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Fatalitas !

Posté par BernartZé le 11 juin 2017

Forêt de Brocéliande

A la renverse

  

            Dans la forêt forée loin de Paimpol Paul cherchait la sortie.

 

     Descendu du nord de la Bretagne il s’était aventuré jusque dans les terres et les bois sans boussole.

Le voyage à vélo de Paimpol à Paimpont était un défi qu’il voulait relever : les 130 kilomètres avaient nécessité plus de sept heures d’effort, sans compter celles des pauses.

Parti de chez lui au petit matin il avait atteint son but en fin d’après-midi quand la nuit commençait à tomber.

Emmitouflé dans son duvet, fourbu, il s’était calé au pied d’un arbre gigantesque pour dormir.

Un cerf matineux l’avait réveillé lui apportant café et croissants sur un plateau d’argent.

 

     Sorti soudainement de son sommeil il avait mis un moment à se souvenir de ce qu’il était venu faire au cœur de cette forêt dont il avait tant entendu parler.

Brocéliande pensez donc !

Mais moins d’une heure après son réveil il se sentait déjà perdu dans l’immensité écrasante des lieux.

Son taïji Taïji en poche ne semblait d’aucun secours ici, ne l’aidant aucunement à se repérer dans ce dédale d’arbres non balisé ; il en avait même croisé deux qui se serraient fraternellement la pince Salut !

En marchant au hasard il surprit un escargot Une pause s'impose en pleine sieste et c’est au pied de l’un de ses amis champignons qu’il découvrit un trésor ancestral Vieille bague ou ce qu’il prit pour tel.

Il commença à s’imaginer une histoire vieille de plusieurs siècles et se mit à voir des yeux partout.

Tous les arbres l’observaient !

Mais au fait contre lequel avait-il la veille garé son Vélo (2) ?

Comment le retrouver alors que lui-même était totalement perdu ?

 

     Parti initialement à l’aventure en toute insouciance, il se mit en quête de sortir du bois sans dommages avant d’être envahi par une peur panique.

Il tourna tourna, en rond en carré en losange, se figurant découvrir un panneau indiquant le moyen d’échapper à ce milieu de plus en plus hostile.

Il hésita pendant des heures, s’essouffla et revint sur ses pas où les traces qu’il pensait avoir laissées.

En vain.

Pris de vertiges il dut s’asseoir pour ne pas tomber.

De l’autre côté du même arbre était adossé un korrigan en train de faire la sieste Korrigan.

Espiègle et furieux d’avoir été réveillé en sursaut il lui joua un mauvais tour.

 

            Trop de forages peuvent nuire à la santé…

  

 

Attention aux chutes d'arbres

(© 2017/droits réservés)

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Inconsciente jeunesse

Posté par BernartZé le 21 mai 2017

Double face (Pierre Dalmas)

Ton double honni tu frapperas

  

                J’ai eu hier dix-sept ans.

 

     Quand j’écris « je » je veux bien sûr dire « nous » : mon compagnon de cellule et moi.

Celui qui a tout partagé de ma vie jusqu’à son départ précipité n’a pas soufflé avec moi nos bougies.

Son prénom était sur toutes les lèvres durant notre anniversaire sans que personne n’ose y faire allusion.

Le grand absent de la « fête » hantait d’autant plus nos esprits qu’il nous imposa un douloureux tête-à-tête triangulaire au cours duquel je fus seul face à nos parents qui s’efforçaient de faire bonne figure malgré leur profonde tristesse.

Sous prétexte d’honorer le repas nous avons peu parlé et chacun semblait se forcer à manger de peur de glisser un mot malheureux dans la conversation.

Même nos regards étaient fuyants.

 

     Un an plus tôt, le soir de nos seize ans, je l’avais menacé de tout révéler s’il ne le faisait pas lui-même.

Coup de folie de jalousie ou de dépit ?

Il était le préféré le fils chéri, celui que l’on console au moindre bobo, quitte à lui inventer des malheurs.

Notre mère était en permanence à son écoute, comme branchée sur une onde radio via un cordon ombilical qu’elle avait refusé de couper.

Enfant je ne comprenais pas ; dès le début de l’adolescence je n’ai plus supporté une situation que je trouvais aussi injuste que cruelle.

Je devins jaloux et ombrageux, presque méchant.

