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En absurdie

Posté par BernartZé le 1 juin 2015

Détail

Un détail qui change tout

  

            Elle n’avait pas dix-huit printemps lorsque la mort la surprit par mégarde.

 

     Intoxiquée dès l’enfance par une mère maniaco-dépressive (souffrant d’un « trouble bipolaire » dirait-on aujourd’hui), elle avait toujours rêvé de mourir amoureuse.

Encore fallait-il trouver l’élu de son cœur et de ses futurs tourments.

Pas de chance pour elle lors de son entrée à l’école primaire : en 1955 les classes n’étaient pas encore mixtes et elle ne vit pas la queue d’un chat !

Elle aimait bien ses camarades mais pas de quoi se retourner dans son lit au beau milieu de la nuit.

La pension -bien que morne- ne lui déplaisait pas mais les longues heures passées sur les bancs de l’école lui semblaient longues, très longues, fort longues.

Lorsqu’elle vit Cendrillon (1950) pour la première fois (aux vacances de Noël) son cœur fit des bonds avant de chavirer.

Elle ne se mit pas à rêver de bal de robes de chaussures de « Pantoufles » en cristal, création de Dartington Crystal Ltd (1988) inv. ou de petit écureuil Écureuil petit-gris (vair de gris), mais elle commença simplement à attendre le Prince Charmant.

Elle dut patienter jusqu’au milieu des années 60’S et son entrée en terminale dans un lycée mixte.

 

     C’était le 19 septembre (de mémoire un lundi) ; assise au premier rang (un peu miro ''Miro'' la demoiselle) elle s’était retournée.

Et vers le fond à gauche à l’avant-dernière table elle l’avait subitement vu.

Pour la toute première fois elle avait ressenti un tressaillement inconnu ; un frisson, une sorte de trac qui lui rappela sa peur inconsidérée quand elle avait brûlé les planches du théâtre municipal à l’occasion d’un spectacle de fin d’année lorsqu’elle avait tout juste sept ans ; une petite pièce enfantine intitulée « La maison aux quatre vents » Maison aux 4 vents dans laquelle elle incarnait l’ouest.

Pas de porte dans cette drôle de maison située dans une rue où ça soufflait dru ; elle avait eu du mal à ne pas trembler.

Et voilà qu’un violent désir…de tout connaître de lui l’avait prise de cours en ce nouveau jour de rentrée scolaire…

 

     Impossible de savoir de comprendre ou de faire le tri dans ses sentiments ; cette attraction irrépressible la bouleversa tellement qu’il lui fallut trois semaines avant d’oser croiser son regard ; de biais.

Ses jambes tremblaient encore quand il lui demanda un jour une explication sur un problème de maths ; pourquoi elle, pourquoi pas ?

Heureusement elle put lui répondre ; il sourit en la remerciant ; ses jambes flageolèrent une dernière fois et elle se traita de tous les noms les plus dénigrants.

Cinq jours plus tard elle tombait à la renverse, dans ses bras.

A quoi tient un destin ?

Parfois à l’explication d’un axiome ou d’un simple théorème Configuration possible du théorème de Thalès.

Et c’est une relation bien plus passionnante que celle de Chasles qui s’ensuivit.

 

     En quatre mois exactement elle vécut le paradis ; l’enfer aussi quand il partait seul sur sa Moto Honda-CB72 et qu’elle ne pouvait s’empêcher de se sentir abandonnée.

Elle finit par le convaincre de l’emmener en voyage un jeudi (du temps où la semaine des quatre jeudis signifiait quelque chose).

Au petit matin du 19 janvier (1967) il faisait très froid et la moto glissa sur une plaque de Plaque de verglas ; pas de chance !

Il s’en releva avec une paire de Paire de béquilles très seyante ; ni la moto ni elle n’en réchappèrent, toutes deux restées couchées de tout leur long.

Étalée, tout est allé pour elle logiquement, passant de vie à trépas.

Très dommage pour quelqu’un mort si jeune, moins pour elle qui est morte amoureuse ; vœu exaucé.

 

            Sa tombe a été joliment fleurie ; mais sans ce matin-là, rêveuse et obstinée aurait-elle supporté de continuer à vivre au risque de n’être un jour plus amoureuse ?…

 

 

Cendrillon 1862 - Gustave Doré 

(© 2015/droits réservés)

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Œuvre de jeunesse revisitée (2015)

Posté par BernartZé le 14 mai 2015

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La féline

  

                En arrêt, immobile, elle observe silencieuse

                Le crépuscule d’un jour qui expire sous ses yeux,

                L’astre nocturne chasse le soleil paresseux

                Et la nuit la surprend, l’enveloppe mystérieuse.

 

                Enfin elle se sent libre dans le noir clair obscur

                Dans l’océan lunaire elle s’en va replonger

                La bête de velours prête à tout pour nager

                Jusqu’au bout de la nuit pour flirter l’aventure.

 

                Si souple et sensuelle elle se glisse furtivement

                Dangereuse et sauvage s’apprêtant à bondir,

                Le souffle suspendu elle-seule peut ressentir

                La force du destin qui la presse fatalement.

 

                Stoppée dans son élan, tous ses sens en éveil

                Envoutante pour séduire et braver l’ennemi,

                Le regard plus perçant endort à l’infini

                La proie hypnotisée qu’elle condamne au sommeil.

