C’est la vie !

Posté par BernartZé le 20 août 2009

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A la folie, pas du tout

                                       

              Elle a dévalé le campus, comme une folle. 

    

     A toutes jambes, à toute berzingue ; prise de démence, ou presque. 

Une flèche en feu traverse les pelouses sans crier gare ; son esprit vient de s’embraser. 

Le regard effaré et la main sur la bouche, elle court ; droit devant. 

Sa tête dit non, sa langue ne trouve pas de mot, ni une seule syllabe. 

Elle se retient juste de hurler comme un animal mortellement blessé. 

Pas dehors, pas dans la nuit, pas avant d’avoir rejoint sa chambre. 

Son cerveau n’opère plus que pour faire mouliner ses membres inférieurs, tel un hamster avec sa roue. 

Elle essaye de ne plus penser qu’à rentrer vite se cacher. 

Les distances sont abolies, le temps s’est arrêté. 

Plus rien n’existe que sa douleur. 

Omniprésente, incommensurable, atroce. 

Jamais. Jamais plus. Ne plus jamais vivre ça.    

                          

     Enfin la chambre, le lit, les cris étouffés et l’écroulement final. 

Et bien évidemment tout le lot de sanglots, de larmes et de lamentations. 

Lamentable elle se sent ; ne manqueraient plus que les violons ! 

Elle s’en fiche, toute à sa peine. 

Sa souffrance est immense, comme la fatigue qu’elle ressent soudain. 

Le désespoir cède la place à la colère ; les larmes changent, elle voit rouge. 

L’arme au poing, la lame dans la main, elle part d’abord en guerre contre elle-même. 

Plusieurs fois, avec application, sillon après sillon, elle trace un parcours obligé. 

Le chemin vers la délivrance et une possible rédemption ; un test aussi. 

Pour voir à quoi elle tient vraiment et à quoi tient sa vie. 

Sur le fil du rasoir, ou pas. 

    

     Plus tard. 

Il fait encore nuit. Toujours impossible de dormir. 

Comment cesser de ressasser sans fin, en boucle ? 

Comment oublier ce qu’elle a cru entendre derrière la porte, ce qui a dû -inévitablement- se passer ? 

A nouveau des sanglots, histoire d’entretenir le malheur. 

Mais ça n’est déjà plus que la fin d’un monde. 

Celui des illusions entretenues (presque) sans raison, à la suite d’un simple emballement du cœur qui a dérapé au premier virage. 

La perte de contrôle est la seule cause véritable de toutes ses contusions. 

Et s’il y a bel et bien eu trahison -double, qui plus est !- sans doute n’était-elle pas intentionnelle. 

Ils ne savent pas ce qu’ils ont fait. 

Et même si, cette nuit, ils sont à l’origine de la confusion dans laquelle elle se trouve, son affliction ne leur est pas directement imputable ; responsables mais pas coupables ! 

Il n’empêche que toutes les plaies ne sont pas prêtes de cicatriser. 

C’est fou ce qu’elles peuvent s’entêter à saigner ! 

    

     Après des heures au bord du vide, après une nuit sans fin, après des pages griffonnées à la hâte pour tenter de se débarrasser des scories en appuyant là où ça fait si mal, elle s’est réveillée au petit matin, après s’être finalement endormie, épuisée. 

Un coup d’œil par la fenêtre -le volet n’était même pas baissé- le temps de grimacer en voyant les éclats d’un soleil prometteur. 

Donc hostile, car inapproprié et inadapté à sa situation ; indécent ! 

Elle…est bien loin de briller de mille feux, après s’être nuitamment consumée. 

Tout paraît si cotonneux : son esprit, sa mémoire, ses poignets, sa volonté ; le monde entier flageole ! 

Il va pourtant falloir sortir faire bonne figure. 

Même triste et pâle elle devra affronter et revoir ceux-là-mêmes qui l’ont assassinée dans la nuit ! 

Et les regards scrutateurs risquent bien de fuser. 

Pour elle, un seul mot d’ordre : se taire, étouffer tous ses sentiments au nom de l’amitié ! 

Ravaler sa rancœur, même si c’est un venin, et dissimuler l’étendue de son anéantissement. 

Sa consomption ne sera pas de mise. 

    

     Voilà. 

Le doute n’est plus permis. 

Désormais, nulle illusion ne pourra être entretenue. 

C’est fini. 

Triomphante, elle s’est confiée ; triomphante, elle a avoué. 

Tout. Si peu. L’essentiel. 

Elle irradie de joie, aveugle à ce qui se trouve au-delà de son bonheur du moment. 

Plus rien d’autre ne compte ; tout lui semble naturel. 

Elle…s’efforce de se convaincre qu’elle ne doit pas lui en vouloir, parce qu’elle ne pouvait pas imaginer. 

             

              Elle avait si bien caché son jeu ; même lui n’avait jamais rien soupçonné, pareillement aveugle. Comme elle

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La vraie vie (!)

Posté par BernartZé le 7 août 2009

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 L’histoire du glaçon qui voulait qu’on l’embrasse

               

               Il était une fois un centimètre cube d’eau qui, au fil du temps, à force de s’endurcir, était devenu grand glaçon. 

     Toute son enfance il avait lutté pour ne pas se laisser dissoudre, ni distraire de son objectif. 

« Petit glaçon deviendra grand pourvu que Dieu lui prête vie et que les liquides environnant ne le gobent pas tout cru ! » ; il s’était répété cette phrase des milliers de fois en serrant ses molécules de toutes ses forces. 

Dès le petit bain, il avait compris qu’il ne devrait compter que sur lui seul pour se garder de plus d’un péril.  

Les camarades de son âge lui parurent le plus souvent hostiles, ou au mieux d’une limpide indifférence. 

Il avait fini par penser que sa solitude était le prix à payer pour éviter de s’assécher et demeurer vivant en ce bas monde. 

Son caractère aride venait sans doute de là, de cette petite enfance pas tout-à-fait comme les autres.

Et malgré tous les efforts consentis à l’adolescence pour l’assouplir, il lui restait des traces farouches de résistance et de rébellion. 

       Le passage au grand bain fut une vraie délivrance et une prise de conscience de tout le chemin restant à parcourir. 

Il fit des rencontres, se lia d’amitié et faillit même s’égarer dans une dangereuse émulsion. 

Heureusement sa raison le remit sur sa voie. 

       Tout en continuant à apprendre, il se prit à rêver de se faire embrasser, une fois devenu grand. 

       Un beau jour, ou peut-être une nuit, près d’un lac, la chance lui sourit. 

