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Mauvaise coordination

Posté par BernartZé le 18 mars 2017

Heure écrite

Timing

  

            Le message précisait bien qu’il fallait être à l’heure.

 

     Deux jours plus tôt la boîte-aux-lettres creusée à même la pierre du muret du jardin lui avait réservé une drôle de surprise.

Au milieu d’une multitude de prospectus et de feuilles de chou de quartier il avait découvert une lettre.

Enveloppe toute blanche, adresse manuscrite, rien au dos.

L’écriture ne lui parut pas familière tout en éveillant une curiosité légitime.

Léger coup de scalpel Coupe papier ; quelques lignes penchées sur la droite lui proposaient un rendez-vous en place de Grève à midi et quart du jeudi à venir, soit quarante-huit heures plus tard.

Le lieu lui évoqua la capitale, l’hôtel de ville et…la guillotine.

Mais dans sa ville de 1335 habitants il ne pouvait s’agir que de la petite place située devant la mairie et sur laquelle il y avait un (seul) banc.

 

     La lettre, ou plus exactement la missive, n’était pas signée.

Presque pas, juste l’esquisse d’une initiale : N.

Noémie ? Noa ? Nathalie ? Tout de même pas Néfertiti ! 

Il passa deux jours et deux nuits à essayer de se souvenir, tentant de faire défiler des visages et de se remémorer de lointaines histoires.

Mais sa mémoire infidèle lui joua des tours.

Incapable de la moindre certitude il faillit renoncer et faire le mort.

Ne pas aller au devant d’une rencontre hasardeuse aurait été plus sage.

Ce n’est qu’à trois-quarts d’heure de…l’heure H qu’il prit sa décision et se dépêcha de se préparer.

Vite la douche, vite le choix des vêtements, vite la voiture qui toussa et dut rester alitée dans le garage.

Vite à vélo mais pas suffisamment.

 

            Il faisait grand soleil, la place rougie était vide, Nathalie (ou une autre) ne l’avait pas attendu.

 

 

Toujours en retard

(© 2017/droits réservés)

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Suite hôtelière

Posté par BernartZé le 9 mars 2017

358—>353

La chambre d'à côté

Changement de chambre

(suite *)

  

            La porte d’à côté…

 

     Au bout de vingt-neuf jours d’enfermement absolu dans la chambre 358, poussé par l’ennui la faim et la soif (plus rien à boire ni à grignoter), je me suis décidé à sortir.

Très affaibli, les jambes flageolantes, j’ai retrouvé le couloir Couloir-aux-quatre-vents aussi désert et venteux que le jour de mon arrivée.

Par simple curiosité j’ai frappé à la porte 354 supposée ouvrir sur la chambre mitoyenne de la mienne.

Sans réponse je l’ai poussée pour découvrir qu’elle ne donnait pas sur une autre pièce mais sur un vestibule distribuant deux nouvelles chambres bien cachées de cet étrange hôtel ; deux numéros impairs : 351 et 353.

Je suis entré au hasard dans la chambre 353, peut-être contiguë à « la mienne ».

 

     Elle m’a immédiatement paru plus petite que celle que j’occupais depuis quatre semaines.

Pas de léopard au mur ni de dunes namibiennes ; ce gain de place évident permettait de disposer d’un lit plus vaste et d’un confort visuel donnant l’illusion de respirer plus largement.

Je me suis vite assis sur le lit (les chaises étaient décidemment toutes bannies de cet établissement) pour réfléchir et me reposer un peu.

Sans m’en rendre compte j’ai rapidement glissé à l’horizontal et me suis endormi.

L’état second dans lequel je me trouvais expliquerait certainement bien des choses et notamment pourquoi j’ai rêvé que j’étais enfermé dans la chambre 358 et que lors d’un face-à-face avec le léopard nous décrivions tout deux sur le sol des volutes Infiniment huit pour nous observer nous séduire ou nous éviter ; surtout moi qui craignais qu’il ne finisse par me prendre pour une proie facile à déguster en guise de petit-déjeuner.