 

                A l’aube d’un nouveau jour si lasse et rassasiée

                Elle abandonne futile les restes du charnier,

                Suprême indifférence de celle dont le gibier

                Ne pourra apaiser la soif inaltérée.

 

 

Cendres de crépuscule, Stéphane Bernhardt (1988)  Panthère by night       

(© Stéphane Bernhardt et La Pensée Universelle, 1988)

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Le temps qui court…

Posté par BernartZé le 2 mai 2015

Caresse

Mariée

 

             J’étais jeune et heureuse le jour de notre union.

Je le suis toujours ou presque.

 

     Nous nous sommes mariés en grande pompe par grand vent mais sous un chaud soleil ; ma robe s’est envolée et tout le monde a ri.

Tous étaient là à l’église, certains ne purent entrer à la mairie.

La fête fut réussie.

Dix jours après, des cadeaux nous parvenaient encore.

 

     Notre voyage de noces (en Crète ; peu original mais charmant) de trois semaines nécessita autant de temps au retour pour adapter notre vie d’époux au quotidien.

« Époux » ! Rien que le mot nous faisait rire.

La reprise du travail ne fut pas trop difficile : lui sous les palétuviers Palétuvier et dans son cher jardin botanique, moi dans mes calculs Probabilités toujours plus improbables pleins de lignes et de colonnes, portant le plus souvent sur des données -de moins en moins humaines- relatives aux comportements (en tous genres) de nos compatriotes.

La vie tout simplement…

 

     Nous mirent du temps à devenir parents ; pas doués pas chanceux pas capables de procréer ?

A quarante ans Nouveau né youpi !

Tout le monde nous félicita chaleureusement, un peu trop peut-être (?) ; tellement ravis pour nous ou tellement soulagés de ne plus avoir à dissimuler leurs mines compatissantes, ils avaient tous l’air content de nous accueillir enfin dans leur sein, celui de la famille.

Sans nous forcer, nous avons pu les satisfaire et les rendre heureux pour nous.

Notre enfant (unique) a grandi et un jour est parti faire sa vie.

 

     Lunettes Polnareff Dans la maison vide, les chambres ont longtemps paru grandes avant de retrouver à nos yeux leurs vraies dimensions.

La vie a continué, agrémentée de visites surprises réchauffantes pour le cœur.

Vint l’heure de la retraite, finalement bienvenue.

Nous avons beaucoup voyagé Voyages autour du monde par nous-mêmes, puis fait un bon nombre de Croisières croisières (clés en mains !) ; une ribambelle de cartes postales-clichés Cliché carte postale furent postées dont certaines se perdirent, heureusement.

Et un jour nous avons cessé de parcourir le monde, un peu trop de problèmes de santé ayant fini par nous rappeler à la raison.

 

            Ce matin en caressant inopinément ma joue de la main gauche j’ai ressenti un manque lointain…

 

 

Moulage de la main gauche de Chopin 

(© 2015/droits réservés)

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En droite ligne

Posté par BernartZé le 10 avril 2015

Modern love - Perry Blake (2015)

Au hasard

  

            Une femme dans un train, deux étranges individus aux mines patibulaires Perry Blake & ESB ; modern love.

 

     Une rencontre de fortune qui ne devait mener nulle part les ont menés tous trois vers une destinée commune, le temps d’un voyage.

Attraction électrique indépendante et alternative de leurs épidermes.

 

     Perry Blake & ESB 2…c’était tout à fait ça ; sans calcul sans attente sans promesse ni morale.

Une musique entêtante -d’une provenance inconnue- au rythme syncopé parvenait à leurs oreilles dans leur compartiment.

Ils se connurent durant près de 3000 kilomètres L'Orient Express vers 1930 entre Paris et Istanbul.

Nul ne pourrait témoigner de leurs émois et de ce qu’ils vécurent ensemble durant près d’un jour et demi.

 

            En descendant du train aucun des trois ne se retourna.

  

 

P.B.…photomaton retrouvé dans le compartiment

(© 2015/droits réservés)

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L’aventure inhumaine

Posté par BernartZé le 20 mars 2015

Train

Le train de 17h11

  

            C’est par celui-ci qu’il avait coutume de rentrer ; quarante minutes plus tard il était chez lui.

 

     Mais ce vendredi-là il ne fut pas à l’heure à la maison.

Le train était parti sans lui.

Étant donnée sa légendaire ponctualité Clock, son épouse s’inquiéta, non sans raisons.

Il n’avait pu se rendre à temps à la gare ; une voix en lui l’en avait empêché.

Comme un ordre, une interdiction ou plus exactement un refus d’obstacle.

Voilà c’était ça : impossible d’obéir comme d’habitude aux lois dictées par son emploi du temps.

A force de jouer quotidiennement au parfait petit soldat, il fallait bien que cela se produisît un jour ou l’autre.

Il n’avait pas choisi, ni rien décidé et c’était arrivé la veille du grand week-end pascal.

 

     Ras-le-bol des pétards des nounous et de la gare de Trafalgar (qui ne menait absolument pas à la fameuse place Trafalgar Square londonienne) !

