C’est la vie !

Posté par BernartZé le 28 mai 2010

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Question de vocabulaire

           

             

            – On n’est pas tiré de l’auberge !           

            – Sorti.

            – Quoi « sorti » ?           

            – On ne se tire pas d’une auberge, quelle qu’elle soit, on en sort.            

            – Sors-en si tu veux, moi j’me tire ; enfin, dès que je peux.

            – Ça me semble bien compromis.

            – Mais non pourquoi ? Restons optimistes !

            – Au cas où tu ne l’aurais pas encore remarqué, on est tous là, à plat ventre, depuis une bonne heure et demie, avec trois pistolets -prêts à l’emploi- braqués sur nous.

            – Tu ne vas tout de même pas te laisser impressionner par trois malheureux flingues et une mitraillette ; tu l’avais oubliée, celle-là !

            – Non, non. D’ailleurs, c’est plus exactement un pistolet mitrailleur, un MP5, autant que je puisse en juger.

            – D’où tu connais ça, toi ?

            – Oh, tu sais, à mes moments perdus…

            – Eh ben, en voilà là justement un qui commence à durer un peu trop à mon goût !

            – Tu avais mieux à faire, j’imagine ?

            – Tu penses ! J’avais rendez-vous avec machine, il y a déjà plus d’une heure.

            – Machine…? Tu pourrais être plus précis ?

            – C’est-à-dire que sous l’coup de l’émotion, j’me souviens plus très bien du prénom.

            – Tu l’as seulement rencontrée ce matin, en faisant ton footing, et vous n’avez pas eu le temps de faire les présentations ; c’est ça ?

            – Non, enfin si. Enfin non ! On s’est rencontré en boîte, le week-end dernier et…

            – …Tu as totalement omis de lui demander autre chose que son numéro et ses mensurations !

            – C’est malin.

            – Ah oui, de ta part, c’est très malin. Elle ne doit pas davantage connaître ton numéro de portable que ton prénom ; tu la rappelles ou pas, c’est comme tu le sens !

            – Mais tu me prends pour qui ?

            – Un mufle, à tes moments les plus perdus.

            – Moi qui te comptais parmi mes amis !

            – Notre amitié n’a rien à voir. Tu dragues comme bon te semble, ce qui ne m’empêche pas de considérer tes méthodes parfois inélégantes.

            – Mais toi, bien sûr…

            – Mais moi, bien sûr, je suis marié.

            – Marié, content et très heureux et tutti quanti !…?

            – C’est tout à fait cela.

            – Et depuis le temps, jamais tu n’as…

            – Excuse-moi de t’interrompre, et tu sais combien j’ai horreur de couper la parole à qui que ce soit, mais j’ai l’impression qu’on nous a pris en ligne de mire.

            - Qui ça ? L’autre branque ?

            – Disons que le monsieur n’a pas l’air très ravi ; je dirais même qu’il me paraît terriblement contrarié.

            – Ça lui passera.

            – Oui, une fois qu’il se sera passé les nerfs sur l’un d’entre nous.

            - Qu’est-ce-que tu crois ? Qu’il va te prendre en otage pour leur permettre de sortir d’ici ?

            – Ben…ça n’est pas si utopique que ça.

            – Un seul otage pour trois minables qui ont raté leur coup ?

            – Non ? Tu ne trouves pas ça suffisamment équilibré ?

            – Tu te surestimes mon poteau !

            – Tu me ferais assez plaisir en voulant bien garder tes familiarités pour plus tard, quand nous serons seuls.

            – A ton tour de faire preuve d’optimisme ; tu nous vois déjà dehors ?

            – Je préfère ne pas nous envisager autrement.

            – Te bile pas. Les forces armées ne tarderont pas à mettre bon ordre à ce cirque.

            – Tu as vraiment vu trop de films !

            – Combien tu paries que ce début d’après-midi de chien ne fera plus long feu ?

            – Je ne parie jamais, surtout pas pour ce genre de pari stupide.

            – « Un certain Blaise Pascal etc…etc… »

            – Comment connais-tu ça ?!

            – Tu me prends réellement pour un illettré.

            – Pardon, pardon, pardon. C’est ma faute, c’est ma très grande faute !

            – N’en fais pas trop quand même.

            – A l’heure de mourir, sans doute est-il temps de faire mon mea culpa.

            – Arrête ton char, personne ne va mourir aujourd’hui, pas même un de ces trois abrutis !

            – Ah bon, t’es sûr ?

            – Regarde dehors, ils n’ont plus aucune chance de s’en tirer autrement que vivants, en bonne santé, et les poches complètement vides.

            – T’es sûr de ça, ou bien tu tentes vainement de me rassurer ?

            – …

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C’est la vie !

Posté par BernartZé le 17 avril 2010

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Et c’est ce jour-là que j’ai décidé de tuer ma mère

           

              Une phrase lancée comme ça, pour capter l’attention, et vous voilà dans de beaux draps !

Face à vous, un œil mi-amusé, mi-dubitatif commence à vous scruter ; avec un drôle de regard, forcément.

Il en va de sa réputation…qui pourrait bien être ternie, en cas de non-assistance à personne en danger.

Mais pour qui serait-il le plus grand ?

La mère ou bien la fille ?

Suite à une déclaration de cet acabit, la séance peut-elle se poursuivre avec la même sérénité, les mêmes subtils reniflements seulement interrompus -parfois- par quelques profonds « hun hun », sur une cadence en deux temps ?

Le risque est à mesurer, assurément.

Quand le patient devient moqueur, le médecin (en question) peut-il poursuivre son petit « jeu » de chat et de souris, l’un attendant que l’autre se prenne une patte dans un piège, ou glisse simplement sur une râpe à fromage ?

Merle, alors !

    

     En fait, nul n’en sait rien.

