Aphorismes, citations, fulgurances et délires verbaux en tous genres (!)

Posté par BernartZé le 20 janvier 2010

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En apparence

 

                                 - A quoi voit-on la qualité d’une bougie ?

                         – A la façon dont elle se consume.

 

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Du vécu (ou presque)…

Posté par BernartZé le 17 janvier 2010

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Soudain 

 

           

            Nous étions partis en voyage par la route, après l’avoir trop souvent empruntée par la pensée.

Plus rien au monde ne nous retenait plus ; plus de raison de demeurer en place.

    

     C’était l’été, évidemment, même si un froid quasi polaire habitait tous nos cœurs.

Nos attaches s’étaient distendues ; nos transports finalement convenus nous avaient convaincu de ne plus remettre à plus tard l’heure de notre départ.

Après des années à attendre, plus la moindre illusion ne pouvait être entretenue sans qu’il fût possible d’en douter ou d’en rire.

Et un rire insidieux était parvenu en écho jusqu’à nous.

Nous qui refusions de l’entendre.

    

     En dépit de toute logique, nous roulions joyeusement, improvisant à tue-tête des chansons inédites et pour le moins blasphématoires.

Adieu les dévots et les vaches ; sacrément culotté de hurler en pleine campagne à la mort de tous les haricots !

C’était la faim, évidemment, qui nous rendait stupides et lâches, au point de refuser toute aide extérieure.

    

     « Quelques » centaines de kilomètres plus loin, advint la panne véritablement imbécile.

Ce ne fut pas le carburant qui nous manqua, mais carrément la route !

Plus une seule trace de macadam, ni d’un semblant de chaussée goudronnée.

Plus aucune voie, tout simplement ; plus rien du tout n’était tracé.

C’était l’impasse, la fin du chemin, l’absence totale d’issue.

A croire que, sans l’avoir jamais cherché, nous étions parvenus au bout du bout de la terre.

Et après ?

Pas d’eau dans laquelle plonger ; pas de quoi s’arrimer ; rien n’avait plus de sens.

Il faudrait donc faire avec ce qui n’existait plus.

    

     Nous restâmes là, totalement hébétés, durant un temps évidemment infini.

    

     Je me dois tout de même de préciser (simple question de vraisemblance géographique !) que nous étions parvenus au nord-est du Portugal, non loin de la frontière espagnole (située à une trentaine de kilomètres, à peine).

Si la météo semblait garder sur nous un œil très bienveillant, « le destin », lui, nous plaçait, apparemment volontairement, tout droit dans son viseur !

Pourtant ce petit coin ensoleillé nous avait d’abord paru aussi paisible qu’accueillant, plutôt tranquille et pourvu d’un charme un brin bucolique.

Ce n’était pas une bourgade, mais une municipalité tout au moins.

Rien ne laissait présager, en nous y promenant au hasard, qu’elle recelait un mystère en forme de « triangle des Bermudes » !

    

     Quand nous reprîmes -une partie de- nos esprits, il nous fallut progressivement nous rendre à cette inconcevable évidence : continuer à « avancer » ne signifiait strictement plus rien dans quelque langue que ce soit, en Français comme en Portugais (…que nous ne maîtrisions pas tellement, par ailleurs) !!

Faute de « suite », ou de « au-delà », appelez cela comme vous voudrez.

Fin du parcours.

    

     Alors, on a creusé…creusé, non pas le sable, mais ce qui se trouvait là à nos pieds, ou plus exactement devant deux des quatre roues de notre véhicule pas flambant neuf, mais presque.

A savoir un salmigondis de terre, de gravats et de compost particulièrement indéterminé.

Avec des pelles et des râteaux de plage, un seau, le cric également.

    

     Cela nous prit très longtemps, sans plus la moindre notion de jour ou de nuit.

Nous eûmes chaud en traversant la croûte terrestre, son manteau, perçant son noyau en plein cœur, en tentant d’éviter le plus possible le magma et d’autres « choses » que nous préférâmes contourner, sans trop dévier d’un même axe.

    

     Douze-mille-sept-cent-cinq-six (environ) kilomètres plus tard, nous ressortîmes respirer un air beaucoup plus plaisant.

Un temps splendide nous salua ; une température idéale, après notre longue traversée « en apnée ».

La voiture ne nous ayant -bien sûr- pas suivi dans notre voyage au long cours, nous nous rendîmes à pieds au centre-ville, qui n’était plus qu’à deux pas.

Une sorte de « syndicat d’initiative » nous fut d’une grande aide et nous renseigna sur le lieu précis où nous étions remontés à la surface de la Terre.

Nous nous trouvions à Nelson, ville située dans l’île sud de la Nouvelle-Zélande, à (grosso modo) une bonne centaine de kilomètres -à vol d’oiseau- de la capitale Wellington (dans l’île nord).

La nouvelle nous ravit.

C’était donc ça « les antipodes » !

Empruntant Trafalgar street, nous découvrîmes la Baie de Nelson, avec mouettes, goélands (ou ?) cormorans (nous n’avons jamais su faire la différence) et ce fut le…coup de Trafalgar, disons…de foudre, plus justement !

    

     A compter de ce jour, nous décidâmes de nous installer définitivement là.

A part une voiture, qu’avions-nous laissé derrière nous ?!

