Suite hôtelière

Posté par BernartZé le 9 mars 2017

358—>353

La chambre d'à côté

Changement de chambre

(suite *)

  

            La porte d’à côté…

 

     Au bout de vingt-neuf jours d’enfermement absolu dans la chambre 358, poussé par l’ennui la faim et la soif (plus rien à boire ni à grignoter), je me suis décidé à sortir.

Très affaibli, les jambes flageolantes, j’ai retrouvé le couloir Couloir-aux-quatre-vents aussi désert et venteux que le jour de mon arrivée.

Par simple curiosité j’ai frappé à la porte 354 supposée ouvrir sur la chambre mitoyenne de la mienne.

Sans réponse je l’ai poussée pour découvrir qu’elle ne donnait pas sur une autre pièce mais sur un vestibule distribuant deux nouvelles chambres bien cachées de cet étrange hôtel ; deux numéros impairs : 351 et 353.

Je suis entré au hasard dans la chambre 353, peut-être contiguë à « la mienne ».

 

     Elle m’a immédiatement paru plus petite que celle que j’occupais depuis quatre semaines.

Pas de léopard au mur ni de dunes namibiennes ; ce gain de place évident permettait de disposer d’un lit plus vaste et d’un confort visuel donnant l’illusion de respirer plus largement.

Je me suis vite assis sur le lit (les chaises étaient décidemment toutes bannies de cet établissement) pour réfléchir et me reposer un peu.

Sans m’en rendre compte j’ai rapidement glissé à l’horizontal et me suis endormi.

L’état second dans lequel je me trouvais expliquerait certainement bien des choses et notamment pourquoi j’ai rêvé que j’étais enfermé dans la chambre 358 et que lors d’un face-à-face avec le léopard nous décrivions tout deux sur le sol des volutes Infiniment huit pour nous observer nous séduire ou nous éviter ; surtout moi qui craignais qu’il ne finisse par me prendre pour une proie facile à déguster en guise de petit-déjeuner.

Mettant fin à nos pas de danse il s’est contenté de s’asseoir et de me regarder longuement avant de retrouver sa place sur le poster du mur d’en face.

Ma vie fut ainsi sauvée par mon aspect peu appétissant !

 

A mon réveil -hébété- j’ai pris la décision de m’installer là, passant du 358 au 353 quitte à commettre un impair.

 

     Depuis près de trois semaines j’ai eu le temps de m’interroger sur le mode de fonctionnement particulièrement mystérieux de cet hôtel.

Un monde invisible où l’on ne croise jamais ni client ni personnel d’entretien.

Pas d’accueil ni de responsable de direction ; peut-être pourrait-on même quitter les lieux sans payer !

Pourquoi cette numérotation de chambres incompréhensible avec des nombres pairs allant de quatre en quatre ?

Et soudain la découverte d’une échappée, d’un couloir transversal débouchant sur deux chambres aux numéros impairs.

En existe-t-il d’autres dissimulées dans des couloirs tapis entre deux chambres visibles de l’étage ?

A force de penser à cette multitude de chiffres, je me suis vu dans un monde parallèle régi par une mystérieuse loi des nombres.

De quoi avoir des maux de tête…

 

     Je vais sortir un jour, quitter cette 4ème dimension, ces chambres paires ou impaires, cet hôtel fantôme, ce quartier et retrouver ma vie ou ce qu’il en restait.

J’étais venu là par hasard pour oublier le poids de ce qui m’échappait jour après jour.

A peine allégé rien n’aura changé c’est sûr, mais il me faut cesser de fuir, apprendre à affronter l’avenir, le regarder au fond des yeux.

Retrouver la vie et la ville lavées à grandes eaux ; d’autres giboulées d’autres bouleversements et de nouveaux deuils viendront.

Et l’espoir fou et illusoire d’une vie moins diabolique. 

 

 

            Larmes à boire…

  

(* http://bernartze.unblog.fr/2017/02/04/quelques-jours-sinon-rien/)

Blondin (Paris au bord des larmes, 1990)

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Fonctions (sur)naturelles

Posté par BernartZé le 6 mars 2017

Respire (clip Mickey 3D, 2003)

Respire

  

            Qui ne sait plus n’en peux plus.

