Ça n’arrive pas qu’aux autres

Posté par BernartZé le 5 octobre 2017

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Un ver dans le potage

  

            Que s’est-il soudain passé à l’instant du séisme ?

 

     A-t-on entendu un craquement sinistre, le bruit d’une explosion souterraine ou alors assisté à un immense déchirement du ciel ?

Non tout ça était impossible, cette chose-là ne concernait que lui et personne d’autre.

Le reste du monde n’en avait rien su et heureusement subi aucune conséquence fâcheuse.

Il serait resté bouche bée s’ils en avaient parlé au journal télévisé.

 

     Toute sa vie il n’avait demandé qu’une seule chose : vivre en paix et le demeurer le plus longtemps possible.

Ce n’était tout de même pas une attente extravagante dans l’existence.

Il n’avait jamais rêvé devenir riche et célèbre, ni espéré gagner un jour au loto (encore eut-il fallu jouer) ; il n’avait même pas recherché « la femme de sa vie » et aucune n’était venue le trouver.

Il avait simplement été un petit fonctionnaire gratte-papiers, un anonyme au milieu de tant d’autres.

Et c’était très bien ainsi.

Ses voisins d’immeuble ne le connaissaient pas, pas même ceux de son étage.

Il se cachait parfois pour ne croiser personne et évitait toujours de prendre l’ascenseur si quelqu’un s’y trouvait ; il préférait faire semblant de vérifier sa boîte aux lettres et attendre que la cabine redescende.

Pas sauvage, mais tout comme.

Il sortait peu, juste pour le strict minimum et ne partait jamais en promenade, ça l’ennuyait de marcher inutilement.

En fait il préférait largement passer son temps confiné chez lui à lire ou à écrire.

 

     Un jour il commença à se sentir un peu bizarre.

Sa vision se troublait par intermittence et sa main pour écrire paraissait mal assurée.

Il mit ça sur le compte d’un peu de fatigue et se coucha plus tôt que d’habitude.

Mais deux jours plus tard il se sentit faible et une de ses jambes faillit se dérober et le faire tomber.

Il prit de l’aspirine et attendit quelques jours avant de consulter pensant avoir attrapé un virus dans un lieu public.

On l’ausculta le palpa l’interrogea.

Puis vint la prise de sang vite suivie par d’autres examens de plus en plus poussés.

Entre temps sa vue avait baissée et il peinait pour lire correctement.

 

     Et le verdict tomba : ce n’était pas un virus mais une sclérose en plaques.

A cette annonce il fut prit de vertiges et son ciel s’assombrit.

Il en avait bien sûr entendu parler mais n’en savait presque rien.

Un médecin lui expliqua calmement la maladie et son évolution à court moyen et long terme.

Il lui parla aussi de traitements et de soins susceptibles de le soulager.

Il ne retint qu’une chose : un jour ou l’autre il ne marcherait plus et serait condamné au fauteuil roulant.

Son monde venait de s’écrouler sur lui.

 

     Les jours suivants il les passa à s’observer et à noter chaque changement, chaque trahison de son corps même le plus infime.

La liste s’allongea au fil des semaines et des mois.

 

Jour après jour il réfléchissait immanquablement à son futur hypothéqué.

Il pourrait très bien mourir d’une infection respiratoire ou d’une maladie opportuniste bien avant de finir en fauteuil.

Que préfèrerait-il ?

Pour lui en dehors de l’issue fatale sur roulettes, tous les maux semblaient se valoir à partir du moment où sa vie avait déjà changé.

Il ne pouvait plus vivre en paix et les jours d’angoisse se faisaient plus nombreux.

Sa vision parfois devenait trop trouble pour pouvoir lire ou écrire.

Alors il se couchait en s’efforçant de ne pas rêver, se contentant d’espérer que le lendemain serait une journée plus favorable.

 

            Ainsi serait désormais partagé son temps, balançant entre espoir et désespérance.