L’Anglais étant une langue pour laquelle nous avions nettement plus de facilités que le Portugais (par exemple), nous n’eûmes aucun mal à nous fondre dans le décor et à changer d’hémisphère et de vie, au passage.

Ayant rapidement pu faire l’acquisition d’un bateau de plaisance, nous jetâmes l’ancre à une bordée d’embruns, de quoi vivre de promenades touristiques dans la baie, ainsi que d’eau fraîche (sans sel).

           

            Du bleu partout sous nos yeux et jusque dans nos cœurs !

Comme la vie peut être belle…

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La vie est tellement belle !

Posté par BernartZé le 7 janvier 2010

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Le désastre et l’abandon         

           

                Un beau jour n’est-il pas temps de lâcher prise, et puis de rendre hommage à tous nos renoncements ? 

      

     Sans doute faut-il avoir beaucoup perdu, après moult batailles, pour décider, pratiquement en douceur, de ne plus lutter vainement.

La conscience soudain s’éclaircit et s’allège, débarrassée d’un trop de pesanteur.

Au petit matin, ou tard le soir, vient l’heure d’admettre que presque rien n’a été réalisé.

Souvent c’était ce « presque » qui faisait mal, car, de tous les rêves, aucun n’avait été seulement approché.

Ce qui avait longtemps semblé terrible n’est plus que soulagement ; comme il serait bon de se laisser dériver…

Voilà.

Il faudra s’en satisfaire, ou pas.

Ce sera selon l’humeur et le caractère de chacun. 

        

     Certains voudront, malgré tout, se révolter une dernière fois, en un baroud d’honneur ; par orgueil, un peu aussi par vanité.

Le temps d’un ultime tour de piste, avec révérences et saluts appuyés ; en forme de chant du cygne, sans la réserve, mais avec -si possible- une grâce certaine.

Et même ça…la plupart sauront complètement le manquer !

Il faudrait pouvoir souffler à chaque oreille « n’oublie pas que tu vas mourir » ; juste pour aider à…lâcher définitivement prise.

En un regard plein d’humanité et de compassion, faire comprendre à qui refuse l’idée, que le moment est largement venu de ne plus vouloir, pour mieux accepter.

    

     Peut-être que tout est là : se convaincre soi-même qu’il n’y a plus de miracle à attendre, plus la moindre révolution à espérer.

Un peu d’abnégation pour passer le flambeau à d’autres, plus jeunes, plus courageux, plus conquérants, et probablement moins lestés de bagages.

Et pourvu qu’ils ne croulent pas, à leur tour, sous un poids qu’ils ne pourront supporter.

    

     Tous ne seront pas nés pour faire de grandes choses ; c’est ainsi.

Sans vouloir retenir les notions -discutables- de « réussite » et d’ « échec » (successful & loser…as it’s said !), il est juste à craindre que certains ne parviendront jamais à atteindre les buts qu’ils se seront, eux-mêmes, fixés.

C’est la grande loi des nombres et des statistiques les plus probables !

Et si une majorité de sociétés occidentales nous a entretenus dans l’idée que, point de salut sans un moral de « winner » et la volonté de conquérir…Rome, au minimum, l’orient n’est (malheureusement ?) plus en reste depuis plusieurs décennies.

    

     Quel endroit existe-t-il encore sur Terre pour accueillir les derniers inconscients (utopistes ?) n’éprouvant pas un mal de reconnaissance ?…

Et qui n’a pas besoin, effectivement, d’être -un peu- reconnu à sa juste valeur, par ses pairs, ses mère et père, ses amis, ses amours, ses… ?!!

Freud est mort ; il reste tous ses disciples et ses contradicteurs pour tenter de nous l’apprendre, avant de nous convaincre…

           

            Le Radeau de la Méduse dérive bel et bien, au gré des courants, et des vents du hasard.

La catastrophe est annoncée ; quelques uns s’en sortiront sûrement au prix de reniements, de renoncements, de certaines lâchetés, voire d’autres abandons…

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De circonstance…

Posté par BernartZé le 31 décembre 2009

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Sur mon 30,5

 

         Je réveillonne, avant l’heure officielle.

Juste parce-que ça m’arrange.

Pourquoi attendre la dernière ligne droite de la St Sylvestre, alors que j’espère bien être déjà couché quand les autres changeront ensemble d’année ?!

Autant prendre de l’avance et gagner un peu de temps sur la nouvelle décennie.

    

     Pour être exact, je ne fait que veiller, quand la plupart des gens dorment encore en prévision de ce qu’ils feront jusqu’à une heure indue.

Mon heure indue…c’est maintenant.

Quant à l’éternelle question « Boire ou conduire, il faut choisir », mon choix est fait depuis longtemps : je n’ai pas le permis et…je joue à domicile !

Mon menu est frugal : ni foie gras, ni homard, ni saumon, ni champagne ou vins délicats ; ni perdrix ou autres gibiers ; pas plus de bûche que de pavé glacé.

Un menu menu, quoi !

    

     Et avant moi, le déluge.

Il pleut ; pas même de neige pour le côté givré de la fête !

Tant pis ! Il faudra faire sans, ou avec d’autres artifices.

Je tends l’oreille (droite), rien de plus que le silence…de mon réfrigérateur en forme olympique.

    

     Comment font-ils pour dormir à cette heure, sans s’inquiéter de ce qui les attend bientôt ?