 

     Depuis votre tout premier cri dont vous n’avez gardé aucun souvenir vous respirez à pleins poumons sans y penser à condition d’avoir la chance de ne pas souffrir d’une grave maladie handicapante (asthme, mucoviscidose, cancer, allergies…).

Cette fonction naturelle offerte en cadeau de naissance est indispensable à qui souhaite vivre longtemps et mourir vieux et en bonne santé (!).

 

La déglutition salivaire est un réflexe inné que vous pratiquez inconsciemment environ deux fois par minute.

La déglutition alimentaire se déroule…lors des repas (quelle découverte !) ainsi que vous l’avez appris bébé à grands renforts de Bavettes et de Parapluies bis pour vos parents.

Sans doute avez-vous alors beaucoup grimacé recraché tempêté à la face de vos géniteurs qui ne désiraient que votre bien ; ils ne vous en n’ont même pas voulu.

C’est grâce à cet apprentissage que vous avez grandi, avalant soupes et légumes avec le sourire http://www.dreamstime.com/royalty-free-stock-photos-spinach-cream-soup-smile-image25918628.

 

     Quand la machine s’enraye c’est à vos dépens que vous apprenez que pour manger et avaler il faut respirer…par le nez.

Ben oui ! Essayez juste pour voir d’ingérer un morceau de n’importe quoi en vous bouchant le nez (avec une pince à linge si vos deux mains sont réquisitionnées), votre déglutition se fera avec peine vous menant peu après à l’étouffement et la suffocation ; manger et respirer par la bouche sont deux actions physiologiques incompatibles.

Ce jeu stupide le temps d’une expérience se transforme en calvaire pour qui ne sait plus ou ne peut plus respirer naturellement.

Impossible de se nourrir ou d’avaler 1ml de sa propre salive, plus rien ne (dé)passe le pharynx, obstruant la voie vers le larynx et la trachée Système respiratoire.

L’impasse peut s’avérer évidemment parfois mortelle et toujours douloureuse.

Il est quelque peu gênant de ne plus pouvoir ni respirer ni avaler et ni entendre correctement.

Quant à parler…!

 

            En imaginant que l’on meure plus vite d’une déficience respiratoire que d’une carence de nourriture aucune de ces perspectives ne paraît très réjouissante.

A ne pas même souhaiter à son pire ennemi…sauf si vous êtes d’une nature (très) méchante.

 

 

Respire (tant que tu le peux) 

(© 2017/droits réservés)

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Rien qu’une vie

Posté par BernartZé le 3 mars 2017

Hic & nunc

Drunk

 

             L’optimisme n’est pas de mise…

 

     Entre folie et décadence chercher une porte de sortie équivaut à s’égarer sans fin.

 

Le pire étant toujours envisageable il faut être sportif pour supporter les épreuves successives que la vie nous impose sans se soucier jamais de nos doléances.

Inutile de protester ou de pleurnicher quand on sait qu’il nous faudra tous en passer par là.

Impitoyablement piétinés, seuls les meilleurs résilients (oh ! ce mot répété en écho) seront admis dans la classe supérieure.

Merci à ceux qui nous ont seriné cette rengaine abrutissante et particulièrement source d’exclusion.

Autrement dit : « si t’es pas cap tu es un moins que rien » !

Comment ferions-nous sans cette leçon de vie et ses humiliations récurrentes ?

 

     Ivres de douleur les « moins que rien » (donc) ignorent l’allégresse et la légèreté.

On est bien peu de choses et sans rose amie étrangement seul au monde.

Elle Rose défunte qui est morte ce matin (ah ! vous ne le saviez pas ?) se moque désormais des pseudo-psys professionnels, n’ayant pas ignoré dès sa naissance que son temps serait compté.

Elle a vécu au gré du soleil et des alizés, résistante jusqu’à se faner et logiquement mourir.

Songez à sa lutte invisible.

Honte à ceux qui voudraient lui reprocher une endurance défaillante…

 

     Le bonheur est-il obligatoire pour ceux qui font preuve d’un manque flagrant de prédispositions ?

