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Entre grimace et sourire

Posté par BernartZé le 24 avril 2017

33,4

Lit d'hôpital

D’un sourire

  

            Il revint à la vie.

 

     Enfin disons plutôt qu’il cessa de grimacer lorsque ses voies respiratoires furent enfin libérées.

Tout s’était bloqué suite à un vif désaccord entre son pharynx et son larynx durant près de soixante-douze heures ; plus moyen de déglutir sa propre salive ni de respirer suffisamment.

D’où un aller direct à l’hôpital du coin dont personne ne pouvait prévoir le jour de retour, encore moins l’état dans lequel il serait, s’il sortait.

 

Ça c’était sa version des faits, un peu exagérés mais pas trop quand même.

Certes le risque de déshydratation et de dénutrition n’avait pas été négligeable, au point de nécessiter son hospitalisation en urgence alors qu’il ne tenait plus vraiment debout et n’avait plus les idées tellement claires.

Il ignorait d’ailleurs qui avait donné l’alerte ; un voisin ? le concierge ? le facteur ?

 

     Il se souvenait d’avoir fait un rêve bleu d’une étrange femme portant perceuse Isabelle Huppert dans ''Amateur'' (Hal Hartley, 1994) ; bizarrement elle avait plus l’air d’être rêveuse que menaçante.

Ça n’avait strictement aucun sens mais cette image lui était restée alors qu’il avait oublié les visages du personnel hospitalier ; peut-être était-elle l’infirmière chargée de prendre soin de lui ?

Il l’a prénomma Anne, comme ça sans raison.

Il n’avait pas souvenir des perfusions ni de visites à son chevet ; qui aurait d’ailleurs bien pu venir le voir en un tel endroit ?!

Il n’avait pas non plus vu le jeune enfant qui partageait sa chambre et dont les parents morts d’angoisse ne cessaient de pleurer en hoquetant.

Il sortit avant lui alors que l’enfant deux jours plus tard ne s’en sortit pas.

 

     C’est en Fauteuil roulant qu’il retrouva l’air libre, faute de muscles pour le porter.

Après avoir été épuisé et laissé sans forces par cette épreuve il était bien content de rentrer chez lui, même si ses jambes ne lui permettaient pas encore de se tenir debout ; elles finiraient bien par cesser de se dérober.

Cela étant il demeura faible durant plusieurs semaines, ce qui nécessita la venue tous les deux jours d’une aide à domicile…prénommée Anne ; étrangement bizarre.

(Aucune perceuse à l’horizon)

 

     Le temps passa passionnément comme avant.

Tout en reprenant progressivement des forces physiques, son moral n’était pas au beau fixe.

Même s’il avait eu l’impression d’une renaissance -accompagnée surtout d’un énorme soulagement- au bout de trois jours de chaos, il se retrouvait là, seul.

Quelques pigeons parfois en bord de fenêtre lui rendaient visite par temps de pluie, ses livres et ses disques lui tenaient compagnie.

De temps en temps il regardait de vieilles photos de ses parents morts depuis des décennies et de ses frères et sœurs éparpillés on ne sait où.

L’ennui d’avant l’avait rattrapé à toutes jambes plus sûrement que celles qui lui faisaient encore défaut.

Il se sentit vieux, sans l’être exactement, et se vit vite décliner faute de désirs.

Que pouvait-il encore attendre que la vie ne lui ait pas déjà offert ?

La routine quotidienne lui avait toujours été insupportable, bête à crever.

 

     Alors qu’il remarchait à peine correctement et qu’Anne ne venait plus le distraire par ses apparitions et ses petites histoires de famille, il se demanda s’il n’était pas temps pour lui de faire dignement sa révérence, faute de mieux.

Rien ne l’interdisait, seul manquerait peut-être le courage le jour où sa décision serait prise de façon définitive.

 

            Lors de son dernier rêve ses jambes le prenaient à son cou, l’enserrant jusqu’à l’étrangler et ne plus le lâcher.