Si sereins, si sûrs du lendemain…

        

            Bon, ben, assez parlé, il (me) faut y aller.

 

trenteetun.gif (Bientôt…)

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C’est la vie !

Posté par BernartZé le 31 décembre 2009

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Mon père est un sale type ! 

 

            Le lâche, par excellence, l’antihéros fini.

    

     J’ai grandi avec cette idée bien ancrée dans ma cervelle, grâce à ma mère, d’abord, puis à ma sœur qui s’est dépêchée de reprendre le flambeau afin de perpétuer la tradition d’une aussi bonne réputation.

Charmant héritage !

     Je n’ai pas connu mon père, il s’est barré avant la noce, laissant ma mère enceinte de son deuxième enfant, moi, en l’occurrence.

Il avait envisagé de régulariser sa « liaison familiale » et puis…basta, il s’est enfui, ayant sans doute retrouvé tous ses esprits !

Grand bien lui fasse…

           

            Une vie plus tard je m’interroge, forcément.

On n’échappe pas à son passé, quand bien même on ne l’a pas connu.

    

     Je ne savais presque rien de ce bonhomme, si ce n’était les noms et autres qualificatifs peu flatteurs dont on l’avait toujours affublé.

Les termes oscillaient généralement, suivant les besoins et les circonstances, entre les pires insultes et les compliments les moins obligeants.

J’ai à peu près tout entendu durant mon enfance, et puis plus rien, pas un seul mot, ni la moindre allusion, comme s’il était subitement mort pour tout le monde.

     Alors adolescent, j’ai commencé à me faire doucement à l’idée qu’il avait fatalement atterri en prison, lieu prédestiné par excellence, selon mes sources les plus proches.

Que savaient-elles qu’elles refusaient de partager avec moi ?

Quelle légère escroquerie ou quel affreux crime avait-il bien pu commettre ?

De quoi s’était-il rendu encore coupable ?

Outre le fait établi qu’il avait sciemment abandonné femme, enfant et fœtus en cours de développement, dans quelle galère était donc allé se fourrer ce malotru mal embouché ?

En résumé : que diable avait-il fait, tombant sous le coup de la loi ?!!

     J’ai imaginé des trucs incroyables allant du hold-up classique aux vols en série par effraction.

J’aurais bien aimé le voir tel Lupin commettant des acrobaties et des larcins avec un certain panache ; non sans dépit, j’ai dû vite me rendre à l’évidence que cela ne collait pas du tout avec le portrait qu’on m’en avait toujours fait.

Il n’aurait certainement pas eu le talent ni la classe nécessaire pour louvoyer avec grâce.

Et c’était bien dommage, et ça me mortifiait un peu plus.

    

     Vint le jour où je décidai de faire table rase de tout ce passé composé par d’autres.

J’avais vingt-cinq ans au bas mot, tout l’avenir devant moi, et l’envie de me faire ma propre idée, quitte à devoir enquêter avec persévérance.

Le hasard, ma destinée, appelons cela tel que chacun voudra, me transforma soudain, d’un coup de baguette fort peu magique, en un total orphelin.

Sans prévenir.

Comme ça, à l’improvisade, deux jours après le « téunième » anniversaire de ma très sainte mère (censée avoir encore de belles années devant elle), un dérapage mal contrôlé mis brutalement fin à trois vies.

Celle du chien qui passait par là, celles de ma mère et de ma sœur qui conduisait son petit pick-up presque flambant neuf, en dépit de bulletins météorologiques alarmants répétant sans cesse la forte probabilité de plaques de verglas jusque dans l’après-midi.

Apparemment, il leur fallait -sans plus tarder- aller se ravitailler à l’hypermarché situé à une dizaine de kilomètres après la sortie de la ville.

Mais elles n’en firent finalement que sept !

On déplora aussi le précoce décès d’un bouleau que personne ne pleura.

     Moi qui n’avait jamais eu le loisir d’enterrer personne ni dû endosser les responsabilités qui incombent au(x) survivant(s), je fus vite dépassé, dès le choix des cercueils.

Devant l’offre, que d’embarras !

Tout se déroula à peu près décemment, en petites pompes, évidemment.

Je ne vis personne au cimetière ce matin-là, incapable que j’étais de mesurer l’ampleur d’un chagrin auquel je ne pouvais donner de qualificatif.

 

Etais-je seulement triste ?…

Seule une introspection prolongée m’aurait – peut-être – permis de  le savoir.

Mais, faute de temps, ce luxe ne m’était pas octroyé !

    

     Je n’avais que les deux jours du week-end suivant pour vider le trois-pièces où ma mère avait vécu durant plus de trente-cinq ans et où ma sœur l’avait rejointe, afin de se remettre d’un douloureux divorce, après un magnifique mariage qui périclita dès sa troisième année.

C’était, déjà, huit ans plus tôt.

Elle n’avait pas eu le temps de songer à enfanter, et n’éprouvant aucune hâte à entamer la deuxième partie de sa vie, elle s’était abstenue de tomber à nouveau amoureuse, préférant jouer le rôle d’une aide -en permanence- à domicile.

Ma mère en fut ravie, ma sœur y trouvant, apparemment, son compte.

C’est pour toutes ces raisons, que je dus m’activer, pendant quarante-huit heures, histoire de faire un tri drastique parmi tout ce qu’elles avaient pu accumuler, ensemble et séparément, au cours des quelques trois dernières décennies.