Sans être précisément à la recherche du traumatisme perdu se pourrait-il que nous ne soyons pas tous égaux pour supporter les aléas de l’existence ?

Si certaines pilules amères sont plus difficiles à avaler que d’autres il n’est pas étonnant que des pavillons soient baissés avant l’heure, de guerre lasse ou d’épuisement.

L’absence d’envie de vivre constitue un mot d’excuse qui ne devrait pas souffrir de discussions déplacées.

Emportés par leurs désillusions certains y succombent quand d’autres préfèrent les oublier quitte à les nier.

Les coups de bottes dans la dépression et le refus d’une thérapie de groupe (drôle d’idée de raconter sa vie à de parfaits inconnus dans l’espoir d’une « guérison » ; ah ! cette manie du…partage) ne suffisent parfois pas à se sauver.

 

            Le parfum de vanille peut s’avérer aussi fade qu’enivrant.

 

 

Bougie verre vanille  Pâle comme…

(© 2017/droits réservés)

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Une vieille histoire

Posté par BernartZé le 28 février 2017

Le temps jauni

Le jour n’est pas plus pur…

  

            Un paillasson sur la tête, penchée à sa fenêtre elle contemplait le jardin.

 

     Humble devant la nature dont elle avait longtemps été tenue à l’écart, elle tentait timidement de retrouver des sensations perdues.

Difficile de se souvenir d’un temps où elle était libre de ses mouvements, libre de penser et de respirer.

Elle avait été à deux doigts de devenir un nez et d’en faire profession ; et puis…

 

     Le temps perdu avait tout jauni et flétri, lui laissant un goût permanent d’amertume sur les lèvres ; une légère grimace sur le visage à peine perceptible aussi.

Non seulement aucune nourriture ne réussissait plus à développer de saveur dans sa bouche, mais son odorat s’en était trouvé gravement altéré au point que tous les parfums lui semblaient sans véritable odeur.

Son regard clair et bleu A l'eau lavé sur les choses s’était en partie délavé.

Une autre route s’était imposée à elle l’obligeant à renoncer à toutes ses espérances.

A coups de poings la vie avait décidé de forcer son avenir.

 

     Sans doute avait-elle été jeune et gaie ; peu lui importait aujourd’hui de se souvenir d’une époque révolue tant elle avait besoin de concentrer son peu de vigueur restante sur ce nouveau pan de vie.

Seule.

Enfin seule après des années de réclusion passées le plus souvent le corps recroquevillé sur sa couche ; telle avait été sa punition.

Méritée ou pas elle avait dû en prendre son parti et acquiescer sans pouvoir se défendre ni rien expliquer.

En quête d’une aide, d’un soulagement, elle s’était rêvée mystique mais aucun dieu n’avait voulu la recevoir en son sein.

 

     Vingt années gâchées avant qu’on lui permette de revoir le jour.

Trop de nuits durant lesquelles elle ne put éviter de repenser à son geste.

Le coup de folie d’une femme désespérée devenue brutalement incapable de se voir supporter un quotidien innommable.

Peut-être avait-elle agi en état de légitime défonce ou dans une inconscience éthylique, voire les deux avant de sombrer.

Impossible de se remémorer ce court instant effacé oublié ou inaccessible.

On avait découvert deux corps sur le sol de la cuisine, l’un déjà froid l’autre proche du coma.

 

     Vingt années dérobées pour quoi pour qui ?

Pour des sentiments mal exprimés ou mal reçus, maladroits malgré leur évidente sincérité.

Le prix payé pour une mauvaise rencontre qui ne pouvait que mal tourner est sans valeur ni commune mesure.

L’avenir n’a pas de sens ; reste l’ironie face à la vie ou ce qui pourrait encore exister.

Impitoyable et glorieuse nature qui chaque matin la replace désormais dans un contexte qui la dépasse largement.

Simple et cependant trop compliquée pour l’inadaptée qu’elle ne peut cesser d’être faute de trouver la clé.

 

            Le jour n’est pas plus pur…que noires sont ses idées.