En sortant du bureau, il avait directement tourné à droite, évité le centre-ville et, marchant au hasard, il s’était assis dans un pub dix minutes plus tard.

L’endroit, assez désert, était un peu sinistre. Mais son calme et sa bière lui permirent de réfléchir et de s’évader.

Il était bien loin de ses collègues de travail, de ses enfants et de sa femme toute occupée par ses cupcakes Cupcakes.

Loin aussi des rêves pavillonnaires qu’on avait faits pour lui.

L’appartement downtown lui suffisait amplement.

Faute d’instinct grégaire il n’avait nulle envie de se retrouver parqué dans un lotissement « grand style » sentant bon le jasmin et le thé vert ou earl grey at five o’clock OLYMPUS DIGITAL CAMERA !

Il n’avait pas davantage envie de tondre la pelouse et de veiller à la bonne floraison du coin de verdure que la vie pourrait lui allouer Coin de verdure.

 

     S’il avait su les mener, ses rêves l’auraient porté ailleurs, bien au-delà des mers et du bout du monde.

Pour échapper à la mesquinerie d’un destin tout tracé, il lui aurait fallu soulever des montagnes, vider les océans et marcher sur Rome La marche sur Rome !

Mais telle n’était pas sa nature.

Plus humble et modeste, elle l’avait seulement autorisé à rêvasser sans fin en imaginant -en guise d’ultime refuge- son astéroïde Astéroïde B-612 perdue dans l’univers.

« Ordre et beauté, luxe calme et volupté » et mieux encore : il y ferait toujours chaud.

Il y serait enfin serein et apaisé ; plus jamais inquiet ou angoissé.

Plus de tortures mentales ni de conscience aux abois, il pourrait vivre et respirer pleinement.

Et tranquillement mourir.

A force de (trop) tirer sur la corde…

 

            Trois jours plus tard le lundi de Pâques, tandis que les enfants, suivant la tradition, chassaient les œufs en chocolat dans tout l’appartement, les autorités locales prévinrent sa femme -morte d’inquiétude évidemment- qu’il avait été retrouvé en rase campagne, un brin hagard et déboussolé.

Les médecins de l’hôpital dans lequel il passa trois semaines diagnostiquèrent un burn-out.

 

     Quand on le rendit à sa famille, il retrouva sa « vie »…

 

Burn-out 

(© 2015/droits réservés)

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Pourvu que j’ai rêvé…

Posté par BernartZé le 24 février 2015

Main ensanglantée

Tout ce sang sur mes doigts

            

            Je ne sais plus pourquoi ; sans doute ai-je tué père et mère.

Pour le moins…

 

     Je me suis réveillé ainsi, le lendemain matin d’un jour que j’ai oublié.

Plein de sang -de toute évidence pas le mien- et de stupeur.

Hébété abattu effaré, j’étais groggy.

Recroquevillé dans un coin de mon lit, je suis resté assis des heures sans bouger.

J’ai fini forcément par tendre l’oreille pour écouter les bruits de la maison ; outre le craquement naturel des boiseries, rien ni âme qui vive.

Il m’a fallu beaucoup de courage et de temps pour trouver la force de descendre, la peur au ventre.

 

     N’ayant pas d’autre choix que d’explorer les pièces une à une, j’ai marché lentement en me tenant les côtes et en craignant le pire.

Partout, sur tous les murs, j’ai cru voir des zébrures rouges Des zébrures rouges en guise de tapisserie et des fumées  Fumée rougesemblaient monter aux plafonds de certaines chambres.

Des bulles Bulles rouges aussi flottaient dans l’air, apparemment inoffensives, mais pour moi inquiétantes.

Continuant à redouter de tomber sur une scène macabre, j’ai poursuivi mon exploration qui m’a mené de pièce en pièce, revisitant même la cuisine et les salles de bain.

Rouge la cuisine OLYMPUS DIGITAL CAMERA, rouges les salles de bain Salle de bain rouge  Rouge !!

Mais pas la moindre trace de sang ni le moindre cadavre.

 

            Comme j'ai mal ! (2) Point d'exclamation Tordu d’angoisse, j’ai fini par regagner ma chambre me laver les mains me changer et me recoucher.

Sans nul doute je me réveillerai demain…

 

  

http://www.dreamstime.com/stock-photo-halloween-nightmare-world-background-image21484930 

(© 2015/droits réservés)

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Un peu de lecture inédite…

Posté par BernartZé le 14 juillet 2013

Un peu de lecture inédite… dans Un peu de lecture inédite canoe-rose-bis1

Tout sur le fameux canoë…

           

            A l’origine plus petit, il était destiné à accueillir une seule personne, aucun passager n’étant supposé accompagner le rameur.

Certaines rumeurs, évidemment non autorisées, l’ont prétendu bleu canoe-rose-blue-version-bis dans Un peu de lecture inédite ; d’autres, d’un coloris nettement plus vaseux canoe-rose-version-etang-vaseux-bis.

Qu’importent les approximations, reste les faits…

 

     Deux pieds légers le-pied-leger-et.la-semelle-fluo-r.f.-wimbledon-2013-bis1-150x97, un canoë canoe-bis, une flamme penchée flamme-penchee-150x150 et une fuite discrète.

Rien de plus pour débuter une histoire entrée dans la légende.