Il entendit le glas sonner, celui de la fin de sa quête. 

Au baiser, son cœur embrasa son cerveau et mit le feu aux foudres de la passion. 

S’en suivirent les symptômes habituels : étourdissement, exaltation, ardeur, extase, communion, emportement, transport !  

                Ils se retrouvèrent, quelque part là-haut, sous le cercle polaire, unis à jamais, flottant près des icebergs.

 

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« Souvenirs, souvenirs »…!

Posté par BernartZé le 30 juillet 2009

 

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 Vive les vacances !…

   

            

                …Plus de pénitences, les cahiers au feu et la maîtresse au milieu. 

Comme c’est si loin tout ça !

Que reste-t-il de ces souvenirs du siècle passé, des fins d’années scolaires et des yeux embrumés ?

Rien !… ?

Ou bien un brin de nostalgie, quand même ?     

    Tout dépend, sans doute, de l’aventure partagée, par chacun, avec l’école.

De l’amour à la haine et puis…tous les chemins de traverse.    

     Quand certains trépignaient d’impatience, les yeux rivés sur l’horloge murale, d’autres s’apprêtaient simplement à fondre en larmes.

Le plus grand nombre n’était franchement pas mécontent d’entendre le glas de la délivrance.

Les tout derniers jours, alors que chacun pouvait déjà humer le bon air de la fin des classes, l’heure était venue au début des réjouissances.

Certains apportaient des jeux de société -plus ou moins- éducatifs, tandis que d’autres venaient les mains dans les poches ; quelques spécimen, enfin, avaient déjà pris le large, sous prétexte de (devoir) suivre leurs parents sur leur lieu de villégiature.

La classe, soudain, se réorganisait différemment ; le plan de tables en était bouleversé.

Un jeu de chaises musicales s’orchestrait, échappant presque entièrement à l’autorité professorale.

Des groupes se formaient, suivant les affinités électives conclues durant toute l’année scolaire.

Et l’on tuait le temps qu’il restait ; le compte-à-rebours était lancé !

Salvateur ou fatal, selon les cas… 

               « A trop tuer le temps, c’est le temps qui vous tue ».

Qui donc a écrit cela ?

Moi…peut-être, un jour de grand vent…par temps d’orage, ou durant une éclipse ! 

                Ce que nous ignorions alors, c’est que…dès la sortie des élèves, de toutes les classes, sitôt l’angle de la rue dépassé, commençait le démontage de toute l’école.

Si, si !

C’est l’exacte vérité ; j’ai un jour eu l’idée de vérifier !

J’ai fait, ce que personne ne fait jamais : je suis revenu sur mes pas et me suis liquéfié.

J’avais neuf ans, à peine, et les yeux écarquillés, j’ai assisté à l’impensable, à l’incroyable, à l’inimaginable, au déboulonnage, en bonne et due forme, de tous les bâtiments, du préau, de la cour de récréation, et même de la cloche.

Une vision d’apocalypse !

     Je suis rentré chez moi blême, sans mot dire, sans entendre les questions étonnées de mes parents ; directement dans ma chambre.

Là, sur mon lit, j’ai versé cinq litres de larmes qui ont noyé la moquette ; peu m’importait, je n’aimais pas sa couleur, même délavée !

     Je gardai tout un mois de deuil ce splendide teint livide, au grand dam de mes parents qui, n’y comprenant rien, ne surent plus que faire pour égayer mes journées de vacances.

Quelle vacance ! Celle d’une école qui n’était plus !

Vint le jour de mon anniversaire, en plein cœur de ce sombre été.

Faute d’espoir, je n’en attendais rien.

J’avais tort.

Plein de ressources insoupçonnées, mes parents avaient eu l’idée, pour me rendre à la vie, de m’acheter tout un tas de cahiers de vacances.

A condition de mener les six (!) de front au cours du mois restant, je ne manquerais pas d’oublier mon chagrin.

     Le mois passa comme dans un rêve.

Plus les jours avançaient, plus j’étais conforté dans l’idée que ces révisions ludiques ne pouvaient avoir qu’un seul but, une seule utilité, celle de me préparer le mieux possible pour ma rentrée des classes.

J’aurai donc accès au niveau supérieur ; l’école serait forcément remontée de toutes pièces ; ma vie était sauvée, mon avenir assuré !

     Quand vint (enfin) septembre, je pédalais le cœur battant, pris d’une certaine appréhension.

Du bout de la rue, je la revis, pareille, telle qu’en mon souvenir d’avant l’apocalypse.

Reconnaissant, mon cerveau palpitant s’autorisa un double saut périlleux avant.

Cette fois-là, on ne m’avait pas menti !

J’avais bien fait de retrouver la foi ; mes parents avaient dit vrai.

Pas comme, lorsqu’à cinq ans…ils avaient voulu me faire croire que le Père Noël n’existait pas !

                Je sais bien que les adultes n’ont pas toujours raison ; c’est pas grave, docteur…

 

(© 2009/droits réservés)

  

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La vraie vie (!)

Posté par BernartZé le 26 juin 2009

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Wooin !!

             

              Au-delà d’un certain âge, après avoir longuement miaulé, continuellement hurlé à la vie qui n’est vraiment pas juste, même tellement trop…enfin pas assez à la hauteur de ses aspirations premières, il ne reste généralement plus personne à saouler, sauf si l’on avait oublié de commencer par soi-même.

De deux choses l’une alors : soit il est l’heure de remettre son suicide à l’ordre des prochains jours, soit il est largement temps de changer de comportement !

Assez de jérémiades, finies les lamentations à en perdre la voix et le sens de l’orientation.

Reprenons fermement en mains notre destin !

Sans se l’avouer immédiatement, la méthode Coué n’est plus très loin.

Qu’importe ! Vaille que vaille remettons notre cœur à l’ouvrage pour définir de nouveaux objectifs, les plus simples d’abord, afin d’éviter d’échouer trop vite.

Jusque là, rien à dire tant la tâche paraît noble, à défaut d’être modeste.

Inutile, vain, pour ne pas dire mortel de fixer déjà un horizon lointain, il suffit bien d’envisager le lendemain avec une certaine conviction !

     Mais comment faire ? Comment procéder à ce changement miracle ?

Depuis le temps je ne sais toujours pas !…

         Deux ou trois vies plus tard.

     Tout me semble bien plus clair : il faut juste tout reprendre depuis le début, le tout début, depuis le cri primal, enfin le tout premier cri de douleur quand les poumons s’emplissent pour la toute première fois et qu’il est trop tard pour rebrousser chemin.