Incapable de prévoir quelle nouvelle surprise viendrait le cueillir, il avait bien du mal à rester philosophe.

Parfois sa situation le faisait suffoquer au point d’éprouver de grandes difficultés à respirer.

 

     Oui le ver était dans le fruit et lui serait de plus en plus souvent dans le potage…

  

 

Ruban de la sclérose en plaques 

(© 2017/droits réservés)

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Noyade

Posté par BernartZé le 17 septembre 2017

31,8

Soleil jaune

Que la vue paraissait belle

  

«        J’ai tourné autour du soleil, m’y suis brûlé les ailes.

 

     Pour qui me suis-je pris ?

Icare ? Et puis…Et plouf ! !

Jour après jour, toujours plus loin, j’ai poussé la folie jusqu’à rompre mes digues.

Non pas que je me croyais invincible, mais j’avais tant de rêves sans lesquels j’étais sûr de ne pouvoir vivre et pour certains survivre.

Il ne m’a pas fallu attendre longtemps pour me trouver à bout de souffle.

Alors j’ai commencé à me penser fou, malade, pas tout à fait comme les autres.

Je crois que j’ai toujours été différent, dès le plus jeune âge.

Beaucoup d’enfants le ressentent ou l’espère ; je n’ai rien demandé, peut-être un sort m’a-t-il été jeté ?

J’ai grandi et beaucoup continué à rêver, trop.

J’ai rêvé d’être mille autres et pour ce faire j’ai pensé qu’il suffirait de travailler sans relâche.

 

     Baccalauréat en poche vite direction l’université ; j’aimais le statut d’étudiant…tout en sachant pertinemment que l’obtention d’un diplôme ne me servirait pas dans ma quête.

Une quête que mes créateurs considéraient totalement irraisonnable.

Quand bien même !

Au bout de quatre années inutiles je choisissais d’entrer dans le monde du travail.

Ce n’est que des années plus tard que j’ai découvert un cursus universitaire plus en rapport avec mes goûts et qui aurait (peut-être) pu me servir à progresser vers mon but ; cette voie existait-elle alors ?

Parallèlement à mon travail j’étudiais autrement dans un cours privé.

Plein d’enthousiasme de joie et d’envies je parvenais à croire à la concrétisation possible de mon rêve jugé fou.

J’étais intimement persuadé qu’au bout d’un long chemin difficile et laborieux je verrai la lumière.

Le travail et la foi ; vint le doute.

Et si je n’étais pas digne d’atteindre ce rêve que d’autres disaient insensé ? Et s’ils avaient raison ?

Et si -surtout- je m’étais fourvoyé dès mon plus jeune en m’imaginant que tel était mon destin ?

J’ai continué à travailler et à y croire le plus longtemps possible même si cela devenait de plus en plus difficilement compatible avec mon travail « officiel ».

 

     Tout en ayant la foi j’ai découvert que je pouvais accepter les sacrifices pas les compromissions.

Elles m’écœuraient, d’autres les ayant admises étaient parvenus à obtenir ce qu’ils désiraient.

Était-ce à dire que je n’étais pas prêt à tout pour que mon vœu se réalise ?

Ou bien que je n’étais tout simplement pas préparé à affronter la réalité d’un monde dont les règles m’échappaient ; trop innocent et désarmé.

 

     Ensuite très vite tout à commencé à m’échapper en même temps que mon rêve.

J’ai eu la sensation de me décomposer littéralement ; tout se désagrégeait dans ma tête et mon corps et devenait hors de contrôle.

J’étais pris à mon propre piège : ne pas pouvoir vivre sans ce rêve, à peine y survivre.      »

 

 Fioriture

 

            Tel est le témoignage écrit qui m’a été adressé par un ami que je n’avais pas vu depuis de longues années.

Il était accompagné d’une courte lettre rédigée par un membre de sa famille m’informant de son décès subit ; entre les lignes on pouvait deviner son suicide.