Le canoë aurait pu être en feuilles de vigne canoe-en-feuille-de-vigne-bis-150x98 semblable à une flamme de bougie, la belle la-belle-au-parapluie-bis1 aurait pu ne pas avoir le pied marin ou porter une bouée plutôt qu’un parapluie ; ben non !

L’histoire réelle est loin d’être aussi romanesque.

 

     En vrai, avant de passer à la postérité cette aventure commença de façon très banale.

Un homme, une femme, pas de chabadabada (bien heureusement) ; un amour ordinaire en somme, pas destiné à faire la une des médias.

L’homme en question n’avait rien du héros romantique van-black-by-colin-vearncombe-150x150, pas plus que la femme de la parfaite ingenue-bis ; point de stéréotypes ici-bas.

Si l’un semblait faire grise mise, l’autre ne ressemblait guère à toujours-parfaitement-coiffee-150x150 une gravure de mode impeccablement laquée. Encore moins à poupee-inamovible-entierement-siliconee-150x150 ce style de poupée inamovible entièrement siliconée aux yeux perlés.

Avouons-le également, cela ne s’est pas déroulé à Marienbad, l’année dernière, dans un décor de cinéma decor1-150x150, en présence de delphine-seyrig-in-marienbad-bis1.

 

     C’est plutôt le récit d’un enlèvement lenlevement-des-sabines-nicolas-poussin-1634-bis-150x99 comme on n’en faisait plus depuis très très longtemps.

Peu de détails sont parvenus jusqu’à nous : même si sous l’effet de la lune, la mer paraissait incroyablement argentée mer-nocturne-argentee-bis1, la crique était sombre et l’endroit désert au point de ne pas receler le moindre couple de cormorans.

Tout se passa très vite.

L’embarcation frêle mais robuste permit aux deux échappés de se faire la belle prestement, sans éveiller les soupçons de quiconque ; surtout pas ceux des parents de la jeune fille mineure.

Ensuite ?

Rien !

Malgré l’inquiétude grandissante, le fil des jours suivants ne leur apporta aucun réconfort et pas la plus petite information rassurante.

Ils avaient alerté la police, puis lancé un détective privé sur la piste de leur fille adorée ; en vain, point de trace, pas de mot d’adieu laissé.

Elle avait disparu, sans la moindre explication.

 

     C’est seulement trois années plus tard que naquirent les premières rumeurs sous la forme de nouvelles venues de si loin que nul n’aurait pu en déterminer l’origine.

On parla des antipodes, quelque part dans l’Océanie, mais aussi d’un pays plus proche et d’un territoire nettement plus petit.

Rapidement fut rappelée la grande différence d’âge (trente-trois ans), ce qui autorisa les mauvaises langues à faire toutes sortes de commentaires inutiles et bêtement méchants.

Et surtout, on glosa tant et plus sur le « pourquoi du comment » d’un tel événement.

On se perdit en conjectures, essayant de deviner, voire de comprendre, ce qui avait pu sceller la rencontre de deux êtres que rien ne prédestinait à s’entendre.

On ne comprit finalement pas, jamais…

 

            Sans doute n’y avait-il rien à comprendre.

Guère plus important fut de savoir l’exacte couleur du fameux canoë à deux places qui flotterait comme ça pour personne

 

 

tout-betement-rose-bis1 nouvellezelande-150x150

(© 2013/droits réservés)

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Un peu de lecture inédite…

Posté par BernartZé le 11 avril 2013

Un peu de lecture inédite… dans Un peu de lecture inédite maquereau-bis2

Addiction

           

            Il était une fois un jeune étudiant accro aux filets-de-maquereaux-au-vin-blanc-et-aux-aromates-150x150 dans Un peu de lecture inédite filets de maquereaux au vin blanc ; exclusivement.

 

     Après s’être essayé à des variantes du genre marinade citron olive filets-de-maquereaux-marinade-citron-olive-bis1-150x90, ou sauce tomate basilic filets-de-maquereaux-sauce-tomate-basilic-bis1, il était allé jusqu’à se risquer à goûter d’improbables créations culinaires à la crème d’épinards filets-de-maquereaux-a-la-creme-depinards-150x150, voire au tartare d’algues (!) filets-de-maquereaux-a-lhuile-dolive-et-au-tartare-dalgues-150x150, quitte à mettre ses papilles en péril.

Il en était revenu et avait sagement décidé de restreindre son champ d’investigations aux filets-de-maquereaux-au-vin-blanc-et-aux-aromates-phare-deckmhl1-150x150.

Toutes les marques -à tous prix- avaient été passées en revue.

Au final…plus d’argent dans les caisses !

Adieu, donc, aux étiquettes dites de prestige et bienvenue aux « dégriffées » comme il avait coutume de les appeler.

Aujourd’hui, on parlerait communément de produits discount, plus ou moins hard, tels que cherchez-la-marque-bis1prix-gagnant-bis-150x78l.p.-bis1filets-de-maquereaux-carrefour-discount-bis1; esthétiquement excitants non ?!

Beaucoup de blanc, un peu de bleu et plein de place laissée libre pour en imaginer le goût…

 

     Au bout du compte, il dut s’avouer qu’il  ne faisait plus tellement la différence entre toutes les déclinaisons d’une même recette.

