C’est pas de moi !

Posté par BernartZé le 3 avril 2010

franoisedorlac.jpg 

Irrésistible, non ?!

 

                – « On ne peut pas être amoureuse de papa, maman a essayé ».

 

lachasselhommeedouardmolinaro1964.jpg  (« La chasse à l’homme » d’Edouard Molinaro, 1964)

Publié dans C'est pas de moi ! | Pas de Commentaire »

« Souvenirs, souvenirs »…!

Posté par BernartZé le 25 mars 2010

lartdtregrandprevh.jpg   dorothyhamill.jpg

Allô paman, bobo (!)

        

          Ce soir j’ai quatre-vingt-treize ans, l’âge d’être grand-père.

Je ne le deviendrai jamais ; je n’ai pas été père. 

    

     Autant tout de suite dire que c’est sûrement un mal pour un bien.

Ma plus grande non-œuvre, en quelque sorte !

C’eut été un désastre, un vrai naufrage, avec femme, enfant(s) et petit(s)-enfant(s) passés par-dessus bord.

Des vies sauvées, finalement.

Et de me féliciter -clairement- de n’avoir entraîné nulle autre âme dans ma dilution.

    

     Avec des petits-enfants, sans doute aurais-je pu donner, un temps, le change.

Risette à gauche, risette à droite ; à cheval sur le baudet, façon Hugo ; tout l’art de devenir grand-père ne me serait pas venu aussi facilement, mais quelques menus efforts ne m’auraient pas semblé hors de portée.

Jusqu’au jour où, l’inquiétude me rattrapant, j’aurais sans doute craint pour leur avenir.

Une paille en regard de ce qu’auraient été mon angoisse et mon affolement en essayant d’élever un ou plusieurs de leurs parents !

    

     Comment bien faire, tout en n’ignorant pas que nul ne peut y parvenir ?

Tous les parents du monde (j’oublie sciemment les « indignes », même malgré eux) font tout leur possible pour donner le meilleur à leurs enfants.

Ils proposent, ceux-ci disposent comme bon leur chante.

Avec le sentiment que leur sacrifice est juste un don, un cadeau allant de soi.

Sans espoir de retour et avec la conscience de ne jamais en être remerciés.

L’ingratitude des enfants est, par définition, inéluctable, pour ne pas dire légendaire.

Bref, d’une manière ou d’une autre, elle finira -forcément !- par pointer le bout de son nez.

Dans certains cas, les dommages collatéraux ne s’avèrent pas irrémédiables.

Et la vie suit son cours.

    

     Le mieux étant supposé être l’ennemi du bien, comment se contenter d’élever ses enfants à peu près, en essayant de leur inculquer le goût de la libre pensée, et tout en…ne manquant pas de les « encadrer », histoire de leur apprendre quelques bonnes règles de vie en société ?

Soudain l’image d’une laisse me vient à l’esprit.

Ni trop courte, ni trop longue, afin de ne pas entretenir de fausses illusions.

C’est ignoble et inhumain ; je sais bien, merci !

Il n’empêche que c’est, parfois, en voulant trop bien faire que l’on pervertit ses propres enfants.

Trop libres, ils s’égarent, trop opprimés, ils se révoltent.

Dans tous les cas, ils vous en veulent, plus ou moins.

A coup sûr, au moment de désigner les coupables, j’aurais hâtivement levé les deux mains, avant de me frapper violemment la poitrine.

Mea culpa, mea culpa ; c’eut été inévitablement ma très grande faute !

N’ayant pas même réussi à élever un animal -dit- domestique, je ne vois vraiment pas comment j’aurais pu mener à son terme…l’accomplissement d’un enfant.

Je ne crois pourtant pas manquer d’imagination…

D’autre part : comme a -plus ou moins- dit Khalil Gibran (dans « Le prophète ») : « nos enfants ne sont pas nos enfants, ce sont les enfants de la Terre ».

Et avec ça, ne perdez jamais de vue qu’ils vous quitteront nécessairement un jour prochain !

Ayez des enfants !!…

        

          Un été, au siècle dernier (!), mon chemin croisa celui d’une femme enceinte jusqu’aux yeux, ainsi que l’on a coutume de dire.

Ses yeux gris anthracite ne me parurent pas spécialement bouffis ; à quoi bon perpétuer ce genre d’idée reçue ?

Bref.

Point de canicule en vue ; elle avait pourtant constamment chaud.

L’eau glacée la désaltéra un temps, puis vint celui des cônes et des esquimaux, à la fraise ou à la vanille, exclusivement !

Elle s’essaya aussi au maniement de l’éventail japonais (made in Taïwan !) et finit par se résoudre à prendre réellement les choses en mains, le taureau par les cornes et la direction des opérations en attendant le jour de l’accouchement.

A j-3, sûre d’elle, elle m’invita à l’accompagner à un spectacle de danse sur glace.

Il s’agissait de la tournée post-olympique et mondiale.

C’était la grande époque de Dorothy Hamill et Dianne de Leeuw, John Curry et Vladimir Kovalev, sans oublier l’éternelle Irina Rodnina qui patina durant un siècle et demi en épuisant deux partenaires différents !

Jusqu’à l’entracte (afin de resurfacer la patinoire), la fraîcheur fut de mise.

Nous avions eu le loisir d’applaudir quelques ballerines sur lames qui avaient ouvert le spectacle, puis tous les récents médaillés, d’argent et de bronze.

J’étais assez impatient, prenant de plus en plus goût à un sport dont j’ignorais presque tout la veille, de voir apparaître les meilleurs d’entre tous.

La glace à peine refaite, Agnès m’annonça, entre deux battements d’éventail, qu’elle venait de perdre les eaux.

Nous ne vîmes jamais Dorothy Hamill faire son entrée.

Le temps d’un rire aussi moqueur que dubitatif et je commençais à paniquer.

Elle, au contraire, fit en sorte de se lever le plus discrètement possible pour ne pas déranger, et attendit que nous soyons dans le hall pour s’affaler légèrement.

Son mari étant en perpétuels déplacements, elle n’eut personne à prévenir (les portables n’existaient pas, alors) avant l’arrivée d’une ambulance quelque peu apathique.

Elle eut à peine le temps d’être allongée en salle de travail, que venait au monde…Dorothée, la bien nommée.

Quatre kilos trois cents de chair, de sang et de cris en rafales.

Tout le monde se portait bien ; c’était bien là l’essentiel.

Le mari -et nouveau père- ne fit sa réapparition que cinq jours après, d’où quelques problèmes administratifs pour déclarer la naissance de son premier enfant.

Juste le temps pour moi de m’éclipser définitivement.

Je n’ai jamais revu Agnès, pas davantage sa fille ; quant au jeune père…

Mon petit écran noir et blanc me donna l’occasion, quelques mois plus tard, de voir enfin Dorothy Hamill en action.