Si seulement on pouvait naître d’ores et déjà prévenu du pire comme du meilleur, nul doute (pas pour moi en tous cas !) que quelques uns s’abstiendraient, s’ils avaient encore le choix, de se lancer dans cette grande aventure (in- ?)humaine.

Mais comme c’est impossible, contentons-nous de revenir en arrière.

     Il pleuvait sur Paris ce jour-là. Grise journée estivale pour une venue au monde.

Une autre météo, une autre heure de naissance et… (?)

Mais non ! Ce serait bien trop facile de tout changer depuis le commencement, détail par détail qui plus est.

L’heure et le lieu de naissance, le temps la pluie et les nuages, on les garde !

Il faudra bien s’en satisfaire.

Partant de là, j’ai dû quitter cette clinique du XIII arr. peu de temps après, et peut-être même sous un chaud soleil enfin plus raisonnablement revenu.

Quelques semaines plus tard on me faisait traverser la Méditerranée pour ma première fois et changer de continent par la même occasion.

Que serait-il advenu si mes toutes jeunes racines n’avaient pas été aussi hâtivement arrachées ?

Peut-être auraient-elles rapidement trouvé un terrain favorable pour s’enfoncer davantage et se développer en tous sens… ?

A présent leur arborescence dépasserait certainement les six pieds sous la terre.

Telles des mains géantes elles auraient fourragé profondément jusqu’à découvrir le lieu souterrain idéal où puiser mes humeurs.

Je n’aurais pas commencé à pousser sur un autre terreau et je n’aurais peut-être jamais réellement vécu ailleurs qu’ici, ce qui n’aurait pas empêché les voyages.

     Disons donc : né à Paris, scolarisé non loin de mon boulevard de naissance (au nom d’un physicien, grands dieux !!), bachelier sans doute au même âge (on ne peut plus normal), étudiant dans la capitale ; chouette !

Mais dans quelle faculté…ou dans quelle autre école moins conventionnelle, ou plutôt « attendue » ?

Dix-huit printemps fraîchement dénombrés, aurais-je pu si tôt atterrir, avec quatre années d’avance, là où j’ai effectivement pointé le bout de mon nez déjà (bien) entamé, en imposant ma volonté ou du moins en ayant suffisamment convaincu pour que l’on me laissât aller au bout de mon désir, quitte à me planter…tout aussi lamentablement ?

Sans des parents autres cela me paraît tout autant improbable (!)

     Imaginons cependant que je sois entièrement et seul responsable de ce qui ne s’est pas réalisé ; après tout il s’agissait bien de ma vie dont j’étais supposé tenir la barre, ou détenir les clefs, selon la métaphore que l’on préfère !

Donc, jeune, enthousiasme et fringant je débarque, prêt à brûler les planches, mais pas vraiment sûr de ne pas simplement passer à travers la première scène qui pourrait m’être présentée, même celle d’une salle de classe sommairement dressée.

Malgré tous mes doutes sur ma capacité à aligner trois mots pouvant « sonner juste », je me lance, en dépit de ce même physique dont Dame Nature a cru bon et spirituel de me doter, à l’assaut des plus grands textes, ambitieux et surtout plein de l’ivresse des mots.

          « Nous partîmes cinq cents » ; « Bon appétit messieurs ! » ; « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! » ; « Rome, l’unique de mon ressentiment » ; « Percé jusques au fond du cœur d’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle » ; « Grâce à vous une robe a passé dans ma vie » ; « Vous êtes mon lion superbe et généreux » ; « Si l’amour vit d’espoir, il périt avec lui » ; « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé » ; « Va, je ne te hais point » ; « Comme ce soleil couchant est manqué, la nature est pitoyable ce soir » ; « Je demeure immobile et mon âme abattue cède au coup qui me tue » ; « A horse ! a horse ! My kingdom for a horse ! » ; « Si grands que soient les rois ils sont ce que nous sommes et peuvent se tromper comme les autres hommes » ; « Je vois avec chagrin que l’amour me contraigne à pousser des soupirs pour ce que je dédaigne »…j’en passe et bien des meilleurs, sûrement.

     Tous ces mots, toutes ces phrases, ces hémistiches et ces alexandrins, cet oxygène indispensable…c’est drôle mais il me semble que je ne suis pas heureux !

Et comment vivre encore si l’on ne respire plus ?

Oh ! Je sais bien qu’il est toujours possible de battre des records d’apnée involontaire ; ceci dit, quel sens donner à tout ce temps perdu, inutile, vain (…) ? 

Loin de moi l’idée assez futile et prétentieuse de laisser une trace de mon passage ici-bas ! Au contraire !

J’aurais préféré, sans même essayer de me démarquer des autres, faire du futile un art éphémère et volatile, juste le temps d’avoir le sentiment de vivre et d’avoir vécu, de m’être exprimé aussi.  

     Même pas cap ! La preuve : à part creuser la tombe que je n’habiterai pas, pour peu que l’on ait bien voulu m’incinérer, histoire de me permettre ensuite, non pas d’occuper moins de place, mais d’être « logé » nulle part, disséminé partout, ce qui n’est pas plus une mince qu’une humble affaire (!), je n’aurai rien accompli.  

Bien sûr on pourrait croire que j’ai largement eu le temps (toujours lui !) en de multiples occasions de me faire une raison, en chemin.

Mais tout en faisant du surplace, je ne suis pas parvenu à parachever ce travail de deuil. 

Comme s’il m’était resté malgré tout un espoir impossible à tuer.

     Admettons ; mais lequel ?

Qu’un improbable miracle vienne enfin me délivrer ?

Non, même pas.

Je sais que sans y prendre garde, je me retrouverai à coup sûr dans cette même situation à l’âge d’être grand-père. Ce serait pourtant sans petits-enfants, toujours sans rien pouvoir projeter, mais peut-être avec un dentier flambant neuf censé remplacer des dents trop vite usées.

Joli tableau, non ?!

Et de me situer toujours au pied de ce même mur infranchissable chatouillant les nuages !

Comme s’il avait été écrit que je n’en verrai jamais l’autre côté.

Est-ce dû à la peur de découvrir ce qu’il peut s’y trouver ou bien au refus de passer la muraille ?

     Minuit ! L’heure du crime ! Sur mon cou affleurent des courants d’airs malins mais l’effroi qui me guette ne m’inquiète déjà plus.

Même si l’heure est totalement véridique, je plaisante, simplement pour le bonheur de me repaître de quelques belles sonorités ! Elles me manquaient, sans doute.

     J’ai besoin d’un César, pas d’une récompense décernée par les professionnels de la profession (celle du 7ème Art !), mais d’une compression temporelle.