Il n’y a ni règle, ni mode d’emploi ; pas davantage de jeu, d’ailleurs.

C’est totalement hors-sujet, car aucun des deux protagonistes ne se trouve là, dans une pièce plus ou moins exiguë, pour son seul plaisir.

L’un est supposé apporter son éclairage professionnel aux problèmes existentiels de l’autre.

Et ça n’est pas de la tarte !

La lumière ne se met pas soudainement à fuser dans tous les sens, les interdits comme les giratoires, nombrilement parlant.

Pas plus de magie, que de réflexes automatiques ; on ne claque pas des doigts afin que jaillisse l’étincelle (de vie).

    

     Alors, on cherche…

Il est à noter, à ce stade, que certains peuvent faire semblant.

De là à penser que c’est juste pour faire durer le plaisir…

Non ! Ce serait beaucoup trop scandaleux.

Et puis à quoi rimeraient une quête sans fin, une exploration sans découverte, ou une fouille archéologique sans fabuleuse trouvaille ?!

Ce serait un peu triste.

Ça peut l’être -certaines fois- au bout du bout compte.

Mais que personne ne se retienne, pour autant, d’avaler ses petites pilules (rarement constituées de plein de couleurs, aussi différentes qu’amusantes ; c’est une légende) censées apporter un peu de douceur dans un monde brutal.

Chacun peut essayer, et d’autres peuvent même y croire.

Cela étant, si vous en arrivez à sauter de joie à pieds joints après votre prise quotidienne, n’hésitez pas à relire votre ordonnance, et assurez-vous que les prescriptions initiales ont finalement bien été suivies, à la lettre.

Et quand bien même…!

    

     Que serait donc une main tendue ?

Au sens figuré (évidemment) cela pourrait consister, de la part du praticien, à faire un minimum d’effort ; celui de l’anticipation, par exemple.

Soit : un peu de courage -en partage-, un zest d’intuition ; bref, une véritable écoute.

Et lorsque…quelqu’une annonce, au débotté, qu’elle a pris la décision de tuer sa mère, il n’est pas nécessaire de croire que c’est juste pour faire original et se démarquer du commun des autres mortels en souffrance.

Il est rare de commettre un meurtre pour le seul plaisir de tuer le temps, encore moins de passer à l’acte de façon aussi peu symbolique.

    

     Imaginons un instant cette patiente qui attendrait en vain une réaction à sa déclaration radicale, et qui n’en finirait pas d’en guetter l’écho.

Comme le prétend, à juste titre, le bon sens populaire : il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Voilà bien un proverbe « égalitaire » qui, ne tenant pas davantage compte de la couleur, de la race, de la religion ou de la classe sociale, n’exclut absolument personne ; pas même les imbéciles !

Si « Mathilde » (par exemple ; quel beau prénom, non ?) espérait provoquer une réplique conforme à son attente, elle risque bien de devoir patienter au-delà de toutes ressources.

Le mur d’en face qui n’a de cesse de relativiser, prenant un mi pour un là, n’entend pas.

Un léger (!) problème d’outillage l’empêche peut-être de mesurer la vérité d’un tel désarroi.

Quelle importance finalement ?

La séance achevée, il passera à autre chose : une course au-dehors, un sandwich vite avalé, une promenade dans le parc, un journal acheté, d’autres patients et d’autres symptômes, sûrement aussi prenants.

    

     Mathilde, quant à elle, s’en retournera à sa vie, faute d’alternative.

Comme tous les jours, depuis mille ans, elle va devoir entrer en résistance.

Que cela lui plaise ou non, il lui faudra s’efforcer de garder la tête hors de l’eau et, mieux, de faire bonne figure.

Nul n’appréciant les grimaces et les rictus inquiétants, elle fera en sorte de se montrer aimable, même si elle se sent juste bonne à rien.

Ou bien elle ne sortira pas.

     Chez elle, dans sa bulle, nul besoin d’être, il est « seulement » nécessaire de survivre, à tout prix.

Parfois, elle se paye le luxe d’un voyage en amnésie.

Alors, en apnée, elle oublie le poids de ces années perdues à se chercher.

Elle sourit -elle rit même- en revivant certains souvenirs, revoyant des images qui depuis ont sombré.

D’un geste pour l’effacer, elle se joue du passé.

Lors d’un trop court instant, elle parvient même à…exister.

Dans un temps suspendu, l’illusion est parfaite.

Puis la morne atonie reprend vite le dessus, et qu’importe si sa vie se poursuit en dépit des auspices qu’elle n’a jamais ignorés.

           

            Un jour, elle en est sûre, son cœur, de lui-même, choisira de cesser de battre, et ce sera bienfait pour elle.

Légère et court vêtue, elle ira à grands pas.

Délestée, il lui semblera flotter tout en marchant.

La paix, joyeuse et méritée, sera son horizon.

Si même un Dieu existe, ou s’il n’existe pas, rien n’y changera.

L’heure du repos aura sonné.

           

            Et malgré une mère morte, elle ne l’aura pas tuée !…

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C’est la vie !

Posté par BernartZé le 26 janvier 2010

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35 ans, sept mois et un jour plus tard

           

              Tout avait bien commencé. 

    

     « Poisson d’avril ! » s’écria la cigogne, en livrant son colis express à domicile.

Il vint au monde avec trois semaines d’avance.

Ses parents n’en furent pas moins tous deux ravis, même si la frise du papier peint de sa chambre n’avait pas eu le temps d’être entièrement posée.

L’œuvre resta inachevée.         

    

     Aux premiers babillements, il parut évident qu’il serait un drôle de phénomène.

Un de ceux qui ne manquent pas, à la moindre occasion, de raviver la fierté d’une mère et d’un père, en se rendant intéressant.