Enfants nous étions toujours ensemble dans les rires et les jeux ; lorsqu’il a mis une distance entre nous j’ai suspecté un secret qu’il voulait me cacher.

J’ai commencé à l’espionner à pieds ou à Vélo, à le suivre à la trace le plus loin possible avant qu’il ne m’échappe.

Je l’ai pourchassé dès la sortie du lycée jusqu’à ce que je découvre ce qu’il ne voulait pas partager avec moi.

Tout le monde a quelque chose à taire pour se préserver d’un jugement négatif.

 

     Je connaissais d’autant mieux ses craintes que je les redoutais également dans mon coin, sans avoir jamais osé me confier à lui.

En le suivant à distance je l’avais vu heureux dans ses moments intimes ; un bonheur qu’une honte entretenue m’avait privé de vivre en rejetant cette part de moi-même inavouable.

Je me trouvais infâme et lui paraissait épanoui.

Mais pas au point de rendre public ce que j’avais découvert et que nos parents ignoraient encore.

Il n’était pas prêt à leur faire une déclaration qui bouleverserait forcément leur vie.

Il n’était pas prêt je le savais, et pourtant j’avais voulu le contraindre à tout leur dire comme si le faire équivaudrait à parler également en mon nom.

Malgré la pression imposée il avait gardé le sourire toute la soirée, en dépit de mes regards insistants.

Nos parents furent heureux pour la dernière fois.

 

     Le lendemain j’étais plus que jamais honteux et avant de pouvoir lui exprimer mes remords il avait disparu.

On ne le retrouva que trois jours plus tard en bord de Loire Bord de Loire où il avait cherché refuge à l’abri des regards pour s’ouvrir les veines.

Nos parents furent dévastés ; il n’était désormais plus question de leur asséner le coup de grâce en leur parlant de moi.

Ils mirent longtemps à découvrir le secret de mon frère -le nôtre- qu’ils finirent par percer en retournant les tiroirs de son bureau.

Des lettres et quelques photos…

 

     J’en voulais d’autant plus à mon frère que je l’estimais responsable d’entretenir mes propres tourments en soulignant mon incapacité à admettre ma vraie nature.

Il aurait eu le courage de s’affirmer ouvertement si je lui en avais laissé le temps.

Mon ressentiment nous aura privés de cette connivence.

 

            Un an plus tard restent mes parents et leur douleur, ma culpabilité et mon devoir de m’assumer pour deux…

 

  

Coup de poignard

(© 2017/droits réservés)

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Une histoire

Posté par BernartZé le 6 mai 2017

33%

Gironde

 

             On la disait bien en chair quand elle avait 20 ans.

Ses formes harmonieuses étaient alors autant appréciées que moquées, suivant les modes et les goûts de chacun.

 

     En fin d’année 1984 elle adorait danser voluptueusement sur Smooth operator (Sade,1984), un pur délice selon ses dires confirmés par l’évident plaisir qu’elle y prenait.

 

C’est peu après la nouvelle année qu’elle tomba réellement amoureuse et qu’elle eut la folle idée de plaire davantage à un jeune homme d’une trentaine d’années qui ne l’avait pas remarquée lors de la fête d’anniversaire de son amie d’enfance.

Dès le lendemain elle ne parla plus que de lui, y pensant à longueur de journées et de nuits, ses rêves lui étant consacrés.

Elle qualifiait son coup de foudre d’apparition céleste et de vision divine, rien de moins !

Si elle avait pu le faire elle aurait épinglé un poster géant de son « amoureux » au-dessus du lit de sa chambre d’étudiante.

Mais les seules photos constituant son album se trouvaient dans sa tête.

 

     Le 19 janvier 1985 elle décida de se mettre au régime pour ne plus peser 100 kg.

 

De ce nombre tout rond elle voulut ne faire qu’une bouchée.

Du jour au lendemain elle arrêta de manger ou presque.

Son alimentation se résuma à des feuilles de salade fraîches, des tranches de concombre et du fenouil en provenance directe du bac (bien froid) du réfrigérateur.

Une pomme aussi de temps en temps.

 

Parallèlement elle se mit à la marche intensive pour suivre et espionner l’objet de son obsession.

Partout où il allait elle le suivait à distance, tentant de le photographier dans l’espoir d’obtenir un portrait digne de la première vision qu’elle avait eu de lui.