Une fois de plus, il me faudrait détenir le pouvoir de maîtriser l’espace temps, de l’avoir à portée de main toujours, et donc n’importe quand.

Non pas pour m’en servir capricieusement, mais avant tout afin de me permettre de mener, parallèlement à ma vie, celle qui s’obstine à dérouler son cours en dehors de ma bulle.

Peut-être n’est-ce cependant qu’une mauvaise excuse pour continuer à flotter ?

C’est l’impatience qui me dévore, c’est ce cancer qui officieusement me tue à petit feu. 

Je ne cherche même plus à le rendre légitime, n’ignorant pas qu’il ne saura jamais se faire reconnaître.

     « Légitimité » ! Ce mot n’a de cesse de m’obséder, ce qui n’a rien de surprenant. Il va de paire avec une forme de honte, celle de ne pas être capable de dire l’inavouable, à quarante ans passés.

Mais peut-être, après tout (!?), faut-il posséder un certain talent, pas si commun que cela, pour se trouver encore et toujours (voire définitivement ?) empêtré dans ces mêmes problèmes supposés d’un autre âge.  

De l’art de se prendre éternellement les pieds dans le même tapis, dans la même trame sûrement !!

         Je n’ai rien contre l’adolescence, n’ayant pas, de plus, le sentiment de l’avoir vécue.

De là à vivre en boucle sur cet « entre deux »…je ne suis pas sûr d’y trouver mon compte, au bout du bout de mon cheminement !

Pour l’instant je n’ai toujours pas de véritable problème avec le fait de « vieillir », notion non seulement toute relative mais qui n’est rien comparée à celle du « temps perdu ».

Les années passent, évidemment, et arithmétiquement c’est difficile à croire, mais bien moins que le temps que représentent toutes ces années perdues à ne pas se trouver.

Oh ! Je n’irai pas jusqu’à dire que le gâchis fut total ; j’ai appris certaines choses au cours de ma non vie, mais peut-être pas suffisamment pour en faire un roman, ni même une nouvelle.

Juste de quoi écrire le synopsis d’un scénario de court-métrage !

     Il est né ; il n’a pas su vivre ; et…

Quatre ou cinq plans fixes et le tour est joué ! Qui a dit que produire un film (même court) coûtait les yeux de la tête ?

Je n’ai aucune idée des prix (évidemment !), mais en louant une journée (une demi, est-ce possible ?) une toute petite caméra numérique et en promettant de la rendre intacte après avoir effacé sa mémoire afin de ne pas l’occuper inutilement, il devrait être possible de réaliser un autre chef d’œuvre, aussi marquant qu’oubliable, qui viendra grossir le lot des films d’auteur (parfois trop situés au…niveau du nombril).

Une seule copie de l’objet, vite fait bien fait, pourrait même lui conférer (bien) plus tard une certaine valeur.

Des illuminés du siècle suivant seraient même capables de la considérer comme le témoignage inestimable d’un style de vie d’un autre temps.

Ben non ! Perdu !

(© 2005/droits réservés)

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Du poil à gratter…

Posté par BernartZé le 18 juin 2009

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Quelques points…quelques hic

 

                   La vieillesse est un  naufrage.

C’est ainsi.

Sur le plan physique, certainement.

Métaphysique ? Rien n’est moins sûr.

Esthétique…il y aurait fort à parier !

     Quand cessera-t-on (par exemple) de faire croire à toutes ces « splendeurs passées » -du 7ème art ou d’ailleurs- qu’elles sont toujours aussi belles ?

C’est proprement ridicule, d’autant plus que très peu sont suffisamment bêtes pour se laisser prendre au piège de cette basse flagornerie !

Est-ce leur rendre service que d’essayer de les tromper de façon si flagrante ?

Une telle absence de franchise…c’est indigne, c’est infâme, c’est de la couardise !! 

    Faisons gagner du temps (et des années !) à tout le monde en disant clairement à toutes les vieilles peaux sur le retour et tous les vieux beaux millésimés, qui se berceraient encore (?!) d’illusions : non, vous n’êtes définitivement plus ce que vous avez été.

Et c’est bien normal, car il en va également de toute vie !

Foin d’hypocrisie !

Les plus beaux (jeunes) vieillissent le plus mal ; à défaut de savoir si c’est « juste » ou non, c’est parfaitement logique.

A-t-on jamais vu une plante verte rafraîchir avec le temps ?  

Un vieux lion n’a-t-il pas perdu de son orgueil sans sa crinière de jeune mâle ?

     Tout le monde n’a pas eu la chance (comme môa !) d’être né moche ou laid, tel Frederick Austerlitz !

N’avoir jamais été beau, Madame, mais…c’est la promesse de superbes vieux jours !

Souvenez-vous de femmes que l’on disait plus belles et dont le physique vous laissait, objectivement, de marbre ?!

Aujourd’hui, lorsque -par hasard- vous croisez l’une d’elles, lors de votre promenade dominicale, ne vous rengorgez-vous pas légèrement ?…

Ne serait-ce que par mégarde ?! 

     Et si la beauté était tout, dès la naissance, quelle place pourrait-on alors accorder au charme ?

Vous savez bien, cette chose indéfinissable qui vient le plus souvent de l’intérieur de l’être ; à condition, bien sûr, de n’avoir pas qu’une vie de façade.

Cela, non plus, n’est pas donné à tous ; et ce n’est pas nécessairement inné. 

        Et, si l’on repense aujourd’hui à la sublime (…et ensuite ?) beauté d’Ava Gardner, elle qui fut surnommée -en son temps- le plus bel animal du monde (une expression plus misogyne pourrait-elle se concevoir ?!), comment ne pas se désoler en songeant que, pour avoir trop fortement impressionné la pellicule, elle n’a jamais cessé de douter de ses talents d’actrice.

Tant de mal (et de mâles !) pour si peu de bien et le regard des autres comme obstacle à son épanouissement professionnel.

Quelle bonne idée n’a-t-elle pas eu de refuser farouchement de se laisser, à jamais, enfermer dans le rôle de femme fatalement belle qui lui échut ! 

     Au contraire, en dépit des recommandations et parce qu’elle aimait la vie et la fête, elle ne se priva pas de certains excès, sans s’inquiéter des soi-disant outrages du temps, sans remords ni regrets sans doute, et mourut d’une pneumonie…plus ou moins comme une autre femme mésestimée, symbole d’une autre époque !

         Et la grâce, cependant, s’avéra éternelle…au-delà de la mort. 