Mettant fin à nos pas de danse il s’est contenté de s’asseoir et de me regarder longuement avant de retrouver sa place sur le poster du mur d’en face.

Ma vie fut ainsi sauvée par mon aspect peu appétissant !

 

A mon réveil -hébété- j’ai pris la décision de m’installer là, passant du 358 au 353 quitte à commettre un impair.

 

     Depuis près de trois semaines j’ai eu le temps de m’interroger sur le mode de fonctionnement particulièrement mystérieux de cet hôtel.

Un monde invisible où l’on ne croise jamais ni client ni personnel d’entretien.

Pas d’accueil ni de responsable de direction ; peut-être pourrait-on même quitter les lieux sans payer !

Pourquoi cette numérotation de chambres incompréhensible avec des nombres pairs allant de quatre en quatre ?

Et soudain la découverte d’une échappée, d’un couloir transversal débouchant sur deux chambres aux numéros impairs.

En existe-t-il d’autres dissimulées dans des couloirs tapis entre deux chambres visibles de l’étage ?

A force de penser à cette multitude de chiffres, je me suis vu dans un monde parallèle régi par une mystérieuse loi des nombres.

De quoi avoir des maux de tête…

 

     Je vais sortir un jour, quitter cette 4ème dimension, ces chambres paires ou impaires, cet hôtel fantôme, ce quartier et retrouver ma vie ou ce qu’il en restait.

J’étais venu là par hasard pour oublier le poids de ce qui m’échappait jour après jour.

A peine allégé rien n’aura changé c’est sûr, mais il me faut cesser de fuir, apprendre à affronter l’avenir, le regarder au fond des yeux.

Retrouver la vie et la ville lavées à grandes eaux ; d’autres giboulées d’autres bouleversements et de nouveaux deuils viendront.

Et l’espoir fou et illusoire d’une vie moins diabolique. 

 

 

            Larmes à boire…

  

(* http://bernartze.unblog.fr/2017/02/04/quelques-jours-sinon-rien/)

Blondin (Paris au bord des larmes, 1990)

(© 2017/droits réservés)

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Une vieille histoire

Posté par BernartZé le 28 février 2017

Le temps jauni

Le jour n’est pas plus pur…

  

            Un paillasson sur la tête, penchée à sa fenêtre elle contemplait le jardin.

 

     Humble devant la nature dont elle avait longtemps été tenue à l’écart, elle tentait timidement de retrouver des sensations perdues.

Difficile de se souvenir d’un temps où elle était libre de ses mouvements, libre de penser et de respirer.

Elle avait été à deux doigts de devenir un nez et d’en faire profession ; et puis…

 

     Le temps perdu avait tout jauni et flétri, lui laissant un goût permanent d’amertume sur les lèvres ; une légère grimace sur le visage à peine perceptible aussi.

Non seulement aucune nourriture ne réussissait plus à développer de saveur dans sa bouche, mais son odorat s’en était trouvé gravement altéré au point que tous les parfums lui semblaient sans véritable odeur.

Son regard clair et bleu A l'eau lavé sur les choses s’était en partie délavé.

Une autre route s’était imposée à elle l’obligeant à renoncer à toutes ses espérances.

A coups de poings la vie avait décidé de forcer son avenir.

 

     Sans doute avait-elle été jeune et gaie ; peu lui importait aujourd’hui de se souvenir d’une époque révolue tant elle avait besoin de concentrer son peu de vigueur restante sur ce nouveau pan de vie.

Seule.

Enfin seule après des années de réclusion passées le plus souvent le corps recroquevillé sur sa couche ; telle avait été sa punition.

Méritée ou pas elle avait dû en prendre son parti et acquiescer sans pouvoir se défendre ni rien expliquer.

En quête d’une aide, d’un soulagement, elle s’était rêvée mystique mais aucun dieu n’avait voulu la recevoir en son sein.