Filets de maquereaux + vin blanc + aromates ; à force de mariner, son palais ne se sentait plus de devoir choisir.

Tous ex-aequo, vive le maquereau !

 

     « Thriller dealer night » apprit vite où se ravitailler à moindre coût.

Un marché parallèle de conserves lui devint rapidement familier.

Ses études ?

Elles virèrent de bord, quand il les botta en touche, préférant partir en pêche.

Obnubilé par cette seule quête, il ne fréquenta ni Les Halles, ni plus tard le marché de Rungis, mais su trouver où se fournir nuitamment (!), en toute discrétion.

Toujours sur le qui-vive, il parcourait les rues en longeant les murs, allant d’un lieu de deal à un autre en se faisant remarquer le moins possible.

La prudence était sa loi, refusant par exemple de recourir aux conserves accidentellement tombées d’un camion.

Très peu pour lui ; d’autant qu’il prenait toujours soin de veiller à la « traçabilité » (terme alors inconnu) des produits proposés par ses fournisseurs.

Un petit cercle non pas d’amis mais de connaissances sûres, ce qui lui permettait de gagner du temps.

Les transactions se menaient à bon train et en confiance ; une confiance relative pour ce genre de marché parallèle.

 

     A son domicile, sa réserve était toujours sous surveillance, sa cave lui tenant lieu de coffre-fort.

Point de millésimes ; mais quelques grandes marques négociées à des prix raisonnables lui permettaient les soirs de fête de se sortir de l’ordinaire des « dégriffées ».

Il s’échappait alors…

 

     Vint le temps, le jour, l’envie où il éprouva le besoin d’enregistrer un disque-vinyle-150x150 tout à la gloire de sa marinade préférée.

Ça commençait ainsi :

            « Maquereau mon amour

               Tu ne sais pas combien je cours

               En tous sens tous les jours

               Pour ne pas être pris de court. » […]

 

Des paroles pleines d’émotion ; musicalement il se cherchait encore, faute de savoir composer et de relations dans ce domaine artistique.

Quand bien même !

Il se risqua à graver son sillon.

 

     « Thriller dealer night » était un drôle de zèbre ne connaissant rien à la zique.

Outre ses incompétences, sa voix n’était pas très assurée.

Son désir était plus fort que tout et graver un disque ne coûtait pas tellement cher en ce temps-là ; un temps où le formatage musical n’avait pas encore envahi le marché ni les ondes radio.

Ne songeant de toutes façons pas à commercialiser cet unique opus, il se contenta de l’écouter une ou deux fois et de le ranger dans un coin de son cerveau.

 

     Profitant d’un soir où il se sentait encore plus argenté, il eut l’idée de pousser plus avant sa quête de connaissance en s’aventurant dans un restaurant restaurant-japonais-150x150 japonais, espérant y trouver du poisson, du poisson, du poisson, du cru comme du mariné à
titre de comparaison.

Il trouva bien de la dorade et…de la daurade (royale), du thon rouge, du chinchard, du saumon, même de l’anguille mais point de maquereau à se mettre sous la langue.

Il ressortit déçu…tout en ayant découvert un nouvel univers gustatif.

Un déclic se produisit lorsqu’il se mit à penser que le maquereau n’était sans doute pas le plus fin des poissons.

 

     Tout d’abord, le chinchard chinchard-bis1 et l’anguille anguille-bis lui apprirent que…nom d’une fée Carabosse !, il avait certainement perdu beaucoup de temps avec ses marinades en boîtes.

Mais surtout, sa découverte du thon thon-rouge-gras-en-sashimi-bis rouge le bouleversa totalement ; au point d’admettre que cette saveur, cette chair, ce parfum, cette succulence, cette mise en bouche, cette délicate attention, cette subtile approche, était en tous points ravissante.

Son estomac, son p’tit cœur, son cerveau et son âme firent des bonds tout de go et de concert ; tout transporté il se trouva…dans une autre galaxie.

Il en revint, faute de moyens et d’autre perspective.

 

     « Thriller dealer night » avait bon nombre de qualités et un gros défaut.

Il savait très bien comment se perdre.

Tous les jours, toutes les nuits, il continua à se shooter avec ses filets ; il ouvrait les conserves « à anneau » ouverture-totale-a-anneau-150x150 comme personne, d’une seule main, la paume appuyant le travail de trois doigts.

De plus en plus accro, de plus en plus drogué et dépendant, il vivait dans son monde dont il ne sortait plus que pour se ravitailler, généralement de nuit.

Cela dura des mois et des siècles mais en définitive moins d’une année, certes intensive.

 

     La musique et la chanson auxquelles il s’était essayé vinrent lui prouver qu’elles ne lui en tenaient pas rigueur ; vraiment pas.

Au point -un beau jour, une nuit…- de le blesser avant de le sortir brutalement de son addiction.

Un soir de fièvre et de grand vent dans la tête, alors qu’il s’agitait en tous sens sur un morceau cargo-de-nuit-axel-bauer-1983-150x150 qui le faisait de plus en plus décoller à chaque écoute, il ouvrit une conserve un peu trop vivement et se coupa.

Franchement improbable de réussir cette coupure au miroir Thriller dealer night !