 

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(© 2009/droits réservés) 

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L’origine des maux (!)

Posté par BernartZé le 9 juin 2009

 

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Oooh…secours ?

           

            Montant sur scène avec une tête de condamné à mort, il s’efforça tout d’abord de ne pas tituber.

Déjà que son teint livide allait très certainement faire merveille devant toute l’assemblée, pas question en plus de manquer une marche ou de s’emmêler les jambes en chemin !

Et pourtant….mon Dieu qu’il les sentait flageolantes ces deux-là !

A croire qu’il devait leur réapprendre à marcher « en public », comme par hasard aujourd’hui même !

Il s’était rarement senti aussi sûr…d’être à une embardée du précipice et de l’étalage intégral.

Il n’aurait tout bonnement jamais dû se lever de sa place à l’appel de son nom.

Mais d’ailleurs…était-ce bien son nom qui avait été prononcé et l’avait-il vraiment entendu ?!

Le doute, affreux.

Ce serait le comble du ridicule que d’arriver ainsi sans être le moins du monde attendu !

Il n’y survivrait pas, assurément. 

      Mais pourquoi n’avait-il pas plutôt fait semblant de ne pas entendre ?!

Comme s’il s’était trouvé ailleurs ou carrément pas là.

C’était tout de même pas si difficile d’avoir la présence d’esprit de ne pas réagir et de faire le mort avec un maximum de discrétion !

Quelle mouche l’avait donc piqué en lui inoculant l’envie d’aller faire le beau et de se pavaner sur cette scène !?

De toutes façons les mouches, à sa connaissance, n’ont pas de dard et n’inoculent rien du tout.

Ah oui ? Mais s’il se trompait ; et les mouches tsé-tsé alors ?…

Oh la la ! Et s’il s’écroulait brutalement, terrassé par une terrible envie de dormir ? 

Après tout, ses deux dernières nuits n’avaient pas été de franches réussites ; il n’avait donc pas eu son compte. 

      Surtout rester vigilant et les yeux grands ouverts.

Ne pas laisser la panique envahir l’ensemble du cerveau jusqu’à adhérer étroitement à ses parois intérieures !

Un peu de tenue ; un minimum de cran que diable !!

Se contenter de mettre un pied devant l’autre, en s’assurant de la solidité du parquet, tout en progressant avec le plus de naturel possible.

Rien de plus facile.

Oui. Mais dans de tout autres circonstances !!

Du calme, du calme.  

      Et la peur dans cette aventure ?

Voire l’angoisse de ne pas être à la hauteur et celle de s’en montrer définitivement incapable, malgré des efforts louables et renouvelés avec une insistance plus que tenace.

 Vite se souvenir pour se rassurer !

N’avait-il jamais été pris par un sentiment de panique auparavant ?

Chercher dans sa mémoire ; trouver vite de quoi se réconforter en se rappelant une occasion semblable où il avait réussi à maîtriser ses nerfs et cette terrible impression d’affolement galopante. 

      Euréka ! Pas plus tard que l’année dernière il avait, mine de rien, réussi à présenter tout seul le spectacle de fin d’année.

Il avait dû monter sur la scène du théâtre de la ville et faire face à tout le public, soit…(au minimum) l’ensemble des parents et divers membres des familles des participants.

 Plus de cinq cents personnes, certainement, pour occuper les places d’une salle pleine à craquer !

Et il s’en était sorti plutôt très bien (selon les échos), réussissant -apparemment- à dissimuler un trac monstrueux qui l’avait empêché d’avaler quoi que ce soit dès le petit-déjeuner !

Un trou béant (à la place de l’estomac) l’avait escorté jusque sur les planches. 

Mais ensuite, quelle faim gargantuesque n’avait-il pas ressenti !!

Il avait, cette fois-là, bien crû mourir sur place et s‘en était sorti comme par miracle, parvenant même à articuler tout son texte sans encombre. 

      Alors franchement aujourd’hui comparé à l’an dernier !…

N’empêche que, même en prenant son courage à deux mains, ce sera loin d’être de la tarte !

And the winner is…was…ne sera pas…; mais pourquoi donc as-t-il été appelé au fait ?! 

Certainement pas pour recevoir une aussi prestigieuse récompense ;  pas ici, pas dans ce patelin, pas à son âge !

Il est grand temps de reprendre (tous) ses esprits et d’avancer vaillamment sur la scène.

 On lui indique la voie, à grands renforts de gestes peu discrets.

C’est sûrement par là que se situe le remettant, au beau milieu de l’arène, tout près du grand micro.

Quelqu’un à remercier ?

Ben…non, pourquoi ?!

Personne n’y est pour rien ; pas même lui, ou si peu !

Il n’avait pas pensé, pas osé espérer se retrouver là à l’issue d’une kermesse si peu héroïque.

Les sentiers de la gloire révèlent tant de traverses en chemin !

Un mot tout de même ?…

On lui descend le micro ; il réalise soudain qu’au delà de l’estrade il ne voit presque plus rien et surtout pas vraiment ce qui peut bien se passer dans toute la salle à laquelle il fait face, seul à présent.

Son brouillard est tombé, à temps pour le sauver.

Il reste muet, sans sourire, sans broncher, apparemment impassible.

On lui suggère, de loin, de se lancer, de commencer à dire, à réciter, à parler enfin.

Alors, il se décide et il se lance. 

      Ils cassent le monde à coups de marteau il cassent le monde en petits morceaux mais ça m’est égal ça m’est bien égal il en reste assez pour moi il en reste assez… 

            Tout le monde applaudit, tout le monde a l’air très content, sauf lui qui s’en veut affreusement d’avoir oublié de dire l’essentiel, soit le nom de l’auteur.

Ça n’intéresse, semble-t-il, personne, à moins que tout le monde ne le connaisse.

Oh, et puis… !     

     Du haut de ses trois pommes qui font 10 (ans), il a l’air heureux, simplement.

(© 2009/droits réservés)

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Du vécu (ou presque)…

Posté par BernartZé le 3 juin 2009

 

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La béquille de sa mobylette

           

            Tout a sans doute commencé ce jour-là !

Il en est presque sûr aujourd’hui.

Il irait même parier sa dernière paire de pantoufles en simili lézard que l’origine du mal remonte au jour de ses quatorze ans !

Avant ce jour fatidique, pas vraiment de souvenir précis pour étayer sa thèse.

Mais depuis ce fameux mardi 5 septembre 1995, sa vie a été littéralement mise sous la coupe du M.O.D.O.

Une mise sous tutelle, pure et simple !

Sans son accord, évidemment, ni la signature de ses parents.