Je ne mis pas longtemps (moins d’une demi-journée) à réaliser que j’allais devoir accomplir le treizième travail qu’Hercule, lui-même, n’aurait pas renié !

Point de meubles à porter sur mes larges épaules, ni de vastes garde-robes à empaqueter, mais une plongée en apnée dans des cartons, tiroirs et autres boîtes-à-chaussures, tous pleins de papiers en tous genres.

Le défi fut de taille et je ne manquai pas d’éternuer toutes les deux minutes, tant j’eus l’occasion de remuer des tonnes de poussières du passé.

           

            Je mis la main sur plusieurs dizaines de photos, complètement inédites pour moi, ainsi que des lettres dont l’existence ne m’avait jamais été révélée.

Et petit à petit s’éclairèrent les zones d’ombre d’une histoire que l’on s’était toujours appliqué à me cacher.

C’est ainsi, non sans mal ni un certain trouble, que je pus reconstituer une grande partie des événements qui avaient préfiguré l’heure de ma naissance inopportune.

    

     A l’âge de vingt-deux ans, ma mère avait rencontré mon père, son cadet d’un an.

Rien de particulier à signaler alors.

Après trois années de fiançailles officieuses, ils avaient pu convoler jusqu’au statut de colocataires d’un appartement de trois pièces, cuisine et salle-de-bain aménagées.

Encore trois années et naissait ma sœur, à laquelle mon père tint immédiatement plus qu’à la prunelle de ses yeux, s’il faut en croire ses premières photos de tout nouveau père et deux ou trois missives relatant son immense bonheur.

Le temps passa, un autre enfant tarda à venir, et mon père se consola en faisant de son héritière sa raison de vivre, de manière un peu trop éclatante.

Ma mère en prit ombrage et son caractère s’obscurcit progressivement.

L’aimée, l’amante originelle, souffrit d’être reléguée au second plan par sa propre fille ; rien que de très classique.

D’une ou deux photos (sans doute prises au retardateur) elle s’absente probablement, comme lassée par une vie qui lui échappe.

Sur une autre, elle s’ennuie.

Dans une lettre reçue d’une amie, il paraît clair qu’elle est tombée amoureuse d’un autre homme rencontré par hasard, lors d’un spectacle de fin d’année donné à l’école primaire.

 

Et tout un paquet d’autres lettres me fit un drôle d’effet.

Cet homme, cet inconnu, amoureux éperdu, semblait n’avoir plus qu’une seule idée en tête, celle de la mériter.

En dépit d’une épouse et d’un enfant, il était prêt à faire table rase de son passé, pour composer au gré de son nouvel amour.

Toute à son ennui, ma mère s’en émut, fatalement.

Leur liaison ne dura qu’un temps, celui pour elle de tomber enceinte avec une certitude sur la paternité.

« Mon père » n’hésitant pas à lui pardonner son moment d’égarement, lui tint à peu près le langage consistant à la demander en mariage afin de régulariser leurs dix années de vie plus ou moins harmonieuse.

Ma mère, d’abord, accepta.

A une encablure du parvis de l’église, tout son être fit volte-face de la manière la plus imprévisible et violente qui fut : elle signifia son congé à « mon père » !

Malgré toutes mes recherches, je n’ai pas réussi à comprendre comment il avait pu se laisser aussi brutalement bouter hors de sa propre vie de famille.

Ma mère reprit si bien les rênes de son existence qu’elle convainquit sa fille de huit ans d’une terrible trahison…de son géniteur.

     Et je vis ainsi le jour, orphelin de tous pères.

Inexplicablement, aucun des deux possibles n’aurait, semble-t-il, cherché à retrouver ma trace.

Sans doute n’avais-je pas éveillé en eux la moindre fibre paternelle !

           

            Une vie, la mienne, s’est écoulée.

Par le plus grand des hasards (s’il en existe au moins un !) j’ai malencontreusement buté hier sur un carton mal rangé dans une pièce plus ou moins laissée à l’abandon.

Je n’avais jamais vu cette « photo », ni lu ces deux lettres.

En quelques lignes, mon père et « mon père » refusaient tous deux, farouchement, de renoncer à leur paternité potentielle.

Classée sans suite dans une enveloppe, je découvris une photo…copie de mon acte de naissance.

Il était stipulé que j’étais « né de père inconnu ».

Ma mère avait choisi mon état d’orphelin, faute de pouvoir trancher dans le plus vif de son existence.

Puis-je réellement lui en vouloir ?

 

            Mais puisque « mon père » n’était pas mon père, de qui suis-je vaguement le fils ?…

 

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Que de questions existentielles !

Posté par BernartZé le 14 décembre 2009

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Quelque chose qui m’échappe

 

                 - Passer inaperçu vaut mieux que de rester…

 

> Qui pourrait m’expliquer le sens profond de cette phrase ?…!

invisibleman.jpg  Bye…

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Aphorismes, citations, fulgurances et délires verbaux en tous genres (!)

Posté par BernartZé le 11 décembre 2009

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Interruption momentanée du programme

                   

                   Mon coeur s’affole, ma vie s’arrête,

                   Mon envie folle de disparaître.

 

     >>> Juste pour faire « malicieusement » remarquer que l’on peut…dire n’importe quoi sous couvert d’un semblant de poésie [...!...]

 

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C’est la vie !