 

     Vingt années gâchées avant qu’on lui permette de revoir le jour.

Trop de nuits durant lesquelles elle ne put éviter de repenser à son geste.

Le coup de folie d’une femme désespérée devenue brutalement incapable de se voir supporter un quotidien innommable.

Peut-être avait-elle agi en état de légitime défonce ou dans une inconscience éthylique, voire les deux avant de sombrer.

Impossible de se remémorer ce court instant effacé oublié ou inaccessible.

On avait découvert deux corps sur le sol de la cuisine, l’un déjà froid l’autre proche du coma.

 

     Vingt années dérobées pour quoi pour qui ?

Pour des sentiments mal exprimés ou mal reçus, maladroits malgré leur évidente sincérité.

Le prix payé pour une mauvaise rencontre qui ne pouvait que mal tourner est sans valeur ni commune mesure.

L’avenir n’a pas de sens ; reste l’ironie face à la vie ou ce qui pourrait encore exister.

Impitoyable et glorieuse nature qui chaque matin la replace désormais dans un contexte qui la dépasse largement.

Simple et cependant trop compliquée pour l’inadaptée qu’elle ne peut cesser d’être faute de trouver la clé.

 

            Le jour n’est pas plus pur…que noires sont ses idées.

 

  

Idées noires

(© 2017/droits réservés)

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Quelques jours sinon rien

Posté par BernartZé le 4 février 2017

Léopard

Chambre 358

  

            Le droit à l’indifférence.

 

     Enfermé dans ma chambre d’hôtel depuis seize jours je ne me lève plus je ne me lave plus, j’attends.

Un léopard en plein désert me fait face sur le mur en bout de lit.

La pièce est exiguë et le poster immense.

J’ai l’impression que je pourrais le toucher du bout des orteils mais je n’ai plus la force de lever une jambe.

Comment ai-je atterri ici ?

 

     Tandis que je tentais de m’évader c’est par hasard que ma course s’est achevée presque au bout du long couloir rouge sang Couloir (In the mood for love, 2000) du troisième étage d’un hôtel discret.

Étrange numérotation des chambres toutes distribuées du même côté avec un parti pris exclusivement pair allant de quatre en quatre malgré un étonnant grand écart arithmétique entre la deuxième et la troisième chambre : 32 36 310 314 318 322 326 330 334 338 342 346 350 354 358 362 366 370 374 378.

Vingt chambres identiques (je crois), sans état d’âme.

Je n’ai croisé personne le jour de mon arrivée ; depuis non plus évidemment.

 

     Qu’étais-je venu chercher là ?

Essentiellement l’oubli et le repos dont je manquais tant.

A force de voguer dans des eaux troublées par l’agitation intérieure de mon cerveau ma barque avait chaviré et tout mon être avec elle.

D’impossibles deuils m’empêchaient d’avancer d’où la nécessité de trouver un havre ou la paix serait débattue.

N’ignorant pas que tout se jouait entre moi, l’enjeu consistait à se défaire du « je » et de tous ses embarrassants acolytes.

Trop d’émois en moi et eux tous pour me mettre à je-nous ; dangereux iceberg Théorie de Freud croisé au large d’un océan glacé.

Mon nombril prenait pourtant feu ; satané Freud !

La guerre -peu civile- égocentrique ne sème que des cadavres en chemin.

 

     Moi je m’en balance si je suis trop Fragile (Sting, 1987) pour vivre heureux ; trop taré pour ne pas être mort-né, trop indifférent finalement.

Je ne connais rien aux choses de la vie, je ne ferai jamais le voyage jusqu’en Namibie où le désert est rouge et où les animaux tirent la langue en quête d’eau et de nourriture.

Nul n’est jamais rassasié, ailleurs comme ici.

 

            Je ne sais certes rien de la vie, faute de n’y avoir jamais rien compris.