   

 

''Amateur'' - Hal Hartley, 1994 (extrait d'affiche)  Anne ma sœur Anne…

(© 2017/droits réservés)

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Parenthèse bucolique

Posté par BernartZé le 20 avril 2017

Paysage d'avril

À 35,1 km de là

(à vol d’oiseau)

 

                 Un paysage s’offrit.

 

     L’Aubette de Meulan est une petite rivière qui s’étire sur une vingtaine de kilomètres avant de se jeter dans la Seine (sans dommages apparents).

Et -oh ! surprise- Tessancourt-sur-Aubette est un village situé sur ses rives.

 

     Étant revenu quelques jours plus tôt d’un séjour viennois finalement décevant, j’avais laissé au repos ma Voiture citadine et choisi de m’enfuir à tire-d’aile à peine rentré chez moi, déprimé par ma défaite.

Je pris un vol d’oiseau qui me largua à quelques encablures au nord-ouest.

C’est ainsi que je fis connaissance avec cette « petite commune rurale vallonnée » qui m’apparut d’emblée charmante.

Paisible avant tout ; j’avais tant besoin de repos…de calme et de sérénité.

Et aussi de consolation dans ma quête infinie.

Ma vie clair-obscur versait dans la pénombre depuis un long moment et mon esprit en venait à manquer de lumière au point de brouiller ma vision du monde.

Je devenais aveugle, presque indifférent aux autres.

 

Largué en plein vol je mis une dizaine de minutes à me remettre sur pieds (l’âge sans doute) et à me repérer sans système de géolocalisation embarqué ; j’étais parti comme un fou sans bagages.

Etonnamment tranquille, me fiant à la belle prestance des arbres et de la nature environnante je n’étais pas inquiet.

L’eau claire de la rivière me rassurait.

Durant un bref instant le monde me sembla lumineux…

 

     Le charme évidemment ne dura pas et fut rompu dès que vinrent me rejoindre mes inquiétudes familières.

Je n’ai vu de ce village que cette rive et n’ai rencontré personne.

J’en garde pourtant une impression tenace et bienfaisante malgré son parfum éphémère.

J’ai complètement oublié comment j’ai regagné mes pénates à l’issue de cette parenthèse hors du temps.

Qu’importe si mes tourments ont repris cours et si je suis retourné à Vienne depuis.

 

            A 35,1 km à la ronde j’aurais pu (plus) mal atterrir.

 

 

L'Aubette de Meulan à Tessancourt-sur-Aubette 

(© 2017/droits réservés)

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Suite possible

Posté par BernartZé le 8 avril 2017

St Malo Cancale Fougères

 Futur simple

(35virgule300)

  

            Épilogue.

 

     Quelques années plus tard, cinq ou six tout au plus, elle décida de changer de château.

L’élevage des huîtres n’était pas en cause mais les trajets à vélo quotidiens d’une quinzaine de kilomètres 52 min (et retour 52 min (retour !) !) avaient fini par l’user.

Elle n’avait plus vingt ans, ni même quarante et les petits matins d’hiver s’étaient avérés de plus en plus éprouvants pour son organisme ; et puis toujours le vent du large qui ne cessait de l’enrhumer.

Elle avait un jour senti qu’il était temps pour elle de rentrer se mettre à l’abri dans les terres.

 

     A la faveur de deux journées entières d’oisiveté elle s’était aventurée au sud-est de la cité corsaire dans l’espoir d’une belle échappée à Fougères ; un train puis un car pour une centaine de kilomètres à un prix modique histoire (peut-être) de découvrir le lieu de naissance de Juliette Drouet, grande amoureuse et actrice sacrifiée sur l’autel de sa passion pour un grand homme exclusif jaloux et adultère « récidiviste ».

Certes le fameux château lui avait plu mais elle avait été encore plus sensible aux charmes de la vieille ville médiévale ; ah ! la mémoire des pierres Fougères, vieille ville et leurs secrets bien gardés.

[comme si l’on pouvait se réfugier dans le passé !]

 

     Interlude En une nuit d’hôtel et un tour de crêperies elle s’était décidée à reprendre le rôle de l’émigrée : quitter le bord de mer et le monde des mollusques visqueux qui glissent entre les doigts pour reprendre contact avec la terre ferme.