Et pourtant il parvint à se fendre le dessous de la lèvre inférieure d’un geste on-ne-peut-plus-maladroit.

L’histoire ne dit pas comment elle put rencontrer un « couvercle » de conserve…dans sa course aérienne ?!

Au lieu de se fâcher, il se fit prendre en photo (argentique) par un ami -qui passait par là- et décida de ne plus jamais ouvrir de boites de conserves à anneau.

Une lubie comme une autre, une décision arbitraire et définitive !

 

            Nul besoin de faire appel à Freud, Jung, Lacan et confrères pour reconnaître que cette pseudo guérison, suite à ce changement à vue ne pouvait raisonnablement pas être pris au sérieux.

Il s’y tint cependant.

Bien dommage qu’il ait refusé de s’expliquer davantage par la suite ; nul besoin selon lui de se justifier.

 

     C’est ainsi que, tout à sa nouvelle vie, le bon breton qu’il n’avait jamais cessé d’être su taire sa passion grandissante
pour le kouign-amann ; mais c’est une autre histoire…

 

maquereau-2-bis2

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(© 2013/droits réservés)

 

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Un peu de lecture inédite…

Posté par BernartZé le 24 octobre 2012

Un peu de lecture inédite… dans Un peu de lecture inédite f.s.-150x150

Ras le bol des pétards !

           

            Dans les années 70’s, au siècle dernier, ce gamin de cinq ans inventa l’air guitar…avant l’heure.

 

     Ça vint de là, de la rue, au beau milieu d’une voie sans issue où des enfants du voisinage se retrouvaient après l’école,
au lieu de vite rentrer faire leurs devoirs à la maison.

 

     Certes, quelques années plus tôt à Woodstock, Joe Cocker avait gratifié le public de ses simagrées et autres crampes musculaires en gesticulant sur la reprise du morceau des Beatles « With a little help from my friends ».

Ce n’était qu’une ébauche, un premier jet, une façon de se mouvoir pour lutter contre la fatigue accumulée et l’effet prégnant de quelques psychotropes qui n’avaient plus rien de stupéfiant pour quiconque depuis belle lurette !

D’où l’aspect un brin pathétique de ces contorsions qui ne valent…que le respect d’une foule tout aussi fatiguée et usée par des heures interminables de veille.

Ce qui n’est rien – pour ne pas dire pas grand-chose – en regard de ce qui fut véritablement parachevé plus tard.

 

     De son prénom usuel, Fabien était le benjamin d’une solide fratrie dont les parents avaient pignon sur rue et une piscine située dans l’arrière jardin.

L’avant n’était pas mal non plus et la façade ornée de pierres en granite granite-150x150 dans Un peu de lecture inédite faisait généralement son petit effet ; bien loin du placoplâtre ou des murs en parpaings peints !

Même si tout n’est qu’illusion, celle-ci, alors, ne passait pas inaperçue.

Des trois frères, outre qu’il était le plus petit, Fabien était la mascotte de l’ensemble de la famille, le petit dernier arrivé un peu plus tard, juste avant la quarantaine de madame ; en ce temps là, il n’était pas question d’enfanter dans la « décennie » suivante.

Le petit boutchou mignon tout plein à faire fondre toutes les mères potentielles était un roitelet tout prêt à s’émanciper.

Et la guitare tremblait guitare-en-cheminee-bis1 déjà…en pensant à demain.

 

     Une femme -songeuse- à sa fenêtre Une femme à sa fenêtre...…songeait qu’il n’était vraiment pas raisonnable de laisser traîner son enfant à l’heure de réviser ses leçons.

Quels parents dignes de ce nom pouvaient se permettre de voir ainsi leur fils s’ébattre librement en pleine nature ?!

Certes « la nature » en question se résumait à une voie-sans-issue-bis1, mais tout de même !

Fabien n’étant pas un gamin comme les autres, cette dame ignorait tout de ses pouvoirs.

Hormis celui de faire semblant de jouer de la my-name-is-zoel-bis1 sans le moindre instrument, il mimait Johnny Hallyday comme personne.

Dans ces années-là, le dieu vivant était encore jeune et beau (!) ; il n’avait pas trente ans et…pour les informations supplémentaires, se référer à (toutes) ses biographies officielles !

Fabien, lui, était dans sa rue et avait son public attitré à tout juste cinq ans.

Un vrai spectacle à lui tout seul, il performait selon son humeur et parfois sur demande.

Et la voie sans issue n’était soudain plus une impasse.

 

     Personne n’a jamais pu expliquer pourquoi cet enfant s’amusait ainsi.

Sans plan de carrière (!), sans objectif avoué, il semblait simplement éprouver le besoin viscéral de chanter et de gesticuler en rythme.

Son instinct l’encourageait à reproduire ce qu’il avait vu ; d’où le désir d’imiter sans simuler.

Ce qui le stimulait ?

La quête de lumière, sans doute.

Et lux facta est, selon la volonté divine !

 

     Cela ne tenait pas du miracle ; il ne marchait pas plus sur l’eau que sur les planches étroites de la maison d’en face encore en construction.

Mais lorsqu’il jouait, il devenait un autre, et paraissait aussi sûr que déterminé à fendre l’air à coups de décibels.