Sa vivacité et son « éveil à la vie » firent qu’il parlât très tôt ; un peu trop, au goût de ses géniteurs qui auraient bien aimé profiter un peu plus longtemps d’un peu plus de calme, qu’ils pensaient bien mériter.

Et très jeune il marcha.

Il sut vite et facilement se tenir sur deux jambes souples et solides.

Sans tarder, il prit goût à la randonnée.

D’une pièce à une autre, d’un étage à un autre, du jardin au garage, il aimait divaguer.

Ses promenades, surveillées à distance raisonnable, lui permettaient presque de vagabonder sans autre contrainte que celle touchant à l’autonomie de sa couche.

La faim, aussi, ne manquait pas de lui faire retrouver rapidement le chemin de la cuisine.

         

     A cinq ans, on le perdit en plein aéroport.

Une vingtaine de minutes plus tard, tous furent heureusement soulagés. 

                                                

     L’école lui plaisait bien, surtout pour la cour de récréation ; la compagnie des filles, aussi.

A dix ans-et-demi, il échangea son premier vrai baiser ; forcément un peu volé.

Ce n’était pas pour lui déplaire, car il aimait assez renverser les obstacles, quitte à braver -raisonnablement- quelques petits interdits.

C’est ainsi qu’il voulut saluer son entrée au collège, en tentant de fumer sa première cigarette, en cachette de ses parents, dans les vestiaires du gymnase.

Personne ne le surprit, mais il faillit s’étouffer -tout seul, comme un grand- faute d’un semblant de technique !

Il remit à plus tard son perfectionnement en la matière.

Jusqu’en classe de 3ème, il fut bon élève, voire très bon, en géographie et en Anglais, notamment.

Cela lui permit, d’ailleurs, d’être l’un des quinze heureux élus (sur l’ensemble des trois classes de la même section) qui firent le voyage de trois jours jusqu’à Londres.

Le Swinging London n’était plus depuis une bonne vingtaine d’années, mais ce n’est pas ce qui l’empêcha de s’égarer volontairement dans les rues, en espérant découvrir des perles de la culture musicale de cette époque un brin révolue.

Il en trouva et fit même d’intéressantes rencontres dans des hauts lieux de perdition, au détour de quelques boutiques.

Et comme tout bon mangeur de grenouilles qui se respecte, il ne manqua pas de tomber, pour la première fois, amoureux à cette occasion.

Elle n’acceptait de répondre qu’au nom de Twiggy (en hommage à la brindille renommée en son temps), mais se prénommait tout simplement Jane.

« Jane », il aimait plutôt bien, comme il aimait assez ses longues jambes un peu maigres et ses grands yeux souvent hagards qui (lui) semblaient l’appeler à l’aide.  

Ils s’entrevirent trois fois en quarante-huit heures (il fallait bien rejoindre le groupe !) et jouèrent les correspondants étrangers pendant les cinq années suivantes, sans jamais se revoir ni se parler.

Longtemps il repensa à ses bras interminables…

Elle se lassa la première ; il ne comprit pas vraiment pourquoi.

Il en conserva toujours un souvenir ému, teinté d’amertume.

    

     Arrivé au lycée, il cessa totalement de travailler, ayant trouvé mieux à faire.

Ce qui ne l’empêcha pas de décrocher son bac avec mention (bien) ; déjà, on le donnait plus ou moins à tout le monde.

Encouragé par ses parents qui avaient foi en lui, il n’hésita pas à s’inscrire en fac (LEA), plus histoire de gagner du temps que de parfaire son éducation.

Des heures de Russe il ne retira rien, ayant plutôt appris à sécher trois cours sur quatre, en se glissant entre les portes battantes.

Dommage ! Il aurait bien aimé mieux apprécier « Les Vêpres » de Rachmaninov qui savaient ne pas le laisser de marbre.

Un souffle, une ferveur, une âme…

C’est alors qu’il fit un choix qui en surprit plus d’un : il accepta le premier job qui lui fut proposé, d’abord le temps d’un été.

Ne s’étant jamais plus vu serveur de fastfood qu’allumeur de réverbères, il devint subitement « aide à domicile », exclusivement pour personnes âgées.

Il lui suffisait de leur faire des courses : au supermarché, comme à la pharmacie du coin.

C’était rarement fatigant, même s’il devait parfois grimper sept ou huit étages, les bras chargés.

Un ou deux coups d’aspirateur ne le rebutaient cependant pas.

Il eut aussi l’occasion de rendre des services plus particuliers.

Acceptant de jouer les coursiers ou les messagers, il en vint à quadriller la ville en tous sens, tout en ne négligeant pas ses chers petits vieux et vieilles, dont la peau tannée par les ans l’empêchait de se défiler.

Il fondait en les voyant ; dieu sait pourquoi !

Le jour où une simple course lui rapporta plus qu’il n’aurait pu gagner en un an à ce rythme, il se posa deux ou trois questions.

Commençant par blackbouler celle qui consistait à savoir ce qui avait pu lui faire mériter ça, il ne tarda pas à s’interroger sur le contenu de certains paquets.

Il ne devinait pas encore qu’il était bien loin de découvrir la vérité.

    

     Rapidement, il se mit en tête qu’on le faisait jouer les « mules » dans un trafic fort peu licite.

Tant qu’à le faire entrer discrètement dans ce genre de combine, n’auraient-ils pas mieux fait de le mettre au courant ?

Ne pouvant en avoir le cœur net, faute de se sentir autorisé à éventrer l’un des paquets, il se mit à observer systématiquement la tête des destinataires et les lieux auxquels il avait accès en les livrant.

Mais difficile d’en tirer de grands enseignements, quand il pouvait noter de sacrées différences entre des hommes et des femmes de tous âges, vivant dans des maisons ou des appartements de tailles singulièrement variées.