Son déménagement, moins de cent kilomètres plus loin, fut simple.

Elle quitta un meublé pour un autre en attendant de pouvoir mieux s’établir.

Quelques affaires, beaucoup de souvenirs de livres et de disques, peu de photos.

 

     Par chance elle retrouva vite du travail dans un domaine dans lequel elle s’était autrefois beaucoup investie : l’horticulture.

L’occasion de mettre à profit son diplôme passé à plus de trente ans lors d’une première (tentative de) reconversion.

Elle adorait rempoter Plante en pot et malaxer la terre comme d’autres passent des heures en cuisine à préparer un gâteau.

Elle se sentait enfin (à plus de cinquante ans…il n’est jamais trop tard) apte à reverdir le monde et à fleurir le ciel.

 

            Pour mieux (re)composer le passé ?…

  

 

Fougères

(© 2017/droits réservés)

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(Vingt ans plus tard)

Posté par BernartZé le 5 avril 2017

Saint-Malo

35virgule400

(Saint-Malo)

  

            Tout s’était écroulé cet hiver-là.

 

     Depuis plusieurs mois elle sentait bien que le vent avait tourné, qu’il ne l’aimait plus, qu’elle ne l’estimait plus, qu’ils ne s’aimaient plus.

 

Le temps les orages et les habitudes avaient fini par avoir raison de leur histoire.

Onze années pleines d’un amour sans pareil ; une profusion de sentiments partagés…en deux époques.

Il y avait eu avant et après sa crise aiguë de bovarysme qui les avait fait basculer dans une autre dimension.

Elle avait aimé ailleurs tandis que lui descendait aux enfers pris entre sa douleur et son refus de la juger.

Cette effroyable parenthèse de près d’une année les avait laissés exsangues sans réussir pourtant à tuer leur amour.

Lentement patiemment progressivement ils avaient appris à se retrouver et à renaître ensemble.

Personne ne saura jamais les épreuves traversées avant de parvenir à une nouvelle harmonie ; tout était pardonné.

Encore jeunes ils ne devinaient pas les traces inscrites en eux.

 

     La vie heureuse avait repris son cours avec beaucoup plus de joies que de peines.

Chacun avait finalement gardé pour lui ses maux les plus terribles.

 

Cinq ans plus tard c’est lui qui prit à son tour le chemin de l’infidélité, comme par inadvertance.

A son tour le besoin de tromper son ennui jusqu’à en faire une impérieuse nécessité.

Une rencontre de hasard et de peu d’importance répondant à une quête de sens sans intellect ni sentiments inutiles ; l’attrait d’une nouvelle peau…

Ce deuxième coup porté à leur couple s’avéra fatal.

La guerre fut vite déclarée réveillant les blessures passées.

Impossible de fermer les yeux sur les mensonges, les humiliations et les violences mal contenues.

La séparation s’imposa.

 

     Au sortir de l’hiver de cette année-là elle s’étonna d’être toujours en vie.

Elle avait inondé de ses larmes le plancher du salon qui avait fini par avoir les yeux aussi gonflés qu’elle.

Profitant des travaux, elle crut se trouver mieux en repeignant les murs en orange et gris ; grave erreur de goût et de jugement !

En moins d’une journée elle ne supporta plus cette vision d’horreur au point de décider de partir.

Besoin de prendre le large, envie de bord de mer et de vues sans limite, elle trouva son bonheur en deux ou trois « clics » et guère plus de mouvements.

Ah ! Les joies de la toile lorsqu’elle offre tout (et aussi n’importe quoi) à portée de mains ; la vie semble -momentanément- plus légère.

En peu de recherches elle découvrit la location de deux semaines d’une maison tranquille Location située dans les hauteurs de la ville, non loin d’accès à deux plages à dix minutes à pieds.

 

Les propriétaires assez âgés partis se ressourcer en thalasso…à quelques encablures de chez eux (forcément) lui avaient promis « calme et sérénité ».

Ils n’avaient pas menti tant cette maison -trop grande pour elle- lui était apparue paisible, souriant timidement entre deux voisines plus imposantes.