 

  

Idées noires

(© 2017/droits réservés)

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Un des sens

Posté par BernartZé le 25 février 2017

Montre de nuit

Battements d’ailes

  

            Il est d’étranges nuits où le silence est mort.

 

     D’abord imperceptible la lente procession des peurs et des angoisses reprend au rythme d’un adagio trop écouté.

L’impression sourde et absurde se confirme au fil des heures, rapide parfois.

Une voie s’ouvre sur une menace de plus en plus prégnante.

Sous les pieds le sol se dérobe confirmant l’imminence du danger.

Le cerveau essaye de garder la maîtrise de ce qu’il sent poindre ; une à une ses digues cèdent face aux assauts répétés.

Le froid s’empare de tout le corps ; il gèle aux abords de l’enfer.

 

     En arrêt immobile le temps ne mesure plus les battements d’un cœur qui s’affole.

Le trou dans la poitrine empêche de respirer et l’inquiétude oppressante fait barrage à toute réflexion.

Le piège commence à se refermer.

Se débattre équivaut à se laisser étrangler.

La danse macabre Le septième sceau (Ingmar Bergman, 1957) est lancée emportant tout ce qui restait de raison.

 

     Respirer à tout prix, refuser l’ankylose de crainte d’être à jamais figé.

Se relâcher pour mieux se reprendre et endiguer l’état de panique galopante.

 

Mais -immanquablement- il faudra revivre ces heures sombres où le vide dévore tout ce dont il aime tant se repaître.

Prédateur carnassier féroce et cruel il ignore le répit.

 

            Les lattes du plancher se déroberont toujours…

 

  

Colibri bleu Portrait d'Albert Samain (par Félix Vallotton, 1896)

(© 2017/droits réservés)

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Des routes

Posté par BernartZé le 22 février 2017

Toi

Se souvenir de toi

  

            Quand tu m’as oublié…

 

    « I miss you » disent trompeusement les Anglais pour signifier combien tu me manques.

En fait : je manque de toi…tout simplement.

 

     Me manquent toi nous nos jours heureux et malheureux.

     Me manquent notre première rencontre et ton sourire discret.

     Me manquent ta peau diaphane et ton évanescence.

     Me manquent ton cou gracile et ta tête inclinée.

     Me manquent tes regards et tes longs silences.

     Me manquent ton visage souvent triste comme tes éclats de rire.

     Me manquent nos discussions sans fin et nos moments de pur délire.

     Me manquent nos longs tête-à-tête et nos folles échappées musicales et dansées.

     Me manquent nos heures passées pendus au fil du téléphone.

     Me manquent nos retrouvailles tes bras et tes baisers.

     Me manquent tes pas légers sur les trottoirs détrempés.

     Me manquent même tes éclipses qui se finirent en pointillés.

 

            Je manque de tout ce que tu fus pour moi.

 

 

Je manque de toi - Peter Lorne (1990)

(© 2017/droits réservés)

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Embouteillage

Posté par BernartZé le 22 février 2017

Roy de Flandres

Ça bouchonne dans mon lit

  

            Roulements de tambour !

 

     L’heure est grave, l’instant à la fois magique, solennel et généralement festif.

 

Le prétexte importe peu.

Que vous ayez décidé de baptiser la nouvelle niche du chien en grandes pompes et en présence de tous vos voisins réunis sans doute un peu perplexes mais si contents d’avoir un événement à fêter même si le sens leur échappe légèrement, ou qu’habillé de noir seul face à vous-même -à la lueur d’un candélabre- vous choisissiez de porter un toast à tous vos démons en enterrant votre passé, le résultat pourra sans problème être le même.

Tout est une question d’adresse et de doigté, avec une pointe de chance peut-être, mais sûrement beaucoup de travail de répétitions et de professionnalisme.

 

            Il faut être avant tout ferme et décidé. Il ne s’agit pas de manquer son coup. Même sans aucun témoin l’effet serait déplorable.

En public vous pourriez passer pour quelqu’un de stupidement maladroit ou carrément inexpérimenté, tout seul vous trouveriez certainement une occasion de plus de broyer du noir en persistant à penser que vous n’avez définitivement pas le moindre talent, bref de vous déconsidérer.