        

          « Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
             Pour un crime quelconque,… » et…

…je retourne en enfance !

A l’époque où ce cher Hugo me permettait de tuer le temps sur le chemin de l’école, quand il me fallait pédaler à toute berzingue, pour cause d’éternel retard.

Plus tard, d’autres « classiques » me motivèrent aussi (histoire de varier les plaisirs) ; des extraits théâtraux notamment.

Mais je dois bien avouer qu’au rayon poésie, Totor est sans doute demeuré mon favori.

Ce que l’on peut être sentimental, étant jeune !

Et de penser, soudain, que je viens de dépasser d’une décennie l’âge de sa dernière heure.

J’en reste presque sans voix, et assurément sans descendance, contrairement à lui.

    

     A quoi me sert d’avoir atteint cet âge quasi canonique flirtant dangereusement avec mon premier (!) siècle ?

En d’autres termes : qu’ai-je donc fait de ma vie ?

« J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs… »

Voilà que ça me reprend !

Veni, vidi, mais ai-je vraiment vixi ?…

    

     Je n’ai pas connu la peine d’enterrer un enfant.

J’ai fait ce que j’ai pu ; le plus joyeusement possible, malgré tout.

J’ai beaucoup voyagé par la pensée, à travers le monde également.

J’en ai rapporté plus d’images et de souvenirs que de photos ou de cartes postales.

Je me suis même offert le luxe de vivre trois ans en Papouasie-Nouvelle-Guinée, juste pour parfaire mon Anglais, dans des eaux plus océaniques.

J’en ai profité pour apprendre quelques mots de Tok pisin, afin de me fondre davantage dans le décor.

J’y avais trouvé meri qui avait déjà un pikinini.

Mais elle finit par se lasser de mes absences à répétition.

J’étais pseudo journaliste pour une feuille de chou de Lae (située à environ trois-cents kilomètres au nord de Port-Moresby), et bénévole le reste du temps dans un hôpital de brousse.

A mon cinquième séisme, je décidai de mettre les voiles et de rentrer définitivement sur le Vieux Continent.

Deux ou trois adieux déchirants furent le prix de mon abandon.

C’est ainsi que j’ai commencé à renoncer à mon plan d’évasion qui était censé me mener loin de moi-même.

Sur le chemin du retour, j’en ai -tout de même !- profité pour faire quelques escales : d’abord l’Australie (évidemment), puis la Thaïlande et l’Inde, le Qatar, la Turquie, la Hongrie, la Suisse et…Besançon me revoilou !

Finalement, je suis bisontin depuis plus d’un demi-siècle.

Besançon, son histoire (quelques vestiges gallo-romains) et sa citadelle (merci Vauban ; toujours lui !), sa qualité de vie, ses plantes vertes et sa température extrêmement tempérée.

Tout juste de quoi m’enrhumer, hiver comme été !

Rien d’étonnant si tout espoir de sérénité s’est envolé et si chaque nouveau printemps ne me met pas en fête.

D’aucuns diraient que je suis quelque peu blasé.

Que nenni !

    

     Une chose est sûre : faute d’un mode d’emploi, je n’ai presque rien compris à La Vie !

Comme tout le monde -j’imagine- j’ai cherché à percer le mystère et le sens de tout cela et à découvrir ce que j’étais venu faire dans cette galère !

Sans oser parler de « bagne terrestre », je ne puis considérer mon humble expérience comme une sinécure.

Il y eut des hauts, aussi rares que vertigineux, et des bas.

L’appel du vide ne m’est pas inconnu. 

Aujourd’hui, vu mon grand âge, je peux en rire, comme en pleurer.

Mieux vaut en rire, pour faire meilleure figure !

Et surtout pour ne rien regretter.

Ai-je bien assez vécu ?

Bien assez ; sans le moindre doute, puisque je cours le risque de devenir centenaire.

Bien ?…

Il y aurait, inévitablement, matière à débattre entre tous mes mois, faute d’autre combattant.

Trop d’émoi en perspective !

Je ne suis même pas certain de vouloir y porter le moindre intérêt…

        

          Dans le doute (et le Doubs !) je vais demeurer jusqu’à la fin du temps qui m’était imparti.

C’est étrange, je repense ce soir à Agnès et sa fille, et à Dorothy Hamill dont toutes les paires de patins ont dû s’oxyder depuis belle lurette…

lacitadelledebesanon.jpg 

(© 2010/droits réservés) 

Publié dans "Souvenirs, souvenirs"...! | Pas de Commentaire »

Que de questions existentielles !

Posté par BernartZé le 19 mars 2010

questionsexistentielles.jpg    dfenestrations.jpg

Plus existentiel, tu meurs !

                  

          Lors d’une récente défenestration volontaire (pas de chance, encore raté !), j’ai été amené à m’interroger.  

Quel serait le mois idéal pour un suicide en règle parfaitement réussi ?  

                                      

     Selon mes sources, le mois de décembre, grâce à la période des fêtes, est le plus couru.

J’ai personnellement été victime, il y a quelques années, d’une pauvre désespérée qui, s’étant jetée sur la voie, avait retardé mon train de trois bonnes heures.

C’était un 25 décembre, à la nuit -largement- tombée.

Et ce fut, selon moi, mal venu.

Qu’il s’agisse de rails de train ou de métro, je déconseille fortement la « méthode Anna Karénine » ; trop romantique et lyrique pour ce siècle.

Et puis quel embarras et quel manque de savoir vivre en société !

Je devine, cependant, que cette misérable avait été mue par une angoisse extrême, celle de devoir supporter -encore- Noël et Jour de l’an, seule et sans espoir.

A quoi bon se contraindre à finir une année et se forcer, ensuite, à en commencer une autre…tout aussi vaine ?

     Faute de courage, de persévérance, de volonté ou simplement d’envie, elle -comme tant d’autres- n’a pas jugé bon de patienter pour voir à quoi pourrait bien ressembler le début de l’année suivante, ne doutant pas de le savoir à l’avance et trop certaine de ne pas tenir à le vérifier.

N’est-ce pas compréhensible ?…

    

     Aurait-elle mieux fait d’attendre les premiers jours d’un nouveau janvier pour se décider à tout quitter ?

Enfin…« tout » équivalant à presque rien, était-il vraiment utile d’en endurer davantage ?

Elle seule pourrait le dire ; elle a choisi.

     Pour les plus désespérés, en janvier tout recommence, pareil ; la pente -entière- est à remonter, une fois de plus.

Sisyphe (et son mythe) n’est guère loin.

Et en plus il fait froid !

Certains, trop curieux, ont eu -chaque année- la tentation de temporiser un peu, dans l’espoir (tant qu’il y a de la vie !) de jours meilleurs.

Pas étonnant s’ils ont bouclé leur siècle, vieux et toujours malheureux !

Une fois morts, de leur belle et naturelle mort, ont-ils -finalement- regretté d’être entrés, malgré eux, en résistance passive ?