Posté par BernartZé le 2 décembre 2009

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J’irai marcher sur vos tongs

                 

                Rageusement, à pieds-joints s’il le faut, je labourerai sans relâche vos savates estivales.

Aucune de vos paires ne serait épargnée : pas davantage celles de plage que celles de soirée.

Vous seriez morte et enterrée, alors.

Alors, donc, rendez-vous dans le passé, mais au moins rendez-vous !

    

     Le souvenir n’a plus cours, et l’histoire est passée à côté, juste à côté de nous. 

Par mégarde, nous l’avions laissée filer, sans rien oser faire.

Des chiens de faïence se regardant, davantage méfiants que véritablement hostiles.

Fixité des regards de deux êtres qui se jaugent, avant de s’en retourner dans leurs coins respectifs.

L’œil en coin, cependant, demeurait en alerte pour le cas où le vent pourrait tourner.

Mais ce fut la pétole et puis, la peur au ventre, nous vîmes la nuit s’écouler, tels deux lycéens à leur fête de fin d’année.

Ce fut la fin, effectivement, du commencement de ce qui aurait pu être si…

         

     N’en faisons pas un drame.

Nos deux vies parallèles n’en furent pas moins pleines de joies et de plaisirs, non ?

Quant au « bonheur », cette notion surfaite dont la définition échappe au plus grand nombre, faute de valeur étalon…!

De quel degré de contentement pouvons-nous nous vanter, vous comme moi ?

Qui sait si notre chance n’a pas été de seulement nous croiser.

A moins que nos orgueils respectifs n’aient tout sapé dès l’antichambre.

Celle de la vie, là où l’on décide de l’assumer plus que de la subir.

    

     Dans votre éclatante jeunesse, de drôles de jeux de rôles semblaient vous convenir à merveille.

Sans fin, vous faisiez preuve d’une faim insatiable pour capter l’attention du plus grand nombre.

Etait-ce par coquetterie, ou bien, essentiellement, afin de vous rassurer ?

Le centre d’un petit monde n’était probablement pas très éloigné de votre belle petite personne.

Vous ne manquiez pas d’adorateurs, non plus de courtisans ; de sentiments, peut-être ?

L’admiration sans bornes, même muette, de certains palliait-elle cette cruelle absence?

Et saviez-vous clairement interpréter tous ces regards en les démaquillant ?

Mais c’est que les passions tues peuvent faire peur, Madame, même effrayer les plus hardies !

Faute d’un peu de discernement, vous auriez pu ne pas comprendre ou deviner qui ne faisait que lâchement se taire, par amour.

Peut-être l’avez-vous fait, d’ailleurs ?

La méprise est pardonnable, si elle n’est pas intentionnelle.

Toutefois, qui pourrait dire vos intentions d’alors ?

    

     Allez, je me dévoue pour endosser l’entière responsabilité de cette erreur fatale !

Moi qui n’aie pas pu, pas su, pas trouvé le courage de vous dire l’indicible.

Moi qui n’aie pas osé vous avouer ma tendre inclination.

Ainsi, vous ne saurez jamais rien de l’amour que je vous ai porté, ni de ce fol espoir qui m’a entretenu durant de longues années, dévastant mon cerveau de toute autre pensée.

Un amour ?

En fait, une histoire bête à pleurer qui m’a rendu (un peu) dingue et même suffisamment fou pour changer définitivement le cours de ma vie.

               

                Je vous ai croisée par hasard dans la rue, il y a huit jours à peine.

Je n’ai rien fait pour me cacher ; vous ne faisiez rien, non plus, pour être vue.

Seule et belle, encore, le regard porté vers l’horizon, vous sembliez détachée et déjà ailleurs, dans une toute autre rue, sans doute celle d’une autre ville que vous traverserez, probablement, dans une toute autre vie.

 

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Sans doute n’aurais-je pas dû persévérer !

Posté par BernartZé le 26 novembre 2009

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A l’heure où aucun fauve ne va plus boire

 

            Je cherche. 

A moins que dans ma nuit je ne fasse seulement semblant de chercher. 

    

     Mais comment font « généralement » ceux qui trouvent…quelque chose ? 

Ont-ils commencé par chercher au hasard, ou, tout au contraire, sont-ils allés droit devant, directement au but, les yeux presque fermés ? 

Ou bien, en se cognant dans un chambranle de porte, soudain la lumière fut ? 

Ce serait plutôt mon style ! 

Accidentel et dangereux en diable, histoire de se faire (plus ou moins) mal pour se soigner ensuite. 

Quand certains savent inexorablement suivre leur route, d’autres opèrent…à tâtons

Ce n’est pas toujours un choix, mais plus souvent un aveu d’impuissance. 

Au lieu d’admettre ouvertement que l’on ignore totalement où l’on va, il est parfois plus subtil et judicieux de taire la désaffection définitive de sa boussole. 

Et de procéder, alors, par petites touches, entre l’impressionnisme, le pointillisme et…la myopie avérée. 

Dans le pire des cas, comme ce soir par exemple, cela débouche cruellement sur le néant absolu. 

Et parfois, heureusement, vient un moment d’allégresse : en plein cœur de la nuit fuse un rire. 

Une joie toute simple et spontanée, sans doute réservée aux travailleurs les plus doués, et, évidemment, aux talents confirmés ou (et ?) innés. 