Ça n’est jamais très bon pour la santé mentale, et physiquement vous seriez capable de somatiser pour le restant de vos jours. A déconseiller donc.

 

     Pour mettre de votre côté un maximum de « chances de succès » (mais oui, l’échec aussi peut-être désiré et se révéler un bienfait formateur…), armez-vous d’une paire de mains agiles ayant si possible subi un entraînement intensif récent.

Les occasions en société ne manquent pas.

Anniversaire, mariage « ordinaire » Pacs ou mariage homosexuel (essayons pour une fois de nous montrer contemporains !), communion, baptême de paquebot, enterrement, bar mitzvah, première dent du petit dernier, glorieuse promotion au rang de sous-chef adjoint de district, inauguration du supermarché du coin réouvert après travaux et autres opportunités de s’exercer, suivant le plus souvent les cercles et les clubs que vous avez l’habitude de fréquenter.

 

     L’essentiel étant d’avoir toute confiance en ses aptitudes manuelles, il ne faut cependant pas négliger l’importance des pieds. Savoir camper sur une position stable n’est pas du tout négligeable.

A vous de déterminer celle qui vous convient parfaitement, il n’y a pas de règle.

Profitez-en pour une fois et laissez-vous aller à trouver votre propre attitude, celle qui vous autorise à vous sentir le plus sûr de vous, peu importe s’il s’agit alors de vous retrouver accroupi, les mains entre les jambes ; si telle est votre position la plus confortable, c’est parfait ! Rien à redire !

 

     Si vous êtes ambidextre (revenons-en aux mains), doté de doigts plutôt musculeux mais affinés, c’est assurément un avantage.

Dans le cas contraire (quel manque de chance !), munissez-vous d’un simple torchon qui pourra compenser votre faiblesse naturelle.

 

     Sachez choisir l’endroit propice pour passer à l’acte. Une erreur topographique serait certes pardonnable, mais réellement préjudiciable. Le spectacle serait un peu manqué. Faites pour le mieux.

Si vous craignez naturellement d’attenter à la vie d’autrui, tentez de faire un peu le vide autour de vous, c’est pour le bien du plus grand nombre.

Ménagez votre effet, pas trop, vous n’êtes tout de même pas au cirque.

 

     Et puis décidez-vous enfin, lancez-vous, toute la soirée ne peut être consacrée à votre « happening ».

 

Le geste sûr et sobre (!) enserrez des deux mains l’objet tant convoité, la fontaine mirifique ne dépend plus que de vous pour jaillir et satisfaire tous les convives assoiffés, impatientés par tant de préparatifs qui ne leur ont jamais paru aussi interminables.

Prenez garde à ne pas leur laisser l’opportunité de se jeter sur d’autres sources d’ivresse, de plaisir et d’abandon.

Comme vos amis sont ce qu’ils sont, que vous les aimez et les estimez, vous n’ignorez pas qu’ils sauraient dans l’attente tout naturellement et sans la moindre hypocrisie se laisser aller sans modération, parce que leurs consciences individuelles se moquent du « politiquement correct » qui ne leur dit rien qui vaille, simplement parce qu’ils se refusent à jouer ce jeu social stupide qui prétend les responsabiliser en les culpabilisant, supposant avant tout que personne n’est capable dans ses moments d’égarement de se souvenir qu’il n’est pas seul au monde, et donc entièrement responsable de ses excès de boisson.

Que quiconque a le permis de se mal conduire se retienne de leur jeter la dernière pierre de son champ de certitudes !

 

     Bon c’est le moment de s’activer et de déboucher enfin cette bouteille de champagne ou de vulgaire mousseux, certes commun mais d’un prix plus abordable.

La pression interne étant nettement plus faible dans ces vins presque imbuvables le risque d’accident est réduit, ce qui constituerait votre unique consolation.