En se tordant le cou tout là-haut dans le grenier elle avait aperçu la mer.

 

            Cette parenthèse enchantée décida de la suite de sa vie.

N’ayant alors plus rien à perdre ni à quitter elle commanda à distance son déménagement sans retourner sur les lieux qu’elle ne voulait revoir à aucun prix.

Elle trouva son havre de paix et devint ostréicultrice à Cancale.

 

     Enfin libre, à la virgule près…

  

  

Huître creuse

(© 2017/droits réservés)

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Raté !

Posté par BernartZé le 2 avril 2017

Surfeur in the sky

Comme un éjaculat sur le bord d’une falaise

  

            Le vent venait du large ce jour-là et arrivé tout près des côtes, il se faisait plus caressant.

L’herbe tendre se dressait hardiment, telle une crête coiffant la crique.

Le pâle soleil de cette matinée tranquille suffisait à iriser la rosée alors que Nathanaël et Rose rajustaient leurs boutons en se regardant toujours. 

 

     Ils avaient l’air serein et idiot, et sereins ils étaient.

Un colibri passant par là sortit une petite loupe de sa poche arrière et se mit à étudier scrupuleusement l’herbe alentour, comme si c’était sa seule mission ici-bas.

Il était concentré et appliqué. Il inspectait chaque brin d’herbe, chaque goutte de rosée, chaque petite bête croisant son chemin en quête d’un petit-déjeuner.

Rien ne l’étonnait jamais ; il avait tant vécu et tellement voyagé qu’il pensait avoir tout vu ou presque.

Il n’avait pas tort sur ce point et c’est pourquoi il ne s’étonna pas quand il aperçut au milieu de cette jungle une goutte de sperme agonisante égarée parmi les habitués attablés à cette heure printanière.

Il fronça juste le sourcil gauche en se disant que de nos jours la nature était devenue une vraie déchetterie tout en lançant à la cantonade : « C’est rien, ça ne compte pas ! », d’un air un petit peu dédaigneux.

Personne ne l’écoutant, nul ne l’entendit, et il s’enfuit vexé de constater une fois de plus que son travail n’était pas pris en considération, alors qu’il s’y était de tous temps consacré avec ardeur et abnégation.

     Il n’aurait jamais dû changer de contrée en acceptant de surcroît un déménagement à ses frais ; on ne l’y reprendrait pas de sitôt !

 

          STOP ! !

    

            Bon je sais c’est n’importe quoi !

Je voulais simplement tenter de faire de la provocation facile, histoire de me mettre à la page, d’être enfin à la mode.

Je m’espérais chébran, « in » comme on disait autrefois ; c’est complètement raté !

Toutes mes excuses !

 

     Je n’ai pas la bonne formation, je n’ai pas le bon diplôme, je n’ai pas le talent nécessaire pour plaire au plus grand nombre.

De nos jours c’est navrant, voire franchement honteux. Et surtout cela ne ressemble à vraiment rien qui puisse intéresser qui que ce soit.

J’ai commencé dans un style collection « bouton de rose » alors que je visais réellement le genre trash, pas du tout porno soft, surtout pas dans une veine flou pseudo artistique légèrement inspirée d’un cinéaste gentillet vaguement photographe.

Non ! En aucune façon !

 

En fait je voulais me lancer dans le hardcore littéraire, avec un vrai fond et des sentiments. J’avais plein de douleurs, de tristesse, de misères sexuelles à exprimer, à raconter, celles des autres évidemment.

Et puis j’ai dérapé sans trop savoir comment ni pourquoi.

Glissement progressif qui a fini par m’échapper totalement en me laissant stupidement sur le carreau, l’air niais et déconfit.

Je ne suis pas fier de moi, encore moins de mon incapacité à rebondir, à trouver un nouveau souffle, un nouvel air à respirer et à chanter, un air susceptible de fasciner les foules, de monopoliser l’attention, d’attirer les médias, de les séduire, quitte à apprendre à leur faire la danse du ventre qui nécessite une souplesse que je n’ai pas à priori.

 

     Mais que vais-je bien pouvoir devenir ? Quel avenir m’attend ? Quel destin me guette ?

