abandonnée.

Tout désir de vivre aussi.

 

            Ses parents ne vinrent pas à la veillée ; ils étaient en voyage, étrangers.

La seule lumière, la seule source de chaleur vint d’une bougie.

 

     Personne ne sut jamais l’origine de sa colère ni ce que ses parents lui avaient fait.

 

Trop Marre...

(© 2016/droits réservés)

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Ne plus

Posté par BernartZé le 12 novembre 2016

Respirer

Le départ

 

             Sûr qu’il s’en va bientôt mourir de ne plus en pouvoir.

 

     Il va tous les laisser perdus, veuve orphelins déboussolés.

L’épuisement du coureur de Marathon n’a qu’une issue possible.

A bout de forces à bout de course à bout de souffle, à bout d’envies et de la volonté de vivre encore il risque bien de tirer définitivement les rideaux.

 

Déjà le froid semble s’être emparé de tout son corps ; partout tout le temps dedans comme dehors il grelotte.

Son couvre-chef ne le réchauffe plus, ses charentaises doublées polaire s’avèrent désormais incompétentes.

Alors, même s’il se plaint parfois, il n’espère plus silencieusement.

Il attend, tout en redoutant l’antichambre ''Vieilles'' ombres.

Il se tient le ventre, il se tient le dos, la tête aussi souvent ; ses mains ne suffisent plus.

Il ne veut pas rejoindre le cortège des vieilles ombres promises à une procession funeste.

 

Quand il oublie il écrit il griffonne, même si souvent ses petits papiers s’envolent étrangement sans le moindre courant d’air ; sans doute partis rejoindre une compagnie de Cerfs-volants.

Ce phénomène lui paraît bizarre et un peu embêtant mais finalement pas très grave.

 

Presque plus rien ne l’est d’ailleurs si ce n’est cette immense fatigue qui ne le quitte plus et que nul repos ne parvient à amoindrir.

Il a beau somnoler, le plus souvent malgré lui, rien n’y fait.

Alors il essaye de rêver au jour où tout cela sera fini.

Plus de temps qui se perd se distend ou s’effiloche.

L’horloge et son ombre accueillante Dans l'ombre auront gagné ; enfin.

 

 

Phidippidès  

(© 2016/droits réservés)

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Plus très méchant

Posté par BernartZé le 19 octobre 2016

Grrr

Scrogneugneu

 

            Je ne supporte plus les enfants !

 

     On me dit acariâtre sous prétexte que j’ose manifester ma mauvaise humeur en leur présence ; serais-je devenu un misanthrope atrabilaire plus du tout amoureux du genre humain ?

S’il m’arrive de me montrer hargneux c’est que les enfants d’aujourd’hui sont souvent très bruyants et toujours agités.

Ils ne cessent de geindre et de réclamer quelque chose à leurs parents, n’hésitant pas à entamer d’interminables négociations sans se soucier de leur autorité (présumée) ni du fait qu’ils se trouvent dans un lieu public.

Le plus inquiétant est que les parents finissent la plupart du temps par céder pour avoir enfin la paix.

Y’a plus de parents ni d’enfant et encore moins d’éducation !

 

     A quatre-vingt-treize ans n’ai-je pas acquis le droit de m’exprimer librement ?

Quitte à passer pour un vieux schmock (pour rester poli) Vieux schnock autant être sincère et ne plus se mentir.

Certains me rétorqueront sûrement « quel droit ? » me demandant en vertu de quoi j’estime mériter cette sorte de privilège.

Ils auront la réponse le jour où ils atteindront à peu près mon âge.

Ils sauront que les jours où la douleur n’est plus soutenable il est difficile de devoir supporter qui que ce soit.

Chaque être humain a ses limites ; le dépassement physique ne le rend pas particulièrement aimable ni fréquentable.

Et les enfants le moquent avant de le fuir à juste titre.

 

     Au début de cette année 1991 j’ai formulé un seul vœu : celui de revoir enfin mes enfants.

Sur cette photo d’entre deux guerres V.C. je pouvais encore sourire sous la moustache.

Pas même quarante ans et père de cinq enfants, j’aimais ma vie que je trouvais douce auprès de mon épouse.

Ma famille se portait bien (cela semble aujourd’hui stupide de le dire) et nous étions pleins de projets.

Inconscients alors nous ne réalisions pas qu’un fou furieux -un autre moustachu- avait déjà jeté une ombre sur toute une partie de l’humanité.

Très vite l’inquiétude a grandi ; les premiers autodafés Autodafé nous ont effrayés et « la Nuit de cristal » nous a laissés interdits.

En juillet 1942 la rafle a scellé nos sept destinées.

Finalement seuls ma femme et moi sommes revenus de cet enfer.

 

     Le parcours de ma peine m’a conduit jusqu’ici.

Mais veuf depuis peu je ne me sens plus le courage de poursuivre le combat de toute une vie ; sans amour, sans aide ni soutien.