Sans mode d’emploi livré dès la naissance comment savoir à quoi elle rime, comment ne pas danser d’un pied sur l’autre, riche ou pauvre ?

Cherchez toujours et ne trouver presque jamais rien est un jeu si ridicule que mieux vaut se hâter d’en rire de crainte de n’avoir plus le choix.

Celui -peut-être- de quitter un jour cette chambre…

  

 

Couloir aux quatre vents  (Aux quatre vents)

(© 2017/droits réservés)

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Mais de qui se moque-t-on ?!

Posté par BernartZé le 15 décembre 2016

Pendaison sous la lune

La lune était sereine

  

            C’est à la nuit tombée qu’elle était partie se promener.

 

     Perdue dans ses pensées elle avait pris un chemin puis un autre, une route bordant un bois, une voie et une allée débouchant sur un parc qu’elle avait traversé sans remarquer les quelques attardés osant défier le froid d’un hiver précoce.

 

Pour elle l’heure n’était plus aux bavardages ou aux conciliabules ; elle en avait fini des atermoiements et des doutes.

Son cœur avait perdu la raison, elle l’avait retrouvée.

Depuis que l’hiver avait définitivement pris ses quartiers dans tout son corps elle s’était habituée à ne plus voir que des paysages désolés et figés entre le gris et le noir Norvege.

Aigrie au bord de l’amer son désabusement avait pris le pas sur tous ses autres sentiments.

Se jugeant trop âgée pour jouer les princesses désenchantées La princesse désenchantée elle avait pourtant longtemps continué à attendre que passe minuit dans l’espoir d’un miraculeux revirement ; mais son destin était moqueur.

Jusqu’au matin d’une nuit sans sommeil où elle avait compris qu’il fallait faire le deuil de ses espoirs et de ses rêves.

Elle se mit à compter les jours.

 

     Un médecin qu’elle vit une seule fois la diagnostiqua « maniaco-dépressive repliée dans un mode de vie autarcique » ; elle le paya et le remercia.

Elle poursuivit sa quête, ne cessant de ressasser le passé.

Qu’y avait-il à regretter de la vie, de celle qu’elle avait connue, de ce qu’elle avait vécu ?

Peu, pas grand-chose, quelques rencontres ; beaucoup de souvenirs avaient mal vieilli.

Ils tournaient dans sa tête créant une sensation permanente de vertige Vertigo.

Plus d’une fois elle avait chuté, au sens propre comme au sens figuré.

Cela lui avait même valu une attente de cinq heures aux urgences hospitalières où on l’avait conduite suite à une petite syncope dans un couloir de métro.

On lui avait conseillé de prendre mieux soin d’elle-même.

Comme si tout pouvait se soigner !

Elle s’était confortée dans l’idée qu’elle était incurable, désespérément perdue, éperdument malheureuse.

 

     Ce soir de novembre son cœur ne balançait plus.

Elle marcha un peu au hasard mais bien décidée à mettre un terme à ses tourments.

Le clair de lune jeta son projecteur sur un cimetière qu’elle avait failli ne pas voir.

C’eut été dommage de manquer un tel lieu en une telle occasion !

Déterminée elle entra, fit le tour du propriétaire et ne mit pas longtemps à repérer son arbre.

Elle sortit la corde préparée de son sac-à-dos et la noua à la plus belle branche.

Le vent était léger elle est montée.

 

            Patatras ! La branche a cédé.

 

 

Nœud - Copie  Raté !

(© 2016/droits réservés)

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Sentiment tu (?)

Posté par BernartZé le 10 octobre 2016

Non amour de vacances

Une histoire d’autrefois

  

            Ce ne fut pas un amour de vacances ; encore moins une intrigue rose bonbon.

 

     Nous ne nous sommes pas rencontrés sur la plage mais un mercredi de novembre Nuit de novembre froid et humide ; le crachin du soir ne pouvait que nous forcer à nous précipiter dans un café en quête d’un peu de réconfort.