 

Prestement équipé de vos deux seules mains et accessoirement d’un torchon (propre), ouvrez votre bouteille avec un minimum d’élégance en évitant de laisser échapper le bouchon qui pourrait alors non seulement éborgner accidentellement un de vos invités, mais aussi trouer la couche d’ozone et, pire encore, disparaître totalement de votre champ de vision et vous inquiéter tout le reste de la soirée vous obligeant à vous demander où ce satané bout de liège a bien pu passer.

 

            C’est souvent le meilleur moyen de gâcher son propre plaisir et de se donner dès le lendemain l’occasion de partir, non pas à la recherche du temps ou des œufs de Pâques, mais du bouchon de champagne perdu.

 

     Ah ! Si vous aviez servi uniquement du scotch, whisky, tequila, Cointreau, cognac, gin, mezcal, ou jus de fruits, vous n’en seriez certainement pas là !

Mais comme ce n’est pas le cas (beaucoup trop tard pour vous en vouloir), il ne vous reste plus qu’à chausser vos lunettes ou vous munir d’une loupe et de découvrir où s’est réfugié, apeuré, l’objet de toutes vos préoccupations d’après bataille. 

 

            La dernière fois que j’ai connu cette défaite, j’étais tout seul comme un grand à essayer de retrouver celui qui avait tenté de me fausser compagnie. Il m’a donné énormément de mal. J’ai même cru ne jamais pouvoir remettre l’une de mes mains dessus.

En désespoir de cause, je me suis décidé à renoncer momentanément à cette quête et à aller dormir. C’est là que j’ai compris et trouvé la solution.

 

     Ben quoi ! ? Pour quelle raison pensiez-vous que j’avais choisi un tel titre ?…

 

Bouchon 

(© 2005-2017/droits réservés)

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Monochromie

Posté par BernartZé le 19 février 2017

Outrenoir, Soulages

Ma cheminée

  

            Le plein de cendres.

 

     Celle que j’avais rêvée source d’éternelle chaleur et de grand réconfort, s’est éteinte l’autre nuit.

Elle fait grise mine et froid dans le dos à la voir ainsi morte ; âtre sans âme qui n’a plus le cœur à rire ni la ressource d’espérer.

Âme en souffrance d’avoir trop bonne mémoire du passé et des flammes d’un feu allumé par des fous.

Combien de vies brûlées dans les fours d’un enfer terrestre qu’aucun dieu n’aurait jamais pu imaginer ?

Combien de deuils impossibles à faire qui empêcheront toujours d’avancer ?

 

     Cet antre noir fait presque peine à voir tant il semble vouloir taire sa douleur ; par pudeur ou besoin de soustraction.

Envahi de noirceur charbonneuse il rêvait encore il y a peu d’un fondu enchaîné sur un blanc immaculé synonyme pour lui de renaissance.

Mais ses cendres n’ont pu faire de lui un phénix en plein renouveau et il a dû capituler empli d’effroi.

Impossible de revenir au temps où toutes Flammes dehors sa lumière était source de chaleur et de vie.

Assis au coin du feu, musique en harmonie Sade (1984) il faisait bon passer une longue soirée seul ou à deux.

 

            Fin de partie La partie est finie & puis mille fois plus tard il n’est plus l’heure des regrets.

 

     Cette cheminée de cendres outrenoir dégage l’odeur de nos morts et des herbes amères.

  

 

Et l’Espoir dans tout ça ?

(© 2017/droits réservés)

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Pour le plaisir

Posté par BernartZé le 16 février 2017

L'impossible Mr Bébé (Howard Hawks, 1938)

Vue imprenable

(sur une œuvre)

  

            Il est des livres que l’on voudrait faire lire à tous, des tableaux que l’on voudrait faire aimer, des monuments que l’on juge incontournables, des amis dignes d’être partagés.

 

     Il est aussi des films.

En plus de cent-vingt années le 7ème art a accouché d’un nombre incalculable d’œuvres : petites ou grandes, célèbres ou méconnues, pour tous les goûts dans tous les genres.

Laissons aux critiques professionnels (?) le soin de les cataloguer et de les juger en toute impartiale subjectivité !

Préférons nous laisser porter par notre enthousiasme dans l’espoir qu’il puisse être communicatif.

 

     Soyons pour une fois légers : pas d’autre souci que celui de rire.