Aucun sondage n’a jamais été fait sur ce sujet particulièrement pointu.

Les instituts concernés manqueraient-ils à ce point d’imagination et de fantaisie ?

Ou cela n’intéresse-t-il réellement personne ?

L’absence de curiosité peut mortellement nuire à la santé…

    

     Passé janvier, en ligne de mire, février et ses vacances (même déscolarisé -question d’âge- quelques réflexes perdurent), puis rapidement Pâques et le printemps ou…le printemps et Pâques ; je ne saurais dire, ça change tout le temps !

Les beaux jours reviennent.

Entre nous, pour ceux dont la vie ne tient plus qu’à un fil, ça leur fait une très belle jambe !

De même quant à la Nature qui se réveille, les plantes et les fleurs qui s’épanouissent, les oiseaux qui se remettent à chantonner à tue-tête -tout en volant- et les mouches qui trompètent !

Lorsque l’idée obsédante d’un possible suicide est en vous, toute ces considérations n’ont pas la moindre importance.

Et la Terre continue de tourner (!)

Comme c’est original…

    

     L’été approche, l’été arrive, l’été est là ; le temps des grandes vacances est revenu.

Il fait beau, il fait chaud, les robes légères laissent apparaître le meilleur et le pire.

On va bronzer, on va danser, on va chanter et s’amuser.

Et tout le monde devra être content, même ceux qui n’auront pas de vacance.

En août, le cœur des grandes villes se vide.

Et si l’on s’offrait un nouvel essai ?

Tant de temps à tuer n’est-il pas trop tentant ?…

Certains continuent à hésiter ; d’autres finissent par se lancer.

Dans le vide de leur vie passée, ils sautent à pieds joints ou sur une jambe, comme à la marelle.

Ceux qui continuent -en dépit de tout- à procrastiner oublieront rapidement les occasions perdues de gagner leur ultime combat.

L’été s’achève, déjà.

    

     C’est l’heure de la rentrée, scolaire, cinématographique, littéraire, universitaire (…)

Quoi qu’il vous en coûte, vous devez rentrer, même si vous n’êtes jamais sortis.

Faites semblant, avec un minimum de grâce !

Un petit tour de pâté de trois ou quatre maisons et hop !

Vous faites, à nouveau, votre entrée triomphante dans vos pénates où rien n’a changé depuis une vie, ou presque.

Quelle aventure !

     Octobre, novembre, la Toussaint.

Ne serait-il pas facile de rejoindre -fissa !- les morts, quitte à emprunter le chemin menant à la contre-allée pour saluer ceux des autres ?

Et en plus, il fait de nouveau froid !

Encore une bonne occasion perdue, sauf pour ceux qui n’ont pas manqué de franchir le pas.

L’Armistice étant un privilège réservé à un petit nombre, on se retrouve soudain début décembre, et toujours « en vie ».

Façon de parler !

    

     Et voilà que la boucle est sur le point d’être bouclée.

Noël revient à grandes enjambées, toute une autre année s’est encore écoulée.

Et toujours pas mort ; c’est déplorable !

N’est-il pas stupide de perdre ainsi son temps à le tuer en vain ?

Rien n’est advenu, plus rien ne vient ; comme c’est surprenant !

Les sapins se repointent, les guirlandes fleurissent à nouveau et les boules quiès.

On n’entend même plus le glas sonner, c’est dire !

        

          Quoi qu’il en soit, quoi qu’il puisse en être, on mourra bien un jour ou l’autre, comme tout le monde.

Enfin, espérons-le…

vivreoumourir.jpg

(© 2010/droits réservés) 

 

Publié dans Que de questions existentielles ! | Pas de Commentaire »

Du vécu (ou presque)…

Posté par BernartZé le 9 mars 2010

alaloupe.jpg                         fleche.jpg

Priorité à l’emploi et…à la réduction mammaire

           

            Ma décision est ferme et définitive : tout va devoir bientôt changer.   

       

     A trente-et-un ans révolus, j’en ai marre !  

Marre de ne pas être prise au sérieux, marre de multiplier les petits boulots d’étudiante attardée, marre et re-marre de n’être jamais directement regardée dans les yeux !

C’est lassant, à la longue, d’être prise pour une pomme, que ce soit par les patrons, les collègues ou les hommes.

Je vaux sûrement mieux que ça !

A force de trouver normal ce mode opératoire, j’ai failli définitivement oublier que j’avais aussi un cerveau.

    

     Alors que je suis brune, j’ai vraiment l’impression d’avoir toujours été déconsidérée comme une blonde.

Désolée pour elles, mais je n’ai rien à voir avec leurs histoires et les mauvaises blagues qui leur collent au cuir chevelu.

Personne ne parviendra à me décolorer !

Il est grand « temps pour moi de reprendre ma vie en mains » (j’ai entendu ça dans un film) et de refuser, à l’avenir, toute forme de dénigrement.

    

     Mes priorités devront, sans aucun doute, se focaliser sur la lecture des petites annonces, le pôle-emploi et la constitution d’une cagnotte.

Mais comment mettre suffisamment d’argent de côté sans un vrai travail et comment en trouver un, de façon durable, avec ce poids-là ?

Qui de l’œuf ou de la poule…?

    

     Afin de m’alléger définitivement, il paraît aujourd’hui évident qu’il me faut, sans tarder, changer de bonnet.

Pas de bonnet de bain, en caoutchouc ou en lycra, pour parader à la piscine avec une tête de tortue mal réveillée !

Il s’agit tout simplement pour moi de remonter l’alphabet d’ici peu.

Au moins d’une lettre ou deux, au minimum d’un cran.

Bien sûr je ne prétends pas que je pourrai alors me regarder en face, en me trouvant plus digne d’intérêt ou de confiance.

Réflexion faite, tout est là : pour inspirer confiance, il faut avoir foi en soi.

Et moi, je doute.

Je doute de mes capacités intellectuelles et physiques.

Je doute de mes capacités d’adaptation, en milieu professionnel, urbain et aquatique.

Je doute de tout et de son contraire ; c’est dire !

Mais cette année, c’est décidé, je vais me soigner.

    

     Prenant le problème à bras-le-corps, mon corps en mains, mes mains que je mets sur mes hanches et les bras en avant, je décide de changer.

Je vais changer d’atmosphère, de sphère sociale, de centre familial et de cercles concentriques.

Finis les ronds dans l’eau.

Il va falloir tracer, ma fille !!

    

     Selon un plan de bataille bien défini, je vais éviter de pratiquer -comme beaucoup outre Atlantique- la méthode Coué.

Je ne deviendrai pas, du jour au lendemain, la plus douée, la plus intelligente, ni la plus belle, pour aller danser, travailler ou être aimée.

Et ce ne sera pas grave !

Ce qui m’importe est de trouver ma voie et de me faire entendre.