Bien malin qui aurait pu trouver le dénominateur commun à tous ces gens !

Certes ils étaient souvent généreux, question pourboire, mais de là à en conclure qu’ils vivaient tous dans l’opulence, sûrement pas.

Au bout de quatre mois -tout de même !- de livraisons régulières, son œil finit par être attiré par une minuscule inscription visible au verso de tous les paquets (toujours) blancs, quelles que soient leurs tailles.

De toute évidence, la société se nommait « Huitième ciel » ; bon, et alors ?!

Pour descendre d’un étage, et de son petit nuage par la même occasion, il mit plusieurs autres semaines, avant de faire le lien avec une allusion légèrement trop subtile pour lui.

En fait, un jour, une fidèle cliente l’aida considérablement, en se dépêchant d’ouvrir devant lui son paquet.

L’occasion lui fut offerte de ne pas risquer de mourir idiot, quand elle compléta sa collection d’objets intimes de luxe en l’alignant, à la suite des autres, sur sa belle étagère de verre ciselé.

En ressortant, il s’avoua un peu déçu.

Quitte à jouer à cache-cache avec des interdits ou même la justice, il avait espéré beaucoup mieux.

Est-ce pour cette raison qu’il délaissa progressivement ce business très lucratif ?

Toujours est-il qu’il revint de plus belle vers ses vieux et vieilles en demande.

    

     Outre les courses qu’il leur faisait tous les deux jours au minimum, il venait aussi les visiter pour de petites réparations, du bricolage, et pour leur faire la lecture.

Il aimait, par-dessus tout, choisir avec eux le livre du jour, pour un chapitre, voire un court passage qui les ravissait plus particulièrement.

Que de réserves de vieux livres n’abritaient pas leurs bibliothèques ; des réserves de poussière, également !

    

     Quand advint l’hécatombe.

Ce ne fut pas lors d’un été plus éprouvant que d’habitude, ni au cours d’un hiver plus rude que les précédents ; un concours de circonstances simplement malheureuses.

En moins de trois semaines, il perdit cinq de ses plus chers aïeux.

Ils avaient tous dépassé les quatre fois vingt ans, mais rien ne l’avait alerté auparavant.

Il n’était pas préparé à subir de tels deuils à répétition.

Il ne connaissait pas les familles ; il sécha tous les enterrements, sauf un.

Il n’avait pas davantage le cœur de choisir que celui de jouer les importuns.

Mais ayant appris qu’une petite vieille était morte sans laisser plus d’argent que de descendance, il fit en sorte qu’elle put être enterrée dignement, quitte à suivre seul son cercueil.

Sans prévenir, comme d’autres couvent un rhume, lui sentit venir une légère dépression.

Il se dépêcha de trouver son remplaçant auprès des « survivants » qu’il s’apprêtait à laisser tomber (dans son esprit) et s’éclipsa.

    

     La mort semblait ne pas avoir cessé de rôder autour de lui depuis les décès conjugués de ses parents, quand il devenait tout juste adulte.

Refusant de croire à une quelconque fatalité, il s’efforça de vite passer à autre chose.

     Et de repenser soudain au poème d’Aragon qui l’avait pénétré avant même de le vivre.

Qu’était-il devenu aujourd’hui, alors qu’il n’avait fait aucune rencontre particulière ?

En une fulgurance, il entrevit son possible destin, nu.

Sans personne, il ne saurait rien devenir.

    

     Quand son heure se figea, son cœur balbutiant se refusa en un sursaut.

La révolte était engagée.

           

            En une seule journée, il rompit tous ses ponts et largua les amarres, après avoir choisi de remettre le produit de la vente de ses derniers biens à l’association caritative de son choix.

Il partit en stop, avec le plus léger des baluchons ; c’était déjà l’automne.  

Il fit d’abord un tour de France, puis un deuxième, en repartant dans l’autre sens.

Cela lui prit moins de dix jours.

Il mangeait peu, ne buvait plus que l’eau des fontaines et remplissait inlassablement son calepin d’une écriture de plus en plus vive.

    

     Vint le jour où il tomba en panne sèche de papier.

Voulant y voir un signe, il décida de boucler sa boucle en choisissant de rejoindre le point le plus au centre de la France, tout près d’une petite commune de l’Indre habitée par quelques centaines d’âmes.

Il vit, de loin, un beau château, ne croisa personne et s’affaissa dans un trou de verdure.

Encore en pleine fleur de l’âge, son cœur décréta qu’il n’en pouvait plus.

Même s’il ne fut trouvé là que plusieurs jours après, il rendit son dernier souffle le lendemain de la Toussaint, jour des Défunts.

     Sans papiers pour l’identifier, personne ne vint le reconnaître.

On ne retrouva pas son calepin. 

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C’est la vie !

Posté par BernartZé le 31 décembre 2009

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Mon père est un sale type ! 

 

            Le lâche, par excellence, l’antihéros fini.

    

     J’ai grandi avec cette idée bien ancrée dans ma cervelle, grâce à ma mère, d’abord, puis à ma sœur qui s’est dépêchée de reprendre le flambeau afin de perpétuer la tradition d’une aussi bonne réputation.

Charmant héritage !

     Je n’ai pas connu mon père, il s’est barré avant la noce, laissant ma mère enceinte de son deuxième enfant, moi, en l’occurrence.

Il avait envisagé de régulariser sa « liaison familiale » et puis…basta, il s’est enfui, ayant sans doute retrouvé tous ses esprits !

Grand bien lui fasse…

           

            Une vie plus tard je m’interroge, forcément.

On n’échappe pas à son passé, quand bien même on ne l’a pas connu.

    

     Je ne savais presque rien de ce bonhomme, si ce n’était les noms et autres qualificatifs peu flatteurs dont on l’avait toujours affublé.