S’il est paraît-il le propre de l’Homme, il n’est pas le même pour tous et il est courant de trouver navrant ce qui fait s’esclaffer le voisin…et vice-versa.

L’essence de l’humour est par définition volatile et les variables qui le composent diffèrent souvent pour chacun.

Raison de plus pour ne pas ériger son opinion en règle ou d’imposer son avis.

 

     Mais comme toute règle admet des exceptions, offrons-nous cette latitude.

Libres à vous de ne pas tenir compte de ce qui suit.

 

Il était une fois un film sorti en 1938 : « Bringing up baby » (« L’impossible Mr Bébé » in french) Bringing up baby ; il est utile de préciser que le « baby » en question n’est pas un petit d’homme, donc rien à voir avec Le livre de la jungle Mowgli.

De quoi est-il question d’ailleurs ?

D’un bébé léopard d’une jeune femme (fortunée) et d’un paléontologue (courant après la clavicule d’un brontosaure) sur le point de se marier ; ajoutez à ceux-là une série de quiproquos en cascade, secouez le tout énergiquement et servez-vous à volonté.

Si le cœur vous en dit vous pourrez ainsi déguster une comédie loufoque qui constitue l’un des sommets de la « screwball comedy », genre très prisé dans les années 30 et 40 (du XXème siècle !).

L’histoire, presque inénarrable, tient autant sa saveur des dialogues qui fusent au service de personnages impayables (le léopard itou) que d’une intrigue prétexte à une issue prévisible mais qui prend des virages à 180° sans laisser respirer le cinéphile incomplètement bilingue.

Ces numéros de haute voltige étant menés de main de maître par un metteur en scène averti, rien d’étonnant si le terme (souvent galvaudé) de chef-d’œuvre est sur toutes les lèvres des mordus de cinéma qui ont vu et revu en salle (et non sur un écran d’ordinateur ou sur celui d’une télévision XXL) un film qui les a marqués à jamais.

 

     Sans des acteurs (tous) de haut rang le souffle et le mets auraient été vite desservis tant importe l’unisson pour respecter un rythme d’une précision d’orfèvre.

Petit exemple de scène à voir et à revoir (surtout les jours de grande déprime) : Bringing...scène pour comprendre ce que fait ce haut-de-forme au bas des reins de l’enquiquineuse de service il est nécessaire de jeter un œil sur cette image Bringing...scène bis sur laquelle cliquer pour voir l’animation afin de mesurer son désarroi ; ils sortiront tête haute de la pièce…collés l’un à l’autre pour la bonne cause.

 

            Si vous voulez savoir le comment du pourquoi de cette scène gaguesque…il ne vous reste plus qu’à voir (et revoir) ce film dans son intégralité.

 

     Vive les salles « Art et Essai » !

  

 

Tout ça pour ça !  Tout ça pour ça !

(© 2017/droits réservés)

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Aquoibonisme

Posté par BernartZé le 13 février 2017

Le plein de doute

Le big doute

(la porte étroite)

  

            A quoi bon s’illusionner ?

            A quoi sert-il d’écrire si personne ne vous lit ?

 

     Bien loin l’âge du journal « intime » auquel on se confiait pour tenter de se comprendre ; au pire on pouvait y lire le résumé sans style de journées sans saveur, au mieux quelques tentatives d’analyses et autres recherches de sens.

Soir après soir la contrainte (acceptée) de coucher sur le papier (ça commençait souvent par un simple cahier d’écolier Journal ''intime'' qui prenait alors une valeur particulière) des questionnements et des états d’âme parmi les anecdotes quotidiennes participait à un rite, une sorte d’étape obligatoire avant d’atteindre le lit pour un sommeil supposé réparateur.

Comment, encore enfant, décide-t-on un jour d’écrire hors parcours scolaire ? ; plus question de rédaction avec sujet imposé, place à une autre forme d’expression et d’engagement.

Pourquoi ce qui prenait initialement à peine cinq minutes s’est étiré au fil du temps jusqu’à devoir rogner sur les heures passées à dormir ?