Personne, alors, ne s’était rendu compte de rien ; rien du tout !

Et pourtant…

     Evidemment le matin de son anniversaire avait débuté de façon idéale.

Contrairement à ses pires craintes, il s’était levé en estimant, face au miroir, tous phares allumés dans la salle de bain, qu’il avait plutôt bonne mine.

Pour une fois, il ne s’était pas trouvé trop ceci ou pas assez cela ; bref plutôt « potable plus » !

Le cadeau, décidé de très longue date, était attendu pour le début de l’après-midi.

A défaut de l’effet de surprise, il lui resterait la joie de l’essayer tout de suite, même s’il savait qu’il ne pourrait officiellement l’utiliser qu’au début du deuxième trimestre, aux alentours du 1er décembre.

A condition, bien sûr, d’avoir effectué une entrée remarquable au lycée ; sinon à quoi bon continuer à progresser avec une année d’avance sur les autres ?!

Bref ! La journée s’annonçait des plus belles, et ensoleillée de surcroît !

     Certes, en y repensant, sa joie aurait pu être décuplée s’il n’avait pas dû faire une concession à ses parents : se « contenter » d’un modèle pas tout à fait dans le vent, qu’il serait -à coup sûr !- le seul à posséder au lycée.

Et puis après tout qu’importe !

Pourvu qu’il puisse enfin remiser son vieux vélo plus tout à fait à sa taille et qui lui donnait l’air d’être encore au collège !

      La matinée, dont il revint en pédalant comme une turbine, s’écoula dans un rêve.

Il avait simplement fait acte de présence, ce qui n’était déjà pas si mal pour quelqu’un qui avait bien gardé pour lui son double secret du jour.

Quartier libre l’après-midi ; c’était enfin là que les choses sérieuses pourraient commencer !

Déjeuner sans appétit rapidement pris en famille (moins sa petite sœur, de corvée de cantine) ; et puis l’attente.

Jusqu’à 15h07, heure précise (enfin, selon sa montre pas tout à fait suisse, mais réellement à quartz) où il entendit, le premier, la camionnette de livraison arriver.

Même pas le temps de sonner pour le chauffeur ! ; il était en bas avant ses parents, indispensables pour apposer leur signature et prendre officiellement livraison -en son nom- de l’objet du désir.

            Oh ! La belle (couleur) bleu turquoise ! ; le choix s’était imposé de lui-même : c’était ça ou bien orange !

Mais le plus important, encore plus au moment d’en prendre enfin livraison, était de ne pas regretter d’avoir dû lui-même débourser -et en plus- ce qu’il fallait afin de pouvoir accéder au grand luxe, à la catégorie supérieure des (futurs) conducteurs de mobylettes.

Soit…un confortable deux roues, non seulement équipé -également à l’arrière- d’une suspension, mais aussi de deux paires de clignotants !

Il n’avait pas un instant imaginé pouvoir s’en passer.

     Devant ses yeux, à présent, elle rutilait, de toutes ses options, de tous ses chromes et de sa couleur un peu voyante, de loin !

Tout à sa joie et grâce à son enthousiasme communicatif, il n’éprouva aucun mal à convaincre ses parents de le laisser « faire un tour »…dans la rue (une impasse).

Quelques pétéradants allers-retours plus tard, il était fier et ravi.

Heureux, en somme.

     Le temps de descendre de sa mobylette et cet unique instant de béatitude fut définitivement révolu.

Une page de sa jeune vie était tournée, à jamais.

Il lui suffit de tenter de mettre son véhicule sur béquille pour comprendre que quelque chose n’allait pas.

Au bord du trottoir, devant la maison de son enfance, celui-ci  refusa obstinément de rester tout seul en place, c’est-à-dire de se tenir convenablement debout !

Plus qu’une grâce penchée, il semblait atteint d’un subit accès de flemme ; pas même le courage de demeurer droit, histoire de sauver la face.

La béquille, de toute évidence la seule à incriminer, ne pouvait, ni ne voulait prendre seule en charge tout le poids de son corps !

Comme si, au bord de l’évanouissement, elle n’avait pu cacher une soudaine et durable faiblesse.

Et d’autant plus fâcheuse qu’elle se confirmait malgré des tentatives renouvelées !

     Après n’avoir pu faire autrement que de la coincer debout -grâce à la pédale droite- contre le trottoir, il ne put -non plus- s’empêcher de distinguer ses parents comme témoins privilégiés de ce terrible contretemps.

Et de faire grimper, tant bien que mal, le deux roues dans le coffre du quatre roues paternel, à charge pour tous deux d’aller consulter -en urgence- le concessionnaire jusque sur ses terres.

Evidemment celui-ci ne manqua pas de se confondre en de plates excuses et de faire remplacer la défaillante béquille par sa jumelle apparemment plus vaillante !

D’ailleurs, après quelques tours de vis, tout sembla parfaitement rentrer dans l’ordre, dans le magasin.

     Effectivement, un quart d’heure plus tard, au bord du même trottoir, devant la même maison, le même phénomène ne manqua pas de se reproduire…à la deuxième tentative.

Juste histoire de s’assurer que le premier essai était réellement concluant (et donc qu’il n’avait pas rêvé), il avait préféré, tel Gribouille, effectuer une seconde vérification, juste au cas où.

Et cette nouvelle béquille, comme la première, se révéla incapable de soutenir correctement le poids total de l’engin !

Que justice lui soit -ici et maintenant !- rendue une fois pour toute : sa vie entière, et celui de sa maternelle matrice d’adoption, elle n’eut de cesse de tenir le choc !

Affaissée, écrasée par le poids du devoir qui l’incombait, elle vécut vaillamment, pliant toujours mais ne rompant jamais ; chapeau bas !!

            Il n’empêche que ce fut le début (de mémoire) de l’escalade et la toute fin des haricots !

Tout ne fit plus, ensuite, qu’aller de mal en pis.

Tel un virus, les plus étranges maladies ne cessèrent de contaminer en cascade le deux roues initialement chéri.

     Outre la béquille acceptée avec son handicap, il ne tarda pas à subir toutes les espiègleries de son brillant engin.

Passé le voyage de noces, soit les trois premières semaines idylliques durant lesquelles il put -dès le début du deuxième trimestre- se rendre sereinement au lycée, tout content de chevaucher une monture digne de sa nouvelle maturité (malgré son jeune âge relatif), il dut vite déchanter.

Et même promptement !

Les coups du sort se succédèrent de manière de plus en plus inquiétante.

La pétaradante se mit à dérailler à tout va, afin d’affirmer son caractère.