Je suis resté un long moment interdit avant d’essayer de me souvenir des images que j’avais conservées de lui.

Nous nous étions connus en faculté qui l’intéressait peu mais où il aimait vivre et rencontrer d’autres étudiants venus d’horizons divers.

Je me suis effectivement rappelé son exaltation et sa foi suprême en un avenir qui l’amènerait à atteindre son but.

Je me suis soudain senti très triste.

 

     C’était il y a plusieurs mois et j’ai depuis souvent repensé à son témoignage, essayant de comprendre ce qui lui était arrivé.

Mais les méandres du cerveau sont infiniment difficiles à appréhender.

L’être humain est ainsi fait que son esprit et son corps peuvent lui échapper sans qu’il ne soit conscient de l’ampleur de son mal.

Lui avait entrevu le soleil et la nuit l’a avalé.

 

 

                                                                             À D.A.

 

   

Soleil noyé

(© 2017/droits réservés)

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Il était des vies…

Posté par BernartZé le 29 juillet 2017

Mechanism concept - 3d render

L’engrenage

 

            Non les nuits ne sont pas silencieuses, non les jours ne se contentent pas de passer.

Ils nous malaxent, elles laissent échapper des cris.

Et ces bouleversements s’avèrent irréversibles.

 

            Il est des vies comme ça, nul ne saurait dire pourquoi…

 

     Certains rêvent dès leur naissance, peu ont la chance de vivre dans cet état de lévitation permanente.

Le plus souvent l’enfance se charge sans douceur de ramener le rêveur à une réalité située plus en bas, proche du quotidien de la vie.

Et pour les mal prédisposés le choc peut être rude, violent voire quasi mortel faute de savoir s’adapter.

Alors ils marchent en crabe, essayant constamment de biaiser.

 

            Il est des vies ainsi, basées sur l’évitement…

 

     Les pires maux sont insidieux, ils travaillent sournoisement opèrent dans l’ombre et gangrènent les âmes et les corps.

Leurs attaquent se font en règle étage par étage.

C’est une guerre sans loi, une prise d’otage à vie sitôt qu’est mis un doigt dans l’engrenage.

L’enfer ouvre ses portes, la danse macabre peut commencer Danse macabre (La règle du jeu, 1939).

L’instinct de mort s’éveille, adieu les rêves adieu la vie !

L’existence bascule totalement pour tendre inexorablement vers le point zér0.

L’anéantissement est en marche, le déni sublimé.

 

            Il est des vies saccagées dont la moelle est pourrie…

 

     Telle une mer asséchée tout plaisir s’est retiré d’un corps et d’une âme définitivement aux abois.

Tout n’est plus que combats luttes et mortifications.

Tout est désolation et champ de mines.

Tout est…mine de rien à faire peur !

Reste à parachever l’œuvre de destruction en la signant.

 

            Ainsi furent des vies…

 

  

Wasserstiefel - Roman Signer (1986)  Ainsi font, font, furent.

(© 2017/droits réservés)

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A votre santé !

Posté par BernartZé le 20 juillet 2017

Dépistage

Jeu de piste

(Interdit au moins de cinquante et aux plus de soixante-quatorze ans)

  

            Profitons de l’été pour nous amuser !

 

     Comme pour les enfants il existe depuis plusieurs années des cahiers de vacances pour adultes qui proposent de réviser tout ce que vous avez largement eu le temps d’oublier.

Supposés ludiques ils vous permettent également de vous miner le moral dès la première journée de travail.

Vous réaliser soudain que vous ne savez plus rien et que vous êtes devenus un parfait ignare dans toutes les matières !

De deux choses l’une : soit vous décidez de retourner sur les bancs de l’école Université du temps libre (université du temps libre…appelée autrefois du 3ème âge), soit vous persistez et signez en demeurant dans votre crasse ignorance.

A vous de voir.