Comment cette idée saugrenue a-t-elle germé dans certains esprits tandis que pour la plupart des écoliers les leçons apprises et les devoirs vite faits donnaient droit aux jeux aux ébats sportifs et à d’autres divertissements bien mérités ?

 

     Mystère et... Qui saura jamais dire ce qui leur passe par la tête ?

Les enfants « solitaires » (ne vivant pas en bande) sont singulièrement tous différents ; eux-mêmes parfois ne s’expliquent pas les raisons qui les ont conduits sur un autre chemin.

Cancres ou premiers de leur classe ? Incompris ou mal aimés ? Têtes de turc ou/et victimes désignées ?

Malgré eux ils se font remarquer en ne se fondant pas dans la masse, apparemment incapables de faire comme tout le monde.

Autrefois ils ramassaient tout au plus plaisanteries et quolibets, aujourd’hui certains en meurent…

L’écriture serait-elle alors un refuge, une base de retranchement où trouver du repos faute de réconfort ?

 

     Un jour, plus tard, à force de balbutier les mots prennent de l’ampleur et s’envolent.

En tombant amoureux du verbe on se repaît de leur oxygène, et il n’est désormais plus possible de faire marche arrière.

Alors par goût, par jeu, on essaie d’écrire ; à l’aveugle, sans savoir où nous conduiront les phrases formées ni si elles feront sens.

Exercices ludiques en forme de poire de pomme ou d’ananas, vers prose vertige des sens dessus-dessous, c’est follement drôle même si c’est souvent n’importe quoi.

Trop tard pour renoncer quand l’addiction est avérée.

Parfois, littéralement en transe, on fait des bonds de joie en se sentant audacieux…avant de retomber le plus souvent sur sa chaise en se relisant !

Même s’il n’a duré qu’un court instant le plaisir proche de l’extase aura été immense.

Forcément, afin de revivre cet état de grâce, on se remet cent fois à la tâche, trouvant dans cette nouvelle habitude légèreté et divertissement.

Mais bien sûr rares sont les occasions de décoller à nouveau.

La lucidité oblige à la modestie et si la notion de « génie » existe elle ne peut s’appliquer qu’à autrui.

 

     La jeunesse ne manque ni d’audace ni de courage.

Le goût de l’aventure permet d’oser s’essayer à différentes formes d’écriture : poésie, théâtre, roman, billets d’humeur…

Et à force de rêver, un jour juste pour voir, on envoie des tapuscrits à des maisons d’éditions qui répondent ou pas.

Négativement le plus souvent, positivement parfois…généralement pour une publication à compte d’auteur.

Les avis exprimés manquent cruellement.

Les amis ne sont guère plus fiables, n’osant pas toujours dire combien les pages à lire leur sont tombées des mains ; il leur est beaucoup pardonné.

 

     Changement de siècle, autres possibilités.

La toile WWW donne la parole à tous, autorisant les excès comme les expérimentations.

Les sites et les blogs pullulent sous forme de tout et de n’importe quoi, le meilleur et le pire ; pourquoi ne pas tenter l’aventure de mettre en ligne -en lumière- des écrits sans prétention en espérant recueillir des « commentaires », positifs ou négatifs pourvus qu’ils soient argumentés ?

Le silence des premières années est aussi compréhensible que décevant.

Le temps de réaliser que les internautes sont principalement attirés par le sensationnel et l’on est face au choix : persévérer pour le plaisir du jeu ou renoncer.

Certains ont la sagesse de passer à d’autres formes d’expression, d’autres continuent à proposer la lecture de leurs mots ni copiés ni collés.

En toute humilité, sans risque ni péril si ce n’est celui de l’écho tu.

 

     Le silence qui perdure -devenu une habitude- permet de dépasser la déception qui consiste à ne pas savoir si les écrits présentés ont un quelconque intérêt.

Il faut accepter la règle du jeu qui inclut le droit à l’indifférence.

Il faut -c’est essentiel- continuer à s’amuser à jouer avec les mots pour le simple plaisir de jongler.

 

            Tant pis s’ils tombent à plat…

   

 

En toute quiétude  Tranquille cependant…

(© 2017/droits réservés)

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