Pour moi, être « reconnue », signifie bien plus être appréciée pour ses qualités, qu’être renommée.

Si je change de bonnet, je tiens à conserver mes nom, prénom et couleur de cheveux d’origine !

N’en déplaise à certaines, je ne me trahirai pas complètement.

« La valeur n’attend point le nombre des années »…qu’il disait d’antan !

J’ai dû ronger mon frein, moi, pour espérer seulement exister.

Je n’ai connu ni triomphe, ni victoire et je ne m’en plains pas.

Si j’ai pleuré, parfois, c’était de ne plus réussir à serrer les dents.

Des moments de faiblesse, d’abandon, de lassitude et de désespoir, j’en ai connu des tas.

Je suis toujours vivante.

Ce n’est peut-être pas la moindre de mes qualités.

    

     A présent, il est grand temps de recompter mes sous, mes vieux francs et toutes mes nouvelles valeurs européennes.

Ça va coûter bonbon !

A moins que la Sécu n’accepte de prendre en charge mon excédent mammaire.

C’est idiot, à la veille de l’intervention, je me demande encore quel peut bien être le poids d’un sein et de combien je serai délestée !

On m’a parlé de grammes par centaines, j’ai l’impression qu’il faudrait m’en enlever des milliers.

Pourvu (tout de même) que ma poitrine ne finisse pas par accoucher d’une souris ou d’un rat de laboratoire transgénique !

J’ai un peu peur.

    

     J’ai conscience que demain ne sera pas synonyme de révolution.

J’aspire, plus humblement, à évoluer, quitte à heurter certains esprits susceptibles.

Je compte sur leur intelligence pour s’en remettre rapidement.

     Je me veux résolument optimiste : si je regarde par-dessus mon épaule, mon avenir est bel et bien derrière moi !

           

            Et si le Prince Charmant n’existe sans doute pas, je suis certaine de bientôt réussir à me voir offrir le travail qui saura me combler…

 

ngatifdeveronicalake.jpg 

(© 2010/droits réservés) 

Publié dans Du vécu (ou presque)... | Pas de Commentaire »

Aphorismes, citations, fulgurances et délires verbaux en tous genres (!)

Posté par BernartZé le 5 mars 2010

ourlure.jpg   ourlureinv.jpg

Bouleversifiant !

 

                L’ourlure de ses lèvres la troubla définitivement.

 

(Ce sont des choses qui arrivent parfois…!)

(© 2010/droits réservés)

Publié dans Aphorismes, citations, fulgurances et délires verbaux en tous genres (!) | Pas de Commentaire »

Que de questions existentielles !

Posté par BernartZé le 20 février 2010

automatedwardhopper1927.jpg

Qu’est-ce qu’on attend pour être vieux ? 

 

            En dix ans, elle avait l’air d’avoir pris deux vies.   

       

     Nous étions tombés l’un sur l’autre par hasard dans un café, une décennie après nous être quittés.  

L’effet de surprise fut total pour tous deux.

En entrant, je l’avais immédiatement aperçue, pourtant cachée dans l’angle mort.

J’avais jeté un simple regard circulaire en me retournant, une fois à l’intérieur de la salle.

Quoique la voyant apparemment seule, j’avais brièvement hésité à m’approcher de sa table.

Elle semblait un peu trop triste et peut-être un peu trop esseulée pour que j’ose l’aborder sans craindre de la déranger.

Mais elle leva soudain la tête et esquissa un sourire qui m’encouragea à m’approcher, puis à m’asseoir, suite à l’invite de son regard.

S’ensuivit quelques phrases toutes faites.

- Tiens, bonjour. Quelle surprise ! Comment vas-tu ? Quel drôle de hasard. Depuis le temps !…

Rien que de très banal et anecdotique ; indigne de notre passé commun.

 

     Et puis je vis ses yeux, toujours noisette et toujours en amande.

Une certaine lassitude pouvait s’y lire ; de même, on pouvait déceler sur son visage une langueur qui m’était autrefois inconnue.

D’aucuns auraient parlé d’un regard voilé.

Une fatigue passagère, sans doute.

Mais je devinai assez vite qu’elle avait fait escale depuis un bon moment.

Pourtant, à l’écouter, tout allait plutôt très bien pour elle.

Le travail, la vie plus personnelle et privée ; elle avait beaucoup voyagé, avait fait plein de rencontres et découvert des pays incroyables, surprenants et bouleversants, à chaque fois.

Elle vivait en couple depuis plusieurs années et avait une fille de sept ans et demi.

Elle espérait même avoir très bientôt un second enfant.

 

     Toujours attentif, je ne pouvais m’empêcher de sentir monter une vague d’inquiétude ; quelque chose ne collait pas tout-à-fait.

Et soudain le ressac me laissa interdit.

J’en eus la certitude.

Tout ce que je venais d’entendre n’était que pure invention.

Ni preuve, ni argument fondé à avancer, mais la sensation de plus en plus ancrée d’avoir été mené en bateau depuis le début de nos retrouvailles.

Elle avait l’air sincère, mais je parvenais de moins en moins à la croire.

Plus elle donnait de détails sur sa vie, moins je réussissais à les penser véridiques.

Ses mensonges erronés, qu’elle rendait authentiques, ne pouvaient pas me tromper davantage.

Elle était vraiment lasse.

Sa vie avait fini par ne plus l’intéresser.

Et il n’était pas difficile d’imaginer qu’après des luttes sans relâche, elle avait accepté de baisser pavillon.

Tout en faisant preuve de l’orgueil ultime de vouloir le cacher le plus longtemps possible.

Je n’aurais pu lui en vouloir, ne serait-ce qu’en vertu d’une tendresse conservée.

 

     Elle me fixa droit dans les yeux ; je crus deviner ce qu’elle attendait de moi.

Trop fière, elle devait se sentir incapable de me demander quoi que ce fût.

C’était, je crois, une oreille attentive dont elle avait le plus besoin alors.

Comment l’aider sans lui donner le sentiment de lui porter secours ou de la prendre en pitié ?

Son désarroi me touchait ; quoi de plus normal pour deux anciens amants ?

Nos chemins s’étaient depuis longtemps éloignés, mais j’avais l’impression, en la retrouvant là, que le sien l’avait égarée.

Je n’avais jamais mésestimé -jadis- sa capacité à trop se laisser envahir par le doute ; celui qui s’insinue, provoque des courants d’air, et finit par faire claquer portes et fenêtres.

Mais autrefois, à deux, nous parvenions toujours à y faire face.

Outre « des voyages, plein de rencontres et la découverte de pays incroyables, surprenants et bouleversants », qu’avait-elle réellement fait de sa vie?

Ne pouvant lui poser directement la question, il me faudrait le deviner au travers des mots qu’elle voudrait bien me faire entendre.

 

     Une aide imprévue vint à ma rescousse sous forme musicale.