 

     Si à force de bronzer et de ne rien faire de vos journées estivales vous en venez à vous ennuyer, vous allez pouvoir vous divertir en vous plongeant dans la lecture du petit fascicule que vous avez de nouveau reçu cette année le mois précédant votre anniversaire.

Par le passé vous l’aviez directement jeté à la poubelle en vous estimant peu concerné par le sujet ; mais, l’âge aidant, vous vous dites aujourd’hui que votre négligence pourrait vous coûter cher.

L’information est de taille : il vous est possible d’éviter de mourir (pour l’instant) en vous lançant sur la piste du cancer colorectal !

Pas de fausse pudeur : vous avez un côlon et un rectum, autant ne pas les ignorer.

Laissez-les s’exprimer et vous confier leurs états d’âme, ils pourraient vous surprendre.

Prenez cette écoute comme une nouvelle activité ou un jeu chic et choc.

Ce sera toujours mieux que de continuer à bronzer idiot sur la plage puisqu’un cancer de la peau vous est (presque) promis.

En plein cœur de l’été oubliez un peu votre apparence (non vous n’êtes pas en permanence sous les feux des projecteurs) et intéressez-vous à toutes les petites cellules de votre organisme.

 

     En résumé, comme à l’école : Test de dépistage ; reste à espérer que vous entretenez une relation de confiance avec votre médecin traitant.

Certains donnent envie de les revoir, d’autres…

 

            [Le message contenu dans ce jeu n’est en aucun cas parrainé ou validé par le Ministère de la Santé]

   

 

L’œil du côlon  (Dans l’œil du cyclone)

(© 2017/droits réservés)

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Apprentissage

Posté par BernartZé le 24 mai 2017

Coin de salon

Causerie au coin

  

            Confortablement installé(s) dans un angle du salon nous parlons, et j’imagine simplement tes réponses.

 

     Te souviens-tu encore du temps où tu venais souvent passer chez moi une après-midi ou une soirée, afin de ne pas rester seul dans ton studio plein de cafard ?

Là-bas tu étais constamment en proie à tous tes démons et à des règlements de compte qui tournaient court.

Ainsi tu t’invitais quatre ou cinq fois par semaine et j’aurais eu mauvaise grâce à refuser tes visites.

Pourtant, épris de liberté et aimant la solitude, je me sentais parfois envahi.

Sais-tu que par amitié pour toi j’ai souvent renoncé à mes moments tranquilles passés à écrire ou simplement rêver ?

J’espère qu’il n’en est rien, ayant toujours fait au mieux pour cacher l’impatience qui me prenait à vouloir me retrouver enfin seul.

Elle ne m’empêchait heureusement pas de profiter de belles heures en ta compagnie.

 

     Hiver comme été pendant de longues années nous avons beaucoup parlé.

De toi de tes questionnements et de tes histoires de cœur sans fin tragi-comiques.

Et de multiples sujets plus (?) culturels ; rarement de moi, je n’en avais pas envie.

Des heures et des nuits à parler et à boire ; sans trop de modération pour toi vue la vitesse à laquelle une simple N69531 était avalée !

Ce rituel apparemment confortable pour tous deux a pris brutalement fin.

Nos routes se sont éloignées subitement, presque du jour au lendemain, sans sommations.

Te rappelles-tu les circonstances de ce changement ?

De mon point de vue j’ai cru comprendre que tu avais trouvé mieux à faire.

Tu t’étais soudain pris de passion pour les salles de sport où tu suais désormais durant de longues heures quotidiennes pour te sculpter un autre corps plus en rapport avec tes aspirations esthétiques.

Sans doute y avais-tu fait des rencontres entre les steps et les haltères…

 

     Nous n’avons jamais évoqué les raisons de ton détachement et je ne t’ai pas dit combien j’avais pu être triste et blessé en réalisant que je ne te servais plus à rien.