Avec un appareil-photo proche du jouet d’enfant Appareil-photo ancien !

Elle fit développer des dizaines de Pellicule pour ne conserver que quelques clichés.

 

     Plus elle perdait de poids, plus son image s’effaçait troublant sa perception d’elle-même et sa lucidité.

Elle entra dans une zone Clair-obscur, navigant entre deux eaux deux mondes deux destinées, quitte à se perdre.

Personne à qui se confier ; son amie, après avoir encouragé sa démarche, avait pris peur et ses distances en réalisant l’ampleur de sa « folie ».

Et ses parents l’avaient vue maigrir sans s’inquiéter de la méthode ; au contraire.

Partie étudier dans une autre ville ils ne la virent pas se désintégrer en jouant avec le feu.

La maladie dont elle ignorait le nom œuvrait sans qu’elle ne puisse l’arrêter.

Des personnes, pas même des amis, tentèrent de l’alerter sur son état de plus en plus inquiétant en lui conseillant de se faire hospitaliser.

Elle refusa l’emprisonnement, la perte d’autonomie et de maîtrise d’elle-même.

Elle nia tant et plus l’ampleur du mal et de sa déraison.

 

     Quand elle parvint à ne plus peser qu’un tiers de son poids elle ne se trouva pas spécialement mince en dépit des derniers regards croisés effrayés par une vision évoquant une sortie de camp.

Le jour où à bout de forces elle comprit que le point de non-retour avait été franchi elle choisit son plus doux coussin Coussin arsenic pour s’endormir à jamais après des convulsions répétées auxquelles elle fit face en serrant les dents.

 

            Elle ne se souvenait même plus de son « amoureux » d’autrefois qui était passé juste à côté d’elle sans la voir.

 

 

Madame Bovary 

(© 2017/droits réservés)

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Entre grimace et sourire

Posté par BernartZé le 24 avril 2017

33,4

Lit d'hôpital

D’un sourire

  

            Il revint à la vie.

 

     Enfin disons plutôt qu’il cessa de grimacer lorsque ses voies respiratoires furent enfin libérées.

Tout s’était bloqué suite à un vif désaccord entre son pharynx et son larynx durant près de soixante-douze heures ; plus moyen de déglutir sa propre salive ni de respirer suffisamment.

D’où un aller direct à l’hôpital du coin dont personne ne pouvait prévoir le jour de retour, encore moins l’état dans lequel il serait, s’il sortait.

 

Ça c’était sa version des faits, un peu exagérés mais pas trop quand même.

Certes le risque de déshydratation et de dénutrition n’avait pas été négligeable, au point de nécessiter son hospitalisation en urgence alors qu’il ne tenait plus vraiment debout et n’avait plus les idées tellement claires.

Il ignorait d’ailleurs qui avait donné l’alerte ; un voisin ? le concierge ? le facteur ?

 

     Il se souvenait d’avoir fait un rêve bleu d’une étrange femme portant perceuse Isabelle Huppert dans ''Amateur'' (Hal Hartley, 1994) ; bizarrement elle avait plus l’air d’être rêveuse que menaçante.

Ça n’avait strictement aucun sens mais cette image lui était restée alors qu’il avait oublié les visages du personnel hospitalier ; peut-être était-elle l’infirmière chargée de prendre soin de lui ?

Il l’a prénomma Anne, comme ça sans raison.

Il n’avait pas souvenir des perfusions ni de visites à son chevet ; qui aurait d’ailleurs bien pu venir le voir en un tel endroit ?!

Il n’avait pas non plus vu le jeune enfant qui partageait sa chambre et dont les parents morts d’angoisse ne cessaient de pleurer en hoquetant.

Il sortit avant lui alors que l’enfant deux jours plus tard ne s’en sortit pas.

 

     C’est en Fauteuil roulant qu’il retrouva l’air libre, faute de muscles pour le porter.

Après avoir été épuisé et laissé sans forces par cette épreuve il était bien content de rentrer chez lui, même si ses jambes ne lui permettaient pas encore de se tenir debout ; elles finiraient bien par cesser de se dérober.

Cela étant il demeura faible durant plusieurs semaines, ce qui nécessita la venue tous les deux jours d’une aide à domicile…prénommée Anne ; étrangement bizarre.