Les termes oscillaient généralement, suivant les besoins et les circonstances, entre les pires insultes et les compliments les moins obligeants.

J’ai à peu près tout entendu durant mon enfance, et puis plus rien, pas un seul mot, ni la moindre allusion, comme s’il était subitement mort pour tout le monde.

     Alors adolescent, j’ai commencé à me faire doucement à l’idée qu’il avait fatalement atterri en prison, lieu prédestiné par excellence, selon mes sources les plus proches.

Que savaient-elles qu’elles refusaient de partager avec moi ?

Quelle légère escroquerie ou quel affreux crime avait-il bien pu commettre ?

De quoi s’était-il rendu encore coupable ?

Outre le fait établi qu’il avait sciemment abandonné femme, enfant et fœtus en cours de développement, dans quelle galère était donc allé se fourrer ce malotru mal embouché ?

En résumé : que diable avait-il fait, tombant sous le coup de la loi ?!!

     J’ai imaginé des trucs incroyables allant du hold-up classique aux vols en série par effraction.

J’aurais bien aimé le voir tel Lupin commettant des acrobaties et des larcins avec un certain panache ; non sans dépit, j’ai dû vite me rendre à l’évidence que cela ne collait pas du tout avec le portrait qu’on m’en avait toujours fait.

Il n’aurait certainement pas eu le talent ni la classe nécessaire pour louvoyer avec grâce.

Et c’était bien dommage, et ça me mortifiait un peu plus.

    

     Vint le jour où je décidai de faire table rase de tout ce passé composé par d’autres.

J’avais vingt-cinq ans au bas mot, tout l’avenir devant moi, et l’envie de me faire ma propre idée, quitte à devoir enquêter avec persévérance.

Le hasard, ma destinée, appelons cela tel que chacun voudra, me transforma soudain, d’un coup de baguette fort peu magique, en un total orphelin.

Sans prévenir.

Comme ça, à l’improvisade, deux jours après le « téunième » anniversaire de ma très sainte mère (censée avoir encore de belles années devant elle), un dérapage mal contrôlé mis brutalement fin à trois vies.

Celle du chien qui passait par là, celles de ma mère et de ma sœur qui conduisait son petit pick-up presque flambant neuf, en dépit de bulletins météorologiques alarmants répétant sans cesse la forte probabilité de plaques de verglas jusque dans l’après-midi.

Apparemment, il leur fallait -sans plus tarder- aller se ravitailler à l’hypermarché situé à une dizaine de kilomètres après la sortie de la ville.

Mais elles n’en firent finalement que sept !

On déplora aussi le précoce décès d’un bouleau que personne ne pleura.

     Moi qui n’avait jamais eu le loisir d’enterrer personne ni dû endosser les responsabilités qui incombent au(x) survivant(s), je fus vite dépassé, dès le choix des cercueils.

Devant l’offre, que d’embarras !

Tout se déroula à peu près décemment, en petites pompes, évidemment.

Je ne vis personne au cimetière ce matin-là, incapable que j’étais de mesurer l’ampleur d’un chagrin auquel je ne pouvais donner de qualificatif.

 

Etais-je seulement triste ?…

Seule une introspection prolongée m’aurait – peut-être – permis de  le savoir.

Mais, faute de temps, ce luxe ne m’était pas octroyé !

    

     Je n’avais que les deux jours du week-end suivant pour vider le trois-pièces où ma mère avait vécu durant plus de trente-cinq ans et où ma sœur l’avait rejointe, afin de se remettre d’un douloureux divorce, après un magnifique mariage qui périclita dès sa troisième année.

C’était, déjà, huit ans plus tôt.

Elle n’avait pas eu le temps de songer à enfanter, et n’éprouvant aucune hâte à entamer la deuxième partie de sa vie, elle s’était abstenue de tomber à nouveau amoureuse, préférant jouer le rôle d’une aide -en permanence- à domicile.

Ma mère en fut ravie, ma sœur y trouvant, apparemment, son compte.

C’est pour toutes ces raisons, que je dus m’activer, pendant quarante-huit heures, histoire de faire un tri drastique parmi tout ce qu’elles avaient pu accumuler, ensemble et séparément, au cours des quelques trois dernières décennies.

Je ne mis pas longtemps (moins d’une demi-journée) à réaliser que j’allais devoir accomplir le treizième travail qu’Hercule, lui-même, n’aurait pas renié !

Point de meubles à porter sur mes larges épaules, ni de vastes garde-robes à empaqueter, mais une plongée en apnée dans des cartons, tiroirs et autres boîtes-à-chaussures, tous pleins de papiers en tous genres.

Le défi fut de taille et je ne manquai pas d’éternuer toutes les deux minutes, tant j’eus l’occasion de remuer des tonnes de poussières du passé.

           

            Je mis la main sur plusieurs dizaines de photos, complètement inédites pour moi, ainsi que des lettres dont l’existence ne m’avait jamais été révélée.

Et petit à petit s’éclairèrent les zones d’ombre d’une histoire que l’on s’était toujours appliqué à me cacher.

C’est ainsi, non sans mal ni un certain trouble, que je pus reconstituer une grande partie des événements qui avaient préfiguré l’heure de ma naissance inopportune.

    

     A l’âge de vingt-deux ans, ma mère avait rencontré mon père, son cadet d’un an.

Rien de particulier à signaler alors.

Après trois années de fiançailles officieuses, ils avaient pu convoler jusqu’au statut de colocataires d’un appartement de trois pièces, cuisine et salle-de-bain aménagées.

Encore trois années et naissait ma sœur, à laquelle mon père tint immédiatement plus qu’à la prunelle de ses yeux, s’il faut en croire ses premières photos de tout nouveau père et deux ou trois missives relatant son immense bonheur.