    

     A défaut d’être cette fois en veine, je vais m’offrir mon petit « quart d’heure colonial », celui du n’importe quoi ; pourquoi pas, puisque personne ne me lira ?! 

Et donc… 

            C’est l’histoire toute bête et anonyme…pianoaqueux.jpg d’un piano aqueux en partance pour l’Amérique, à la nage. 

Si on ne me l’avait pas contée avec ferveur, je croirais volontiers à une pure invention. 

     C’était il y a tout juste un siècle, peu avant la Grande Guerre, aux temps où « la prohibition » n’existait pas encore. 

Le Nouveau Monde attirait toutes sortes de gens : les rêveurs, les chercheurs d’or, les ambitieux, les miséreux, ainsi que bon nombre de musiciens en quête de reconnaissance. 

Et puis, parfois -beaucoup plus rarement- des instruments de musique orphelins, ivres de désespoirs et laissés à l’abandon, faisaient la culbute

Celui-là avait précisément été oublié par une famille partie tenter sa chance de l’autre côté de l’Atlantique. 

Impossible de quitter la Pologne, pour une tribu de cinq personnes, avec plus de dix valises, une dans chaque main. 

Il était bien évidemment hors de question d’émigrer en portant sur leurs dos un piano, fut-il cher à leurs cinq cœurs. 

Et celui du piano se brisa en les voyant partir pour toujours. 

Un mois, jour pour jour, après avoir pleuré toutes les larmes de ses cordes, il décida à son tour de partir. 

C’était un 15 avril, à 3h15. 

Pas moyen de dormir ; pas moyen, surtout, de se consoler seul. 

Tous ses marteaux, à force de cogner, lui avaient donné un affreux mal de crâne et l’avaient finalement convaincu de tenter l’aventure, n’ayant plus rien à perdre. 

              

     Il mit à peine trois mois pour traverser la Pologne, puis l’Allemagne, un bout de la Belgique, et enfin la France, du nord à la côte ouest, empruntant le plus souvent des trains de marchandises, parfois des transports routiers. 

A l’occasion, un chauffeur lui conseilla d’embarquer depuis le grand port de La Rochelle. 

Le port le déçut par sa taille et -surtout- par son refus de le laisser monter sur le prochain bateau en partance, faute de passeport en règle. 

A cette époque, aussi, les agents de l’émigration ne plaisantaient pas avec ces choses-là ! 

Après un temps de réflexion assez court, il n’hésita plus, profitant des feux d’artifices du 14 juillet pour sauter à l’eau. 

Il plongea, flotta et apprit qu’il savait nager. 

Et, plus qu’une seule idée en tête : tenir la distance afin de parcourir les quelques 3400 miles le séparant de New York, LA ville où il aurait sûrement la chance de refaire sa vie. 

Il avait entendu dire que le ragtime y faisait fureur, et que le jazz était en train d’accourir à grandes enjambées en provenance de La Nouvelle-Orléans.

Et, tout en nageant, rvesmarins.jpg …il se voyait déjà en haut de l’affiche ! 

En cours de route, au gré des rencontres, des bateaux croisés et des conseils balancés à tue-tête par-dessus bord, il avait vite réalisé qu’il lui serait nettement plus difficile de gagner New-Orleans que d’atteindre -en ligne presque droite- directement New York. 

Malgré tous ses efforts pour garder le cap, régulièrement il dériva, et aussi régulièrement on le remit dans la bonne direction, sans pour autant prendre la dangereuse initiative de le hisser à bord. 

Son pédalier, sans relâche, le faisait lentement avancer : un coup piano, un coup forte et quand il avait besoin de souffler, il faisait la planche en ouvrant totalement son abattant noir laqué. 

Cahin-caha il lui fallut tout de même quarante-neuf jours, soit précisément sept semaines pour parvenir à…New Rochelle, le 1er septembre. 

Flûte de trompette de saxo ! ; il avait, en définitive, légèrement dévié au nord de la banlieue de New York ; deux miles à peine ! 

Et pour un piano polonais officieusement naturalisé français avant le grand bain, c’était « very funny » de partir de La (old) Rochelle pour arriver à celle du « new world » ! 

Il avait, en chemin, commencé à réviser son Anglais tout en jouant -de mémoire- les premiers accords d’un air de Scott Joplin qu’il avait découvert par hasard, au cours de sa sympathique épopée européenne. 

Aussi entêtant que diablement bien tricoté ce morceau ! 

Il s’accorda deux jours entiers pour que sèchent à l’air libre toutes ses cordes -cuivre et acier bien trempé-, sa laque si peu altérée, son pédalier et tout son mécanisme le plus intime. 

Cela lui permit, également, de dormir de tout son soul durant quarante-huit heures, histoire de récupérer du décalage horaire, en reprenant des forces au passage. 

La saison était si belle qu’il n’eut aucun mal à demeurer tranquillement sur place, au soleil comme à la belle étoile, dans un coin discret du vieux port. 

Quand vint l’heure, le 3 septembre, de reprendre la route pour parcourir les trois kilomètres et quelques le séparant de…New York !!     

    

     Son entrée triomphale passa totalement inaperçue, évidemment.

Le parfait inconnu qu’il était encore ne pouvait en espérer davantage ; la reconnaissance viendrait un peu plus tard, peut-être… 

Histoire de s’en mettre plein les mirettes, il s’offrit une petite balade « on Broadway » et réalisa assez vite qu’il avait bigrement mal aux pieds. 