(Aucune perceuse à l’horizon)

 

     Le temps passa passionnément comme avant.

Tout en reprenant progressivement des forces physiques, son moral n’était pas au beau fixe.

Même s’il avait eu l’impression d’une renaissance -accompagnée surtout d’un énorme soulagement- au bout de trois jours de chaos, il se retrouvait là, seul.

Quelques pigeons parfois en bord de fenêtre lui rendaient visite par temps de pluie, ses livres et ses disques lui tenaient compagnie.

De temps en temps il regardait de vieilles photos de ses parents morts depuis des décennies et de ses frères et sœurs éparpillés on ne sait où.

L’ennui d’avant l’avait rattrapé à toutes jambes plus sûrement que celles qui lui faisaient encore défaut.

Il se sentit vieux, sans l’être exactement, et se vit vite décliner faute de désirs.

Que pouvait-il encore attendre que la vie ne lui ait pas déjà offert ?

La routine quotidienne lui avait toujours été insupportable, bête à crever.

 

     Alors qu’il remarchait à peine correctement et qu’Anne ne venait plus le distraire par ses apparitions et ses petites histoires de famille, il se demanda s’il n’était pas temps pour lui de faire dignement sa révérence, faute de mieux.

Rien ne l’interdisait, seul manquerait peut-être le courage le jour où sa décision serait prise de façon définitive.

 

            Lors de son dernier rêve ses jambes le prenaient à son cou, l’enserrant jusqu’à l’étrangler et ne plus le lâcher.

   

 

''Amateur'' - Hal Hartley, 1994 (extrait d'affiche)  Anne ma sœur Anne…

(© 2017/droits réservés)

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Parenthèse bucolique

Posté par BernartZé le 20 avril 2017

Paysage d'avril

À 35,1 km de là

(à vol d’oiseau)

 

                 Un paysage s’offrit.

 

     L’Aubette de Meulan est une petite rivière qui s’étire sur une vingtaine de kilomètres avant de se jeter dans la Seine (sans dommages apparents).

Et -oh ! surprise- Tessancourt-sur-Aubette est un village situé sur ses rives.

 

     Étant revenu quelques jours plus tôt d’un séjour viennois finalement décevant, j’avais laissé au repos ma Voiture citadine et choisi de m’enfuir à tire-d’aile à peine rentré chez moi, déprimé par ma défaite.

Je pris un vol d’oiseau qui me largua à quelques encablures au nord-ouest.

C’est ainsi que je fis connaissance avec cette « petite commune rurale vallonnée » qui m’apparut d’emblée charmante.

Paisible avant tout ; j’avais tant besoin de repos…de calme et de sérénité.

Et aussi de consolation dans ma quête infinie.

Ma vie clair-obscur versait dans la pénombre depuis un long moment et mon esprit en venait à manquer de lumière au point de brouiller ma vision du monde.

Je devenais aveugle, presque indifférent aux autres.

 

Largué en plein vol je mis une dizaine de minutes à me remettre sur pieds (l’âge sans doute) et à me repérer sans système de géolocalisation embarqué ; j’étais parti comme un fou sans bagages.

Etonnamment tranquille, me fiant à la belle prestance des arbres et de la nature environnante je n’étais pas inquiet.

L’eau claire de la rivière me rassurait.

Durant un bref instant le monde me sembla lumineux…

 

     Le charme évidemment ne dura pas et fut rompu dès que vinrent me rejoindre mes inquiétudes familières.

Je n’ai vu de ce village que cette rive et n’ai rencontré personne.

J’en garde pourtant une impression tenace et bienfaisante malgré son parfum éphémère.

J’ai complètement oublié comment j’ai regagné mes pénates à l’issue de cette parenthèse hors du temps.

Qu’importe si mes tourments ont repris cours et si je suis retourné à Vienne depuis.

 

            A 35,1 km à la ronde j’aurais pu (plus) mal atterrir.

 

 

L'Aubette de Meulan à Tessancourt-sur-Aubette 

(© 2017/droits réservés)

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Suite possible

Posté par BernartZé le 8 avril 2017

St Malo Cancale Fougères

 Futur simple

(35virgule300)

  

            Épilogue.

 

     Quelques années plus tard, cinq ou six tout au plus, elle décida de changer de château.