Peut-être, à sa façon, s’efforçait-il de repousser les limites de sa voie sans issue ?

Des occasions de capturer quelques rayons ensoleillés soleil à mettre vite de côté en prévision de rudes hivers ?

Que nenni !!

Rien à voir avec l’univers de Dickens ; inutile de préparer les mouchoirs et de se renseigner sur les moyens d’adoption.

En dépit de son jeune âge, il se voulait libre et se savait capable de le rester.

 

     Quand vint l’hiver, il continua à chanter et à s’escrimer sur sa guitare imaginaire.

Aucune cigale, ni la moindre fourmi, ne croisa son chemin, mais un vent contraire le fit vaciller, hésiter, réfléchir et s’interroger.

Il venait de prendre une année et, à sept ans, l’envie de danser et de « chanter » se fit moins pressante.

Un soir, en rentrant de l’école, il vit un gigantesque panneau signalitique-voie-sans-issue-150x150 lui barrer l’horizon.

Il regagna sa chambre, sans goûter ni ressortir jouer dans la rue.

C’était la première fois depuis…des siècles qu’il se mettait au travail sans tarder.

Les leçons, les devoirs ne lui avaient jamais posé problème.

Raison supplémentaire pour ne pas se précipiter sur son bureau et s’enfermer.

Mais là…

 

     Il changea de chemin, il changea d’horizon, accessoirement…de portemanteau porte-manteau-en-fer-rouge-150x150.

Dorénavant son énergie se focaliserait sur une des branches de la natation natation-synchronisee-bis1, histoire d’apprendre enfin à se synchroniser.

Sans le savoir encore il avait choisi de remonter instinctivement aux temps antiques où les Grecs se divertissaient durant leurs Jeux olympiens.

Limpides et lumineuses telles étaient les images qu’il avait gardé en mémoire des premiers championnats du monde qui s’étaient déroulés l’année précédente ; elles l’avaient impressionné.

Et puis surtout, ras le bol de la guitare, de la rue et de ses courants d’air, et des ovations bruyantes marquées par les détonations des pétards allumés !

 

            En résumé : ras-le-bol-des-pétards !!

Parvenu à l’âge dit de raison, il n’était plus question pour lui de perdre son temps à se désaccorder en dépit de tout bon sens !

Telle une profession de foi profession-de-foi laïque, sans croix ni bannière ni étoile, il avait tenu à faire publiquement savoir que, désormais, il ne croirait plus qu’en lui.

Autant qu’il le pourrait…

Est-il utile de préciser qu’il ne tarda pas à passer pour frappadingue dans sa rue, du premier au dernier numéro de cette voie sans issue ?

Qu’importe si l’on sait où l’on va !

Le savait-il suffisamment bien ?

 

     Une seule réponse possible alors : non.

Il traversa une longue crise existentielle pleine de questionnements, de prises de tête fusion-cervicale-150x150 et de réflexions tous azimuts.

Il eut un jour 20-ans-150x150 ; youpi…badaboum !

Quatre dents de sagesse plus tard, il ne se sentait guère plus avancé pour se sortir de son ornière.

Comment désapprendre à être au centre de tous les intérêts ?

Comment passer inaperçu et s’en trouver fort bien ?

Tel enjeu, tel avenir…

 

     Tagada tagada voilà…qu’il n’y eut plus personne !

Et de le retrouver à son entrée dans les ordres dans-les-ordres-bis2-150x69.

Soudainement, logiquement pour lui, il surprit tout son monde, celui notamment de la rue sans issue de son enfance.

A vingt-deux ans, l’appel de Dieu l’avait rattrapé au coin du col.

Le temps du séminaire le conforta dans sa résolution au grand dam de ses parents et de certains de ses plus vieux amis.

Ses années de formation affermirent sa voie, le confortant dans sa décision.

Plus déterminé que jamais, il fonça droit devant.

Et devant lui s’ouvrit un autre monde.

 

     A l’aube de son vingt-huitième anniversaire, il fut ordonné prêtre.

On ne le revit jamais.

Sitôt son ordination et sa nomination dans une paroisse située dans le fond fin d’un coin perdu et reculé de la province, il disparut de la circulation.

Plus de parenté avec personne ni quoi que ce fut ; pas même une guitare virtuelle rangée dans un coin de sa mémoire ou d’un lointain passé.

 

            Resta à peine la trace d’une paire de mains jointes mains-en-priere-bis1 .

 

 

la-route-sinueuse-bis1

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(© 2012/droits réservés)

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Un peu de lecture inédite…

Posté par BernartZé le 16 février 2011

salades.jpg  rgimevgtalien.jpg 

En un autre temps

           

            Madame de Duracell avait l’étrange habitude de dîner à cinq heures pile.

A l’heure où d’autres prenaient le thé, à la manière des Anglais, elle se mettait à table et mangeait, toujours seule.

Elle grignotait surtout ; des herbes et des graines, des salades et des légumes crus de préférence, ayant opté pour une nourriture exclusivement végétalienne depuis sa vingtième année.

Elle s’en était fort bien accommodée, malgré toutes les remontrances de ses plus proches amies qui semblaient s’inquiéter pour elle.