Tu n’avais plus besoin chaque jour de mon écoute ni de ma présence.

J’étais enfin seul…mais un peu trop.

Seul j’ai appris à ne pas t’en tenir rigueur.

Seul j’ai appris à te pardonner ton manque d’égards en te voyant satisfait.

L’amitié avait pris le pas sur le ressentiment.

 

     Tu m’as beaucoup apporté en me faisant découvrir que j’étais moins égoïste que je ne le croyais et en me permettant de réaliser que l’abnégation était un gage d’amitié.

Te savoir aujourd’hui heureux…panse mes blessures d’amour-propre.

 

            Peu de questions finalement…pour un soliloque.

 

 

Vertes années  (Vertes années !)

(© 2017/droits réservés)

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Deux en une

Posté par BernartZé le 27 décembre 2016

36 fillette

36 fillette

  

            J’ai ressorti hier mes plus beaux souliers vernis.

 

     J’ai aussi retrouvé ma locomotive électrique Locomotive électrique et mon pull jacquard de jeune homme Pull jacquard.

Toute mon enfance était là ; une guerre des sexes à moi tout seul, toute une vie.

 

     Une sorte de vertige me prit à 9 ans ½ : j’ai découvert entre deux âges que j’avais deux identités deux sexes deux caractères non opposés mais complémentaires.

A tort ou à raison mes parents à ma naissance n’avaient pas voulu faire un choix irréversible à ma place.

Ayant grandi petite fille et ne m’étant jamais comparée à personne je ne me sentais pas différente de mes camarades en jupette.

Innocente, ignorante de ma vérité, je ne pouvais deviner à l’âge rose que ma vie allait un temps virer aux bleus.

Une simple sortie scolaire à la piscine suffit à me plonger dans des méandres sans fin et des abysses sans fond.

Meurtrie je ressortis intact de la préadolescence.

Certes blessé, je pus conserver mon intégrité physique par la magie des androgènes qui s’étaient réveillés ; un vrai mystère.

Un réel miracle aussi dans la mesure où il me permit de ne pas faire d’autre choix que celui de l’évidence : j’étais un garçon !

 

     Dire que la suite fut facile serait un mensonge.

Il me fallut changer d’état civil d’école de coiffure de vêtements (Gilet garçon…tenue classique d’une autre époque) et d’habitudes bien sûr, sans jamais me renier.

 

Il me fallut aussi apprendre à faire des choix sans regretter les options délaissées.

C’est un défi que je suis rarement parvenu à relever tant -encore à mon âge- j’ai du mal à les abandonner le cœur léger.

Trop souvent indécis, j’ai beaucoup hésité semblant danser d’un pied sur l’autre.

Je continue…m’appuyant à présent sur ma canne Petit vieux.

Cela a-t-il un rapport avec celui que je suis devenu et celle que je ne suis plus ? ; drôle de question !

On ne se refait pas complètement en une vie !

 

            Je ne regrette pas mes souliers vernis, je n’ai plus l’âge de faire des claquettes.

 

 

Le choix dans la balance

(© 2016/droits réservés)

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L’araignée galopante

Posté par BernartZé le 25 septembre 2016

L'araignée galopante

Gommage

Retiens ta nuit

  

            Je voudrais oublier qu’il commence à perdre la mémoire.

 

     Quand le compte-à-rebours a-t-il été lancé ?

Je ne me souviens pas du premier signal d’alerte ni du jour où j’ai remarqué quelque chose de bizarre.

Il y a forcément eu une amorce du phénomène qui allait se révéler par la suite de plus en plus insidieux.

A vouloir à tout prix trouver un élément déclencheur on finit par perdre la raison.

Le besoin de comprendre doit vite laisser place à l’obligation d’admettre l’inéluctable.

Quand vient le jour où il n’est plus possible de nier l’évidence c’est un mur que l’on prend en pleine face, un séisme qui remue le ciel et la terre sur laquelle on pensait toujours pouvoir prendre appui.

