A bout de course…
Posté par BernartZé le 24 avril 2012
Soleil trompeur
Un éblouissement, une ombre ; plus de temps, moins d’envie.
Au départ, tous les possibles, et finalement une vie brutalement interrompue.
Faute de pouvoir, il n’est rien advenu.
Aux abords de la falaise
la lumière était pourtant si belle.
En ouverture musicale, le tango avait semblé prometteur, invitant à la danse.
Et l’on avait dansé, tangué et puis valsé, jusqu’à perdre haleine et le souvenir de toute inquiétude.
La journée s’était tranquillement écoulée et le soir venu, il fallut bien accepter de se laisser prendre.
D’où l’épilogue funeste.
Quand l’habit se dérobe, il faut le remonter à deux mains et reprendre courage.
Il avait tenu à consacrer ce dernier jour à sa famille.
D’où sa décision d’aller la visiter, quitte à la surprendre en pleine paresse dominicale.
Les bras chargés de cadeaux -autant bien faire les choses- il avait déboulé dès le réveil de la datcha et de toute la tribu.
L’accueil avait été, forcément, joyeux.
Et la représentation avait pu commencer…
S’efforçant (y réussissant presque) à oublier Damoclès et son épée, il s’était montré enjoué et plein d’allant.
Il avait tenu à faire bonne figure, autant qu’il lui fut possible, quitte à s’autoriser quelques menus excès
qui faillirent lui coûter cher lors d’une chute mal contrôlée suite à une glissade sur une plaque de verglas.
Sur le c… -plus précisément le
- il tomba ; à plat, à la renverse sur les deux fesses !
Par chance, hormis une douloureuse et désagréable sensation qui perdura, il évita d’avoir à se promener le reste de la journée avec un coussin médical
ou sa petite bouée de sauvetage
.
En bord de mer, tout dommage oublié, il n’avait pas hésité à jouer avec sa nièce qui n’en finissait pas d’éclater de rire à chaque fois qu’il l’envoyait valdinguer par-dessus ses épaules.
Cette joie partagée lui fit du bien…
Après cette longue échappée dans un froid…revivifiant, toute la famille était rentrée se réchauffer à l’heure du goûter avec le sentiment diffus d’un…trop plein incomplet !
La table s’était vite garnie, recouverte de brioches, de scones, de muffins et de petits pains typiquement anglais ; seules les théières
étaient emplies d’arômes russes propres à étancher la soif de chacun.
Thés verts
ou noirs
, provenant le plus souvent de Chine (plus rarement du Japon) ou d’Inde
, toujours aromatisés d’agrumes -orange, citron, bergamote, baies d’argousier
et autres fruits rouges…- et agrémentés de diverses épices -cannelle, racines de réglisse
, cardamome, gingembre…- histoire de relever le goût et d’exciter les papilles.
Un thé parfumé au chocolat pour le quatre-heures des enfants avait même été prévu !
Quelques gouttes d’alcool (sauf pour les mineurs de moins de quatorze ans !) distillèrent un peu plus de vie et d’ardeur dans cette belle fin d’après-midi.
Pas assez pour empêcher son coccyx de se rappeler à lui lorsqu’un éternuement ou une quinte de toux eut la drôle d’idée de le prendre.
« Se souvenir de cet instant passé » ; c’est ce qu’il se répéta avant de devoir repenser à l’enjeu de sa dernière journée.
Se refusant à compter les heures, qu’il lui était pourtant impossible de ne pas dénombrer, il redoubla d’efforts pour profiter des ultimes plaisirs partagés.
Sa famille, tous ses membres, avait toujours été primordiale ; c’est pourquoi il était essentiel de ne rien laisser paraître…
Pour chacun d’eux, il se devait d’offrir un bouquet d’adieux
aux seules couleurs de l’au revoir.
Cette formule, qu’il jugea aussitôt ridicule, le fit intérieurement sourire ; pas au point de faire abstraction de la suite des événements qui l’attendaient.
Les giboulées de mars repoussées en avril lui permirent de faire illusion.
Par contraste, il parut gai et lumineux jusqu’au bout.
Les routes se décroisant peuvent parfois surprendre par leurs cheminements (!)
Au coucher du soleil, ainsi que prévu, on vint le chercher.
Discrètement, une voiture noire banalisée
s’était glissée jusqu’aux abords de la datcha, pour le cueillir.
Tout se passa rapidement, les adieux comme la montée en voiture ; il resta digne.
Sa famille n’y comprit pas grand-chose, à moins qu’elle fît semblant.
Elle crut entendre s’éloigner une musique ancienne sifflotée à l’air libre.
Un air léger, mélancolique, sans doute un peu tragique…
Nul, heureusement, n’entendit la détonation.
(une urne funéraire, peut-être ?)
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