Tu avais semble-t-il éprouvé ce besoin avant moi.

C’est ainsi qu’en entrant j’ai tout d’abord aperçu ta nuque Nuque ; l’effet de perspective donnait à penser que tu conversais avec une plante verte du décor !

Intrigué j’ai fait le tour de la salle pour m’asseoir non loin et avoir tout loisir de t’observer discrètement de trois-quarts.

Fumant nerveusement d’une main tu griffonnais de l’autre entre deux gorgées de café.

Le monde autour de toi ne paraissait pas exister tant tu étais plongée dans tes pensées.

Pâle malgré une pointe de rouge-à-lévres carmin qui soulignait ta blancheur, ta tristesse contenue me peina.

Bizarrement j’ai soudain repensé à une musique lancinante To kill a dead man - Portishead (1994) que j’écoutais alors et qui m’hypnotisait.

Au fur et à mesure que je te regardais, je m’avouais une certaine attirance ; un mélange confus dû à l’expression de ton visage qui m’intriguait et à ma propre imagination galopante qui me projeta subitement une vue d’hôpital Pâle figure d'hôpital.

Je me suis plus tard longtemps demandé si cette image fugace avait été prémonitoire.

J’étais troublé.

 

     Ce soir-là dans ce café où le hasard m’avait conduit j’ai fait une chose que je n’ai faite qu’une fois dans ma vie et dont je ne me croyais pas même capable : lorsqu’au bout d’un très long moment ta tête s’est redressée nos regards se sont croisés et je me suis spontanément levé ; à ma grande surprise je me suis vu marcher jusqu’à ta table te demandant si je pouvais m’asseoir un bref instant.

Évidemment surprise tu esquissas un mouvement de recul et un léger sourire pour savoir la raison d’une telle question.

Aucune tentative de séduction de ma part (j’en ignorais tous les ressorts), j’étais si intrigué et fasciné par ton visage que je n’avais pu retenir mon élan.

L’idée apparemment t’intrigua aussi, assez pour acquiescer.

Contre toute attente, de l’un et l’autre, quatre heures plus tard nous discutions encore.

Je crois que ceci fut le début d’une merveilleuse amitié.

As time goes by…

 

     Nous nous sommes beaucoup revus par la suite et durant des années.

Ta tête pencha souvent La tête penchée et je fis mon possible pour t’écouter et te soutenir.

Jusqu’au jour où je t’ai retrouvée « pâle comme un linge » dans un lit tout blanc d’hôpital suite à un malencontreux mélange d’alcool et d’anxiolytiques.

Suivirent de douloureux mois et de multiples étapes dans ta convalescence (…)

Tu grandis, tête de plus en plus droite Croquis de Marie Meesters, et tu pris ton envol.

Le Téléphone ancien ne sonna plus jamais.

 

            Certains parleraient d’un amour platonique ; je ne sais…

 

 

Rouge à lèvres

(© 2016/droits réservés)

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Contes et légendes

Posté par BernartZé le 28 septembre 2016

Bague avec filin d'acier

Mauvaises ondes

(heurts de ménage)

  

            Jean rencontra Sabine.

Ils se marièrent.

 

     Elle était belle et fière le soir de leurs noces ; vibrante libre amoureuse Anna LaCazio (2).

Lui mi timide mi fanfaron Peter Kingsberry dissimulait mal son sentiment tant il était heureux.

Ils se firent la promesse de ne jamais se mentir.

Leur voyage de noces aux confins du désert mexicain les brûla légèrement The biggest fool of all - Cock Robin (1987).

 

     Installés dans un deux pièces du sud-ouest ils vécurent d’amour d’eau fraîche et de petits boulots.

Un Cactus saguaro géant se mit à pousser dans la cuisine entre le réfrigérateur et le Four à micro-ondes.

Ils n’y prirent pas vraiment garde préférant éviter les épineux problèmes de la vie de couple auxquels ils n’échappèrent pourtant pas davantage que les autres.