Le temps passa, un autre enfant tarda à venir, et mon père se consola en faisant de son héritière sa raison de vivre, de manière un peu trop éclatante.

Ma mère en prit ombrage et son caractère s’obscurcit progressivement.

L’aimée, l’amante originelle, souffrit d’être reléguée au second plan par sa propre fille ; rien que de très classique.

D’une ou deux photos (sans doute prises au retardateur) elle s’absente probablement, comme lassée par une vie qui lui échappe.

Sur une autre, elle s’ennuie.

Dans une lettre reçue d’une amie, il paraît clair qu’elle est tombée amoureuse d’un autre homme rencontré par hasard, lors d’un spectacle de fin d’année donné à l’école primaire.

 

Et tout un paquet d’autres lettres me fit un drôle d’effet.

Cet homme, cet inconnu, amoureux éperdu, semblait n’avoir plus qu’une seule idée en tête, celle de la mériter.

En dépit d’une épouse et d’un enfant, il était prêt à faire table rase de son passé, pour composer au gré de son nouvel amour.

Toute à son ennui, ma mère s’en émut, fatalement.

Leur liaison ne dura qu’un temps, celui pour elle de tomber enceinte avec une certitude sur la paternité.

« Mon père » n’hésitant pas à lui pardonner son moment d’égarement, lui tint à peu près le langage consistant à la demander en mariage afin de régulariser leurs dix années de vie plus ou moins harmonieuse.

Ma mère, d’abord, accepta.

A une encablure du parvis de l’église, tout son être fit volte-face de la manière la plus imprévisible et violente qui fut : elle signifia son congé à « mon père » !

Malgré toutes mes recherches, je n’ai pas réussi à comprendre comment il avait pu se laisser aussi brutalement bouter hors de sa propre vie de famille.

Ma mère reprit si bien les rênes de son existence qu’elle convainquit sa fille de huit ans d’une terrible trahison…de son géniteur.

     Et je vis ainsi le jour, orphelin de tous pères.

Inexplicablement, aucun des deux possibles n’aurait, semble-t-il, cherché à retrouver ma trace.

Sans doute n’avais-je pas éveillé en eux la moindre fibre paternelle !

           

            Une vie, la mienne, s’est écoulée.

Par le plus grand des hasards (s’il en existe au moins un !) j’ai malencontreusement buté hier sur un carton mal rangé dans une pièce plus ou moins laissée à l’abandon.

Je n’avais jamais vu cette « photo », ni lu ces deux lettres.

En quelques lignes, mon père et « mon père » refusaient tous deux, farouchement, de renoncer à leur paternité potentielle.

Classée sans suite dans une enveloppe, je découvris une photo…copie de mon acte de naissance.

Il était stipulé que j’étais « né de père inconnu ».

Ma mère avait choisi mon état d’orphelin, faute de pouvoir trancher dans le plus vif de son existence.

Puis-je réellement lui en vouloir ?

 

            Mais puisque « mon père » n’était pas mon père, de qui suis-je vaguement le fils ?…

 

(© 2009/droits réservés) 

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C’est la vie !

Posté par BernartZé le 2 décembre 2009

tongs.jpg 

J’irai marcher sur vos tongs

                 

                Rageusement, à pieds-joints s’il le faut, je labourerai sans relâche vos savates estivales.

Aucune de vos paires ne serait épargnée : pas davantage celles de plage que celles de soirée.

Vous seriez morte et enterrée, alors.

Alors, donc, rendez-vous dans le passé, mais au moins rendez-vous !

    

     Le souvenir n’a plus cours, et l’histoire est passée à côté, juste à côté de nous. 

Par mégarde, nous l’avions laissée filer, sans rien oser faire.

Des chiens de faïence se regardant, davantage méfiants que véritablement hostiles.

Fixité des regards de deux êtres qui se jaugent, avant de s’en retourner dans leurs coins respectifs.

L’œil en coin, cependant, demeurait en alerte pour le cas où le vent pourrait tourner.

Mais ce fut la pétole et puis, la peur au ventre, nous vîmes la nuit s’écouler, tels deux lycéens à leur fête de fin d’année.

Ce fut la fin, effectivement, du commencement de ce qui aurait pu être si…

         

     N’en faisons pas un drame.

Nos deux vies parallèles n’en furent pas moins pleines de joies et de plaisirs, non ?

Quant au « bonheur », cette notion surfaite dont la définition échappe au plus grand nombre, faute de valeur étalon…!

De quel degré de contentement pouvons-nous nous vanter, vous comme moi ?

Qui sait si notre chance n’a pas été de seulement nous croiser.

A moins que nos orgueils respectifs n’aient tout sapé dès l’antichambre.

Celle de la vie, là où l’on décide de l’assumer plus que de la subir.

    

     Dans votre éclatante jeunesse, de drôles de jeux de rôles semblaient vous convenir à merveille.

Sans fin, vous faisiez preuve d’une faim insatiable pour capter l’attention du plus grand nombre.

Etait-ce par coquetterie, ou bien, essentiellement, afin de vous rassurer ?

Le centre d’un petit monde n’était probablement pas très éloigné de votre belle petite personne.

Vous ne manquiez pas d’adorateurs, non plus de courtisans ; de sentiments, peut-être ?

L’admiration sans bornes, même muette, de certains palliait-elle cette cruelle absence?

Et saviez-vous clairement interpréter tous ces regards en les démaquillant ?

Mais c’est que les passions tues peuvent faire peur, Madame, même effrayer les plus hardies !

Faute d’un peu de discernement, vous auriez pu ne pas comprendre ou deviner qui ne faisait que lâchement se taire, par amour.

Peut-être l’avez-vous fait, d’ailleurs ?

La méprise est pardonnable, si elle n’est pas intentionnelle.

Toutefois, qui pourrait dire vos intentions d’alors ?