Puis vint, en plein cœur de l’hiver, une incroyable succession de crevaisons : trois lundis de suite !!

Et de plus en plus de mal à justifier ses retards répétés, face au même professeur.

     Et enfin…peut-être l’un des summums vécus avec son deux roues, de ceux qui tutoient le sublime : en rentrant tard le soir, un soir particulièrement sombre et pluvieux, sa bécane ne démarra pas.

Elle s’y refusa ; ostensiblement !!

Bougie et moteur noyés.

Après un bon millier de vaines tentatives de démarrage, il finit épuisé et trempé.

Attention ! Pas trempé du genre très mouillé par une pluie continue et particulièrement inopportune !

Que nenni !

Non…la ville, ce soir-là précisément, connut la plus grande inondation de son histoire, au XXème siècle !

Un véritable déluge apocalyptique s’abattit nuitamment sur la cité, sa mobylette et lui-même…le faisant devenir à moitié fou, éructant à tout va, en pleine rue, et arrachant son casque afin de pouvoir respirer à nouveau !!

Trempé pour trempé…!

Tant qu’à faire, autant provoquer les océans et faire se déchaîner tous les éléments de la Création !!!

Que d’eau, que d’eau !!

Tellement…que les trottoirs ne se distinguaient plus de part et d’autre de la chaussée !

Comment finit-il par rentrer jusque chez lui ?

Mystère et dubble gum !…

            Le M.O.D.O. avait, cette nuit-là, marqué un grand coup.

     Par la suite, au fil des ans, il put noter -ou pas- divers incidents troublants.

Ceux-ci allèrent du concours de circonstances anodin et même amusant (parfois !) à une succession de coups ou contrecoups du sort.

Certains auraient pu hâtivement invoquer une certaine et évidente malchance, d’autres n’auraient pas manqué d’évoquer une possible malédiction directement héritée de ses ancêtres, aïeux et autres individus de son arbre généalogique dont il ignorait, en fait, toutes les branches inférieures à celles situées en dessous du voisinage de ses grands-parents.

De toutes façons, qui aurait pu apporter la moindre preuve tangible ?!…

     Et cependant, une telle accumulation aurait affecté toute personne sensée.

De quoi tituber un peu…

     Il ne connut plus jamais la paix.

Passée la fin de l’adolescence, dès le début de l’âge adulte et de ses balbutiements dans le monde de « l’autonomie » (!), il ne manqua pas de connaître moult revers de fortune, à chaque tentative aventureuse d’avancée dans le Monde des Objets, le monde bassement matériel.

Impossible de dresser ici même une liste exhaustive de toutes les occasions où…zut alors ! C’est vraiment pas de chance !

     Alors…juste pour le plaisir de faire rire ou sourire, il aurait pu (se) rappeler ici le tout premier objectif photo de son premier « Reflex » qui ne fonctionna pas, se contentant de tenir le rôle unique et diablement réducteur d’une loupe, voire d’un simple filtre (de poussières ?!) allant de nulle part à…pas spécialement plus loin !

Navrant.

Et vive l’invention de « la garantie » !

Pour rester dans le domaine « high tech » : son premier magnétoscope avala de travers sa première cassette VHS ; les différentes chaînes hi-fi (mini, midi…; importées du Soleil Levant ou bien du Pôle Nord), qu’il eut l’occasion d’acheter au cours de sa vie, révélèrent toutes -plus ou moins précocement- un vrai défaut de fabrication ; aucun de ses lecteurs cd (hormis le baladeur dont il eut la drôle d’idée de se lasser très rapidement) ne sut (ou ne put ?) fonctionner normalement au delà d’une période idyllique de douze mois.

Après de courtes noces, de quoi voir rouge sang, avec l’ardent désir de shooter dans le tas ou de foncer droit dans le mur !

            Tout ses « home sweet home » ne furent pas en reste, le laissant rarement serein.

Avec sa première location il hérita -malgré lui- d’un très vieux frigidaire, abandonné là par la locataire précédente (une Galloise ou une Ecossaise).

A vue de nez, il avait certainement connu la guerre ; peut-être même la Grande !

D’un look improbable de vieux bunker gris, il…refroidissait lentement et bruyamment.

Les glaces comme les glaçons n’étaient pas bienvenus.

Quand il quitta cette location pour une autre, il lui fit ses adieux sans regrets, mais avec -tout de même- un petit pincement au cœur.

     « Lâcher la proie pour l’ombre » ne fut pas pour lui une vaine expression.

Il avait quitté un espace (doté d’un volume estimable), somme toute assez confortable, pour gagner un repère aux dimensions de la cage d’une poule.

Bon.

Son corps (son « enveloppe charnelle ») ne se fit jamais à cette assignation à résidence (faute de pouvoir déménager) qui perdura (…)

Il ne cessa pas de se cogner contre les murs et les objets qui lui rabotèrent, au passage, une hanche, un bras, se montrant parfaitement incapables de lui céder la priorité en s’effaçant, avec grâce, de son étroit chemin.

Le grand mur balafré d’autrefois avait été vite remplacé (au lendemain d’une terrible giboulée de mars déportée en juin !) par des lézardes horizontales et verticales, mais plus petites.

Qui ne se sent pas en sécurité déménage ; qui ne dit mot consent…à rester !

     Outre le lave-linge qui -dès ses vertes années- décida d’essorer selon son humeur du jour (deux ou trois fuites à déplorer aussi en cours de carrière, mais passons !), il eut l’honneur et l’avantage (couramment partagé, paraît-il) de jouer les marins d’eau douce (mais aux intentions adverses !) et d’éponger à tout va, des carrelages comme des planchers de bois (définitivement morts…après séchage !).

Que d’eaux, que d’eau !!

Que de problèmes de robinetteries (lavabo, évier…mais jamais de douche ou de baignoire ; étrange…) et de toilettes !

Ah ! Les toilettes…qui choisissaient toujours l’un des -nombreux- week-ends prolongés du printemps pour s’accorder un large moment de faiblesse, telle une vacance, un moment d’absence, le temps de s’oublier généreusement.

Ça donna l’occasion de commencer une vaste collection de serpillières !

     Dans la catégorie « inondations en tous genres », il importe de se souvenir avec émotion (!) d’autres oublis (tout aussi envahissants et hostiles pour le parquet) dus à la lente, longue et terrible agonie de son vrai premier réfrigérateur qui succomba d’une phtisie (pas tout à fait) galopante avant l’âge de trois ans !

Témoin de sa consomption, il ne put que l’assister fidèlement au cours des deux semaines et demie de souffrances qui finirent par l’emporter.