Des petits riens des agacements des quiproquos et des malentendus qui font mauvais ménage avec le quotidien et sont le plus souvent incontournables.

Vint l’heure des non-dits et des légers mensonges sous forme d’arrangements avec la vérité.

Des silences soutenus instaurèrent une distance qu’ils ne purent rapidement plus nier.

Et puis, alors que le torchon brûlait, c’est le micro-ondes qui prit feu Les ondes incandescentes après une série d’étincelles.

 

     L’obsolescence programmée a-t-elle cours pour les couples comme pour les objets ?

Porterions-nous caché derrière une oreillette du cœur un code-barres L'obsolescence annoncée annonçant malgré nous la fin de nos amours ?

L’idée seule fait frémir alors que dans les faits peu d’amours s’achèvent sereinement dans la joie et la bonne humeur (!)

 

            C’est lorsque deux continents s’éloignent qu’apparaissent leurs dérives.

 

 

Worlds apart - Cock Robin (First love, last rites - 1989)

(© 2016/droits réservés)

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Des silences effacés

Posté par BernartZé le 19 septembre 2016

Esquisse F.H. (Comment te dire adieu, 1968)

Pour toute réponse

  

            Je la savais capable de tout.

De tout quitter sur un coup de tête ; elle est partie ailleurs.

 

     Un soir elle m’a dit « J’suis pas bien » ; elle ne parlait jamais ainsi, c’est dire comme elle devait aller mal.

Il a fait particulièrement froid ce soir-là dans sa tête.

J’aimerais pouvoir lui présenter mes excuses pour n’avoir pas compris son mal-être.

 

     Elle avait fini par s’ennuyer ; je crois même que ce sentiment l’avait de tous temps envahie au point de devoir toujours lutter contre ce qu’il pouvait entraîner de malheurs.

Son BoVaRysme était inné ; son insatisfaction existentielle l’avait cueillie au berceau.

Elle avait grandi sans même savoir son inclination à la désillusion.

Je me souviens qu’elle aimait beaucoup cette aquarelle Fillette au chapeau bleu et noir - Marie Laurencin (1913 -14) dont l’attente muette lui ressemblait peut-être.

Je l’avais même surprise une fois s’abîmant dans la contemplation d’une petite reproduction qu’elle ne cachait plus, l’installant en bonne place sur sa table de nuit.

Elle n’eut pas à répondre à la question que je n’avais pas osé lui poser.

 

     Un matin où je m’étais levé après elle j’ai trouvé son trousseau de clefs Le trousseau de clefs rouillées d'après Line Chamaux sur la table du salon ; j’ai pensé à un oubli.

Elle n’est jamais rentrée n’éprouvant certainement plus le désir de le faire.

Ses clefs abandonnées n’avaient plus de sens pour elle, de même que toutes les affaires qu’elle avait laissées dans les placards et les tiroirs.

Je n’ai jamais su où et peut-être vers qui l’avait conduit son exil.

Des amis bien intentionnés m’avaient dit l’avoir vue en bonne compagnie ; d’autres l’avaient croisée lors d’un week-end à Londres ; quelqu’un l’avait vue de ses yeux vue au bord du Gange en train de faire ses ablutions du matin.

Mais pourquoi tous ces gens voulaient-ils à tout prix faire d’une histoire simple une légende ?

Pensaient-ils ainsi me consoler et répondre à mes interrogations ?

De mon côté j’ai préféré l’imaginer toujours diaphane évanescente dans un paysage à moitié effacé Crépuscule après l’orage (aquarelle de Jacques Albert) tout en me contentant de son silence pour toute réponse.

 

            Un sentiment demeure teinté d’une once d’amertume.

  

 

Ailleurs

(© 2016/droits réservés)

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Une histoire de village

Posté par BernartZé le 5 août 2016

Topaze (tête de gendarme !)