    

     Allez, je me dévoue pour endosser l’entière responsabilité de cette erreur fatale !

Moi qui n’aie pas pu, pas su, pas trouvé le courage de vous dire l’indicible.

Moi qui n’aie pas osé vous avouer ma tendre inclination.

Ainsi, vous ne saurez jamais rien de l’amour que je vous ai porté, ni de ce fol espoir qui m’a entretenu durant de longues années, dévastant mon cerveau de toute autre pensée.

Un amour ?

En fait, une histoire bête à pleurer qui m’a rendu (un peu) dingue et même suffisamment fou pour changer définitivement le cours de ma vie.

               

                Je vous ai croisée par hasard dans la rue, il y a huit jours à peine.

Je n’ai rien fait pour me cacher ; vous ne faisiez rien, non plus, pour être vue.

Seule et belle, encore, le regard porté vers l’horizon, vous sembliez détachée et déjà ailleurs, dans une toute autre rue, sans doute celle d’une autre ville que vous traverserez, probablement, dans une toute autre vie.

 

(© 2009/droits réservés)

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C’est la vie !

Posté par BernartZé le 3 septembre 2009

dviationrfraction46.png   cabrioletvertmtallis.jpg

46 à gauche, avant le platane

              

              

               Encore faudrait-il savoir l’éviter ! 

    

     Le virage était là, devant moi, facile à négocier, en apparence.

Pas de manœuvre ardue ni d’obstacle visible.

Une belle courbe élégante, harmonieuse et subtile ; circulation réduite à sa plus simple expression.

Et pourtant…

        

     Le ciel était radieux, je roulais tranquillement, le nez au vent, accoudé à la fenêtre baissée.

Chemin faisant, je songeais. 

      

     Je repensais au temps lointain où j’étais jeune et insouciant, à mes vertes années, à tous ces beaux mirages que j’avais entrevus, au cours de deux ou trois étés.

Ces images chimériques s’étaient effacées, une à une, beaucoup trop rapidement.

Et quand bien même j’avais pu m’en trouver affligé, l’accablement n’avait pas totalement réussi à m’écraser.

Il m’était resté certaines illusions, comme seule une relative jeunesse est susceptible d’en nourrir.

L’âge aidant, elles ne manquèrent pas de devenir faméliques, puis de mourir d’inanition.

Les pauvres !

De même, j’avais aimé, j’avais été aimé, sans doute.

Mais que m’en restait-il ?

De jolis souvenirs et quelques belles rencontres ; pas de famille fondée, juste une vie et plein de pointillés ! 

    

     Point de trace laissée, ni d’héritage à transmettre.

Était-ce réellement primordial ?

D’ailleurs, pourquoi les autres cherchaient-ils tant à léguer leurs chromosomes au même titre que leur butin patiemment amassé au cours de toute une vie ?

Était-ce dans l’espoir de céder la meilleure part d’eux-mêmes avec générosité et le plus grand désintéressement ?

Si la vie était une énigme, cette question semblait l’être bien davantage !

         

     Roulez jeunesse ! Continuons, sans se soucier de trouver un seul élément de réponse.

           

     Ma route était donc toute tracée ; les bagages dans le coffre étaient ultra légers.

Hors de propos de s’inquiéter du lendemain ni de vouloir découvrir un sens à ce qui me paraissait de plus en plus obscur, au fil des ans.

Et même en cas de brouillard, n’avais-je pas à ma disposition des feux capables de percer les ténèbres comme la purée de pois ?!

Mais absolument rien à craindre ce jour-là, le temps était tout bonnement idéal pour rouler sans souci.Mon cabriolet vert (Véronèse) métallisé filait avec une belle allure, du moins ainsi que je pouvais le visualiser, c’est-à-dire fendant fièrement l’air !

    

     Ce dimanche-là, au beau milieu de l’après-midi, j’avais décidé de rentrer de la campagne, sur un coup de tête, plus tôt que prévu.

Je n’étais pas attendu avant le lendemain par mon agent, avec lequel je n’avais rendez-vous qu’en fin de matinée.

Le week-end avait été fécond, très studieux et fort peu relaxant.

Finalement, histoire de me défouler, je m’étais résolu à tondre la pelouse, comme on part en croisade.

Une réelle ferveur m’habitait pour parcourir au petit trot mes arpents. 

J’avais des fourmis dans les jambes, que je voulais chasser rapidement en courant derrière la tondeuse ; coupons, scalpons le vert gazon !!

Partout où je passais, plus rien ne repousserait avant…le lendemain !

Aux deux-tiers de ce parcours athlétique, au détour d’une plate-bande de lilas, la lassitude me prit et les bras me tombèrent soudain le long du corps.

Il devenait clair que j’en avais tout simplement ras-le-bol de ces vapeurs d’essence, malgré la fraîche odeur de l’herbe coupée.

Après m’être laissé griser par ma mission, j’étais revenu à une plus juste réalité : je déteste les travaux de jardin !

Du coup, n’y tenant plus, je garais illico, et très prestement, la faucheuse dans la remise, sans même prendre la peine et le temps de la vider de toute l’herbe avalée.

Une bonne douche plus tard, les idées claires, débarrassé des effluves horticoles, je bouclais mon paquetage en quatrième vitesse et je sautais dans ma voiture à l’heure où d’autres finissaient sans doute à peine leur sieste.

    

     J’étais tout content de rentrer avant l’heure et assez fier de mon coup de tête.

Impatient aussi, sans pour autant savoir pourquoi.

Je sentais seulement monter en moi une sorte de besoin ou d’urgence indéfinissable.

Comme s’il m’était tout-à-coup devenu indispensable de tenter de compresser le temps.

Ce n’était pas une lubie, non, mais plutôt une brutale nécessité.