L’élevage des huîtres n’était pas en cause mais les trajets à vélo quotidiens d’une quinzaine de kilomètres 52 min (et retour 52 min (retour !) !) avaient fini par l’user.

Elle n’avait plus vingt ans, ni même quarante et les petits matins d’hiver s’étaient avérés de plus en plus éprouvants pour son organisme ; et puis toujours le vent du large qui ne cessait de l’enrhumer.

Elle avait un jour senti qu’il était temps pour elle de rentrer se mettre à l’abri dans les terres.

 

     A la faveur de deux journées entières d’oisiveté elle s’était aventurée au sud-est de la cité corsaire dans l’espoir d’une belle échappée à Fougères ; un train puis un car pour une centaine de kilomètres à un prix modique histoire (peut-être) de découvrir le lieu de naissance de Juliette Drouet, grande amoureuse et actrice sacrifiée sur l’autel de sa passion pour un grand homme exclusif jaloux et adultère « récidiviste ».

Certes le fameux château lui avait plu mais elle avait été encore plus sensible aux charmes de la vieille ville médiévale ; ah ! la mémoire des pierres Fougères, vieille ville et leurs secrets bien gardés.

[comme si l’on pouvait se réfugier dans le passé !]

 

     Interlude En une nuit d’hôtel et un tour de crêperies elle s’était décidée à reprendre le rôle de l’émigrée : quitter le bord de mer et le monde des mollusques visqueux qui glissent entre les doigts pour reprendre contact avec la terre ferme.

Son déménagement, moins de cent kilomètres plus loin, fut simple.

Elle quitta un meublé pour un autre en attendant de pouvoir mieux s’établir.

Quelques affaires, beaucoup de souvenirs de livres et de disques, peu de photos.

 

     Par chance elle retrouva vite du travail dans un domaine dans lequel elle s’était autrefois beaucoup investie : l’horticulture.

L’occasion de mettre à profit son diplôme passé à plus de trente ans lors d’une première (tentative de) reconversion.

Elle adorait rempoter Plante en pot et malaxer la terre comme d’autres passent des heures en cuisine à préparer un gâteau.

Elle se sentait enfin (à plus de cinquante ans…il n’est jamais trop tard) apte à reverdir le monde et à fleurir le ciel.

 

            Pour mieux (re)composer le passé ?…

  

 

Fougères

(© 2017/droits réservés)

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(Vingt ans plus tard)

Posté par BernartZé le 5 avril 2017

Saint-Malo

35virgule400

(Saint-Malo)

  

            Tout s’était écroulé cet hiver-là.

 

     Depuis plusieurs mois elle sentait bien que le vent avait tourné, qu’il ne l’aimait plus, qu’elle ne l’estimait plus, qu’ils ne s’aimaient plus.

 

Le temps les orages et les habitudes avaient fini par avoir raison de leur histoire.

Onze années pleines d’un amour sans pareil ; une profusion de sentiments partagés…en deux époques.

Il y avait eu avant et après sa crise aiguë de bovarysme qui les avait fait basculer dans une autre dimension.

Elle avait aimé ailleurs tandis que lui descendait aux enfers pris entre sa douleur et son refus de la juger.

Cette effroyable parenthèse de près d’une année les avait laissés exsangues sans réussir pourtant à tuer leur amour.

Lentement patiemment progressivement ils avaient appris à se retrouver et à renaître ensemble.

Personne ne saura jamais les épreuves traversées avant de parvenir à une nouvelle harmonie ; tout était pardonné.

Encore jeunes ils ne devinaient pas les traces inscrites en eux.

 

     La vie heureuse avait repris son cours avec beaucoup plus de joies que de peines.

Chacun avait finalement gardé pour lui ses maux les plus terribles.

 

Cinq ans plus tard c’est lui qui prit à son tour le chemin de l’infidélité, comme par inadvertance.

A son tour le besoin de tromper son ennui jusqu’à en faire une impérieuse nécessité.

Une rencontre de hasard et de peu d’importance répondant à une quête de sens sans intellect ni sentiments inutiles ; l’attrait d’une nouvelle peau…

Ce deuxième coup porté à leur couple s’avéra fatal.

La guerre fut vite déclarée réveillant les blessures passées.

Impossible de fermer les yeux sur les mensonges, les humiliations et les violences mal contenues.