 

     Saisons humaines Loin les vertes années et les heures insouciantes où nul ne songeait aux changements de saison.

Pourtant quand la nature se rebelle les êtres humains sont peu de choses.

Certains font face, d’autres fuient malgré eux.

Le temps passé à ne pas penser à l’horloge qui grignote nos jours finit par devoir se payer.

La fauche soyeuse L’œuvre du temps ne manque jamais sa cible.

Ce concours de lapalissades dissimule mal le malaise qui s’installe et le dépit à venir.

Jour après jour les signes -toujours plus inquiétants- se multiplient et l’angoisse devient envahissante omniprésente obsessionnelle.

La vie des proches semble désormais ne pouvoir se résumer qu’à ça.

Le conjoint, en première ligne, fait front le plus longtemps possible jusqu’au moment où tout devient irrespirable et invivable.

La vie suffoque faute d’air pur.

Comment s’échapper d’un tel enfer sans renier l’autre ni une vie entière amoureuse ?

 

     A quelques jours de leurs noces de diamond isolated on white background - 3d render ceux qui s’en faisaient une fête n’auront rien à fêter ensemble.

Toute une vie patiemment construite est en train de se déliter et aucune larme ne pourra réduire la distance entre eux.

Le couloir qui s’étire Sombre couloir est sans autre issue que celle que tous redoutent.

La dégénérescence avérée n’est (presque) rien en regard de la dissolution de l’union de deux êtres.

Il faut admettre l’inadmissible.

 

            Tête en feu Le feu est aussi déclaré dans ma tête…

 

   

Myosotis  (Souviens-toi de ne pas m’oublier)

(© 2016/droits réservés)

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Extrémisme

Posté par BernartZé le 12 juillet 2016

37,2

Sortie de camp

 

            Arène sanglante, combat dantesque, l’enfer ici-bas.

 

     Sa propre vie lui était rapidement apparue monstrueuse ; son enfance et son adolescence n’avaient pas été de tout repos tant elle se posait de questions, tant déjà elle se faisait du mal malgré elle et sans s’en rendre compte.

Impossible de se souvenir comment cela avait commencé, comment elle avait doucement glissé dans un monde parallèle de plus en plus inhumain.

Son déni avait duré, faute de lucidité et de connaissance, jusqu’à l’âge de quitter le foyer familial.

Elle s’était sentie libérée d’un fardeau, persuadée de pouvoir désormais vivre comme bon lui semblerait.

Elle ne rêvait pas davantage de sorties nocturnes que de dessous chics, pas plus de richesses et de voyages que de brûler sa vie par les deux bouts.

Sa vie la brûlait suffisamment comme ça.

Elle voulait juste être tranquille, sans regards extérieurs ni soupçons inquisiteurs.

Toutes les nuits elle griffonnait des mots dans un cahier dans l’espoir de mieux se comprendre.

Quand elle n’écrivait pas elle gardait les coudes bien calés sur les hanches, les mains jointes sous le menton -par chance ses bras étaient à la bonne mesure- pour mieux réfléchir.

Elle se perdait souvent dans des dérives mentales qui la menaient loin et, se rattrapant de justesse, elle reprenait sa page et ses interrogations existentielles.

Généralement elle se couchait épuisée sans avoir rien découvert.

 

     C’est à dix-neuf ans en seconde année de fac psycho qu’elle eut une révélation.

Elle en était certaine, une fois sa licence en poche, elle voudrait se spécialiser en psychopathologie pour l’obtention d’un master qui l’amènerait sûrement vers plus de savoir et de connaissances, des autres et d’elle-même évidemment.

Pas de hasard ni de coïncidence dans ce choix dicté par son mal-être, simplement l’impérieuse nécessité de percer son propre mystère.