Alors que plusieurs avaient quitté ce monde bien avant la quarantaine, elle avait vaillamment dépassé les soixante-dix ans et n’avait nullement l’intention d’en rester là.

    

     La vie lui était chère ; elle avait pu en découvrir le prix.

Un mari parti trop jeune, un enfant qui n’avait pas vécu ; elle avait eu son lot de malheurs.

Plutôt que de se désoler plus que de nécessaire et de se complaire dans ses souffrances terrestres, elle chercha Dieu et le trouva.

Sans pour autant devenir bigote, elle croisa le chemin de la Foi et sa vie en fut transfigurée.

Tout lui parut enfin plus clair, plus simple, plus certain et naturel.

Elle qui lisait déjà beaucoup, étudia sans relâche jusqu’à réussir à se forger sa propre opinion.

Son jugement s’arrêta sur une conception de l’existence qui vira à l’évidence, sitôt entrevue.

Tout en n’adhérant pas à la théorie de l’être prédestiné au chemin tout tracé, elle refusa de croire que sa naissance n’était que le fruit du hasard et la conséquence d’un extrême moment d’abandon de ses parents.

Sa conviction l’amena à penser que, sans parler de « mission », elle aurait un rôle à jouer ici-bas.

 

     Une de ses amies, Madame Prigent, lui confia un jour qu’Apolline, son troisième enfant, était sourde et refusait toujours de parler à cinq ans.

Madame de Duracell s’en émut d’autant plus qu’elle n’avait jamais rien soupçonné, alors qu’elle avait rencontré sa fille à plusieurs reprises.

En réalisant la détresse de la mère, elle craint subitement de la voir s’effondrer.

Il est vrai qu’elle était aux abois et que l’enfant souffrait d’une distance qui n’en finissait pas de grandir.

Elle ne criait pas plus qu’elle ne parlait, et risquait de se sentir de plus en plus isolée, faute de savoir s’exprimer.

C’est en lisant un livre de Ferdinand Berthier, disparu depuis peu, que Madame de Duracell prit la résolution d’agir.

Elle retourna à l’école pour apprendre la langue des signes (française) alphabetlsf.bmp, s’entêtant à répéter sans relâche dans l’unique but de proposer ses services à Apolline et sa mère qui avait cessé de croire en Dieu depuis quelques années.

Sa réponse tint donc en deux mots « Pourquoi pas ? ».

        

     Il fallut du temps, de la persévérance à toutes deux, de l’abnégation et beaucoup d’endurance pour parvenir à un résultat encourageant.  

Non contente de constater qu’on s’intéressait à elle, la petite fille trouva ce nouveau jeu très amusant.

Elles prirent rapidement l’habitude de se voir tous les jours et de répéter leurs gammes durant des heures.

Madame Prigent s’en était définitivement remise aux talents pédagogues de son amie qui, n’en finissant pas de découvrir un nouveau monde, n’avait de cesse d’inventer des exercices attrayants.

Chaque matin, dès le lever, avant même sa première collation, elle cherchait une idée neuve.

Apolline l’inspirait, l’incitant à se surpasser.

En osmose, elles apprirent l’une de l’autre et, dès l’âge de huit ans, l’enfant se mit en tête d’enseigner son savoir à sa sœur, son aînée de quinze mois.

Rapidement, au grand étonnement de leur mère, elles en vinrent à signer pendant des heures, discutant ainsi et se confiant leurs secrets.

 

     A quinze et seize ans elles se ressemblaient tant que nul n’aurait pu dire laquelle entendait, tant la cadette avait aussi appris à s’exprimer oralement.

Seuls ses proches pouvaient percevoir un très léger son guttural venu d’on ne sait où.

Quatre ans plus tard dans un institut, Apolline enseignait à signer, en dépit d’une interdiction officielle de l’état ; bon nombre d’enfants lui en furent gré.

 

     Les années avaient passé et Madame de Duracell, à nouveau livrée à elle-même, avait découvert les bienfaits des salades de fruits saladedefruits.jpg et des fruits exotiques.

Son besoin de consolation lui était revenu en pleine figure et elle n’en finissait pas de recouvrer ses sens.

Elle adora la mangue, mais c’est bel et bien le kiwi qui lui fut fatal kiwi.jpg.

    

     Un soir d’hiver ou bien d’été, un soir comme tous les autres où elle s’était repue de tomates et de laitues, elle avait achevé son repas par des tranches de kiwi très frais (sans chantilly).

Quelque chose ne passa pas, quelque chose se produisit et elle crut étouffer.

Effectivement elle étouffa.

Elle était allergique au kiwi et ne le savait pas.

    

     Elle était aussi devenue allergique à une vie dépourvue de sens et avait voulu l’ignorer en s’efforçant de continuer tout de même à exister, pour elle-seule.

Et Dieu dans tout ça ?

Elle s’en remit à lui le jour où elle lâcha prise.

Ce jour-là, trois semaines avant son quatre-vingt-sixième anniversaire, elle s’éteint seule dans sa grande salle à manger.

Moins d’une heure plus tard la suivait dans l’au-delà un certain Pierre Curie, bêtement renversé par une voiture à cheval.

Nul ne sait s’ils se sont depuis rencontrés…pour décider de la mort la plus stupide. 

 

voiturecheval.jpg 

(© 2011/droits réservés) 

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