La séparation s’imposa.

 

     Au sortir de l’hiver de cette année-là elle s’étonna d’être toujours en vie.

Elle avait inondé de ses larmes le plancher du salon qui avait fini par avoir les yeux aussi gonflés qu’elle.

Profitant des travaux, elle crut se trouver mieux en repeignant les murs en orange et gris ; grave erreur de goût et de jugement !

En moins d’une journée elle ne supporta plus cette vision d’horreur au point de décider de partir.

Besoin de prendre le large, envie de bord de mer et de vues sans limite, elle trouva son bonheur en deux ou trois « clics » et guère plus de mouvements.

Ah ! Les joies de la toile lorsqu’elle offre tout (et aussi n’importe quoi) à portée de mains ; la vie semble -momentanément- plus légère.

En peu de recherches elle découvrit la location de deux semaines d’une maison tranquille Location située dans les hauteurs de la ville, non loin d’accès à deux plages à dix minutes à pieds.

 

Les propriétaires assez âgés partis se ressourcer en thalasso…à quelques encablures de chez eux (forcément) lui avaient promis « calme et sérénité ».

Ils n’avaient pas menti tant cette maison -trop grande pour elle- lui était apparue paisible, souriant timidement entre deux voisines plus imposantes.

En se tordant le cou tout là-haut dans le grenier elle avait aperçu la mer.

 

            Cette parenthèse enchantée décida de la suite de sa vie.

N’ayant alors plus rien à perdre ni à quitter elle commanda à distance son déménagement sans retourner sur les lieux qu’elle ne voulait revoir à aucun prix.

Elle trouva son havre de paix et devint ostréicultrice à Cancale.

 

     Enfin libre, à la virgule près…

  

  

Huître creuse

(© 2017/droits réservés)

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Raté !

Posté par BernartZé le 2 avril 2017

Surfeur in the sky

Comme un éjaculat sur le bord d’une falaise

  

            Le vent venait du large ce jour-là et arrivé tout près des côtes, il se faisait plus caressant.

L’herbe tendre se dressait hardiment, telle une crête coiffant la crique.

Le pâle soleil de cette matinée tranquille suffisait à iriser la rosée alors que Nathanaël et Rose rajustaient leurs boutons en se regardant toujours. 

 

     Ils avaient l’air serein et idiot, et sereins ils étaient.

Un colibri passant par là sortit une petite loupe de sa poche arrière et se mit à étudier scrupuleusement l’herbe alentour, comme si c’était sa seule mission ici-bas.

Il était concentré et appliqué. Il inspectait chaque brin d’herbe, chaque goutte de rosée, chaque petite bête croisant son chemin en quête d’un petit-déjeuner.

Rien ne l’étonnait jamais ; il avait tant vécu et tellement voyagé qu’il pensait avoir tout vu ou presque.

Il n’avait pas tort sur ce point et c’est pourquoi il ne s’étonna pas quand il aperçut au milieu de cette jungle une goutte de sperme agonisante égarée parmi les habitués attablés à cette heure printanière.

Il fronça juste le sourcil gauche en se disant que de nos jours la nature était devenue une vraie déchetterie tout en lançant à la cantonade : « C’est rien, ça ne compte pas ! », d’un air un petit peu dédaigneux.

Personne ne l’écoutant, nul ne l’entendit, et il s’enfuit vexé de constater une fois de plus que son travail n’était pas pris en considération, alors qu’il s’y était de tous temps consacré avec ardeur et abnégation.

     Il n’aurait jamais dû changer de contrée en acceptant de surcroît un déménagement à ses frais ; on ne l’y reprendrait pas de sitôt !

 

          STOP ! !

    

            Bon je sais c’est n’importe quoi !

Je voulais simplement tenter de faire de la provocation facile, histoire de me mettre à la page, d’être enfin à la mode.

Je m’espérais chébran, « in » comme on disait autrefois ; c’est complètement raté !

Toutes mes excuses !

 

     Je n’ai pas la bonne formation, je n’ai pas le bon diplôme, je n’ai pas le talent nécessaire pour plaire au plus grand nombre.

De nos jours c’est navrant, voire franchement honteux. Et surtout cela ne ressemble à vraiment rien qui puisse intéresser qui que ce soit.