Par chance et par hasard il trouva un hangar pour abriter sa première nuit et ses nouveaux rêves de new-yorkais. 

Il rêva de Scott Joplin, qu’il n’avait jamais vu, et entrevit leur prochaine rencontre. 

Il songea aussi, durant son sommeil, qu’il n’était pour l’instant qu’un pauvre piano à queue, venu d’Europe de l’Est pour tenter l’aventure, et qu’il ne devait certainement pas être le seul dans ce cas ! 

Et lui vint à l’esprit une image affreuse pianoaqueuxdessinhumoristique.jpg qui pourrait bien sonner le glas de toutes ses ambitions, en représentant sa réelle destinée. 

     Au comble de l’horreur, tout agité, il fut réveillé par…lui-même. 

Plus exactement par son clavier qui était littéralement pris d’assaut par dix doigts alertes prodigieux de souplesse et qui lui imprimaient un rythme syncopé. 

Comme réveil, on pouvait espérer mieux ! 

Quel était donc ce malotru auquel il n’avait pas été présenté et qui s’était senti autorisé à s’emparer ainsi de tout son corps ?! 

Mis à part son attitude cavalière, doublée d’un manque de savoir-vivre évident, le bonhomme ne manquait ni du sens du rythme, ni d’un talent certain. 

Et, quoique trop brusquement revivifié, il caressa l’idée -entre deux sursauts- d’une possible collaboration.  

     Les grands esprits semblant parfois se rencontrer…l’autre le chargea à l’arrière de sa camionnette. 

Il apprit, un peu plus tard, que son ravisseur se prénommait simplement « Ben » et que le morceau qu’il avait joué, faisant bondir tous les marteaux de son corps d’athlète (nageur au long cours !) émérite, s’intitulait « Paragon Rag » (une nouveauté syncopée). 

Il avait, tout récemment, été composé par…Scott Joplin. 

Ça, pour une coïncidence… ! 

Justement le même musicien dont il avait joué, durant sa traversée océanique, un air devenu vite fameux. 

Et ce fut le début d’une toute nouvelle aventure. 

    

     Il visita des caves en pagaille, des sous-sols, des garages et bon nombre de hangars pareils à celui qui avait abrité sa première nuit new-yorkaise. 

Ben, alors musicien en devenir, écumait ainsi toutes les soirées les plus confidentielles, histoire de se faire la main (les deux, de préférence) en se faisant connaître auprès d’un maximum de formations (réduites : deux ou trois interprètes au plus) musicales, lors de sessions généralement improvisées qui finissaient à l’aube. 

A force de persévérance, de nuits sans sommeil et par leurs talents conjugués (évidemment !), ils réussirent à se produire dans des clubs de plus en plus fréquentés et huppés. 

Et c’est ainsi qu’il eut l’opportunité de faire connaissance avec un tas d’autres instruments de musique, tous plus aisément transportables que lui-même. 

En se racontant leurs passés respectifs jusqu’à des heures dites -généralement- indues, il réalisa que son parcours personnel n’était pas nécessairement le plus incredible

Cela lui permit, de surcroît, de se rapprocher, assez intimement, d’une trompette autrefois bouchée. 

Quelques bœufs en duos (de fameuses « jam sessions » !) sont même restés dans les mémoires, ne serait-ce que dans celles des deux instrumentistes qui s’étaient rapidement liés d’amitié, eux aussi. 

    

     Vint enfin le grand soir.

Le Carnegie Hall plein à craquer, pour un gala de charité. 

Il n’oublierait jamais. 

Impossible de ne pas conserver le souvenir d’une émotion si vive. 

Lui, l’émigré, le piano ashkénaze, ce rescapé (à la nage) de l’ancien monde et c’était tout son yiddish d’enfance qui remontait à la surface jusqu’à risquer d’étrangler ses cordes vocales au plus mauvais moment ! 

Il n’aurait pu trouver de mots pour le dire ; alors il se contenta de jouer, Ben le guidant comme toujours, depuis près de sept mois. 

Le printemps, au sortir, était presque déjà là.

        springinny.jpg 

Et de repenser, plus précisément, au moment magique où Ben et lui eurent le plaisir de faire découvrir, à tous ces gens venus en nombre, une toute nouvelle composition de Joseph M. Daly ; quel bonheur pour un morceau intitulé « Chicken Reel » ; quel musique et quel drôle de titre ! 

De quoi donner l’alerte dans toutes les basses-cours de tous les poulaillers de Virginie-Occidentale… 

Du Potomac au Pernambouc…il y avait un peu plus qu’un pas, qu’ils ne franchirent d’ailleurs pas, pas plus Ben que lui, le Brésil étant franchement hors de portée au siècle dernier. 

    

     Cette année-là fut royale pour tous les deux. 

Ils enchaînèrent les contrats dans les clubs les plus renommés de New York et des environs, puis partirent en tournée durant quatre mois. 

Le trompettiste (et son instrument) était de la partie. 

Ce furent peut-être, pour Ben et lui, les instants les plus inoubliables, tant le pianiste et son clavier semblèrent avoir pris la mesure l’un de l’autre, plein de reconnaissance mutuelle et se la rendant bien. 

Passé le nouvel an, ils furent très vite happés par un projet des plus excitants : la création d’un opéra écrit par…Scott Joplin, encore lui. 