Mon Dieu aidez-moi !, inspirez-moi !

Permettez-moi d’avoir mes entrées dans le cercle des Élus !

Je veux que l’on me jalouse, je veux que l’on m’admire, avec un soupçon de crainte et d’étonnement parce que j’aurai su faire des vagues à l’instant idéal et bien calculé, avec de plus une touche de fausse candeur, un subtil décalage dans le regard.

Je dois pouvoir atteindre le degré de cynisme nécessaire pour mener à bien une telle entreprise.

Achetez mon âme si vous voulez ; elle est à vendre ! Et si vous n’en voulez pas, soyez assez aimable pour faire passer le mot à votre ennemi intime.

Il est moins regardant sur la qualité et avec un peu de chance, il sera tenté par ma proposition.

 

     Le doute m’envahit subitement en songeant à la concurrence et je crains fort de ne pas avoir la moindre chance de sortir du lot, encore moins de me faire remarquer pour des qualités qui ne sont pas miennes.

 

            Décidemment quoi que je tente il me semble échouer.

Je suis irrécupérable faute de pouvoir me réinventer.

 

     [Cette vaine expérience a failli me faire oublier que je n’ai jamais été prêt à marchander mon âme]

 

 

Trident

(© 2002-2017/droits réservés)

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Mauvaise coordination

Posté par BernartZé le 18 mars 2017

Heure écrite

Timing

  

            Le message précisait bien qu’il fallait être à l’heure.

 

     Deux jours plus tôt la boîte-aux-lettres creusée à même la pierre du muret du jardin lui avait réservé une drôle de surprise.

Au milieu d’une multitude de prospectus et de feuilles de chou de quartier il avait découvert une lettre.

Enveloppe toute blanche, adresse manuscrite, rien au dos.

L’écriture ne lui parut pas familière tout en éveillant une curiosité légitime.

Léger coup de scalpel Coupe papier ; quelques lignes penchées sur la droite lui proposaient un rendez-vous en place de Grève à midi et quart du jeudi à venir, soit quarante-huit heures plus tard.

Le lieu lui évoqua la capitale, l’hôtel de ville et…la guillotine.

Mais dans sa ville de 1335 habitants il ne pouvait s’agir que de la petite place située devant la mairie et sur laquelle il y avait un (seul) banc.

 

     La lettre, ou plus exactement la missive, n’était pas signée.

Presque pas, juste l’esquisse d’une initiale : N.

Noémie ? Noa ? Nathalie ? Tout de même pas Néfertiti ! 

Il passa deux jours et deux nuits à essayer de se souvenir, tentant de faire défiler des visages et de se remémorer de lointaines histoires.

Mais sa mémoire infidèle lui joua des tours.

Incapable de la moindre certitude il faillit renoncer et faire le mort.

Ne pas aller au devant d’une rencontre hasardeuse aurait été plus sage.

Ce n’est qu’à trois-quarts d’heure de…l’heure H qu’il prit sa décision et se dépêcha de se préparer.

Vite la douche, vite le choix des vêtements, vite la voiture qui toussa et dut rester alitée dans le garage.

Vite à vélo mais pas suffisamment.

 

            Il faisait grand soleil, la place rougie était vide, Nathalie (ou une autre) ne l’avait pas attendu.

 

 

Toujours en retard

(© 2017/droits réservés)

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Suite hôtelière

Posté par BernartZé le 9 mars 2017

358—>353

La chambre d'à côté

Changement de chambre

(suite *)

  

            La porte d’à côté…

 

     Au bout de vingt-neuf jours d’enfermement absolu dans la chambre 358, poussé par l’ennui la faim et la soif (plus rien à boire ni à grignoter), je me suis décidé à sortir.

Très affaibli, les jambes flageolantes, j’ai retrouvé le couloir Couloir-aux-quatre-vents aussi désert et venteux que le jour de mon arrivée.

Par simple curiosité j’ai frappé à la porte 354 supposée ouvrir sur la chambre mitoyenne de la mienne.

Sans réponse je l’ai poussée pour découvrir qu’elle ne donnait pas sur une autre pièce mais sur un vestibule distribuant deux nouvelles chambres bien cachées de cet étrange hôtel ; deux numéros impairs : 351 et 353.