Je repense à ces vers d’Hugo :

 

                « J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs

                Je marche, sans trouver de bras qui me secourent,

                Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent,

                Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs. »

 

Le premier quatrain d’un poème appris dans mon enfance et qui m’a accompagné depuis le tout début de mes années de collège.

Veni vidi vixi (2) Je ressemble tant aujourd’hui à cet homme-là, courbé et fatigué.

 

     Les enfants sont aujourd’hui -comme de tous temps- bruyants et pleins de vie ; c’est bien normal, même si leurs rondes incessantes me fatiguent…alors que je ne les entends plus qu’à moitié faute d’appareillage que je me refuse à porter.

A quoi bon ?

 

           Je ne peux m’empêcher cependant de me demander ce qu’il adviendra d’eux le siècle prochain…

 

 

La canne de mon grand-père 

(© 2016/droits réservés)

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Hors du temps

Posté par BernartZé le 17 août 2016

Les lumières de la ville - Charlie Chaplin, 1936

Comme s’il était encore temps

(!)

  

            Les lumières de la vie s’étaient éteintes les unes après les autres.

 

     Tel un pavé de saumon (cru) Pavé de saumon (cru) incapable de remonter seul le courant il restait assis là inerte, les yeux rivés sur son assiette.

Plus la moindre envie de manger ni même d’ouvrir la bouche ; interloqué abasourdi muet.

Ne comprenant pas ce qu’il faisait encore ici-bas ses yeux ne cessaient de s’écarquiller en songeant au vide de son existence.

Il avait manqué tant d’occasions de s’échapper et d’en finir que, fort de ses expériences souvent ratées par inadvertance, il aurait pu écrire tout seul le contrepoint du fameux livre Suicide, mode d'emploi (de Claude Guillon et Yves le Bonniec, 1982) qui fit autrefois polémique jusqu’à être interdit en France (mais vendu aujourd’hui d’occasion à prix d’or sur des sites bien connus ; cherchez l’erreur) sur la base de la loi réprimant la provocation au suicide (kézaco ??).

Ses échecs successifs avaient fait moins de bruit.

Et quarante-douze mille ans plus tard il en était toujours au même stade ; Glory times Glory times - Portishead (1995) !

 

     Loin de se considérer comme un rescapé il n’avait pas le moindre respect pour lui-même, achevant de se haïr faute d’avoir pu découvrir une bonne raison de s’estimer.

Les jeux de miroirs avaient eu raison de lui.

A présent qu’il se retrouvait seul, l’ayant bien cherché, il pouvait contempler l’étendue des dégâts et de son royaume dont le sol ne cessait de se dérober à chaque pas.

Tomber se relever, tomber se relever, tomber se relever…basta !

Étant tombé bas (bien) plus de sept fois et n’étant pas Japonais, il s’était légitimement demandé si ce petit jeu de dupes -dont il était l’unique participant- allait durer encore longtemps ; la question ne se posait plus à présent.

Il savait que le cycle ne prendrait jamais fin et qu’il ne trouverait pas de répit.

A cent-cinquante-douze ans il serait encore assis sur cette même chaise Chaise musicale non musicale en attendant qu’elle ne cède par lassitude, le trouvant définitivement insupportable.

Avec un peu de chance son squelette, faute de peau restant sur les os, se romprait brutalement, s’éparpillant en mille morceaux.

Fin de cycle Fin (de non recevoir) !

Oublié le vieux refrain Comme j'ai mal ! et les sempiternelles jérémiades !

 

            Un nouveau jour s’était levé ; nouveau ?!!

 

 

Yeux écarquillés  Pris dans les phares…

(© 2016/droits réservés)

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Bof !

Posté par BernartZé le 28 novembre 2015

Mon œil !

Quand tout est mort

(interprétation libre)

            

            D’effroi fulgurant.

 

     Au fond de l’œil le vide ; tout foutu tout cassé, à tout perdre autant se faire du bien.

En panne sèche d’âme et de cœur le rêve serait de ne plus sentir son corps et de flotter sans fin.

Ne plus penser ni réfléchir ; ne plus souffrir enfin.

 

     Le nirvāṇa Le nirvāna (le pied le bonheur tant promis) serait-il à portée d’espérance en acceptant de tout lâcher et de ne plus rêver ?

A défaut de bien-être serait-il possible de retrouver le sens du mot « plaisir » et la chaleur promise ?

Un éclat et des brisures Éclaboussures plus tard se tenir encore debout relève presque du miracle.

Résister encore (à jamais, pour toujours…bla bla bli) n’est plus de mise.

Il faut faire mieux ou laisser rompre les digues.

Et quand bien même les vents seraient toujours contraires, il faudra les haïr pour mieux les détourner.

 

            Le fond de l’œil était trop frais, morné…

 

  

Coupe brisée - Copie  Bris de verre glaçant

(© 2015/droits réservés)

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