Oublions les commodes, armoires, tiroirs et compagnie, les vis et les boulons qui ne tinrent pas le choc (après moins d’un trimestre d’existence), pour finalement rendre un dernier hommage aux…

…mouchoirs enflammés et aux boîtiers de cd (en partie) brûlés, réellement par maladresse (en quelques occasions) ou pour avoir -de trop près- tutoyé une flamme…de bougie !

     Après les épreuves de l’eau et du feu, il fut bien obligé de reconnaître que la terre ne manquait pas d’air ; franchement pas !!

En se rappelant constamment à son bon souvenir, elle n’avait de cesse de l’empêcher de décoller, de se défaire des incontournables questions matérielles, en le maintenant au sol, au ras du macadam !

            « Philosophe » cependant, il dut bien apprendre à relativiser son malheur.

     L’âge venant (mais ne l’aidant pas spécialement), il découvrit que « le mal » dont il subissait depuis toujours les conséquences les plus désagréables avait une dénomination et qu’il avait même été érigé en une loi par des esprits et des cerveaux (certainement…forcément !) compétents : la loi de Murphy, plus communément (et familièrement) connue sous l’appellation de « loi de l’emmerdement maximal » !

     Du jour où il put mettre un nom sur le soi-disant mauvais sort qui régissait sa vie, il cessa, dès le lendemain (!), de se considérer « pessimiste ».

Après tout, puisqu’il n’était pas du genre à ajouter une couche de confiture (de pêches) sur sa tartine beurrée, il ne pouvait certainement pas être le plus malheureux des hommes en ce bas monde !

            Ce brutal revirement n’empêcha logiquement pas le M.O.D.O. (le Monde Obscur Des Objets) de persévérer dans sa volonté de lui rendre la vie la moins harmonieuse possible.

     Et un beau jour, un 5 septembre, alors qu’il traversait en toute hâte le boulevard, de peur de voir le bus lui passer sous le nez, un lacet de chaussure décida de le lâcher définitivement ; le temps de se pencher sur sa chaussure droite et le bus, lui, ne le manqua pas.

     Sa destinée aurait-elle été autre si son premier « deux roues motorisé » avait été différent, ne serait-ce qu’au niveau de la béquille ?…

(© 2009/droits réservés) 

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La vraie vie (!) (part II)

Posté par BernartZé le 28 mai 2009

 

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OUTing

    

                        – Papa, Maman…voilà.

            J’ai un aveu à vous faire, une nouvelle à vous annoncer : je suis homo !

« Gay », comme vous dites.

     Je suis vraiment désolé de vous décevoir, mais j’ai fait tout ce que j’ai pu.

J’ai fait le maximum ; j’ai bien réfléchi, c’est comme ça.

Etant votre seul enfant, j’imagine facilement votre déception.

Tous vos espoirs reposaient nécessairement en moi et vous devez soudain tomber de haut.

Je n’y peux rien et pourtant je m’en veux quand même de vous causer une aussi grande désillusion.

« C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute ! »…

Non, bien sûr !

Mais n’allez surtout pas imaginer que vous êtes, l’un ou l’autre, responsable de quoi que ce soit.

Franchement non !

C’est la faute à personne, le hasard ou la fatalité ; c’est comme ça, tout bêtement !

J’aurais très bien pu n’être pas homo, comme vous.

Le sort en a, semble-t-il, décidé autrement, non sans ironie !

C’est vraiment pas de bol !

Je n’aime pas les femmes. J’espère que vous arriverez à vous faire une raison.

Avec le temps, non ?…

     J’ai pas l’air comme ça, mais c’est une chose qui me pesait depuis tellement longtemps !

Des dizaines de fois, toutes ces années, j’ai bien failli vous le dire.

J’ai essayé souvent, renonçant à chaque fois en considérant que ce n’était pas -jamais- le bon moment ou la bonne occasion.

Je me suis traité de lâche et de tous les noms envisageables afin de me provoquer, de me faire réagir et de me forcer, moi-même, à vous dire enfin la vérité.

Ma vérité, en dépit de vous.

Pour votre plus grand dépit…?

     Je vous assure, pourtant, qu’avant d’en arriver à cette extrémité (« confession »), j’en ai fait des efforts.

Dans l’espoir d’être un jour à votre image, j’ai même fait des « tentatives » supposées me tenter.

   – La Bérézina !  Que nada !

   – Waterloo, Waterloo, morne plaine… !

Quelques incursions en boîte, avec un ami, m’ont vite découragé, pour ne pas dire carrément « refroidi ».

Si le cœur a ses raisons que la raison ignore, l’épiderme n’est pas non plus en reste, croyez-moi !

Et malgré mon désir qu’il en fut autrement, je n’ai pu, en ces occasions, que constater…mon absence totale de réaction.

Un peu honteusement (encore), je suis bien obligé de l’admettre pour vous en faire l’aveu.

De désespoir, j’ai même envisagé une cruelle malédiction héritée par mégarde, ou méritée, malgré moi !

Mais bon, ça tient franchement pas debout !

Non, il faut être fataliste, je ne vois pas d’autre issue !

            Maintenant…je ne sais pas si ça pourra vous consoler un peu, je n’ai aucunement l’intention de faire ma vie avec qui que ce soit ; pas plus un homme qu’une femme ou même qu’un lévrier afghan (beaucoup trop poilu !!).

C’est ainsi !

     En fait, je suis beaucoup plus fleur bleue que ça…

Je vous présente mes trois derniers coups de cœur :

papillonbleu.jpg  lheurebleue.bmp papillonbleu1.jpg         

     Pensez-vous pouvoir nous accueillir tous les quatre à votre prochain réveillon de Noël ?…

(© 2009/droits réservés)

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Existentielles, vous dis-je !

Posté par BernartZé le 14 mai 2009

questions.bmp 

 

     Quoi ?

     Qu’est-ce-qu’il y a ?

     Qui est mort et qui ne l’est pas ?

     Qui a trouvé et qui ne pourra pas ?

     Qui se meurt et qui saura ?

     Je sais bien que l’on ne sait pas.

 

serrure.jpg 

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Citations (?)

Posté par BernartZé le 14 mai 2009

       

bnirhxzw.jpg

- Il lui ferma les yeux comme pour taire un mensonge. 

mensonge.jpg

 

___________________

 

 -  Et j’ai cherché ma voie   3411901786226dcdfcf5.jpg  ;  ça  m’a  rendu aphone,

essoufflé   aboutdesouffle.bmp,  

à bout de course   aboutdecourse.jpg   [!]

 

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