Elle aurait pu être tentée par l’alcool ou d’autres substances moins licites censées la conduire vers l’oubli, mais non, elle voulait à tout prix appréhender son problème sous un angle intellectuel fuyant l’affect ; combien de temps encore son cerveau pourrait-il repousser les agressions faites à son corps ?

Elle n’eut pas le loisir d’entendre jouer tout un Libera me prélude à une renaissance en guise de (possible) délivrance qu’elle reçut un autre coup à l’âme.

A force de chercher elle finit par trouver ; il ne lui était plus possible de ne pas admettre l’évidence d’un mal mortifère : elle était bigrement fâchée avec la nourriture !

Elle ne s’était pas vue dépérir, son miroir lui renvoyant sans cesse une image Meurtre au miroir insoutenable qu’elle haïssait.

S’encourageant à toujours plus de vaillance, refusant de s’abandonner à des moments d’extrême faiblesse, elle se torturait comme à plaisir.

Et pourtant elle n’en menait pas large quant elle se sentait défaillir ou quand ses cérémonies funestes la conduisaient directement à se forcer à faire de la gymnastique pliée en deux au-dessus de la lunette des toilettes, les rendant définitivement obscènes.

Le spectacle de sa propre déchéance avait fini par devenir irréel tant elle refusait de lui accorder la moindre considération.

Et d’habitudes en acceptations contraintes elle s’était perdue de vue.

 

     Combien de Balance avait-elle massacrées à coups de pieds rageurs en refusant leurs verdicts ?

Pour effacer chacun de ces crimes elle courait en acheter une autre, se dépêchant d’oublier ses méfaits.

C’est en descendant un jour de l’une des balances, les lunettes sur le nez, qu’elle resta interdite.

A force d’éviter de se regarder, de peur de se haïr une fois de plus, elle ignorait à quoi elle ressemblait réellement, imaginant une vision qu’elle ne pourrait supporter.

Par mégarde elle se vit de dos un matin ; son image reflétée entre deux miroirs l’effraya.

Elle pensa immédiatement à des photos en noir et blanc de cadavres vivants marchant pour sortir du camp dans lequel ils avaient été concentrés pour être réduits à néant.

Décharnés mais toujours en vie ils lui semblaient tous reconnaissables et familiers en dépit d’un parallèle qu’elle trouva indécent et irrespectueux.

Il lui fallut encore plus d’une décennie, après des années de psychothérapie qui ne l’avaient conduite à rien si ce n’est à d’incessantes discussions intellectuelles hors sujet avec un sympathique médecin totalement impuissant, pour accepter l’idée d’être privée de sa liberté en se faisant hospitaliser.

C’est-à-dire enfermée, pieds et poings liés, à la merci du corps médical chargé de la soigner à défaut de la guérir définitivement.

Ces mois de réclusion la marquèrent à jamais.

Derrière les Barreaux elle avait eu le temps d’écrire et de réfléchir encore à tout ce qui l’avait menée ici.

On lui avait dit qu’elle avait flirté avec la mort alors qu’elle n’en avait pas eu conscience, pas même à bout de forces.

Son esprit s’était obstiné à refuser cette évidence l’excluant du champ des possibles.

 

            Les miracles sont rares ; personne ne sort indemne d’une telle maladie qui reste marquée dans la chair et l’esprit.

Au mieux on réapprend à vivre différemment, avec plus de tolérance envers soi et en redoublant de vigilance.

 

     L’addiction demeure tapie, ainsi que la curieuse nécessité de repousser ses limites jusqu’au point zéro.

Comme s’il s’agissait d’un jeu, d’une fanfaronnade ou d’un défi ultime.

Il n’en est rien…

 

 

Zéro pointé  

(© 2016/droits réservés)

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Quand ‘ça’ ne devrait pas être

Posté par BernartZé le 3 juin 2016

V.L.

Sépia

  

            Quelque chose dans l’image avait déjà commencé à craquer.

 

     Des éclairs indigo puis des teintes brunes étaient venus jeter un trouble sur l’apparence parfaite d’une pose de magazine.