L’entreprise était des plus ambitieuses, le compositeur voulant apporter sa pierre à l’édifice de la lutte raciale, en montrant qu’elle ne pourrait aboutir que par l’accès à l’éducation pour le plus grand nombre. 

    

     Comme la décennie avait changé, les vents tournèrent. 

Tout parut se compliquer, avec les problèmes de santé récurrents de Scott Joplin lui-même. 

A partir de ce moment-là, les priorités de Ben, en matière de goûts, se diversifièrent. 

Et il fut de moins en moins rare de le retrouver, au petit matin, profondément endormi sur le clavier de son piano. 

Ce qui lui déplaisait fortement car il avait une sainte horreur de toutes les sortes de vapeurs d’alcool. 

La nausée ! 

Cela lui donnait la nausée, au point de ne plus pouvoir supporter Ben au quotidien. 

Il était naturellement tout aussi désolé du report réitéré des répétitions de cet opéra si prometteur, sans pour autant parvenir à comprendre le laisser-aller de celui qui avait (quand même !) été son bienfaiteur dans ce « new world ». 

Impossible de lui jeter la première pierre, encore moins quatre ou cinq de ses marteaux, même à la dérobée. 

Et de se surprendre à prier pour qu’un miracle arrive enfin. 

En vain. 

La santé de Joplin déclinant, le moral de Ben de plus en plus en berne, il dut décider de son avenir, en toute connaissance de cause(s). 

Il réfléchit, longuement, et choisit de demeurer auprès de celui qui lui avait offert une vie de secours

Sans se douter que, six ans plus tard, il finirait aux abords d’un caniveau. 

    

     L’argent se faisant rare, Ben dut retourner jouer dans les bouges les plus sordides ou malfamés de la ville. 

Les amis des années fastes avaient miraculeusement disparu ! 

Seuls deux d’entre eux semblaient s’entêter à demeurer à ses côtés, vaille que vaille : son piano et une flasque de whisky (en argent) matrschreflasquemoi.jpg dont le contenu, au fil des ans, s’avéra d’une qualité de plus en plus douteuse. 

Et, forcément, il dut un jour se résoudre à la vendre, la remplaçant, alors, par une simple bouteille en verre. 

Quand la poisse vous prend, elle ne vous lâche guère, ou très difficilement. 

L’alcoolisme de Ben sonna incontestablement le glas de leur amitié indéfectible. 

     Pour la petite histoire, leur collaboration…commença à prendre fin le jour où il fut contraint de se séparer -pour un prix dérisoire- de sa camionnette afin d’acheter une autre bouteille. 

Plus moyen de transporter son piano nulle part, pas même dans un vieux club oublié de la 4e rue Ouest de Greenwich Village ! 

Ce fut la fin de tout : des haricots, bien sûr, et plus spécialement de la loyauté de Ben vis-à-vis de l’instrument avec lequel il avait quasiment tout partagé depuis quelques huit années. 

Il se mit à lui faire des infidélités de plus en plus fréquentes, sous prétexte d’aller gagner sa croûte ou -plutôt !- sa boisson. 

L’ayant remisé dans un entrepôt, il pouvait, selon lui, partir tranquille, ne réapparaissant, parfois, que plusieurs jours plus tard. 

    

     Pauvre piano-à-queue abandonné dans son coin, aussi triste que seul ! 

Le 31 janvier, un mercredi, fut pour lui l’ultime occasion de voir son vieux complice d’autrefois ; rien ne filtra des intentions de Ben qui partit sans un mot, ni même se retourner. 

Lui attendit et patienta ; les jours, puis les semaines s’écoulèrent. 

Les rigueurs de l’hiver ne furent rien en comparaison de son dépit de plus en plus extrême. 

Le printemps arriva, il attendait encore, sans plus d’espoir. 

Le dernier vendredi du mois de mars, l’entrepôt fut fermé en vue d’une destruction définitive. 

Du matériel et quelques meubles furent emportés ailleurs. 

Il fut laissé pour mort, tout au bord du trottoir, en compagnie d’une table bancale et de plusieurs chaises décrépites. 

     Choisissant de se laisser effectivement mourir là, il ne vit pas la benne (!) à ordures qui passait non loin. 

L’ironie du sort voulut que Scott Joplin mourût seulement deux jours après lui, un 1er avril, en plein repos dominical ! 

Et pour que cette bonne blague ne lui laissât pas de regret, l’opéra -intitulé « Treemonisha »- qui aurait peut-être changé sa destinée ne put, finalement, être représenté, à Atlanta, que plus d’un demi-siècle après sa propre crémation (il partit en fumée dans une décharge publique). 

    

            Sniff ! Sniff ! Quelle est triste à pleurer cette histoire ! 

Mais quel besoin avais-je aussi de partir dans de tels chemins et autant de traverses…? 

Voilà ce qui se produit quand, en mal d’inspiration, on s’en remet à une vision faite d’à-peu-près ! 

N’est pas peintre qui veut…

     lacalanquepaulsignac1906.jpg

(© 2009/droits réservés)

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C’est (aussi) la vie !

Posté par BernartZé le 19 novembre 2009

 

harakiri.jpg 

Atchoum !!

 

                    Il faut, parfois, être deux pour se (faire) faire hara-kiri [...] 

 

seppuku.jpg 

 

 

(© 2009/droits réservés)

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