     Un vieux standard de la chanson française qui l’émut brusquement, au point de sortir en courant du café.

Je dus même aller la repêcher dehors au bout de cinq ou dix minutes.

Suffocante, elle était en larmes.

A nouveau assis et au chaud, je compris qu’elle avait défailli en croyant s’entendre rappeler à l’ordre par des phrases toutes simples qui l’avaient touchée en plein cœur.

Une fois encore, il était question du temps qui passe et qui va, nous échappe, nous file entre les doigts, nous laissant exsangues, éperdus.

Son petit menton avait la tremblote, ne manquant pas de m’émouvoir.

Afin de ne pas finir aussi bon à essorer qu’elle, je dus redoubler d’efforts pour ne rien laisser paraître et tenter de la ramener à la surface, après une longue apnée.

Ce ne fut ni sans mal, ni sans l’aide d’un bataillon de mouchoirs en papier.

Tristes forêts !

 

     Toutes ses dernières défenses paraissaient s’être subitement écroulées.

Submergée par le temps qui lui était soudain compté, elle n’avait pas davantage le courage de faire face que de continuer à faire semblant.

C’était la fin du monde, des haricots -au passage-, celle de ses derniers espoirs et de ses ultimes illusions.

Pas franchement gai !

A part sortir un nez de clown du fond troué d’une poche, j’avais peu de chances de parvenir à lui rendre le sourire.

C’eut été sans compter sur son merveilleux sens de l’humour…

     En dépit de ses bras qui lui étaient déjà tombés, des « erreurs » qui l’avaient marquée et des regrets dont elle n’avait pas manqué de s’encombrer, elle savait qu’il lui faudrait « vaincre ou mourir » (son clin d’œil personnel au siècle des Lumières).

Malgré ses nombreuses guerres, l’ennui la menaçait encore.

Sans doute était-ce sa seule arme défensive face au temps qui filait sous ses yeux.

Elle avait bien récemment tenté de se remettre à la natation, à (seul) dessein de noyer ses larmes ; mais après deux séances, elle avait décrété que les longueurs de bassins aquatiques avaient un fond mais pas de fin.

Et surtout les piscines étaient bien trop peuplées !

 

     Je l’écoutais s’évertuer à gagner du temps.

Elle ne mentait plus, mais taisait l’essentiel ; toujours ce même orgueil, si humain et si compréhensible.

Plus de pleurs ; je la connaissais pourtant suffisamment pour la voir s’efforcer de reprendre le contrôle d’elle-même.

Quitte à lui tendre une perche de quinze pieds de long, dans l’unique but de l’aider à cesser ses atermoiements, je dus lui porter un coup en plein cœur en lui demandant le prénom de sa fille.

Elle n’en avait pas, évidemment.

Depuis bientôt huit ans, il ne lui était pas possible de ne pas repenser -à date fixe, et aussi tout le temps- à l’enfant qu’elle n’avait finalement pas eu.

Mon cœur fit un bond avant de me laisser le loisir de mieux compter.

Toujours était-il que cette longue histoire, avec cet autre homme, l’avait marquée plus qu’elle ne l’aurait voulu.

Rien de surprenant à ce qu’elle continue à se demander si elle avait fait le bon choix autrefois.

Aussi proche que cela pouvait lui paraître, il lui fallait s’en éloigner pour simplement se sauver.

 

     Comment se défaire des liens qu’elle avait seule noués ?

Il y a quelques années, elle avait -un bref moment- songé à recourir à une aide extérieure, celle d’un « médecin de l’âme » ; et elle s’était, l’instant suivant, vite moquée d’elle-même.

Que pourrait donc comprendre un étranger à un attachement excessif non partagé ?

Elle s’était bercée d’illusions, voilà tout, en patientant dans l’espoir d’un sentiment plus réciproque.

En retour, elle avait dû se contenter de vagues promesses, qu’elle avait voulues vraisemblables.

Et plus le temps avait passé, plus elle s’était fourvoyée.

Jusqu’au jour où il avait décidé de ne plus lui mentir ; juste un peu trop tard pour elle qui se retrouvait subitement seule, avec ses folles attentes et son amour mort-né.

Et pour unique perspective d’avenir, une assurance risquée sur son désespoir.

     Alors, pour sûr, le chemin avait été long.

Il avait d’abord fallu compter et recompter les jours, afin de savoir le délai qu’il lui restait, tel un compte-à-rebours mortel, qu’elle que puisse être sa décision finale.

Elle avait dû la prendre toute seule, jusqu’au bout.

Petite dépression de circonstances, histoire de marquer le coup, puis retour à un semblant de vie, professionnelle essentiellement.

Ayant touché le fond, sans piscine, ni aucun pull marin, elle avait pris le large, lors d’un mois de congés passé à rester enfermée entre ses trois (le quatrième, manquant, étant constitué de deux portes-fenêtres vitrées) murs de couleurs différentes.

Elle s’épuisa à tous les repeindre en grège, histoire de les uniformiser quelque peu.

Un brin déprimant, même avant que les trois panneaux aient eu le temps de sécher !

Ne pouvant pas davantage se permettre de déménager que de ressortir ses pinceaux, elle s’enferra dans son déni.

Tout allait bien aller, forcément.

Elle faillit réussir à s’en convaincre, avant de se retrouver hospitalisée -durant une dizaine de jours- pour cause d’anémie.

On la requinqua, la « reboosta », la remit vite sur pieds, afin de mieux lui faire comprendre que son lit était déjà réservé par un autre patient.

Elle n’eut pas de mal à deviner qu’elle n’était plus la bienvenue.

Peu lui importait, tant elle regorgeait de projets plein la tête !

Toujours amoureuse, malgré elle, elle décida de prendre les choses en mains.

Comment faire le deuil d’un amour déçu ?

En rempotant, madame !!

 

     Commença l’heure des longues et intensives séances de jardinage.

Elle se fit la main sur ses quatre mètres carrés de balcon (devant ses portes-fenêtres), multipliant les pots, les bacs, les jardinières, et utilisant même des assiettes creuses (repeintes en fonction de ses humeurs) en terre cuite afin de faire original.

Sa plus grande fierté ?

Un « vase traditionnel flammé », une poterie ramenée par ses soins -directement d’Anduze- non pas à dos de chameau, mais dans le coffre de sa petite voiture citadine trois places  (un demi-mètre de hauteur pour près de quinze kilos de terre cuite, quand même !).

Au premier regard, elle décida de le consacrer à une potée de hautes jonquilles ; ce qu’elle ne manqua pas de réaliser, dès son retour.

L’effet, superbe forcément, lui fit un bien fou et heureusement durable.

     Son balcon étant fait, elle s’en prit à celui de ses parents, qui avait l’avantage d’être trois fois plus spacieux.

Ceux-ci commencèrent par regretter de n’être pas retournés couler leurs vieux jours à la campagne, avant de se raviser au vu du résultat.