Le gendarme et le petit mitron

  

            L’un n’était pas plus militaire que l’autre apprenti boulanger.

 

     Leurs comportements respectifs prêtant à confusion il y avait de quoi s’interroger sur leurs identités.

Voisins, ils se donnaient des airs comme pour mieux se défier du regard alors qu’ils ne s’adressaient jamais la parole.

L’aîné -de toute évidence le plus âgé- arborait une mine sévère et se baladait le dimanche à travers le village avec un splendide képi de colonel Képi colonel de gendarmerie dont il était particulièrement fier ; personne n’osait plus le verbaliser pour ce port abusif d’un élément d’uniforme.

Son voisin, pour le toiser peut-être, avait essayé de trouver une toque digne de sa lubie Toque de boulanger ; faute de commerce de boulange encore en activité dans le village, il avait dû…monter sur un toit pour en redescendre autrement coiffé Mitron - sortie de cheminée (après nettoyage).

Sa tête penchait un peu sous le poids mais il était ravi.

 

     Le village Village de T., bien plus de pierres que d’habitants, s’amusait de ce concours de frappadingues.

Durant la semaine les paris étaient ouverts : au lieu de perdre leur argent aux courses, les quarante-six autres administrés se réunissaient à la mairie pour miser sur le bon cheval, à savoir celui qui aurait l’air le plus stupide au sortir de la messe ; nul ne pénétrait couvert dans l’église.

Les critères étant aussi nombreux que subjectifs ils ne tombaient jamais d’accord.

Le but du jeu était de faire partie de la majorité (relative) pour espérer partager les gains : dix francs (nouveaux) misés par personne sauf pour les cinq ou six qui venaient là au spectacle dans l’unique but de se distraire.

Les semaines fastes les gagnants pouvaient rêver remporter cinq francs en plus du remboursement de leur mise.

Pas de quoi déménager (nul n’en avait envie) ; ces deux-là le faisaient tellement bien pour eux tous !

 

     Personne ne se souvenait quand et comment ce jeu de barjots avait commencé entre eux deux.

Sûrement plusieurs décennies mais moins d’un demi-siècle vu l’âge du cadet.

Quelle idée aussi de venir habiter tout à côté…dans la maison mitoyenne qui plus est !

Des rumeurs avaient couru ; on avait dit qu’il était revenu de Chine avec des images de guerre plein la tête bien éloignées de ses rêves calmes et tranquilles originels Chine, 2014.

Sa mère était paraît-il morte en son absence d’une mystérieuse et foudroyante maladie ; il n’en fallait pas davantage pour inventer une légende au cœur du village.

A peu près à la même époque son futur voisin avait commencé à jouer les gendarmes n’hésitant pas à user du Sifflet pour asseoir son autorité afin de faire régner l’ordre dans la bourgade qui lui semblait aller à vau-l’eau.

Il avait rapidement choisi son couvre-chef dans le but d’être pris au sérieux.

Peine perdue, tous riaient sous cape sans s’inquiéter de sa folie légèrement galopante.

Quand le Chinois avait emménagé, son sifflet s’était fait entendre de manière plus stridente et répétée, devenant ainsi son seul mode d’expression.

Il avait toujours l’air furax, comme un coucou hystérique voulant constamment s’échapper de l’horloge Coucou !.

Et lorsqu’il croisait son voisin sa colère semblait redoubler.

 

     Le jour où celui-ci fit une chute mortelle d’un toit après avoir voulu changer de chapeau il n’émit plus un son se renfrogna et ne sortit plus de chez lui.

 

            C’est après l’enterrement que l’on sut qu’il venait de perdre son fils.

 

 

Chat noir, chat blanc

(© 2016/droits réservés)

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Envers et contre (tout)

Posté par BernartZé le 21 juillet 2016

Me (by Colin Vearncombe)

Le sourire et la grimace

 

             Sur son visage la tristesse, dans son regard le désespoir.