J’ai commencé dans un style collection « bouton de rose » alors que je visais réellement le genre trash, pas du tout porno soft, surtout pas dans une veine flou pseudo artistique légèrement inspirée d’un cinéaste gentillet vaguement photographe.

Non ! En aucune façon !

 

En fait je voulais me lancer dans le hardcore littéraire, avec un vrai fond et des sentiments. J’avais plein de douleurs, de tristesse, de misères sexuelles à exprimer, à raconter, celles des autres évidemment.

Et puis j’ai dérapé sans trop savoir comment ni pourquoi.

Glissement progressif qui a fini par m’échapper totalement en me laissant stupidement sur le carreau, l’air niais et déconfit.

Je ne suis pas fier de moi, encore moins de mon incapacité à rebondir, à trouver un nouveau souffle, un nouvel air à respirer et à chanter, un air susceptible de fasciner les foules, de monopoliser l’attention, d’attirer les médias, de les séduire, quitte à apprendre à leur faire la danse du ventre qui nécessite une souplesse que je n’ai pas à priori.

 

     Mais que vais-je bien pouvoir devenir ? Quel avenir m’attend ? Quel destin me guette ?

Mon Dieu aidez-moi !, inspirez-moi !

Permettez-moi d’avoir mes entrées dans le cercle des Élus !

Je veux que l’on me jalouse, je veux que l’on m’admire, avec un soupçon de crainte et d’étonnement parce que j’aurai su faire des vagues à l’instant idéal et bien calculé, avec de plus une touche de fausse candeur, un subtil décalage dans le regard.

Je dois pouvoir atteindre le degré de cynisme nécessaire pour mener à bien une telle entreprise.

Achetez mon âme si vous voulez ; elle est à vendre ! Et si vous n’en voulez pas, soyez assez aimable pour faire passer le mot à votre ennemi intime.

Il est moins regardant sur la qualité et avec un peu de chance, il sera tenté par ma proposition.

 

     Le doute m’envahit subitement en songeant à la concurrence et je crains fort de ne pas avoir la moindre chance de sortir du lot, encore moins de me faire remarquer pour des qualités qui ne sont pas miennes.

 

            Décidemment quoi que je tente il me semble échouer.

Je suis irrécupérable faute de pouvoir me réinventer.

 

     [Cette vaine expérience a failli me faire oublier que je n’ai jamais été prêt à marchander mon âme]

 

 

Trident

(© 2002-2017/droits réservés)

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Mauvaise coordination

Posté par BernartZé le 18 mars 2017

Heure écrite

Timing

  

            Le message précisait bien qu’il fallait être à l’heure.

 

     Deux jours plus tôt la boîte-aux-lettres creusée à même la pierre du muret du jardin lui avait réservé une drôle de surprise.

Au milieu d’une multitude de prospectus et de feuilles de chou de quartier il avait découvert une lettre.

Enveloppe toute blanche, adresse manuscrite, rien au dos.

L’écriture ne lui parut pas familière tout en éveillant une curiosité légitime.

Léger coup de scalpel Coupe papier ; quelques lignes penchées sur la droite lui proposaient un rendez-vous en place de Grève à midi et quart du jeudi à venir, soit quarante-huit heures plus tard.

Le lieu lui évoqua la capitale, l’hôtel de ville et…la guillotine.

Mais dans sa ville de 1335 habitants il ne pouvait s’agir que de la petite place située devant la mairie et sur laquelle il y avait un (seul) banc.

 

     La lettre, ou plus exactement la missive, n’était pas signée.

Presque pas, juste l’esquisse d’une initiale : N.

Noémie ? Noa ? Nathalie ? Tout de même pas Néfertiti ! 

Il passa deux jours et deux nuits à essayer de se souvenir, tentant de faire défiler des visages et de se remémorer de lointaines histoires.

Mais sa mémoire infidèle lui joua des tours.

Incapable de la moindre certitude il faillit renoncer et faire le mort.

Ne pas aller au devant d’une rencontre hasardeuse aurait été plus sage.

Ce n’est qu’à trois-quarts d’heure de…l’heure H qu’il prit sa décision et se dépêcha de se préparer.

Vite la douche, vite le choix des vêtements, vite la voiture qui toussa et dut rester alitée dans le garage.

Vite à vélo mais pas suffisamment.