Ils durent admettre, pour une fois, que leur fille aînée avait un certain talent et la main plutôt verte.

     La nature avait fait son œuvre, les fleurs avaient éclos avant de se faner, les plantes avaient grandi avant que d’hiverner ; toute une année s’était finalement écoulée.

Et un matin de février, elle s’était réveillée, l’âme et le cœur moins lourds.

Son amour arraisonné n’avait plus lieu d’exister.

Prudente, elle préféra modérer son triomphe, de peur que l’adversité ne l’ait pas définitivement délaissée.

Mais non, rien de plus malheureux ne lui advint ensuite.

Elle finit simplement par réaliser qu’elle n’aurait jamais d’enfant.

De là à renoncer à devenir mère…

 

            Alors pourquoi cette triste figure lors de nos retrouvailles inattendues, dans ce café ?

En célibataire assumée qu’elle ne doutait plus de demeurer, elle était sur le point de se rendre au rendez-vous initial suivant l’agrément de la commission d’adoption.

Et, à l’idée de rencontrer son premier enfant, elle craignait de ne plus jamais avoir l’occasion de s’ennuyer…

 

            Vivement que nous soyons (sages et) déjà morts !

 

 grge.bmp   poteriedanduzevasetraditionnelflamm.jpg (Voilà qui ferait une très jolie urne funéraire !)

(© 2010/droits réservés) 

 

Publié dans Que de questions existentielles ! | Pas de Commentaire »

Aphorismes, citations, fulgurances et délires verbaux en tous genres (!)

Posté par BernartZé le 14 février 2010

couloirverslenfer.jpg 

Pour les plus optimistes

 

                – L’enfer, s’il existe, quelle douce rêverie après la vie !…

 

rveriebleuermidujat.png

 (© 2010/droits réservés) 

Publié dans Aphorismes, citations, fulgurances et délires verbaux en tous genres (!) | Pas de Commentaire »

Etrangement bizarre…

Posté par BernartZé le 8 février 2010

cravate.jpg  montrecabestan.jpg

vertigedelatour.jpg  lunebleue.jpg

Des liens, des faits

 

            Quel rapport peut-il bien exister entre une montre, une cravate, une lune bleue, un gratte-ciel et le nombre 127 ?

Qui ne donnerait pas sa langue à son chat, ou éventuellement à celui du voisin, pour connaître la réponse ?

Sachant que la tour en question fait bien plus de cent-vingt-sept mètres (de…hauteur), c’est tout-de-même l’enfance de l’art, surtout si l’on part de l’indice de couleur concernant la lune !

 

     Bleue, comme…une orange (l’idée ne m’est pas venue le premier !) ; bleue, comme la surface des mers et des océans (quand ils et elles ne sont pas pollués) qui constituent pas loin des trois quarts de notre planète (à peine plus d’eau…sur Terre que…dans un corps humain) ; bleu, comme le ciel quand il a décoléré ou comme un myosotis ornemental, voire une nigelle de Damas (toxique).

Mais, attention, en aucune façon bleu turquoise !

Et vu qu’à ma montre -sans quartz- à cabestan il semble être plus ou moins 7h10, je ne vois pas comment personne ne pourrait s’approcher de la solution.

 

     « 127 »…peut-être comme le nombre de réfugiés (en comptant les quatre noyés) ayant récemment accosté non loin de notre hexagone ?

Ou pas ?

Du tout ; rien à voir avec ce triste fait d’hiver.

Il ne s’agit pas, non plus, du nombre de signataires d’une pétition ayant décidé, coûte que coûte, de se battre pour défendre leurs idées et faire entendre leurs voix.

Si elles se sont finalement tues, cela ne pourra pas entrer en ligne de conte.

 

            Nous étions cent-vingt-sept et aucun de nous n’avait choisi de retrouver les autres ce jour-là.

C’était une nuit de l’an de grâce 2032 ; une de ces nuits précédant le jour où chacun pourrait dire que plus rien ne serait plus jamais comme avant.

Comme avant ! ; Mais avant quoi ?

Avant la fin du monde, des temps, ou des paratonnerres inoxydables supposés avoir protégé tous nos arrière-grands-parents… ?

 

     Nous étions cent-vingt-sept à ne pas nous connaître dans la grande salle « Naiv » située au cinquante-neuvième étage de la Tour Philipe.

Tous conviés ce même soir, à la même heure, par un intrigant message imprimé sur bristol et stipulant le port de la cravate obligatoire, sans qu’importe le reste de la tenue, ou le sexe de l’invité (e).

Etrange rendez-vous ainsi donné pour une sorte de bal de fin d’année entre adolescents plus ou moins boutonneux et gauches, faute de savoir pourquoi ils avaient accepté de venir, alors que tous auraient facilement trouvé mieux à faire, en prévision du lendemain.

Aucun de nous ne se demanda ce qui l’avait fait élire, ni pour quelle raison sa curiosité l’avait poussé à venir ; l’attrait de l’inconnu, peut-être ?

La singularité de l’invite avait beaucoup joué.

Pourquoi dans cette immense tour, précisément à cet étage, et pourquoi personne n’avait seulement songé à faire le compte des engagés ?

A croire que c’était un esprit d’aventure partagé qui nous avait finalement réunis.

 

     Petite musique d’ambiance et large buffet nous avaient accueillis ; pas d’hôte à l’horizon.

De quoi aiguiser notre faim.

Sur une scène, une paire de ciseaux s’ouvrit, la lumière se tamisa ; aucun siège à disposition.

Heureusement la projection surprise ne dura qu’une vingtaine de minutes.

En préambule, un petit historique concernant la construction de la tour remontant au siècle passé, ainsi qu’une multitude de chiffres et de nombres s’y rattachant.

A priori, personne ne put retenir la raison d’un si grand nombre d’étages, ni saisir l’importance du nombre « 59 » ; la plupart d’entre nous se contenta de mémoriser la date de l’inauguration, soit le 8 septembre 1975.  

Bon ; même nos parents -alors- n’étaient pas tous nés !

Au milieu de tout cela, quelques séquences des « Temps modernes » de Chaplin, datant de près d’un siècle, et le bouquet final pris la forme d’une lune bleue.

Ce fut plutôt joli, mais totalement abscons pour chacun.

Une œuvre d’avant-garde pour un retour dans le passé, peut-être ?

 

     Les rideaux se refermèrent sans plus de précisions et la lumière retrouva son intensité initiale, mais pas trop.

La soirée passa et le temps se coula résolument…

Le climat musical n’inspirait décidément personne, et personne ne dansa, ou presque.

Mais tous, au fur et à mesure, par petits groupes, nous firent connaissance, discutant rapidement à bâtons rompus.

Puisqu’il nous en fallait bien un -au minimum- pour justifier à nos yeux notre grande réunion, nous nous découvrîmes progressivement, au cours de cette longue nuit, un point commun : un goût immodéré pour les nombres.