Je suis entré au hasard dans la chambre 353, peut-être contiguë à « la mienne ».

 

     Elle m’a immédiatement paru plus petite que celle que j’occupais depuis quatre semaines.

Pas de léopard au mur ni de dunes namibiennes ; ce gain de place évident permettait de disposer d’un lit plus vaste et d’un confort visuel donnant l’illusion de respirer plus largement.

Je me suis vite assis sur le lit (les chaises étaient décidemment toutes bannies de cet établissement) pour réfléchir et me reposer un peu.

Sans m’en rendre compte j’ai rapidement glissé à l’horizontal et me suis endormi.

L’état second dans lequel je me trouvais expliquerait certainement bien des choses et notamment pourquoi j’ai rêvé que j’étais enfermé dans la chambre 358 et que lors d’un face-à-face avec le léopard nous décrivions tout deux sur le sol des volutes Infiniment huit pour nous observer nous séduire ou nous éviter ; surtout moi qui craignais qu’il ne finisse par me prendre pour une proie facile à déguster en guise de petit-déjeuner.

Mettant fin à nos pas de danse il s’est contenté de s’asseoir et de me regarder longuement avant de retrouver sa place sur le poster du mur d’en face.

Ma vie fut ainsi sauvée par mon aspect peu appétissant !

 

A mon réveil -hébété- j’ai pris la décision de m’installer là, passant du 358 au 353 quitte à commettre un impair.

 

     Depuis près de trois semaines j’ai eu le temps de m’interroger sur le mode de fonctionnement particulièrement mystérieux de cet hôtel.

Un monde invisible où l’on ne croise jamais ni client ni personnel d’entretien.

Pas d’accueil ni de responsable de direction ; peut-être pourrait-on même quitter les lieux sans payer !

Pourquoi cette numérotation de chambres incompréhensible avec des nombres pairs allant de quatre en quatre ?

Et soudain la découverte d’une échappée, d’un couloir transversal débouchant sur deux chambres aux numéros impairs.

En existe-t-il d’autres dissimulées dans des couloirs tapis entre deux chambres visibles de l’étage ?

A force de penser à cette multitude de chiffres, je me suis vu dans un monde parallèle régi par une mystérieuse loi des nombres.

De quoi avoir des maux de tête…

 

     Je vais sortir un jour, quitter cette 4ème dimension, ces chambres paires ou impaires, cet hôtel fantôme, ce quartier et retrouver ma vie ou ce qu’il en restait.

J’étais venu là par hasard pour oublier le poids de ce qui m’échappait jour après jour.

A peine allégé rien n’aura changé c’est sûr, mais il me faut cesser de fuir, apprendre à affronter l’avenir, le regarder au fond des yeux.

Retrouver la vie et la ville lavées à grandes eaux ; d’autres giboulées d’autres bouleversements et de nouveaux deuils viendront.

Et l’espoir fou et illusoire d’une vie moins diabolique. 

 

 

            Larmes à boire…

  

(* http://bernartze.unblog.fr/2017/02/04/quelques-jours-sinon-rien/)

Blondin (Paris au bord des larmes, 1990)

(© 2017/droits réservés)

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Une vieille histoire

Posté par BernartZé le 28 février 2017

Le temps jauni

Le jour n’est pas plus pur…

  

            Un paillasson sur la tête, penchée à sa fenêtre elle contemplait le jardin.

 

     Humble devant la nature dont elle avait longtemps été tenue à l’écart, elle tentait timidement de retrouver des sensations perdues.

Difficile de se souvenir d’un temps où elle était libre de ses mouvements, libre de penser et de respirer.

Elle avait été à deux doigts de devenir un nez et d’en faire profession ; et puis…

 

     Le temps perdu avait tout jauni et flétri, lui laissant un goût permanent d’amertume sur les lèvres ; une légère grimace sur le visage à peine perceptible aussi.

Non seulement aucune nourriture ne réussissait plus à développer de saveur dans sa bouche, mais son odorat s’en était trouvé gravement altéré au point que tous les parfums lui semblaient sans véritable odeur.