A présent une certaine langueur, une douce mélancolie étaient devenues perceptibles.

C’était indéniable ; et pourtant elle continuait à faire tout son possible pour tenter de dissimuler les traces d’une existence qu’elle n’avait pas rêvée ainsi.

L’évolution avait été lente, sournoise, faussement tranquille.

Autrefois le bonheur lui semblait être une promesse que la vie saurait lui tenir.

Une évidence dans laquelle tous l’avaient confortée.

Ses parents bien sûr puis ses amies de lycée ; on l’enviait un peu sans trop la jalouser.

Un jour elle lut dans les yeux de son chat un soupçon d’inquiétude Regard félin ; même son ronronnement se faisait entendre plus gravement.

 

     Le glissement avait été progressif, tout en douceur ; apparemment heureuse, pour un temps encore.

Le mécanisme avait commencé à s’enrouer Mécanisme quand elle avait pris conscience que quelque chose n’allait plus entre eux.

Tout en s’aimant ils paraissaient moins se comprendre ; des silences prolongés avaient abouti à des moments d’agacement puis de rejet.

Leurs dos s’étaient tournés précédant le premier geste malheureux, presque rien, juste une main levée oui.

Mais non ce n’était pas grave, un simple incident.

Quand cela se reproduisit elle se rassura vite en se disant qu’elle n’avait rien senti ; elle prit note de sa déception.

Le désarroi vint peu après, quand elle réalisa sa mauvaise humeur quotidienne dont elle était forcément responsable.

Elle n’avait plus vingt ans, lui non plus, et les années d’insouciance avaient passé exigeant plus d’efforts quotidiens et de compromis ; les attentions firent alors place à l’amertume.

Vint la colère.

 

     Lorsqu’elle s’abattit elle s’effondra d’un coup, médusée, abasourdie.

Elle se releva hagarde sans même songer à le regarder tant elle ne pouvait s’expliquer ce qui était arrivé.

Des doigts levés Jour de colère (extrait) - Carl Theodor Dreyer (1943) l’accusèrent des maux reçus avant qu’elle ne puisse trouver le courage de réagir.

Il lui fallut des années pour admettre son innocence.

 

            Malgré la honte qui l’entravait toujours elle réussit à porter plainte.

 

 

Police

(© 2016/droits réservés)

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A mourir de rire

Posté par BernartZé le 11 mars 2016

Diabolique...

C’est drôle

(plus ou moins)

 

            Les années passent et nos anniversaires reviennent avec souvent moins de joie.

 

     Le cœur n’est-il plus à la fête ou n’avons-nous plus rien à souffler de ces traditions de l’enfance qui donnaient l’occasion de s’extasier devant un gâteau illuminé et dégoulinant parfois de trop bons sentiments OLYMPUS DIGITAL CAMERA ?

Une dizaine de bougies histoire de marquer le coup et puis hop !

Les consciences étaient supposées (ensuite) tranquilles ; que la paix soit avec tous !

Noël en plein automne…

L’harmonie pour certains n’était pas de mise ; étrangère, hors de propos, hors saison.

D’une fausseté presque indécente.

 

     Autre violence : des gifles en rafales pour apprendre l’avis indiscutable ; amen !

L’hiver durait jusqu’au printemps et au-delà…

Qu’importe la météo quand il gèle en enfer ; les corps se glacent, les os se brisent et pleuvent autant d’hématomes et de giboulées en mars qu’en avril ; toutes les saisons se confondent.

 

     Fallait-il être imbécile pour se croire apte à se sauver tout seul ?

 

            Pour certains la chance, le courage la force ou l’entêtement ; pour d’autres autant de lassitude que d’épuisement avant le renoncement.

 

     Tous les petits poissons ne deviennent pas grands…

 

Mandarine bien saignante  Déconfiture à faire…

(© 2016/droits réservés)

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