Les petits et les grands, les modestes et les plus prétentieux, les insignifiants comme ceux qui refusaient de s’en laisser compter.

Personne ne sut jamais que, lors de cette nuit blanche, nous étions premier, en nombre (« 127 »…équivalant à la quantité d’étages que la tour comprenait !), mais tous en vinrent à discourir de leur fascination pour ces impétueux numéros, qui se défendaient farouchement -et depuis toujours- de se laisser diviser par n’importe qui.

A chacun sa méthode et sa science pour briller ou bien pour faire semblant.

Quand certains ne pouvaient pas remplir d’autre fonction que celle d’un obscur multiple de « deux » (à l’infini !), d’autres se piquaient d’un peu plus de créativité en se révélant uniques et indivisibles.

La vie ne va-t-elle pas ainsi ?

 

     A l’aube, le bruit commença à courir, s’amplifiant de quart d’heure en demi-heure suivante.

Nous allions tous avoir seize ans le lendemain, à quelques décalages horaires près.

C’était donc ça notre autre point commun ; une nuit entière pour le découvrir !

Nul n’en revint.

Du coup, personne ne réalisa que notre âge n’avait lieu d’être -numériquement parlant- que pour faire le grand saut de « 59 » à « 75 »

1959…entre fin juin et fin novembre, deux belles âmes « nous » avaient brusquement tous abandonnés à notre triste sort.

Mais « nous » n’étions pas nés, et nos parents à peine.

 

            Quand nous sortîmes de la tour, vers sept heures du matin, la lune était bleue, ou presque.

lestempsmodernes.bmp 

(© 2010/droits réservés) 

Publié dans Étrangement bizarre... | Pas de Commentaire »

Aphorismes, citations, fulgurances et délires verbaux en tous genres (!)

Posté par BernartZé le 1 février 2010

anguillesousroche.jpg

Sous roche 

           

                Le jour où votre mari vous embrassera en haut du front, en partant le matin,

                vous pourrez raisonnablement commencer à vous inquiéter.

 

(© 2010/droits réservés) 

Publié dans Aphorismes, citations, fulgurances et délires verbaux en tous genres (!) | Pas de Commentaire »

C’est la vie !

Posté par BernartZé le 26 janvier 2010

frise.jpg 

35 ans, sept mois et un jour plus tard

           

              Tout avait bien commencé. 

    

     « Poisson d’avril ! » s’écria la cigogne, en livrant son colis express à domicile.

Il vint au monde avec trois semaines d’avance.

Ses parents n’en furent pas moins tous deux ravis, même si la frise du papier peint de sa chambre n’avait pas eu le temps d’être entièrement posée.

L’œuvre resta inachevée.         

    

     Aux premiers babillements, il parut évident qu’il serait un drôle de phénomène.

Un de ceux qui ne manquent pas, à la moindre occasion, de raviver la fierté d’une mère et d’un père, en se rendant intéressant.

Sa vivacité et son « éveil à la vie » firent qu’il parlât très tôt ; un peu trop, au goût de ses géniteurs qui auraient bien aimé profiter un peu plus longtemps d’un peu plus de calme, qu’ils pensaient bien mériter.

Et très jeune il marcha.

Il sut vite et facilement se tenir sur deux jambes souples et solides.

Sans tarder, il prit goût à la randonnée.

D’une pièce à une autre, d’un étage à un autre, du jardin au garage, il aimait divaguer.

Ses promenades, surveillées à distance raisonnable, lui permettaient presque de vagabonder sans autre contrainte que celle touchant à l’autonomie de sa couche.

La faim, aussi, ne manquait pas de lui faire retrouver rapidement le chemin de la cuisine.

         

     A cinq ans, on le perdit en plein aéroport.

Une vingtaine de minutes plus tard, tous furent heureusement soulagés. 

                                                

     L’école lui plaisait bien, surtout pour la cour de récréation ; la compagnie des filles, aussi.

A dix ans-et-demi, il échangea son premier vrai baiser ; forcément un peu volé.

Ce n’était pas pour lui déplaire, car il aimait assez renverser les obstacles, quitte à braver -raisonnablement- quelques petits interdits.

C’est ainsi qu’il voulut saluer son entrée au collège, en tentant de fumer sa première cigarette, en cachette de ses parents, dans les vestiaires du gymnase.

Personne ne le surprit, mais il faillit s’étouffer -tout seul, comme un grand- faute d’un semblant de technique !

Il remit à plus tard son perfectionnement en la matière.

Jusqu’en classe de 3ème, il fut bon élève, voire très bon, en géographie et en Anglais, notamment.

Cela lui permit, d’ailleurs, d’être l’un des quinze heureux élus (sur l’ensemble des trois classes de la même section) qui firent le voyage de trois jours jusqu’à Londres.

Le Swinging London n’était plus depuis une bonne vingtaine d’années, mais ce n’est pas ce qui l’empêcha de s’égarer volontairement dans les rues, en espérant découvrir des perles de la culture musicale de cette époque un brin révolue.

Il en trouva et fit même d’intéressantes rencontres dans des hauts lieux de perdition, au détour de quelques boutiques.

Et comme tout bon mangeur de grenouilles qui se respecte, il ne manqua pas de tomber, pour la première fois, amoureux à cette occasion.

Elle n’acceptait de répondre qu’au nom de Twiggy (en hommage à la brindille renommée en son temps), mais se prénommait tout simplement Jane.

« Jane », il aimait plutôt bien, comme il aimait assez ses longues jambes un peu maigres et ses grands yeux souvent hagards qui (lui) semblaient l’appeler à l’aide.  

Ils s’entrevirent trois fois en quarante-huit heures (il fallait bien rejoindre le groupe !) et jouèrent les correspondants étrangers pendant les cinq années suivantes, sans jamais se revoir ni se parler.

Longtemps il repensa à ses bras interminables…

Elle se lassa la première ; il ne comprit pas vraiment pourquoi.

Il en conserva toujours un souvenir ému, teinté d’amertume.

    

     Arrivé au lycée, il cessa totalement de travailler, ayant trouvé mieux à faire.

Ce qui ne l’empêcha pas de décrocher son bac avec mention (bien) ; déjà, on le donnait plus ou moins à tout le monde.

Encouragé par ses parents qui avaient foi en lui, il n’hésita pas à s’inscrire en fac (LEA), plus histoire de gagner du temps que de parfaire son éducation.

Des heures de Russe il ne retira rien, ayant plutôt appris à sécher trois cours sur quatre, en se glissant entre les portes battantes.

Dommage ! Il aurait bien aimé mieux apprécier « Les Vêpres » de Rachmaninov qui savaient ne pas le laisser de marbre.

Un souffle, une ferveur, une âme…

C’est alors qu’il fit un choix qui en surprit plus d’un : il accepta le premier job qui lui fut proposé, d’abord le temps d’un été.