Sans aucune irritation ni le moindre énervement, j’étais envahi par la hâte de regagner mes pénates.

Tout à mon impatience, je me fis soudain l’effet d’un escargot embarqué sur une trottinette à moteur.

Cela devenait de plus en plus intolérable de devoir supporter la lenteur avec laquelle les paysages semblaient feindre de se succéder.

    

     Peut-être est-ce à ce moment-là que j’ai appuyé -par mégarde- sur le champignon…

Je me souviens très bien d’avoir aperçu le virage à aborder ; sans doute pas l’arbre en question, si ce n’est à l’ultime instant.

Trop tard, évidemment.

J’aurais aimé un saule pour me pleurer avant l’heure ; ce ne fut qu’un platane.

Dommage !

                       

               Je vois plein de lumières…

 

platanes.jpg   lumires.jpg

(© 2009/droits réservés) 

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C’est la vie !

Posté par BernartZé le 20 août 2009

hamster.gif 

A la folie, pas du tout

                                       

              Elle a dévalé le campus, comme une folle. 

    

     A toutes jambes, à toute berzingue ; prise de démence, ou presque. 

Une flèche en feu traverse les pelouses sans crier gare ; son esprit vient de s’embraser. 

Le regard effaré et la main sur la bouche, elle court ; droit devant. 

Sa tête dit non, sa langue ne trouve pas de mot, ni une seule syllabe. 

Elle se retient juste de hurler comme un animal mortellement blessé. 

Pas dehors, pas dans la nuit, pas avant d’avoir rejoint sa chambre. 

Son cerveau n’opère plus que pour faire mouliner ses membres inférieurs, tel un hamster avec sa roue. 

Elle essaye de ne plus penser qu’à rentrer vite se cacher. 

Les distances sont abolies, le temps s’est arrêté. 

Plus rien n’existe que sa douleur. 

Omniprésente, incommensurable, atroce. 

Jamais. Jamais plus. Ne plus jamais vivre ça.    

                          

     Enfin la chambre, le lit, les cris étouffés et l’écroulement final. 

Et bien évidemment tout le lot de sanglots, de larmes et de lamentations. 

Lamentable elle se sent ; ne manqueraient plus que les violons ! 

Elle s’en fiche, toute à sa peine. 

Sa souffrance est immense, comme la fatigue qu’elle ressent soudain. 

Le désespoir cède la place à la colère ; les larmes changent, elle voit rouge. 

L’arme au poing, la lame dans la main, elle part d’abord en guerre contre elle-même. 

Plusieurs fois, avec application, sillon après sillon, elle trace un parcours obligé. 

Le chemin vers la délivrance et une possible rédemption ; un test aussi. 

Pour voir à quoi elle tient vraiment et à quoi tient sa vie. 

Sur le fil du rasoir, ou pas. 

    

     Plus tard. 

Il fait encore nuit. Toujours impossible de dormir. 

Comment cesser de ressasser sans fin, en boucle ? 

Comment oublier ce qu’elle a cru entendre derrière la porte, ce qui a dû -inévitablement- se passer ? 

A nouveau des sanglots, histoire d’entretenir le malheur. 

Mais ça n’est déjà plus que la fin d’un monde. 

Celui des illusions entretenues (presque) sans raison, à la suite d’un simple emballement du cœur qui a dérapé au premier virage. 

La perte de contrôle est la seule cause véritable de toutes ses contusions. 

Et s’il y a bel et bien eu trahison -double, qui plus est !- sans doute n’était-elle pas intentionnelle. 

Ils ne savent pas ce qu’ils ont fait. 

Et même si, cette nuit, ils sont à l’origine de la confusion dans laquelle elle se trouve, son affliction ne leur est pas directement imputable ; responsables mais pas coupables ! 

Il n’empêche que toutes les plaies ne sont pas prêtes de cicatriser. 

C’est fou ce qu’elles peuvent s’entêter à saigner ! 

    

     Après des heures au bord du vide, après une nuit sans fin, après des pages griffonnées à la hâte pour tenter de se débarrasser des scories en appuyant là où ça fait si mal, elle s’est réveillée au petit matin, après s’être finalement endormie, épuisée. 

Un coup d’œil par la fenêtre -le volet n’était même pas baissé- le temps de grimacer en voyant les éclats d’un soleil prometteur. 

Donc hostile, car inapproprié et inadapté à sa situation ; indécent ! 

Elle…est bien loin de briller de mille feux, après s’être nuitamment consumée. 

Tout paraît si cotonneux : son esprit, sa mémoire, ses poignets, sa volonté ; le monde entier flageole ! 

Il va pourtant falloir sortir faire bonne figure. 

Même triste et pâle elle devra affronter et revoir ceux-là-mêmes qui l’ont assassinée dans la nuit ! 

Et les regards scrutateurs risquent bien de fuser. 

Pour elle, un seul mot d’ordre : se taire, étouffer tous ses sentiments au nom de l’amitié ! 

Ravaler sa rancœur, même si c’est un venin, et dissimuler l’étendue de son anéantissement. 

Sa consomption ne sera pas de mise. 

    

     Voilà. 

Le doute n’est plus permis. 

Désormais, nulle illusion ne pourra être entretenue. 

C’est fini. 

Triomphante, elle s’est confiée ; triomphante, elle a avoué. 

Tout. Si peu. L’essentiel. 

Elle irradie de joie, aveugle à ce qui se trouve au-delà de son bonheur du moment. 

Plus rien d’autre ne compte ; tout lui semble naturel. 

Elle…s’efforce de se convaincre qu’elle ne doit pas lui en vouloir, parce qu’elle ne pouvait pas imaginer. 

             

              Elle avait si bien caché son jeu ; même lui n’avait jamais rien soupçonné, pareillement aveugle. Comme elle

flamme.jpg 

(© 2009/droits réservés)

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