Son regard clair et bleu A l'eau lavé sur les choses s’était en partie délavé.

Une autre route s’était imposée à elle l’obligeant à renoncer à toutes ses espérances.

A coups de poings la vie avait décidé de forcer son avenir.

 

     Sans doute avait-elle été jeune et gaie ; peu lui importait aujourd’hui de se souvenir d’une époque révolue tant elle avait besoin de concentrer son peu de vigueur restante sur ce nouveau pan de vie.

Seule.

Enfin seule après des années de réclusion passées le plus souvent le corps recroquevillé sur sa couche ; telle avait été sa punition.

Méritée ou pas elle avait dû en prendre son parti et acquiescer sans pouvoir se défendre ni rien expliquer.

En quête d’une aide, d’un soulagement, elle s’était rêvée mystique mais aucun dieu n’avait voulu la recevoir en son sein.

 

     Vingt années gâchées avant qu’on lui permette de revoir le jour.

Trop de nuits durant lesquelles elle ne put éviter de repenser à son geste.

Le coup de folie d’une femme désespérée devenue brutalement incapable de se voir supporter un quotidien innommable.

Peut-être avait-elle agi en état de légitime défonce ou dans une inconscience éthylique, voire les deux avant de sombrer.

Impossible de se remémorer ce court instant effacé oublié ou inaccessible.

On avait découvert deux corps sur le sol de la cuisine, l’un déjà froid l’autre proche du coma.

 

     Vingt années dérobées pour quoi pour qui ?

Pour des sentiments mal exprimés ou mal reçus, maladroits malgré leur évidente sincérité.

Le prix payé pour une mauvaise rencontre qui ne pouvait que mal tourner est sans valeur ni commune mesure.

L’avenir n’a pas de sens ; reste l’ironie face à la vie ou ce qui pourrait encore exister.

Impitoyable et glorieuse nature qui chaque matin la replace désormais dans un contexte qui la dépasse largement.

Simple et cependant trop compliquée pour l’inadaptée qu’elle ne peut cesser d’être faute de trouver la clé.

 

            Le jour n’est pas plus pur…que noires sont ses idées.

 

  

Idées noires

(© 2017/droits réservés)

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Quelques jours sinon rien

Posté par BernartZé le 4 février 2017

Léopard

Chambre 358

  

            Le droit à l’indifférence.

 

     Enfermé dans ma chambre d’hôtel depuis seize jours je ne me lève plus je ne me lave plus, j’attends.

Un léopard en plein désert me fait face sur le mur en bout de lit.

La pièce est exiguë et le poster immense.

J’ai l’impression que je pourrais le toucher du bout des orteils mais je n’ai plus la force de lever une jambe.

Comment ai-je atterri ici ?

 

     Tandis que je tentais de m’évader c’est par hasard que ma course s’est achevée presque au bout du long couloir rouge sang Couloir (In the mood for love, 2000) du troisième étage d’un hôtel discret.

Étrange numérotation des chambres toutes distribuées du même côté avec un parti pris exclusivement pair allant de quatre en quatre malgré un étonnant grand écart arithmétique entre la deuxième et la troisième chambre : 32 36 310 314 318 322 326 330 334 338 342 346 350 354 358 362 366 370 374 378.

Vingt chambres identiques (je crois), sans état d’âme.

Je n’ai croisé personne le jour de mon arrivée ; depuis non plus évidemment.

 

     Qu’étais-je venu chercher là ?

Essentiellement l’oubli et le repos dont je manquais tant.

A force de voguer dans des eaux troublées par l’agitation intérieure de mon cerveau ma barque avait chaviré et tout mon être avec elle.

D’impossibles deuils m’empêchaient d’avancer d’où la nécessité de trouver un havre ou la paix serait débattue.

N’ignorant pas que tout se jouait entre moi, l’enjeu consistait à se défaire du « je » et de tous ses embarrassants acolytes.

Trop d’émois en moi et eux tous pour me mettre à je-nous ; dangereux iceberg Théorie de Freud croisé au large d’un océan glacé.