Ne s’étant jamais plus vu serveur de fastfood qu’allumeur de réverbères, il devint subitement « aide à domicile », exclusivement pour personnes âgées.

Il lui suffisait de leur faire des courses : au supermarché, comme à la pharmacie du coin.

C’était rarement fatigant, même s’il devait parfois grimper sept ou huit étages, les bras chargés.

Un ou deux coups d’aspirateur ne le rebutaient cependant pas.

Il eut aussi l’occasion de rendre des services plus particuliers.

Acceptant de jouer les coursiers ou les messagers, il en vint à quadriller la ville en tous sens, tout en ne négligeant pas ses chers petits vieux et vieilles, dont la peau tannée par les ans l’empêchait de se défiler.

Il fondait en les voyant ; dieu sait pourquoi !

Le jour où une simple course lui rapporta plus qu’il n’aurait pu gagner en un an à ce rythme, il se posa deux ou trois questions.

Commençant par blackbouler celle qui consistait à savoir ce qui avait pu lui faire mériter ça, il ne tarda pas à s’interroger sur le contenu de certains paquets.

Il ne devinait pas encore qu’il était bien loin de découvrir la vérité.

    

     Rapidement, il se mit en tête qu’on le faisait jouer les « mules » dans un trafic fort peu licite.

Tant qu’à le faire entrer discrètement dans ce genre de combine, n’auraient-ils pas mieux fait de le mettre au courant ?

Ne pouvant en avoir le cœur net, faute de se sentir autorisé à éventrer l’un des paquets, il se mit à observer systématiquement la tête des destinataires et les lieux auxquels il avait accès en les livrant.

Mais difficile d’en tirer de grands enseignements, quand il pouvait noter de sacrées différences entre des hommes et des femmes de tous âges, vivant dans des maisons ou des appartements de tailles singulièrement variées.

Bien malin qui aurait pu trouver le dénominateur commun à tous ces gens !

Certes ils étaient souvent généreux, question pourboire, mais de là à en conclure qu’ils vivaient tous dans l’opulence, sûrement pas.

Au bout de quatre mois -tout de même !- de livraisons régulières, son œil finit par être attiré par une minuscule inscription visible au verso de tous les paquets (toujours) blancs, quelles que soient leurs tailles.

De toute évidence, la société se nommait « Huitième ciel » ; bon, et alors ?!

Pour descendre d’un étage, et de son petit nuage par la même occasion, il mit plusieurs autres semaines, avant de faire le lien avec une allusion légèrement trop subtile pour lui.

En fait, un jour, une fidèle cliente l’aida considérablement, en se dépêchant d’ouvrir devant lui son paquet.

L’occasion lui fut offerte de ne pas risquer de mourir idiot, quand elle compléta sa collection d’objets intimes de luxe en l’alignant, à la suite des autres, sur sa belle étagère de verre ciselé.

En ressortant, il s’avoua un peu déçu.

Quitte à jouer à cache-cache avec des interdits ou même la justice, il avait espéré beaucoup mieux.

Est-ce pour cette raison qu’il délaissa progressivement ce business très lucratif ?

Toujours est-il qu’il revint de plus belle vers ses vieux et vieilles en demande.

    

     Outre les courses qu’il leur faisait tous les deux jours au minimum, il venait aussi les visiter pour de petites réparations, du bricolage, et pour leur faire la lecture.

Il aimait, par-dessus tout, choisir avec eux le livre du jour, pour un chapitre, voire un court passage qui les ravissait plus particulièrement.

Que de réserves de vieux livres n’abritaient pas leurs bibliothèques ; des réserves de poussière, également !

    

     Quand advint l’hécatombe.

Ce ne fut pas lors d’un été plus éprouvant que d’habitude, ni au cours d’un hiver plus rude que les précédents ; un concours de circonstances simplement malheureuses.

En moins de trois semaines, il perdit cinq de ses plus chers aïeux.

Ils avaient tous dépassé les quatre fois vingt ans, mais rien ne l’avait alerté auparavant.

Il n’était pas préparé à subir de tels deuils à répétition.

Il ne connaissait pas les familles ; il sécha tous les enterrements, sauf un.

Il n’avait pas davantage le cœur de choisir que celui de jouer les importuns.

Mais ayant appris qu’une petite vieille était morte sans laisser plus d’argent que de descendance, il fit en sorte qu’elle put être enterrée dignement, quitte à suivre seul son cercueil.

Sans prévenir, comme d’autres couvent un rhume, lui sentit venir une légère dépression.

Il se dépêcha de trouver son remplaçant auprès des « survivants » qu’il s’apprêtait à laisser tomber (dans son esprit) et s’éclipsa.

    

     La mort semblait ne pas avoir cessé de rôder autour de lui depuis les décès conjugués de ses parents, quand il devenait tout juste adulte.

Refusant de croire à une quelconque fatalité, il s’efforça de vite passer à autre chose.

     Et de repenser soudain au poème d’Aragon qui l’avait pénétré avant même de le vivre.

Qu’était-il devenu aujourd’hui, alors qu’il n’avait fait aucune rencontre particulière ?

En une fulgurance, il entrevit son possible destin, nu.

Sans personne, il ne saurait rien devenir.

    

     Quand son heure se figea, son cœur balbutiant se refusa en un sursaut.

La révolte était engagée.

           

            En une seule journée, il rompit tous ses ponts et largua les amarres, après avoir choisi de remettre le produit de la vente de ses derniers biens à l’association caritative de son choix.

Il partit en stop, avec le plus léger des baluchons ; c’était déjà l’automne.  

Il fit d’abord un tour de France, puis un deuxième, en repartant dans l’autre sens.

Cela lui prit moins de dix jours.

Il mangeait peu, ne buvait plus que l’eau des fontaines et remplissait inlassablement son calepin d’une écriture de plus en plus vive.

    

     Vint le jour où il tomba en panne sèche de papier.

Voulant y voir un signe, il décida de boucler sa boucle en choisissant de rejoindre le point le plus au centre de la France, tout près d’une petite commune de l’Indre habitée par quelques centaines d’âmes.

Il vit, de loin, un beau château, ne croisa personne et s’affaissa dans un trou de verdure.

Encore en pleine fleur de l’âge, son cœur décréta qu’il n’en pouvait plus.

Même s’il ne fut trouvé là que plusieurs jours après, il rendit son dernier souffle le lendemain de la Toussaint, jour des Défunts.

     Sans papiers pour l’identifier, personne ne vint le reconnaître.

On ne retrouva pas son calepin. 

homeless.jpg  lindre.png

(© 2010/droits réservés) 

Publié dans C'est la vie ! | Pas de Commentaire »

1...8485868788...92
 

60 millions de cons somment... |
riri1524 |
Le Plateau Télé de KeNnY |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Soft Liberty News
| t0rt0ise
| Bienvenue au Thomaland