 

            Il faisait grand soleil, la place rougie était vide, Nathalie (ou une autre) ne l’avait pas attendu.

 

 

Toujours en retard

(© 2017/droits réservés)

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Suite hôtelière

Posté par BernartZé le 9 mars 2017

358—>353

La chambre d'à côté

Changement de chambre

(suite *)

  

            La porte d’à côté…

 

     Au bout de vingt-neuf jours d’enfermement absolu dans la chambre 358, poussé par l’ennui la faim et la soif (plus rien à boire ni à grignoter), je me suis décidé à sortir.

Très affaibli, les jambes flageolantes, j’ai retrouvé le couloir Couloir-aux-quatre-vents aussi désert et venteux que le jour de mon arrivée.

Par simple curiosité j’ai frappé à la porte 354 supposée ouvrir sur la chambre mitoyenne de la mienne.

Sans réponse je l’ai poussée pour découvrir qu’elle ne donnait pas sur une autre pièce mais sur un vestibule distribuant deux nouvelles chambres bien cachées de cet étrange hôtel ; deux numéros impairs : 351 et 353.

Je suis entré au hasard dans la chambre 353, peut-être contiguë à « la mienne ».

 

     Elle m’a immédiatement paru plus petite que celle que j’occupais depuis quatre semaines.

Pas de léopard au mur ni de dunes namibiennes ; ce gain de place évident permettait de disposer d’un lit plus vaste et d’un confort visuel donnant l’illusion de respirer plus largement.

Je me suis vite assis sur le lit (les chaises étaient décidemment toutes bannies de cet établissement) pour réfléchir et me reposer un peu.

Sans m’en rendre compte j’ai rapidement glissé à l’horizontal et me suis endormi.

L’état second dans lequel je me trouvais expliquerait certainement bien des choses et notamment pourquoi j’ai rêvé que j’étais enfermé dans la chambre 358 et que lors d’un face-à-face avec le léopard nous décrivions tout deux sur le sol des volutes Infiniment huit pour nous observer nous séduire ou nous éviter ; surtout moi qui craignais qu’il ne finisse par me prendre pour une proie facile à déguster en guise de petit-déjeuner.

Mettant fin à nos pas de danse il s’est contenté de s’asseoir et de me regarder longuement avant de retrouver sa place sur le poster du mur d’en face.

Ma vie fut ainsi sauvée par mon aspect peu appétissant !

 

A mon réveil -hébété- j’ai pris la décision de m’installer là, passant du 358 au 353 quitte à commettre un impair.

 

     Depuis près de trois semaines j’ai eu le temps de m’interroger sur le mode de fonctionnement particulièrement mystérieux de cet hôtel.

Un monde invisible où l’on ne croise jamais ni client ni personnel d’entretien.

Pas d’accueil ni de responsable de direction ; peut-être pourrait-on même quitter les lieux sans payer !

Pourquoi cette numérotation de chambres incompréhensible avec des nombres pairs allant de quatre en quatre ?

Et soudain la découverte d’une échappée, d’un couloir transversal débouchant sur deux chambres aux numéros impairs.

En existe-t-il d’autres dissimulées dans des couloirs tapis entre deux chambres visibles de l’étage ?

A force de penser à cette multitude de chiffres, je me suis vu dans un monde parallèle régi par une mystérieuse loi des nombres.

De quoi avoir des maux de tête…

 

     Je vais sortir un jour, quitter cette 4ème dimension, ces chambres paires ou impaires, cet hôtel fantôme, ce quartier et retrouver ma vie ou ce qu’il en restait.

J’étais venu là par hasard pour oublier le poids de ce qui m’échappait jour après jour.

A peine allégé rien n’aura changé c’est sûr, mais il me faut cesser de fuir, apprendre à affronter l’avenir, le regarder au fond des yeux.

Retrouver la vie et la ville lavées à grandes eaux ; d’autres giboulées d’autres bouleversements et de nouveaux deuils viendront.

Et l’espoir fou et illusoire d’une vie moins diabolique. 

 

 

            Larmes à boire…

  

(* http://bernartze.unblog.fr/2017/02/04/quelques-jours-sinon-rien/)

Blondin (Paris au bord des larmes, 1990)

(© 2017/droits réservés)

Publié dans Un peu de lecture inédite | 1 Commentaire »

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