Mon nombril prenait pourtant feu ; satané Freud !

La guerre -peu civile- égocentrique ne sème que des cadavres en chemin.

 

     Moi je m’en balance si je suis trop Fragile (Sting, 1987) pour vivre heureux ; trop taré pour ne pas être mort-né, trop indifférent finalement.

Je ne connais rien aux choses de la vie, je ne ferai jamais le voyage jusqu’en Namibie où le désert est rouge et où les animaux tirent la langue en quête d’eau et de nourriture.

Nul n’est jamais rassasié, ailleurs comme ici.

 

            Je ne sais certes rien de la vie, faute de n’y avoir jamais rien compris.

Sans mode d’emploi livré dès la naissance comment savoir à quoi elle rime, comment ne pas danser d’un pied sur l’autre, riche ou pauvre ?

Cherchez toujours et ne trouver presque jamais rien est un jeu si ridicule que mieux vaut se hâter d’en rire de crainte de n’avoir plus le choix.

Celui -peut-être- de quitter un jour cette chambre…

  

 

Couloir aux quatre vents  (Aux quatre vents)

(© 2017/droits réservés)

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Mais de qui se moque-t-on ?!

Posté par BernartZé le 15 décembre 2016

Pendaison sous la lune

La lune était sereine

  

            C’est à la nuit tombée qu’elle était partie se promener.

 

     Perdue dans ses pensées elle avait pris un chemin puis un autre, une route bordant un bois, une voie et une allée débouchant sur un parc qu’elle avait traversé sans remarquer les quelques attardés osant défier le froid d’un hiver précoce.

 

Pour elle l’heure n’était plus aux bavardages ou aux conciliabules ; elle en avait fini des atermoiements et des doutes.

Son cœur avait perdu la raison, elle l’avait retrouvée.

Depuis que l’hiver avait définitivement pris ses quartiers dans tout son corps elle s’était habituée à ne plus voir que des paysages désolés et figés entre le gris et le noir Norvege.

Aigrie au bord de l’amer son désabusement avait pris le pas sur tous ses autres sentiments.

Se jugeant trop âgée pour jouer les princesses désenchantées La princesse désenchantée elle avait pourtant longtemps continué à attendre que passe minuit dans l’espoir d’un miraculeux revirement ; mais son destin était moqueur.

Jusqu’au matin d’une nuit sans sommeil où elle avait compris qu’il fallait faire le deuil de ses espoirs et de ses rêves.

Elle se mit à compter les jours.

 

     Un médecin qu’elle vit une seule fois la diagnostiqua « maniaco-dépressive repliée dans un mode de vie autarcique » ; elle le paya et le remercia.

Elle poursuivit sa quête, ne cessant de ressasser le passé.

Qu’y avait-il à regretter de la vie, de celle qu’elle avait connue, de ce qu’elle avait vécu ?

Peu, pas grand-chose, quelques rencontres ; beaucoup de souvenirs avaient mal vieilli.

Ils tournaient dans sa tête créant une sensation permanente de vertige Vertigo.

Plus d’une fois elle avait chuté, au sens propre comme au sens figuré.

Cela lui avait même valu une attente de cinq heures aux urgences hospitalières où on l’avait conduite suite à une petite syncope dans un couloir de métro.

On lui avait conseillé de prendre mieux soin d’elle-même.

Comme si tout pouvait se soigner !

Elle s’était confortée dans l’idée qu’elle était incurable, désespérément perdue, éperdument malheureuse.

 

     Ce soir de novembre son cœur ne balançait plus.

Elle marcha un peu au hasard mais bien décidée à mettre un terme à ses tourments.

Le clair de lune jeta son projecteur sur un cimetière qu’elle avait failli ne pas voir.

C’eut été dommage de manquer un tel lieu en une telle occasion !

Déterminée elle entra, fit le tour du propriétaire et ne mit pas longtemps à repérer son arbre.

Elle sortit la corde préparée de son sac-à-dos et la noua à la plus belle branche.

Le vent était léger elle est montée.

 

            Patatras ! La branche a cédé.

 

 

Nœud - Copie  Raté !

(© 2016/droits réservés)

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