 

     Épuisé de mourir à petit feu, d’un feu qui le ravageait quotidiennement le plus souvent avec violence, Sypheis avait plus d’une fois envisagé le pire.

 Mais il avait vite réalisé que, le vivant déjà, il ne pouvait pas craindre un sort plus funeste.

Alors sans se plaindre il avait enduré cette épreuve qui avait fini par emplir toute son existence.

Il avait engagé le combat absurde qu’une force supérieure semblait avoir choisi de lui imposer, par provocation par jeu ou par défi peut-être.

A lui d’apprendre l’endurance, à lui de serrer les dents et les poings et de refuser le rôle de victime désignée.

Il ne se livrerait pas.

 

     Il lui était impossible de se souvenir de l’instant où sa vie avait basculé ; sans doute avait-elle plutôt glissé progressivement alors qu’il n’en prenait pas véritablement conscience les premières années.

La lutte lui paraissait alors « normale », imaginant que chacun vivait ainsi sans pour autant en faire étalage.

Il mettait un point d’honneur à se montrer aimable, quitte à arborer un sourire de façade.

Les « discussions entre collègues » de bureau lui enseignèrent que beaucoup étaient satisfaits de la vie qu’ils menaient, partagés entre le travail qui les épanouissait et une harmonie familiale qui les rendait globalement heureux.

Se satisfaire d’une existence globalement heureuse ne lui faisait pas envie.

Il avait eu des rêves de grandeur pleins de prétention et des espoirs aussi extravagants que déraisonnables.

Il avait eu vingt ans, puis trente ; des amis bien intentionnés lui conseillèrent d’aller consulter Psy assis couché ou debout ne serait-ce que pour tenter de reprendre la maîtrise d’un esprit qui leur semblait vaciller un peu.

Il n’en fit rien mais c’est alors qu’il commença sérieusement à s’interroger sur son quotidien et les raisons pour lesquelles il avait de plus en plus de mal à vivre.

Les questions existentielles défilèrent une à une, puis vint l’heure de reconnaître l’évidence de son dysfonctionnement chronique qui le poussait souvent à agir contre son intérêt.

Le ver était dans le fruit ; le compte-à-rebours était lancé.

 

     Au fil des ans le piège se referma sur lui ; de plus en plus pris dans un engrenage dont il ne pouvait échapper il se durcit dans l’épreuve en espérant continuer à faire illusion.

Quand son physique commença à donner des signes réguliers de fatigue, son mental, déjà bien éprouvé, apprit à repousser ses limites.

Quand vint la maladie, il n’était plus l’heure de nier que son corps commençait véritablement à ne plus en pouvoir.

Les problèmes de santé se succédèrent à un rythme éprouvant jusqu’à le rendre exsangue.

Jetant un regard à son miroir il vit qu’il n’était plus capable de sourire tant la douleur s’était emparée de son corps en de multiples endroits.

C’est à force de croiser dans la rue des inconnus qui le regardaient avec un air compatissant que, retournant au miroir, il vit qu’une grimace avait remplacé toute esquisse de sourire Grimace (Franz-Xaver Messerschmidt).

Il avait l’air d’autant plus pathétique qu’il croyait passer inaperçu.

 

            Sypheis ne cessa jamais, chaque jour, d’être surpris de ne pas avoir encore lâché prise en découvrant que ses limites étaient presque sans fin, lui permettant d’endurer plus que ce qu’il pensait pouvoir supporter.

Ne croyant pas davantage à une malédiction qu’à une punition divine, il n’essaya plus de comprendre pourquoi sa vie avait ainsi dérapé au point de lui en faire perdre le contrôle.

 

     Il n’a plus jamais réussi à sourire.

 

 

Around midnight (by Colin Vearncombe)  Passé minuit des algues semblaient lui pousser sur la tête…

(Merci à C.V. R.I.P pour sa contribution artistique)

(© 2016/droits réservés)

Publié dans Un peu de lecture inédite | 4 Commentaires »

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